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Full text of "La maison d'un artiste"

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^1^^ 







LA MAISON 



D'UN 



ARTISTE 



I 



,1 

II 



LA MAISON 



D'UN 



ARTISTE 



PAR 



EDMOND DE GÔNGOURT 



• • 
• te 



TOME PREMIER 



• 



NOUVELLE ÉDITION 



PARIS 
BIBLIOTHÈQUE-CHARPENTIE.R 

EUfièNE FASQUELLE, ÉDITEUR 

11, RUE DE GRENELLE, 11 

1898 

Tous droits réservés- 






C 



PREFACE 



En ce temps où les choses, dont le poète latin 
a signalé la mélancolique vie latente, sont asso- 
ciées si largement par la description littéraire 
moderne à l'Histoire de THumanité, pourquoi 
n'écrirait-on pas les mémoires des choses au 
milieu desquelles s*est écoulée une existence 
d'homme ? 

Edmond de Gôncourt 



Auteuil, ce 26 Juin i88û, 



LA 



MAISON D'UN ARTISTE 



PRÉAMBULE 



Sur le boulevard Montmorency, au n® 53, s*élève 
une maison portant, encastré dans son balcon, un 
profil lauré de Louis XV, en bronze doré, qui a tout 
Tair d'être le médaillon, dont était décorée la tribune 
de musique de la salle à manger deLuciennes^ repré- 
senté dans Taquarelle de Moreau que Ton voit au 
Louyre. Cette tête, que quelques promeneurs regar- 
dent d'un œil farouche, n'est point, — ai-je besoin 
de le dire? — une aMche des opinions politiques du 
propriétaire, elle est tout bonnement l'enseigne d'un 
des nids les plus pleins de choses du xviii^ siècle 
qui existent à Paris. 

La porte noire, que surmonte un élégant dessus de 
grille de chapelle jésuite en fer forgé, la porte 
ouverte, du bas de l'escalier, de l'entrée du vesti- 
bule, du seuil de la maison, le visiteur est accueilli 
par des terres cuites, des bronzes, des dessins, des 
I. i 

291451 



s LA MAISON D'UN ARTISTE. 

porcelaines du siècle aimable par excellence, mê- 
lés à des objets de l'Extrême-Orient, qui se trouvaient 
f^re si bon ménage dans les collections de Madame 
de Pompadour et de tous les curieux et les cwnolets 
du temps. 



hjf La vie d'aujourd'hui est une vie de combattivité; 
elle demande dans toutes les carrières une concen- 
tration, un effort, un travail, qui, en son foyer 
enferment l'homme, dont l'existence n'est plus ex- 
térieure comme au xviii® siècle, n'est plus papillon- 
nante parmi la société depuis ses dix-sept ans 
jusqu'à sa mort. De notre temps on va bien encore 
dans le monde, mais toute la vie ne s'y dépense plus, 
et le ckez'soz a cessé d'être Fhôtel garni où l'on ne 
faisait que coucher. Dans cette rie assise au coin du 
feu, renfermée, sédentaire, la créature humaine, et 
la première venue, a été poussée à vouloir les qua- 
tre murs de son Aome agréables, plaisants, amusants 
aux yeux; et cet entour et ce décor de son inté- 
rieur, elle Va. cherché et trouvé naturellement dans 
l'objet d'art pur ou dans l'objet d'art industriel, plus 
accessible au goût de tous. Du même coup, ces habi- 
tudes moins mondaines amenaient un amoindrisse- 
' ment du rôle de la femme dans la pensée masculine ; 
eUe n'était plus pour nous l'occupation galante de 
toute notre existence, cette occupation qui était au- 
trefois la carrière du plus grand nombre, et, à la 
suite àe celte modification dans les mœurs, il arri- 



PRÉAMBULE. 8 

vait ceci : c'est que l'intérêt de l'homme, s'en allant 
de Têtre charmant, se reportait en grande partie 
sur les jolis objets inanimés dont la passion revêt 
un peu de la nature et du caractère de l'amour. Au 
xyin® siècle, il n'y a pas de bibelotews jeunes : c'est 
là la différence des deux siècles. Pour notre généra- 
tion, la b7icabracomanie n'est qu'un bouche-trou de 
la femme qui ne possède plus l'imagination de 
l'homme, et j'ai fait à mon' égard cette remarque, 
que, lorsque par hasard mon cœur s'est trouvé oc- 
cupé, l'objet d'art ne m'était de rien. 

Oui, cette passion devenue générale, ce plaisir 
solitaire, auquel se livre presque toute. une nation, 
doit son développement au vide, à l'ennui du cœur, 
et aussi, -il faut le reconnaître, à la tristesse des 
jours actuels, à l'incertitude des lendemains, à l'en- 
fantement, les pieds devant, de la société nouvelle, à 
des soucis et à des préoccupations qui poussent, 
comme à la veille d'un déluge, les désirs et les en- 
vies à se donner la jouissance immédiate de tout ce 
qui les charmeL, les séduit, les tente : l'oubli du mo- 
ment dans l'assouvissement artistique. 

Ce sont ces causes, et incontestablement l'éduca- 
tion de l'œil des gens du xix* siècle, et encore 
un sentiment tout nouveau, la tendresse presque 
humaine pQur les choses, qui font, à l'heure qu'il 
est, de presque tout le monde, des collectionneurs et 
de moi en particulier le plus passionné de tous les 
collectionneurs. 



VESTIBULE 



Un riant pavé en marbre blanc et en marbre rouge 
du Languedoc, avec, pour revêtement aux murs et 
au plafond, un cuir moderne peuplé de perroquets 
fantastiques dorés et peints sur un fond vert d'eau. 

Sur ce cuir, dans un désordre cherché, dans un 
pittoresque d'antichambre et d'atelier, toutes sortes 
de choses voyantes et claquantes, de brillants cuivres 
découpés, des poteries dorées, des broderies du Ja- 
pon et encore des objets bizarres, inattendus, éton- 
nant par leur originalité, leur exotisme, et vis-à-vis 
d'un certain nombre desquels je me fais un peu 
Teffet du bon Père Buffier quand il disait : « Voilà 
des choses que je ne sais pas, il faut que je fasse un 
livre dessus. » 

Ça, une petite jardinière à suspension, fabriquée 
d'une coloquinte excentrique, dont la tige tournante 
et recroquevillée est une tige de bronze qui a la flexi- 
bilité d'une liane ; cette grande planchette fruste de 
bois, toute parcourue des tortils d'un feuillage de 
lierre, exécuté en nacre et en écaille : lé porte-éven- 
tail qui tient dans l'appartement l'éventail ouvert 



VESTIBULE. 5 

contre le mur; cette petite boule de porcelaine 
jaune impérial si délicatement treillagée : la cage 
au grillon ou à la mouche bourdonnante, que le Chi- 
nois aime suspendre au chevet de son lit ; et cette 
plaque de faïence figurant une branche de pêcher 
en fleur, modelée à jour dans un cadre de bois en 
forme d'écran, vous représente la décoration de Tan- 
gle religieux et mystique d'une chambre de prosti- 
tuée de maison de thé, l'espèce de tableau d'autel 
devant lequel elle place une fleur dans un vase. 

Des broderies du Japon, ai-je dit plus haut, c'est 
là, dans leurs cadres de bambous, la riche, ia splen- 
dide, Yédairante décoration des murs du vestibule et 
un peu de toute la maison. Ces carrés de soie brodés 
appelés fusha ou foukousa font la chatoyante couver- 
ture sous laquelle on a l'habitude, dans l'Empire du 
Lever du Soleil, d'envoyer tout présent quelconque, 
et le plus minime, fût-il même de deux œufs(l). Les 
Siïiciens foukousas fabriqués à Kioto (2) sont des pro- 
duits d'un art tout particulier au Japon, et auxquels 
l'Europe ne peut rien opposer : de la pemture, de 
vrais tableaux composés et exécutés en soie par un 
brodeur, où sur les fonds aux adorables nuances, et 
telles qu'en donne le satin ou le crêpe, un oiseau, un 
poisson, une fleur se détache dans le haut relief 
d'une broderie. Et rien là dedans du travail d'un art 



{{) JX n'est guère besoin de dire que le carré est toujours rap- 
porté à son maître par le porteur du présent. 

(2) Les foukousas modernes seraient aujourd'hui fabriqués à 
Togané, d'où on les expédierait à Yedo. 

1. 



ï- 



H 



C LA MAISON D'UN ARTISTE. 

mécanique, du dessin bête de vieille fille de nos bro- 
deries à nous, mais des silhouettes d'êtres pleins de 
vie, avec leurs pattes d'oiseau d'un si grand style, 
avec leurs nageoires de poisson d'un si puissant con- 
tournement. Quelquefois des parties peintes, peintes 
à l'encre de Chine, s'associent de la manière la plus 
heureuse à la broderie. Je connais, chez M""® Auguste 
Sichel, une fusée de fleurs brodée dans un vase en 
sparterie peint ou imprimé, qui est bien la plus har- 
monieuse chose qu'il soit possible de voir. M. de Nittis 
a fait un écran, d'un admirable et singulier carré, 
où deu^ grues, brodées en noir sur un fond rose 
saumoné, ont, comme accompagnement et adoucis- 
sement de la broderie, des demi-teintes doucement 
lavées d'encre de Chine sur l'étoffe enchanteresse. Et 
dans ce vestibule, il y a, sur un fondlilas, des carpes 
nageant au milieu de branchages de presle brodées 
en or, et dont le ventre apparaît comme argenté par 
un reflet de bourbe: un efl"et obtenu par une réserve 
au milieu du fond tout teinté et obscure d'encre de 
Chine. 11 est même un certain nombre de foukousas 
absolument peints. J'ai coloriée, sur un crêpe gris, 
dans l'orbe d'un soleil rouge comme du feu, l'échan- 
crure pittoresque d'un passage de sept grues, exécuté 
avec la science que les Japonais possèdent du vol de 
l'échassier. J'ai encore, jetées sur un fond maïs, sans 
aucun détail de terrain, deux grandes grues blanches, 
à la petite crête rougie de vermillon', au cou, aux 
pattes, à la queue, teintés d'encre de Chine. Et ne 
vous étonnez pas de rencontrer si souvent sur les 



broderies la grue, cet oisesin qui apparaît dans le 
haut du ciel aux Japonais comme un messager cé- 
leste, et qu'ils saluent de l'appellation : Tsowi 
Sama, Sa Seigneurie la Grue. 

Cependant le foukousa proprement dit est brodé, 
entièrement brodé, et semblable à celui-ci qui re- 
présente un coq et une poule avec ses poussins. 
Voici l'échevèlement du pUima^'e pleureur du coq, 
le duvetis de la plume naissante d'un poussin monté 
sur le dos de sa mère, la chair caronculeuse des 
cr6tes, et à toutes les pattes, des ongles faits d'une 
soie qui joue la corne, de vrais ongles. C'est encore, 
celui-là, le planement de deux grues parmi des 
branches de sapin couvertes de neige, avec la blan- 
cheur vivante de l'animal, si bien différenciée de la 
blancheur mate et morte de la neige; ou enflij ce 
dernier : sur un fond de soie azur, l'argentement 
vague ettout lointain du Fusi-yama, avec au dessous, 
tout seul dans l'espace et semblant voler dans l'air 
célestement bleu des altitudes, un faucon, les ailes 
déployées. 

Et tous les sujets, les Japonais les tentent et les 
réalisent en broderie. Ils font le tableau de sainteté, 
le tableau de genre, que j'aime moins que le reste, 
— l'humanité en étant toujours médiocre, — el la 
paysage et la caricature. En ce dernier genre, est- 
il une composition plus drôlatiqui 
de rats costumés en Japonais, tira 
d'un câble d'or, une immense r 
haut de laquelle une rate s'évente " 



8 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

Une des représentations que les Japonais réussis- 
sent le mieux après les animaux, c'est la représen- 
tation de la nature morte. Regardez, sur ce fond 
cendre verte, ces trois éventails ouverts imitant trois 
éventails en papier doré, avec le relief de leur des- 
sin gaufré, et dans un coin rattache d'un petit cor- 
net de papier d'où sort un bouquet de fleurettes. 
L'éventail est un objet familier pour lequel l'artiste 
de là-bas a une prédilection, et il revient souvent 
sous l'aiguille des brodeurs. Voyez cet autre fou- 
kousa, où sur un fond rose turc sont déployés deux 
éventails blancs brodés de paysages. Il présente, ce 
carré, une particularité charmante. Le fond, dont 
le dessin damassé figure des bambous, montre ses 
bambous roses dans la marge, blancs dans la réserve 
des deux éventails. Un autre foukousa étale sous 
vos yeux, au milieu de pétales de fleurs, des albums 
avec le fac-similé de la mosaïque de leurs couver- 
tures et le cordonnet extérieur de leur reliure ; et 
dans un coin se trouve un râteau en bambou, et dans 
l'autre un balai, que tiennent parfois un vieil homme 
et une vieille femme, l'Adam et l'Eve du Japon, et 
qui sont, comme la grue et la tortue, des porte-bon- 
heur dans les intérieurs. Sur celui-ci pendent trois 
kakémonos : une branche d'arbuste fleuri, une vue 
du Pusi-yama, un personnage saint appuyé sur un 
cerf blanc. Le foukousa le plus remarquable de la 
série est un carré de soie rouge, sur lequel sont 
deux coffrets dorés de la plus fine sculpture, d'où se 
détortillent de grosses cordelières bleues, se perdant 



VESTIBULE. 9 

parmi des coquilles à Tintérieur laqué, et qui, bâil- 
lant demi-ouvertes, laissent entrevoir de minus- 
cules Japonaises dans des jardins roses (1). C'est dans 
cette broderie la plus étonnante imitation à la fois 
d'une ciselure d*or et d'un fin ouvrage de laque 
polychrome; et la soie sous les doigts de ces mer- 
veilleux brodeurs pour cette^ figuration, et la figura- 
tion de tout au monde, se prête à des travaux à plat, 
à des travaux de chaînette, de cordelette, à de petits 
carrelages, à de petits cloisonnages, à des entremô- 
lements,à des entre-croisements, à des habiletés de 
métier incroyables, qui arrivent au pelage d'un 
quadrupède, au plumage d'un oiseau, à l'écaillé 
d'un reptile, au pulpeux, au charnu presque d'une 
fleur de magnolia s'entr'ouvrant. 

Toutefois le plus extraordinaire foukousa que je 
possède, et le plus beau que je connaisse parmi tous 
ceux que j'ai vus, représente deux pigeons, l'un en- 
tièrement blanc, l'autre mi-roux, mi-blanc, tous 
deux avec des pattes et des yeux roses. Je ne sais 
pas Comment c'est fait, et par quel artifice des fils 
de soie arrivent à être de la plume si réelle, mais la 
lumière joue sur le plumage des deux pigeons 
comme sur un plumage naturel (2). 



1) Parmi ces foukousas, il s*en trouve un très curieux, mais 
que je crois d'origine chinoise. Sur un fond de soie grège écrue 
est représentée une pivoine arborescente au-dessus d'un rocher 
en lapis. L'envers des parties brodées est absolument l'envers 
du travail des tapisseries des Gobelins. 

(2) Ces merveilleuses broderies, M. Real, lors d^ son séjour 
au Japon en 1867, les payait un dollar pièce. 



10 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

Un des côtés curieux de cet art industriel dans 
la reproduction réaliste de la nature, c'est l'intro- 
duction d'éléments de pure fantaisie, c'est, par 
exemple, l'emploi de l'or, de cette chose qui ne se 
trouve ni dans les végétaux ni dans les animaux, 
et que les brodeurs savent si bien marier à de vraies 
couleurs de nature, sî bien incorporer dans leur 
brillant trompe-l'œil. Ainsi voici, sur du blanc, une 
langouste, dont le fond n'est pas seulement mou- 
cheté d'or, mais dont toute la carapace est écla- 
boussée de parcelles dorées, qui se font très bien 
accepter et imitent, à s'y tromper, la lumière gra- 
nuleuse et micacée d'une carapace (1). Voici encore, 
sur de la pourpre, une jonchée de grosses fleurs 
jaunes où toutes les nervures du feuillage sont en 
or, sans que le bouquet perde de sa réalité. Et voilà, 
— audace encore plus extraordinaire, — voilà, 
sur un fond cerise, un pêcher au tronc rocailleux, 
coquillageux, tout brodé d'or, et qui, sans que cette • 
orfèvrerie choque, semble, avec ses petites pousses 
vertes et ses fleurettes blanches, un arbuste de mé- 
tal poussant une végétation de feu d'artifice. 

Mais au fond la qualité supérieure de ces brode- 
ries et leur remarquable originalité, c'est d'être 
des choses tissées, tenant d'une manière intime au 
grand art du dessin, et dans lesquelles les brodeurs 



(1) Cette langouste est signée : Mntsontnni Kitsoubeï. Les 
Japonais seuls ont fait de ces broderies, répétons-le, les Chi- 
nois n'en ont pas fait ; et s'il existe quelques carrés chinois, 
rimitation de la nature n'y est jamais rigoureuse. 



VESTIBULE. 11 

japonais luttent avec les peintres, travaillent à ob- 
tenir sur la soie des effets qui sont du domaine ex- 
clusif de la peinture, tentent, — le croirait-on? — 
avec Taiguille à broder, Tébauche, l'esquisse, la cro 
quade. Vous trouvez dans des foukousas des parties 
restées volontairement à l'état de première idée, au 
milieu du fini du reste, des lointains touchés avec 
quelque chose de la liberté heureuse et volante 
d'un pinceau qui pose des tons, sans les assembler, 
et dans les ciels, des volées d'oisillons pareils à ces 
accolades faites en courant de deux coups d'une 
plume écrasée. Dans cet ordre de confection artis- 
tique, je possède un carré des plus intéressants. 
Sur une soie gros bleu, sillonnée de bandes pourpre, 
imitant les eaux de la mer éclairées des derniers 
feux du soleil couchant, nage, en se jouant, une 
bande de cormorans indiqués seulement par des 
traits brodés, tantôt en soie noire, tantôt en soie 
blanche, tantôt en or, avec sur les têtes une touche 
de couleur également brodée : un foukousa qui 
donne l'illusion d'im croquis d'artiste, où il n'y 
aurait encore sur le papier que de vagues contours 
et des taches. La broderie conçue et exécutée ainsi 
n'est plus de l'industrie, mais bien un peu de l'art. 
Les beaux foukousas ne sont presque jamais sur 
ce bleu dur de soie légère, qui sert de fond aux fou- 
kousas modernes :ils s'enlèvent sur des satins ^pais 
comme des cuirs, sur des gros grains teints de bien 
céleste, de vert poreau (1), de ventre de biche, do 

(1) Chez M. Lansyer, qui a une collection de foukousas choisis 



12 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

feuille morte, de jaune maïs, de rose groseille, etc., 
Ils ont aussi, en ji^énéral, au lieu de leur doublure en 
crêpe de Ghino rouge assez commune, des envers de 
soie damassés d'or et d'argent, où parfois se trou- 
vent dans un coin les armoiries d'un prince. Une 
remarque curieuse faite par moi sur les vieilles 
broderies : les yeux dos animaux sont faits en soie. 
C'est un point noir dans un ton brun ou bleu, — 
quelquefois recouvert d'un morceau de verre dans 
un petit rond de métal, — mais seulement chez les 
plus ordinaires. Les yeux en émail indiquent en gé- 
néral une origine moderne. Autre remarque : les 
foukousas que j'ai rencontrés sur fond noir, soie ou 
velours, sont toujours d'une qualité exceptionnelle. 
Les anciens foukousas portent quelquefois, mais 
très rarement, la signature ou le cachet du brodeur. 
Les deux pigeons sont signés : Shiko. 

Parmi ces bibelots orientaux, une merveille fran- 
çaise, un bas-relief de Clodion ! 

Un satyre agenouillé, un seul genou en terre, 
d'un bras nerveux entourant les deux jambes d'un ' 
bacchante nouées autour de son cou, est prêt à sou- 
lever la folle et jeune rieuse, qui, glissée au bas du 
ses reins et mollement renversée en arrière, s'ap- 



a\cc le goût d'un peintre coloriste, et dont les fonds sont faits 
des clartés les plus tendres, on tombe en admiration devant un 
Ibukousa jaune citron, sur lequel le brodeur n'a pas craint de je- 
ter (les grue^ brodées en or, et Ton retrouve le même plaisir 
des yeux devant un autre vol de grues sur un fond jaune, couleur 
de la toile non encore blanchie, et toute sillonnée de raies d'or 
imitant la chute d'une cascade. 



VESTIBULE. 13 

puîe d'une main sur Tépaule d*un petit faunin, se 
haussant sur la pointe du pied. 

La jeunesse et la gracilité de la fille des bois et 
des vignes, le modelage de ses petits seins rigides et 
de son ventre douillet, l'ingénu et voluptueux aban- 
don de son attitude, le rythmique agencement des 
lignes gracieuses, l'art délicat et spirituel d'esquisse 
de la sculpture, le parti tiré de la demi-ronde bosse 
et de ses amincissements gradués, la caresse dans la 
glaise des détails de la tête, des mains, des mignons 
petits pieds se raidissant, enfin la science de cette 
œuvre facile, qui pourra la bien dire? 

Cette terre cuite est une de mes bonnes fortunes 
des ventes publiques. L'expert avait inséré dans son 
catalogue : « Tout ferait supposer que ce bas-relief 
est de Clodion s'il n'était pas signé Michel », et encore 
il ne disait pas avec une faute d'orthographe. L'ex- 
pert ignorait que le vrai nom du sculpteur est Mi- 
chel, et qu'il n'a jeté ce surnom de Clodion au bas de 
ses œuvres qu'à une certaine époque de sa vie. 



.^ 



t. 



SALLE A MANGER 



Une porte du vestibule ouvre à droite dans la 
salle à manger : une vraie boîte comme je les aime, 
et oh ne se voient ni murs ni plafond sous les tapis- 
series. 

Une suite d$ panneaux qui décorait autrefois un 
pavillon de musique dans un jardin, s*est trouvée/ 
une suite qui recouvre, sans qu'il y manque un 
pouce, les quatre parois avec leurs angles coupés. 
Ces tapisseries, exécutées sur les dessins de Leprmce 
et de Huet, mettent contre les murailles un paysage 
(le fantaisie, où se mêle le rustique théâtral de Bou- 
,clier aux perspectives de terrasses à balustres de 
Lajouc, aux lointains d'île enchantée de Watteau. 
Et le paysage de convention est peuplé par une créa- 
lion adorablement mensongère : des gardeuses de 
moutons enrubannées, des Tircis poudrés à blanc, 
des fileuses de campagne aux engageantes de den- 
telle, des chasseresses vêtues de l'habit rouge de 
Vanloo dans sa partie de chasse, et de petits 
paysans faunins chovauchant des chèvres : tout ce 
monde détaché d'un fotid blanc, de ce fond précieux 



SALLE A MANOER. K 

qui est l'eiiTeloppement, l'atmosphère leDdre des 
jolies tapisseries du xvin' siècle, et dans l'harmonie 
crémeuse duquel, sous les jeux du jour, le 
rose, le bleu, le jaune soufre sont à tout moment 
sillonnés de l'illumination hrillànlée de la soie 
transperçant la laine. Riants tableaux qu'enca- 
drent, courant sur un vert, couleur de vieille 
mousse, des arabesques enguirlandées de chutes de 
fleurs et de lambrequins amarante. Au plafond, 
c'est une tapisserie d'Aubusson représentant la com- 
position de Lancret gravée sous le nom de I'Adoles- 
"liiscE. Malheureusement, cette tapisserie achetée à 
Muiiicb en 1873, et sans doute prise en quelque 
chftteau français pendant la guerre, — et qui n'a- 
vait guère moins souffert que la France, — fut si 
malheureusement réparéeà deux reprises différentes, 
qu'il a été nécessaire de prier l'ami Eugène Giraud 
de la repeindre un peu, — et peut-être l'a-t-il re- 
peinte avec trop de générosité? 

Sur ces murs de peinture tissée qui ne souffrent 
aucune décoration, rien que deux grands bras en 
bronze doré, mettant sur le panneau du fond leur 
riche serpènteraenl contourné, et dressant leur 
feuillage de rocaille, d'où la bobèche sort et s'épa- 
nouit comme l'efOorescence vigoureuse jaillissant 
du resserrement et du nœud d'une branche. Un 
beau et libre travail de bronze doré, qui n'a dans sa 
perfection quoi que ce soit du fini sec, du travail 
per/e moderne. 

Le merveilleux art industriel que l'art des Meisso- 



16 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

nier, des Gouthière, et de tant de grands inconnus, 
pétrisseurs de bronze doré, fabricateurs de ces ro- 
bustes et élégantes choses qui ont Tair de sculp- 
tures tournées dans un or malléable! Quel assou- 
plissement de la matière rebelle, et les habiles 
caresses des ciselets sur cette fonte qui perd sa rigi- 
dité et prend quelque chose de la mollesse de son 
modèle en cire! Ces bronzes dorés, j'en possède 
quelques-uns qui sont de remarquables échantillons 
de la large facture de Meissonier, et de la facture 
précieuse des bronziers de la fin du siècle. J'ai dans 
mon antichambre un portoir, un des plus purs spé- 
cimens de cette rocaille, au départ semblable au 
dos bombé et sinueux d'un coquillage, et qui se 
creuse, et se renfle, et ondule, et serpente, et se 
branche, et se termine en des tiges ornementales 
qui ont pour boutons de fleurs ces perles longues 
qu'on dirait les larmes de la sculpture. Kt l'or de ce 
portoir, si tranquille et si reposé en son éclat sourd, 
cet or qui a, pour lui, cette patine que le temps 
appprte aux vieux métaux! Parmi mes porce- 
laines de Chine est une gourde plate en céladon, 
montée dans le temps, et dont la monture est 
une des plus délicates montures du xviii^ siècle. La 
gourde, au socle et au goulot à palmettes, est en- 
guirlandée du flottement léger, soulevé par parties, 
et comme battant contre le vase, de quatre rameaux 
de branchages étoiles de fleurettes, attachés en haut 
sur les côtés par des nœuds de rubans, et s'ontre- 
croisant au rentrant des deux panses de la gourde. 



SALLE A MANGER, 17 

Et là-dessus une dorure mate imitant le chagriné de 
la feuille, et au milieu de laquelle brille seulement le 
bruni des pétales. Parmi mes bijoux en bronze doré, 
n'oublions pas une paire de flambeaux en forme de 
caïquois dont les perles, les branches de lauriers, 
un entrelacement de myrte aux grains brillant 
dans les intersections des feuilles, les ailettes du 
carquois, sont de cette ciselure inimitable, poussée 
au dernier fini, et qui, en son net détachement, n*a 
rien de coupant. 

Mais à la description de ces bronzes dorés, il faut 
joindre la description des bronzes, oîi le bronze 
florentin des corps nus de femmes et d'hommes et 
d'enfants s'allie avec tant de goût aux accessoires 
dorés. Voici une paire de candélabres, un premier 
exemplaire des modèles bien connus de Glodion : 
Iq faunin aux pieds de bouc et la petite fille cou- 
ronnée de pampres, tous deux si joliment à cheval 
sur la double branche du candélabre et semblant 
s'y balancer. Le beau gras et le chaud ton obscur 
du bronze au milieu de l'or du socle, de l'or de ces 
deux bras pareils à des thyrses tordus d'où pendil- 
lent des raisins dans de la vigne ! L'intelligente en- 
tente de l'ornementation, et le soin et l'amour avec 
lesquels l'ouvrier du temps a parfait sa tâche, et le 
riche objet d*art que sont ces deux candélabres, qui 
ont cependant, — signature de Tépoque, — de sim- 
ples écrous en fer pour le rattachement des pièces 1 
Ces deux candélabres ont pour milieu, sur la chemi- 
née du petit salon, un Gupidon, dont je ne connais 

2. 



.oSitÊÊ 



18 LA MAISON D'UN ARTISTK 

pas de double, et que je ne sais à quel sculpteur 
français du xtiii*^ siècle attribuer. Debout, la tête 
baissée, le corps fléchi en avant, son carquois d'or 
tombé sur un socle de marbre blanc, il essaye du 
bout d'un de ses doigts le piquant d'une flèche. Un 
Amour qui n'a rien des rondeurs de Boucher, mais un 
Amour élancé à la longueur éphébique de ces génies 
de l'Hymen, dressés en haut des lettres de faire part 
de mariage de la fin du siècle, un bronze d'un mo- 
delage des plus savants et dont les jambes ont la filée 
ressentie des jambes d'un bronze italien du xvi® siècle. 

Un mobilier des plus simples que le mobilier de 
la salle à manger : une table et huit chaises sculp- 
tées par Mazaros à ses débuts, et encore dans les 
angles coupés deux meubles de deux civilisations 
bien différentes. 

L'un est une servante en bois de rose , aux angjes 
de bronze doré, à la galerie dp cuivre entourant la 
tablette de marbre blanc : la servante sur laquelle 
successivement ma grand'mère et ma mère se sont 
fait apporter leur chocolat. L'autre meuble, c'est 
un grand écran, derrière lequel les daïmios se tiennent 
dissimulés à la porte de leur habitation : un pan- 
neau de trois pieds de hauteur merveilleusement 
sculpté sur les deux faces, et dont un côté repré- 
sente un pêcher en fleurs, et le revers un rocher 
fleuri d'iris d'eau. 

Sur la cheminée, entre la rocaille argentée de 
deux flambeaux à trois branches portant les armes 
d'un cardinal, luit dans la blancheur polie du Paros 



SALLE A MANGER. 19 

un petit marbre de Falconet : une baigneuse à moi- 
tié .accroupie, à moitié agenouillée , et essuyant, de 
la torsade de ses cheveux ramenée et épandue sur 
sa poitrine , une goutte d'eau restée au bout d'un 
de ses seins, dans un ramassement du torse, où 
apparaît, délicieusement tortillée, la grâce abattue, 
fluette, allongée de son petit corps. Une sculpture 
où il y a du Corrège dans une matière, pour ainsi 
dire, voluptueuse, et que la lumière pénètre presque 
comme de la chair vivante. 

Cette statuette, ces tapisseries éclairées du doux 
feu des bougies d'un lustre et de candélabres , alors 
qu'elles garnissaient notre ancienne salle à manger 
de la rue Saint-Georges , ont vu de gais dîners , de 
gais soupers. Janin, Gautier, Murger, de Beauvoir, 
Gavarni qui arrivait toujours en retard, et à qui on 
mettait une montre dans son assiette pour lui re- 
procher son inexactitude, et encore de très spiri- 
tuels gens , pas du tout célèbres , ont été charmants 
de verve et de gaieté entre ces tentures. Il y avait 
en ce temps à la cave un certain Léoville, et un 
extraordinaire Saint-Péray, achetés à une vraie 
vente de diplomate, qui mettaient les convives en 
joie et en aimable folie , et avec ces deux vins nous 
possédions une cuisinière très forte sur le pudding, 
la posta frolla, le kari^ et nombre de plats étrangers 
vers la confection desquels elle était poussée par 
une vocation bizarre, une curiosité d'exotisme culi- 
naire. Elle avait, cette espèce d'artiste passionnée 
pour son art, une cuisine qui parlait à l'imagination 



 



20 LA MAISON D*UN ARTISTE. 

de l'estomac : qualité rare! Et vraiment Ton fai- 
sait, dans notre petit quatrième, du manger pas or- 
dinaire à Paris. Les Parisiens dînent de l'architec- 
ture des plats montés, du damassé, du linge, de 
l'éclat des cristaux, des fleurs qui sont sur la table, 
de la cravate blanche des domestiques, mais de 
beurre à 30 sous la livre, mais de vin ordinaire qui 
vient de chez le marchand de vins d'à côté ; mais de 
poisson aux arêtes imprimées en bistre sur les filets, 
les malheureux ne se doutent en aucune façon ! Il 
n'y a positivement que les provinciaux ouïes hom mes 
d'origine provinciale pour avoir ce qu'on appelle la 
gueule fine^ et pour aimer la cuisine délicate, la cui- 
sine que font seulement les femmes. Un gourmand 
émérite, M. de Montalivet, même en ses ministères, 
n'eut jamais de chef. Moi donc, qui suis de la pro- 
vince que je regarde comme la province des plats 
cuisinés, fricotes, mijotes avec le plus d'amour et 
d'art, j'avais eu l'ambition d'introduire à mes dî- 
ners un peu de vraie cuisine lorraine. Et pour cela 
j'accomplissais presque une œuvre méritoire : je 
faisais venir à mes frais à Paris , et m'engageais à 
loger et à nourrir pendant tout le carême, un vieux 
cordon bleu des Vosges, ancienne cuisinière d'é- 
vôque, demeurée très dévote et prise de la tentation 
de faire un carême dans la capitale, où elle n'était 
jamais venue. 11 s'agissait de la bisque d'écrevisse 
et du salmis de bécasse I Me comprenez-vous bien? 
d'une bisque qui ne fût pas cette odieuse panade de 
crevettes et de blé de Turquie colorée avec quelques 



SALLE A MANGER. 21 

gonttes d'une teinture pourpre, mais un vrai beurre 
d'écrevisse obtenu avec les coquilles pilées et sur 
lequel sont étalées les plus belles queues ; d'un sal- 
mis de bécasse qui ne fût pas cette ratatouille avec 
une liaison rousse , mais un salmis parfumé de baies 
de genièvre, dans une vraie sauce de coloriste, 
une sauce chaudement noire , où il y a comme des 
yeux d'huile 

Dans ce temps , il faut le dire , nous étions deux ; 
c'était presque un ménage qui recevait.... Aujour- 
d'hui la salle à manger d'Auteuil n'est plus que la 
salle à manger d'un vieil homme seul, qui aime 
mieux la salle à manger des autref. 



J 



PETIT SALON 



Pauvre petit salon! Que de tristes et anxieuses 
journées passées entre «es murs, d'où l'ébranlement 
du canon faisait tomber les cadres, au milieu des 
livres ficelés en paquets, et près de ce feu de bois 
vert, le feu parisien des mois de décembre et de 
janvier 1870-1871! 

Ce salon était à la fois ma chambre à coucher, 
ma cuisine et tout, et j'y vivais en compagnie d'une 
poule, la dernière survivante de six volailles : toutes 
les provisions que j'avais faites, hélas! — moi qui 
mange avec les yeux, et ne pouvais m'habituer au 
rose noirâtre de la viande des tire-fiacres. 

Cette poule ou, pour mieux dire, cette poulette, 
toute blanche, et joliment cailloutée^ et coquette- 
ment huppée, était bien la plus impudente petite 
bête que j'aie jamais rencontrée, sautant sur la table, 
au moment où on me servait à déjeuner, — quel 
déjeuner, mon Dieu! — et de deux coups de bec 
rapides comme deux éclairs, nettoyant là moitié du 
maigre plat. La petite misérable pondait, mais il n'y 
eut jamais moyen d'avoir d'elle un œuf; il n'était 



PKTIT SALOK tl 

pas sorti de son corps qu'il était avalé ! El ramiisant 
spectacle qu'elle me donna, quand nous aiTivâmes à 
ce pain qui resf^cmblait à un cataplasme lardé de 
cure-dents. Elle commençait à jongler avec les 
petits morceaux qu'on lui jetait, à la fois dédai- 
gneuse et colète, puis elle gémissait, puis elle pleu- 
' rait, demeurait rognoxitatUe toute la journée, et ne 
se décidait à manger le pain du siège que le soir. 

Somme toute, je m'y étais attaché, elle avait des 
allures si gamines, des remuements de la huppe si 
crânes, des famlliaiités si dràlrttes, elle donnait à 
ses gloussements, à son caquetage un langage si 
humain; elle grimpait avec tant de gentillesse le 
long de mon corps, pour de là s'élancer sur la che- 
lïiinée, et donner force coups de bec furibonds à la 
^ace qui lui montrait une autre elle-même ! 

Bref, tous les matins, je la peignais au peigne 
fin... et ne pouvais me résoudre à la manger. 

Cependant les moineaux et même les merles, en 
oiseauï intelligents, avaient disparu de l'aris, ne 
s'offrant plus aux coups de fusil ; j'avais dévoré mes 
poissons rouges; là mairie d'Auteuil venait de nous 
délivrer pour moi et ma domestique une petite 
queue de morue salée qui devait faire notre nourri- 
ture pendant trois jours; le pain était inavalable : il 
fallut prendre un parti. Je dis à ma domestique de 
tuer fi/anc^e- Elle ne savait pas, elle n'avait jamais 
tué d'animaux. Moi pas plus, et je voulais faire pas- 
ser de vie à trépas la bestiole sans la faire souffrir. 
Longtemps je cherchai le moyeu, quand je me rap- 



y 
U LA MAISON D'UN ARTISTB. 

pelai avoir à la maison un sabre japonais, dont la 
trempe, m'avait-on dit, valait la trempe des cime- 
terres avec lesquels le sultan Saladin coupait en deux 
un coussin de plumes. 

L'instrument de mort était trouvé, et j'appelais la 
poulette dans le jardin. En ce moment, il y avait 
dans le ciel un ouragan d'obus prussiens passant au- 
dessus de la maison pour aller tomber dans le fau- 
bourg Saint-Germain ; et la poulette interrogeait le 
ciel avec le regard défiant desbôtes du Jardin des Plan- 
tes d'alors, — el qui avaient Tair, du fond de leurs 
cabanes, de demander si l'orage qui tonnait là-haut 
depuis deux mois n'allait pas finir. Il faisait aussi le 
terrible froid de ce terrible hiver, et la frileuse hési- 
tait à se risquer dehors. Enfin la gourmandise 
triompha, j'avais émietté par terre un peu d'une 
galette de vraie farine, cuite le matin, sur les car- 
reaux de ma cheminée. Je prenais bien mes mesu- 
res, et au moment où elle relevait le cou pour la 
déglutition d'un morceau un peu plus gros que les 
autres, avec mon sabre japonais, je lui détachai la 
tète aussi bien qu'aurait pu le faire un bourreau du 
pays du sabre... mais ne voilà-t-il pas que la 
poulette décapitée se met à courir en laissant der- 
rière elle un sillon rouge sur la neige de l'allée, et à 
travers le jardin aux arbustes cristallisés, dans le 
jour blême de l'heure entre chien et loup, elle allait 
toujours sur ses pattes titubantes, battant frénéti- 
quement des ailes, — une aigrette de gouttelettes de 
sang, au-dessus de son col coupé, à la place de tête. 



PETIT SALON. J5 

Cet assassinat est un de mes remords, ... d*autant' 
plus que, je dois l'avouer, elle était horriblement 
dure, Blanche! 

Enlin, un jour, de ce petit salon devenu un pou- 
lailler sou> le siè^e, une cible à balles et à obus sous 
la Commune, il me prit la fantaisie d'en faire une 
espèce de musée des dessins de Técole frap^^aise re- 
cueillis par mon frère et moi depuis longue* années. 
Faire une pièce dans ma maison : voilà presque 
toujours, après la publication d'un livre et avec 
l'argent qu'il rapporte, la récréation, la récompense 
que je me donne. Bien souvent je me suis dit : Si je 
n'étais pas litléraleur, si je n'avais pas mon pain sur 
la planche, la profession que j'aurais choisie, ça 
aurait été d'être un inventeur d'intérieurs pour gens 
riches. J'aurais aimé qu'un banquier, me laissant la 
bride sur le cou, me donnât plein pouvoir en un 
palais qui n'aurait eu que les quatre murs pour lui 
en imaginer la décoration et le mobilier avec ce 
que je trouverais, rassortirais, commanderais, avec 
ce que je découvrirais chez les marchands de vieux, 
les artistes industriels modernes ou dans ma cer- 
velle. Mais cette profession n'étant pas encore la 
mienne, je travaille pour mon compte dans des 
conditions plus modestes. J'ai donc cherché mon 
nouveau pelit salon de façon à faire ressortir le 
mieux possible des dessins, et des dessins montés 
en bleu, en ces intelligentes montures dont l'hon- 
neur de l'invention revient à Mariette. Après avoir 

I. 3 



26 * LA MAISON D*UN ARTISTE. 

« 

longuement médité, et ainsi qu'on médite un cha- 
pitre de livre, je suis arrivé à la conviction qu'il n'y 
avait que le rouge mat et le noir brillant pour faire 
valoir les dessins anciens. Et j'ai fait peindre les 
boiseries, les portes, les corniches en noir, toutefois 
3i\ipoh\ et de cette peinture employée pour les pan- 
neaux de voiture, et qui dure trois mois par les 
ponçages successifs , mais qui a le mérite d'enfer- 
mer les choses dans des compartiments d'ébène. 
Restait la tenture et la qualité de son rouge que je 
voulais mat : c'était là la difficulté. Je me rappelle 
un jour, sous le merveilleux plafond de Baudry, 
]^me ^Q Païva me disant à propos de la tenture de 
son salon dont j'admirais la pourpre profonde : 

«Oui... mais voilà l'histoire dema tenture. J'ai dit 
au fabricant de Lyon qui nie présentait son plus beau 
et son plus doux échantillon : Monsieur, il me 
faut une étoffe six fois plus épaisse que celle-ci, 
pesant six fois plus, vous m'entendez? — Et me fai- 
sant apporter un pèse-lettres, j'ai pesé son échantil- 
lon devant lui pour qu'il n'y eût pas d'erreur. » 

— « Mais, Madame, jamais cela ne s'est fait. Et 
l'homme me regardait comme une folle. » 

— « Eh bien, cela se fera pour la première fois! » 
« Je pensais, continua-t-elle, que cette épaisseur 

qui ferait un cuir de l'étoffe, apporterait au tissu 
une qualité de couleur qu'il n'avait pas, et vous 
voyez que je ne me suis pas trompée. » 

En effet, M"^" de Païva avait eu raison, mais la 
tenture coûta 800,000 francs, et moi je devais trou» 



PETIT SALON. * 17 

Ter quelque chose d'un peu moins cher. La soie, 
dans les conditions ordinaires, n'était pas mon af- 
faire; les étoffes de laine se mangent, deviennent 
facilement violettes, vineuses : il n'y a au fond que 
les étoffes de coton pour garder leur intense nuanco 
de géranium. Et tout fut couvert d'andrinople. Je 
risquai même le plafond rouge, une audace! mais 
qui m'a réussi, et qui, par l'enveloppement complet 
des dessins dans une coloration une et chaude, en 
fait saillir les blancs et toutes les clartés laiteuses 
que tue un plafond de plâtre. Au fond, posons en 
principe qu'il n'y a d'appartement harmonieux que 
ceux où les objets mobiliers se détachent du con- 
traste et de l'opposition de deux tonalités largement 
dominantes^ et le rouge et le noir est encore la plus 
heureuse combinaison qu'un tapissier ait trouvée 
comme repoussoir et mise en valeur de ce qui meu- 
.ble une chambre. 

Les boiseries ainsi peintes, les murs ainsi tendus, 
on a refait avec du vieil or la toilette des cadres de 
chêne sculpté, trouvés en grande partie chez le 
vieux Goguet de l'ancienne rue de Childebert, sa- 
cristain de Saint-Germain-des-Prés, je crois bien, à 
certaines heures, et brocanteur amoureux de bois 
' doré, le restant de la journée. 

Et ce sont sur la rouge muraille, autour des des- 
sins, ces élégants profils, ces délicats rangs de perles 
sculptées qui ne sont pas comme dans les cadres 
modernes un chapelet de boulettes de pâte enfilées 
dans une ficelle , et ces plates bordures aux jolies 



d 



18 LÀ MAISON Dv'UN ARTISTE. 

feuilles d*eau et surmontées d'un écusson. que sur^ 
plombe tantôt une coquille au milieu d'une chute 
de fleurettes, tantôt un cartouche dans un nœud 
de ruban dont les deux bouts retombent de 
chaque côté. 

Là, dans ce petit salon est la plus grande partie 
de mes dessins, qui couvrent encore les parois du 
grand salon, montent et descendent l'escalier, rem- 
plissent les cartons dans cette chambre et cette 
autre, et se répandent ainsi par toute la mai- 
son. 

Cette collection est ma richesse et mon orgueil. 
Elle témoigne de ce qu'un pauvre diable avec de la 
volonté, du temps, et en massant un rien d'argent 
sur une seule chose, peut faire. Une collection de 
tableaux et très charmante, — elle m'était possible 
en ce temps; — mais je sentais qu'avec ma petite 
fortune, je ne pouvais faire qu'une collection secon- 
daire, tandis qu'une collection de dessins, il m'était 
donné d'en rassembler une qui n'eut pas d'équivalent, 
qui fut la première de toutes. Et je puis dire sans 
fausse modestie que mon frère et moi Tavons réali- 
sée, cettecollection de dessins français du xvui® siècle ! 
Oui, grâce au dédain de l'époque pour cette école, 
aux timidités de mes concurrents tous plus riches 
que moi, et à la résolution bien arrêtée de ne jamais 
acheter un tableau quelque bon marché qu'on me 
l'ofFrît, j'ai pu réunir près de quatre cents dessins 
montrant l'école française sous toutes ses faces, et 
presque dans tous ses spécimens, et des dessins qui 



sont en général les dessins les plus importants de 
chaque Maître, petit ou grand. 

Mais vais-je en passer la revue en couran 
j'aime mieux faire l'honneur de ma coll 
mon lecteur, en lui mettant entre les main: 
logue inédit précédé d'uue préface. 



PREFACE 



Qaî se rappelle aujourd'hui la vieille place du 
Carrousel avec tous ces cartons bâillant entc'ouverls 
k la porte de ses centaines d'échoppes? En 1848, j'y 
achetais, à seize ans, mon premier dessin, une aqua- 
relle (te Boucher : et elles ne sont pas communes, les 
aquarelles de Boucher. Qui se rappelle leS cartons 
b&illant entr'ouverts sous les arcades de l'Institut, 
et tout le long des quais, et à l'entrée de cet antre 
s'ouvrant sous un jardin, là où s'élève aujourd'hui 
le Journal officiel? Je trouvai là un jour dans un car- 
ton à vin^ sous, et collés sur une même feuille, neuf 
croquis de Gabriel de Saint-Aubin pour une illustra- 
tion du Zadig de Voltaire qui n'a point été gravée. 
Qui se rappelle les cartons à la porte des bric-à- 
brac du boulevard Beaumarchais et dans le renfon- 
cement de tous les vieux murs délites et des édiGces 
reli)i;îeux abandonnés, ainsi 
pelle Saint-Nicolas, au ha 
Honoré, où l'étalagiste fixail 
beaux dessins dans la pifirn 



82 LA MAISON D*TJN ARTISTE. 

pièce de trois francs, je devenais possesseur d'un de 
mes jolis Gochin. Car, en ces années, il y avait des 
dessins partout, des dessins mêlés à de la ferraille, 
des dessins exposés entre des tire-bouchons sur des 
bouts de trottoirs, et Tun de mes Watteau me vient 
d'un vendeur de flèches de sauvages et de têtes d'In- 
diens boucanées. Donc on rencontrait alors des des- 
sins, et des dessins de l'école française du xvui* siècle 
chez tous les brocanteurs de vieiHeries quelcon- 
ques. Et j'ai le souvenir lointain d'une regrattière 
de la rue Jacob à la cornette lorraine, qui, de sa 
porte quelquefois, me hélait, lorsque je me rendais 
à l'École de Droit, me disant : « Jeune homme, j'ai 
pour vous un petit dessin pas cher. » La vieille 
femme avait flairé ixn pays k qui elle aimait à vendre. 
Et le beau temps des ventes, de ces ventes de des- 
sins en l'hôtel BuUion de la place de la Bourse, en 
l'hôtel de la rue des Jeûneurs, où dans la solitude 
de la grande salle, il y avait bien en tout douze per- 
sonnes, et où un dessin, adjugé à 25 francs, faisait 
pousser des oh ! et des ah ! comme pour une adjudi- 
cation de fou, et où l'enchère était suivie, pendant 
quelques minutes, de risées, et comme d'éternu- 
ments de mépris, par deux ou trois contempteurs de 
l'école française aux chapeaux roux. Je vois, je vois 
encore une des premières et malheureuses ventes 
que faisait, en qualité d'expert, Thoré : vente dans 
laquelle une série de préparations de têtes de 
femmes pastellées par notre grand La Tour, et qui 
n'étaient pas encadrées, et qui n'étaient pas même 



PETIT SALON. » 

montées, mais tout bonnement enveloppées de pa- 
pier de soie dont on entortille les oranges, attei- 
gnaient avec une peine extrême 5 et 6 francs. Pas 
une ne dépassa ce prix. Et longtemps les ventes 
durèrent ainsi, et longtemps mon frère ou moi, un 
La Bruyère dans notre poche, pour tromper Tennui 
de la vacation, nous allions tour à tour conquérir à 
vil prix quelque précieux dessin : un dessin comme 
« rÉpouse indiscrète» de Baudouin, ou les «Négril-, 
Ions heiduques » de Portail. 

Mais alors même les ventes n'apportaient à une 
collection que quelques dessins. Ce qui la grossis- 
sait soudainement, c'étaient les coups, ces acquisi- 
tions fortunées d'un marchand arrivant /^remzer après 
un décès tout chaud, et lorsqu'on avait la chance de 
tomber dans l'emménagement de l'achat. J'ai dans 
la mémoire une de ces heureuses affaires faites par 
Danlos père, et où, pour quelques mille francs, il 
avait eu un régiment de cartons, bondés des plus 
curieux dessins et des plus rares estampes. — une 
collection à se vendre maintenant 500,000 francs. 
Dans la boutique, une montagne, un entassement 
de vieux portefeuilles éventrés, d'où se répandaient 
sur le plancher des morceaux de papier montrant 
des coins de crayonnages adorables ; dans l'arrière- 
boutique, des amis, des bouteilles, des verres, et la 
célébration et le joyeux arrosage du marché fêté à 
la cantonade. 
« Ehl... combien ça, monsieur Danlos? » 
Et Danlos, au bout de quelques instants, faisant 



•k LA MAISON D'UN ARTISTE. 

sa rentrée dans la boutique, en se grattant la tète 
de sa casquette violemment remuée sur son occiput, 
vous prenait la chose de la main, et la regardant 
d'un oeil vague, et de côté, tout au bout de son bras 
tendu à la hauteur de sa cuisse, vous disait au hasard 
un prix fort cher... pour le temps, mais bien bon 
marché pour aujourd'hui. 

Ah! l'heureuse époque pour un collectionneur, 
que ces années oîi, du lever au coucher du jour, il y 
avait chez les marchands d'estampes dix jours en- 
tiers à regarder des dessins français, et de quoi pour 
un homme qui aurait eu plus d'argent que je n'en 
avais alors dans ma poche, de quoi en charger 
on fiacre. 

£t les pittoresques silhouettes de marchands, 
hélas 1 tons défunts. 

Tout d'abord le père Blaisot, le descendant du 
libraire établi au xviii® siècle sur les marches 
du grand escalier de Versailles, le doyen des mar- 
chands d'estampes, qui avait eu d'abord la petite 
boutique de la rue Guénégaud, puis le long boyau 
de la rue Taitbout, où furent exposés tant de beaux 
et précieux dessins, enfin le grand magasin de la 
rue de Rivoli : un petit homme maigre, toujours en 
cravate blanche, avec du jovial et du renarré sur la 
physionomie, et une seule dent dans la bouche. On 
le rencontrait trottinant dans tous les quartiers de 
Paris, une gravure, un dessin, une toile sous le bras, 
qu'il vous mettait sous le nez en pleine rue. Un 
homme de goût, un connaisseur, le seul tenant dans 



PETIT SALON. 35 

sa profession pour l'école française, et le seul con- 
current redoutable dans les ventes d'alors. Au fond 
bonhomme sympathique à ses jeunes clients, s'inté- 
ressant à leurs collections. Une des dernières fois 
que je l'ai vu avant sa mort, c'était le 8 septembre 
1870, un jour où j'étais allé voir les travaux du fort 
de Montretout. Des 20,000 ouvriers qui devaient re- 
muer la terre, il y en avait bien en tout deux ou trois 
cents, mais que regardait, avec une inquiétude suffi- 
sante, le pèreBlaisot, en cravate blanche, d'une pe- 
tite vigne toute chargée de ceps de raisins noirs : 
une vigne, sa propriété où était arrêtée la construc- 
tion de la maison dans laquelle sa vieillesse voulait 
respirer l'air pur de la colline, après avoir respiré 
tant d'air putride de salles de vente. 

Un autre singulier petit homme, — celui-là tout en 
boule, — était Mayor, le marchand de dessins an- 
glais, qui, dans sa figure rondelette et blême, avait 
deux petits yeux noirs, assez semblables à des pépins 
dans un quartier de poire, et un nez qui était comme 
une gousse de piment. Perpétuellement à cheval sur 
Londres et sur Paris, Mayor avait ses dessins dans 
de grandes boîtes, et vous les montrait au fond d'un 
appartement aussi sombre que les boutiques des 
anciens marchands de drap de Paris. Debout devant 
vous, il tirait de ses boîtes posées sur le parquet des 
dessins qu'il vous présentait, et cela indéfiniment. 
Vous aviez beau demander grâce, il allait toujours 
avec la régularité mécanique d'un automate, un sou- 
rire en fer à cheval d'une caricature du Punch, et un 



"3^5^ 



A 



36 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

nez qui, par Taffiux du sang à sa tête à tout moment 
penchée à terre, passait de la couleur écarlate à la 
couleur aubergine. Je soupçonne mon ami Mayor 
^'^^ d'avoir parachevé bon nombre de Watteau que le 
Maître avait laissés à l'état de croquis. 

Mais parlons un peu du vieux Guichardot, du 
temps de ma jeunesse, où il habitait la rue Saint- 
Thomas du Louvre, en un logis qui était le vrai ca- 
dre de Foriginal personnage. 

Une rue d'ombre et de silence, où rarement s'a- 
venturait le soleil, où jamais ne passait une voiture. 
Guichardot avait dans cette rue une boutique, une 
^^ espèce de resserre rustique, aux volets clos, et con- 
tre les murs de laquelle montaient jusqu'au plafond 
des cartons, des cartons, des cartons comme je n'en 
ai vu nulle part, et tout remplis de dessins de toutes 
les écoles et qu'on n'avait jamais songé à débrouiller. 
Là dedans, c'était une odeur de papier moisi, délec- 
table et prometteuse pour un amateur. Avec une 
lenteur qui désespérait votre impatience, Guichar- 
dot vous apportait une chaise cassée, puis un carton 
qu'il plaçait dans une filtrée de jour venant de la porte 
de la rue entre-bâillée, et dénouait longuement, lon-^ 
guement les cordons... Enfin, au milieu de l'eff'are- 
ment de cloportes fuyant dans tous les sens à travers 
les dessins, commençait la séance. Lui, placé derrière 
vous, regardait par-dessus votre épaule chaque des- 
sin que vQus regardiez, avec un regard énigmatique 
do son bon œil. Les heures passaient, une nuit rem- 
branesque remplissait la boutique, une pénétration 



PETIT SALON. 9 

humidité vous tombait sur les épaules comme une 
petite pluie invisible, la fatigue de voir commençait 
à vous venir... et lorsque vous vous retourniez, et 
que vous retrouviez cet œil narquois, et cet autre 
boucbé par un morceau de taffetas noir, et cette 
houppelande qui avait des blanchiments imitant le 
salpêtre sur un vieux mur, il vous venait le senti- 
ment d'avoir dans le dos un être fantastique : le 
gnome des vieux dessins. 

Oui, pour terminer, rien n'était plus facile et à 
meilleur marché, dans ce temps, que de faire une 
collection de dessins finançais du xviii® siècle : seule- 
ment, il y avait dans. l'atmosphère un si énorme 
dédain pour cette école, les gens que vous connais- "{ 
siez faisant delà peinture, vous plaignaient avec des 
regards si tristes, vous passiez pour un homme 
tellement privé de goût par les Dieux, qu'il fallait 
avoir un grand mépris de l'opinion des autres, pour 
la faire, cette collection ! 



COLLECTIONS DE DESSINS DE GONCOURT 

PEINTRES , SCULPTEURS , DESSINATEURS , VIGNEÏTISTES , 
ORNEMANISTES, ARCHITECTES DU XVIIl^ SIÈCLE 

Anonyme. — Sur un fond d'architecture, entre deux 

colonnes torses entourées de guirlandes de fleurs, un voile 

tendu par deux amours; en haut, au milieu, un petit 

cartouche représentant Jésus amené devant Gaïphe ; en 

1. 4 



/ 



m- LA MAISON D*UN ARTISTE. 

bas, le layement des pieds des Apôtres prenant tout le ba» 
de la feuille de papier. 

Dessin à la sanguine et à la pierre d'Italie (I). 

Encadrement de page d'un livre religieux, dont le texte 
devait être imprimé sur le blanc et le vide du voile. 

Manière de Halle. 

H. 34, L. 22. 

— Même entourage ; en haut, cartouche représentant 
l'Annonciation ; en bas, le prophète Élie avec un aigle à 
5es pieds. 

Dessin à la sanguine et à la pierre d'Italie. 

Même destination que le précédent. 

Manière de Halle. 

H. 31, L. 22. 

Anonyme. — Sous de grands arbres, au bord d'une 
rivière, une Diane dormant nue au milieu de ses nymphes. 
Bistre sur crayonnage. 
Manière de Callet. 

H. 23, L. 26. 

Anonyme. — Une femme, un pied sur un banc, et qu'un 
jeune homme soulève, l'aidant à atteindre un bouquet de 
cerises; un homme couché à terre et regardant sous les 
jupes de la femme. 

Lavis à l'encre de Chine sur trait de plume. 

Manière de Queverdo. 

H. 21, L. 17. 
Anonyme. — Un sultan assis, les jambes croisées sur un 

(1) A propos de la pierre noire et de la sanguine, ces deux 
matières employées par les dessinateurs du xviiic siècle, nous 
avons une lettre de Watteau qui se plaint de la dureîé de la 
sanguine, et nous savons qu'il la faisait venir d'Angleterre. 
Descamps se plaint également, dans une lettre à Deslriches, de 
la pierre noire qu'on achète à Paris, et dit se la faire envoyer 
d'Espagne. 



k 



PETIT SALON. Si 

divan, une aigrette de rubis à son turban; derrière lui 
trois Turcs, dont Fun fume. 

Aquarelle sur trait de plume. 

Manière mélangée de Liotard et d'Hilaire. 

H, 25, L. 31. 

Anonyme. — Zéphyr caressant Flore couchée à terre. 
Faune surprenant une nymphe endormie sur son urne. 

Dessins sur papier jaune, à la pierre noire estompée, 
rehaussée de craie. 

Ces deux dessins dont j'ai yu autrefois les tableaux, non 
signés, chez Évans, marchand de curiosités, sont faits dans 
la première manière de Vien. 

H. 9, L. 25. 

Anonyme. — Une vue des nouveaux boulevards, pleine 
de monde qui regarde un Arlequin, au son d'un violon, 
balancer un coq sur une corde. 

Encre de Chine, très légèrement lavée d'aquarelle. 

École de Huet. 

H. 27, L. 34. 

Adam [Lambert-Sigismond), Le sculpteur auquel 
Mariette reproche « de faire tout en sorte que tout 
forme trou dans ses ouvrages », le dessinateur facile 
et tourmenté. 

— Fontaine, au pied formé par deux dauphins rejetant 
l'eau que versent, au sommet, deux amours aux extrémités 
de poissons. Tout autour du vase, orné de masques, court 
une frise représentant des jeux d'amours. 

Bistre sur trait de piume^ 

Signé : Adam, 

H. 40, L. 25. 
Amand {Jacques-François). Un artiste que l'on ne 



..^t^'dH 



40 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

connaît guère que par la petite eau-forte insérée 
dans le « Dictionnaire des graveurs » de Basan, un 
peintre qui a eu l'ambition de refaire pour son 
temps, dans une suite de grands dessins, les inté- 
rieurs d'artisans de Bosse qu'il peuple d'ouvriers à 
la tournure d'apôtres, — des ressouvenirs de pein- 
tre d'histoire, transportés dans la vie familière du 
xviii^ siècle. Deux des dessins de cette suite, le 
Menuisie7'ei le Doi^eur, mentionnés dans le catalogue 
du graveur Le Bas, se retrouvaient à la vente de 
M. Laperlier. 

— Dans un atelier aux poutres du plafond soutenues 
par des colonnes de pierre, des ouvriers sont occupés à 
des travaux de menuiserie. Au premier plan, à gauche, 
une femme agenouillée remplit un panier de copeaux (1). 

Dessin lavé à l'encre de Chine sur trait de plume. 

Signé sur un rabot posé à terre : Amand, 

Gravé par Chenu et Le Bas de la même grandeur sous 
le titre : V Atelier du sieur Jadot établi dans remplacement 
de Vancienne église de Saint-Nicolas. 

Vente Lebas et Laperlier. 

H. 33, L. 44. 

AuBRY {Etienne), Des dessins dans la manière de 
Greuze, lavés avec le bistre de Fragonard, mais qui 
n'ont pas la fougue du dessin du premier, ni la 
chaleur du procédé du dernier; le bistre en les des- 
sins d'Àubry ne fait que des salissures (2). 

(1) La plupart des dessins de ma collection ont été reproduits 
en fac-similé par la maison Braun. 

(2) J'excepte deux études d'un homme en chapeau rond, conser- 
vées dans les cartons du Louvre, et qu'on pourrait prendre pour 
des bistres de Fragonard. 



PETIT SALON. 41 

— Dans une chambre de la campagne, ane dame 
faisant embrasser par un garçonnet en matelot un 
tout petit enfant, que tient sur ses genoux une jeune 
femme; à gauche est assis un gentilhomme jouant avec 
une grande canne ; à droite, derrière la chaise de la visi- 
teuse, une vieille paysanne et un vieux paysan se tenant 
debout. 

Bistre. 

Gravé par De Launay, sous le titre : les Adieux a la 
NOURRICE. Le tableau a été exposé au Salon de 1777, et de- 
puis a fait partie de la collection de M. Boitelle. 

Vente Valferdin. 

H. 39, L. 48. 

— Femme tenant contre elle un enfant effrayé à la vue 
d'une souris, que lui montre, dans une souricière, une au- 
tre femme agenouillée. 

Bistre. 

Portant la marque A G P B, la marque de M. de Bize- 
mont, fondateur du Musée d'Orléans. 

H. 28, L. 24. 

Bardin. Un dessinateur du nu, plus anatomiste et 
moins conventionnel que ses contemporains. 

— Au milieu de femmes ivres, aux mains garnies de 
cymbales, un corybante dansant, en agitant au-dessus de 
sa tête un tambour de basque. 

Camaïeu de gouache sur papier jaune réservé pour les 
lumières. 

Signé : Bardin^ 1776. 
Vente Tondu. 

H. 32, L. 16. 

BAJjDOvm (Pie7Te'Antome) Je ne puis que répéter ce 
que j'ai déjà dit : c'est que la gouache de Baudouin 

4. 



4$ LA MAISON D'UN ARTISTE. 

n'a rien du petit art fini et pourléché de Lawreince, 
mais que ses gouaches sont esquissées dans la pâte 
à Teau, ainsi que Fragonard esquissera, plus tard, 
ses nudités dans la pâte à Thuile. Et j'ajouterai que 
toute gouache finie, pinochée, qui a perdu le carac- 
tère d'esquisse, n'est pas un Baudouin ou n'est plus 
un Baudouin. Je vais m'expliquer sur cette dernière 
phrase. 11 y a un certain nombre de Baudouin qui 
ont un dessous vrai, mais qui n'ont que cela, avec 
une peinturlure bête par dessus, et je citerai la 
« Soirée des Thuileries » venant du baron de Saint- 
Vincent, oîi il n'y a plus guère du peintre, à l'heure 
qu'il est, qu'un peu de la femme et son gant long; 
je citerai encore « le Coucher de la mariée » ayant 
appartenu à Roqueplan, où la touche de l'artiste 
n'est plus retrouvable que sur la garniture de la 
cheminée. Les gouaches de Baudouin, ces peintures 
fragiles, un moment abandonnées à Thumidité des 
fonds de magasins et même à la pluie des quais, ont 
généralement beaucoup soufTert et ont été restau- 
rées pour le goût de ceux qui les achetèrent bien 
avant les artistes, pour les vieux polissons. Puis au 
fond il n'a jamais existé de restaurateur capable de 
faire, revivre l'esprit, le faire d'ébauche de ces sortes 
d'ouvrages. Non, disons-le encore, jamais on ne 
rencontre chez Baudouin le travail du dessus de 
tabatière, le joli peiné de la gouache courante ; ^u 
contraire, il préfère au plaisant du métier, aux agréa- 
bles et fausses colorations du genre, des couleurs 
qui visent à la solidité, à l'intensité, à la vérité de la 



\ 



PETIT SALON. 4t 

peinture à l'huile, et les « Soins tardifs », de ma collec- 
tion, sont un curieux spécimen du sérieux introduit, 
dans la gouache, par l'artiste si maltraité par le ver- 
tueux Diderot. Mais s'il y a beaucoup de Baudouin 
repeints, il est encore un plus grand nombre de copies 
du temps, exécutées dans une coulée sans transpa- 
rence, sans ruptura de^ tons, h l'apparence mate 
et plâtreuse de papier peint, et parmi lesquels je 
classerai, les gouaches jusqu'ici connues du « Con- 
fessionnal » et du « Catéchisme ». Parmi tous les 
Baudouin que j'ai vus, je ne connais de Baudouin 
originaux et sincères, en dehors de ceux catalogués 
ici, que sa gouache de réception d'une exécution très 
faible, le croqueton du « Fruit de l'Amour secret » 
gardé dans un carton du Louvre, un second exem- 
plaire avec différences de « l'Épouse indiscrète » 
provenant de la vente du baron Saint- Vincent et 
possédé par M. Edmond de Rothschild (1). 

— Une femme, cachée par un amas de matelas jetés sm 
un fauteuil, épiant son mari, qui prend la gorge d'une 
chambrière, renversée sur le lit qu'elle était en train de 
faire. 

Gouache. 

Gravée en réduction par Simonet, sous le titre : 1*Épousb 
INDISCRÈTE. Elle est gravée avec changement : la femme, 
agenouillée dans la gravure, est debout dans le dessin 

Provenant de la collection Paignon-Dijonval, dans le ca- 

(1) A la vente Pourtalès, était exposée la gouache de la 
composition gravée sous le titre du Curieux, mais elle était ex 
posée au-dessus d'une porte, et il m*a été impossible de la voir, 
de manière à la juger. 



4* LA MAISON D'UN ARTISTE. 

talogue de laquelle cette composition est cataloguée sous 
le n» 3542. 

H. 33, L. 29. 

— Un gouverneur pénétrant avec son élève dans une 
chambre à coucher, où se voit, sur un lit, une femme dor- 
mant presque nue. 

Aquarelle sur trait de plume. 

Gravé par de Ghendt en réduction et avec changements 
dans la suite des Quatre parties du Jour, sous le titre : le 
Matin. 

Vente Prault, où cette aquarelle est décrite sous le n? 43, 
et seconde vente Tondu. 

H. 25, L. 20. 

— Une jeune villageoise et son amant surpris dans un 
grenier, au milieu de leurs ébats amoureux, par la mère 
de la jeune fille, dont la tête apparaît dans l'ouverture 
d'une trappe. 

Gouache. 

Gravé par De Launay sous le titre : les Soins tardifs. 

Vente Tondu. 

H. 29, L. 22. 

— Une femme & sa toilette, dont un coiffeur accommode 
les cheveux, pendant qu'une fille de chambre l'éclairé avec 
une bougie; un gentilhomme accoudé sur la toilette. 

Croquis à la plume, lavé d'aquarelle. • 
Première idée du sujet gravé par Ponce, sous le titre : 
LA Toilette, mais différente de la composition définitive. 

H. 23, L* i8. 

Beugnet. Un de ces ignorés dessinateurs, dont je 
crois que toute l'existence artistique est révélée par 
« la Marchande de bouquet et la Marchande de 
noix à la guinguette », deux estampes mentionnées 



dans le catalogue de Paignpn-Dijonval, et la piésence 
dans ma collection, de deux grandes et mauvaises 
gouaches, très curieuses pour l'iconographie de la 
Révolution. L'une d'elles est incontestablement Vile 
d'Amour de fielleville, bal devenu une mairie, et qui 
avait conservé, dans sa cour, le kiosque de treillage 
de mon dessin, existant encore il y a une vingtaine 
d'années. Elles ont encore un intérêt, ces deux 
gouaches datées de 1793 : elles vous donnent la re- 
présentation du bonnet rouge élégant de ces années, 
du bonnet, pour ainsi dire, des muscadins du temps, 
une espèce de bonnet à la houssarde, au ^land tom- 
bant sur le côté, bleu de ciel, bordé d'une large 
bande rouge. 

— Un cabaret de la Courtille sons la Terreur. 

La façade est surmontée d'un écusson flanqué de dra- 
peaux tricolores et couronqé d'un bonnet rouge. Aui 
tables du jardin, des femmes, des enfants, des civils, des 
militaires boivent, mangent, fout l'amour. Sous l'ombre 
de grands arbres, un orchestre composé d'un violon, d'un 
cor, d'une basse, fait danser une contre-danse à quatre 
couples. Au premier plan est assis sur une table un mili- 
taire, le casque sur la tête, en habit à parements rouges, 
en gilet et en culotte jaunes, eu bas bleus. 

Gouache. 

Signé ; Beugnel, (793. 

H. 35, L. S3. 

— L'Ile d'Amour. 

Sous un pavillon de treillage surmonté d'un bonnet 
rouge, un couple danse. Les tables sont peuplées de fem- 
mes au petit bonnet de linge noué d'un ruban, aux am- 



4« LA MAISON D'UN ARTISTE 

pies fichus croisés sur la poitrine, et d'hommes poudré» 
en carmagnole de couleur tendre, en vléf^anii bonnet 
rouge. Un homme, tout habillé de rose, donne le bras à 
une femme tout habillée de bleu, et qui poite sur la tête 
une sorte de chapeau de pierçot, entouré d'une guirlande 
de roses. Une femme qui a une ceinture tricolore, s'évente, 
un pied posé sur un tabouret, tout en causant avec des 
gardes nationaux. Au premier plan, à gauche, dans un 
appentis, un garçon cabaretier verse le viu d'un broc dans 
un litre d'étain. 

Gouache. 

Signé : Beugnet, 1793. 

H* 35, L. o3* 

Blarenberghe {Louis- Nicohs). On connaît le faire 
microscopique de cet artiste de tabatières et de 
boîtes. Aurait-il fait parfois des choses plus larges ? 
Voici un dessin qui a tout Tair d*un Lepaon, et que 
je n'aurais jamais songé à attribuer à Blarenberghe, 
si je n'avais trouvé chez M. Edmond de Rothschild 
la gouache terminée et, je crois, signée. Malgré cela, 
je n'ai pas une bien entière confiance dans moa 
attribution. 

— Course de chevaux dans la plaine des Sablons. Au 
premier plan des gentilshommes à chevalet des carrosses, 
dont l'un est attelé de six chevaux. 

Croquis à la plume, lavé à l'encre de Chine, avec les 
figures de second plan et le paysage seulement indiqués 
à la pierre noire. 

La gouache de M. Edmond de Rothschild porte la date 
de 1782. 

H. 26, L. 64. 



PETIT SALON. 4T 

BoiLLY (Zow/s-Zeo/}o/c?). Dessinateur, dontles grandes 
aquarelles de scènes bourgeoises, aux contours d'une 
calligraphie facile, aux colorations par larges teintes 
plates étendues sur des ombres uniformément pré- 
parées à Tencre de de Chine, ne manquent pas d'un 
certain effet dû à la simplicité du procédé, de l'effet 
qu'obtenait avant lui, dans ses humoristiques lavis 
en couleur, l'Anglais Rowlandson. 

— Dans une rue de Paris, par une pluie battante, un 
mari, donnant la main à deux enfants, et suivi de sa femme 
et de sa fille, qui tient un parapluie sur la tête de sa mère 
en toilette de soirée, traverse une passerelle jetée sur 
un ruisseau. A gauche, un homme du peuple causant avec 
une cuisinière. 

Dessin sur trait de plume, rehaussé d'aquarelle sur 
lavis d'encre de Chine. 

H. 32, L. 40. 

BoissiEU [Jean-Jacques de). Un Hollandais de Lyon 
retrouvant parfois, en ses laborieux lavis à l'encre 
de Chine, les habiles petits coups de lumière des 
grands maîtres des Pays-Bas. 

— Un groupe d'arbres, éclairés sur leurs cimes, par une 
lumière frisante qui vient de la gauche, et projetant leurs 
ombres à terre; au fond, un lointain montagneux du 
Lyonnais. 

Lavis à l'encre de Cine. 



Signé : D. B, 1793. 



H. i2, L. 24. 



BoQUET. C'est le dessinateur officiel des Menus- 
Plaisirs, rimaginateur, pendant toute la seconde 



48 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

moitié du XTiii** siècle, de tous les costumes et tra- 
vestissements pour les opéras représentés et les 
bals de la cour. Un trait de plume ou de crayon à la 
Eisen, mais encore plus cursif, balayé de quelques 
touches à l'aquarelle jetées à la diable, et voilà sur 
le papier pour le costumier un ingénieux, coquet, 
lumineux habillement. Et ces croquis ont encore, 
pour l'histoire du costume au théâtre, de précieuses 
indications écrites de la main de Boquet au bas de 
chacun d'eux. On connaît trois recueils de ces pré- 
cieux dessins : l'un qui faisait partie de la collection 
d'estampes de M. Devéria, et qui a été acquis avec sa 
collection par le cabinet des Estampes, un autre qui 
a été acheté 5,600 fr. par les archives de l'Opéra, à la 
vente du baron Taylor, le troisième qui est chez moi. 

— Sophie Arnould, en costume d'Eucharis dans TOpéra 
des « Caractères de la Folie ». 

Aquarelle sur plume. 

Le dessinateur des Menus a écrit au bas de son croquis : 
]jl/[iîe Arnould. Eiicharis, 2"^« entrée. Fond de petit satin rose 
à bandes tamponnées, bandes de gaze d'Italie aussy tampon- 
nées bordées de rézeau d'argent frisé ; la gaze d'Italie traversée 
de bandes de satin découpées, bouillonnées de nœuds par 
distance de satin rose; une frange d'argent avec un rézeau 
sur la teste; vêtement de dessous d'argent; mante de satin 
rose imprimé, 

H. 24, L. 15. 

— Recueil de 106 costumes et travestissements exécutés 
pour les opéras représentés à la cour et les bals de la Reine. 

Opéra. Le chant. — M"»* S. Arnould, 3 costumes poui? 
Topera d'Argie. — M"^ Duplant, i pour le Prologue des 



PETIT SALON. 49 

Amours des Dieux. — M"® Chevalier, 2 pour Acis et Ga- 
latée, etc. — M^** Dubois, 2. — M. Pillot, i pour les Carac- 
tères de la Folie. — M. Cassaignade, 2 pour le Fragment 
de l'acte Turc, etc. — M. Legros, 2 pour Persée, etc. — 

M.Larrivée, i pour les Romans. La danse M^'°Guimard, 8 

pour les opéras de Persée d'Azolân d'Ismenias, etc. — 
M^i^ Lyonnois, 3 pour la pantomime des Suivantes de la 
Mode, etc. — W^^ Peslin, 3 pour Tancrède, Orphée, etc. 

— W^^ Vestris, 4 pour les Talents Lyriques. — W^° Heinel, 
1 pour Anacréon. — M^^® Allard, 3. — W^^ Lany, i pour 
Dardanus. — M'^® Mion, i. — M. Vestris, 4 pour Cythère as- 
siégée, etc. — M. Dauberval, 4 pour la Provençale, etc. — 
M. Lany, 2. — M. Laval, i. — M. Léger, 1 . — M. Gardel, 4. 

— M. Dupré, 1 . Et encore des costumes d'acteurs et d'ac- 
trices chantant dans les chœurs, de danseuses et de dan- 
seurs, de figurants, de comparses, et de personnages intitu- 
lés « un Ruisseau », « un Plaisir », « un Monstre né du sang 
de Méduse » ; puis de nombreuses feuilles de groupements 
d'acteurs et d'actrices, ou d'actrices seules, comme la figu- 
ration par M^^*^^ Audinot, Duperré, Dervieux, du groupe 
des trois Grâces dans l'opéra d'Atalante. Enfin, des croquis 
préparatoires de la mise en scène, avec des légendes ainsi 
rédigées : « Un abbé apprenant à jouer de la flûte avec son 
maître; le maître est havre sec (sic), Vabbé gros, joufflu, 
avec de gros sourcils noirs. » 

Comédie française, W^^ Doligny, 1 pour la Princesse de 
Navarre. 

Bals de la Reine. La comtesse de Boufflers, 1 . — Le duc 
de Bourbon, 1. — Le duc d'Avray, 1. 

Tous ces dessins, sauf deux exécutés à la mine de plomb, 
sont croqués à la plume, et le plus souvent, enlevés au 
pinceau trempé d'encre de Chine et lavés d'aquarelle. 

BoREL {Antoine.) Le dessinateur et le vignettiste 
galant, qui de la volupté spirituelle de ses maîtres, 

I. 5 




50 LA MAISON D'UN ARTISTE, 

fait la volupté bête et pataude, qui est le caractère 
et la signature de ses dessins et de ses tristes lavis. 

— Un repas dans la campagne, où sur une table dressée 
sous de grands arbres, au milieu de paysans auxquels on 
distribue du vin, deux gentilshommes trinquent avec de 
jeunes villageoises. 

Dessin à la plume, lavé d*encre de Chine et par dessus 
d'aquarelle. 
Signé : Borel. 

H. 22, L. 30. / 

BoucHARDON {Edme), Le dessinateur que les mon- 
teurs de dessins du temps appelaient Apeliotès^ dans 
le cartouche de leur encadrement; le dessinateur 
dont de simples contre-épreuves dépassaient 700 li- 
vres à la vente Mariette ; le dessinateur à la filée sa- 
vante du contour, à Téphébisme de la ligne dans le 
nu académique, à la carrure puissante du trait dans 
rhabillé de ses Cris de Pans; oui, celui-là, si haut 
placé par le xviu® siècle, et si digne d'estime à toutes 
les époques, aurait-on pu penser qu'il tomberait si 
bas, que le dessin de ma collection, — et un dessin 
de cette même vente Mariette, — serait acheté 2^ sous 
par Gavarni, dans sa jeunesse, étalé où? sur le bou- 
levard du Temple, dans la bouel 

— Un monstre ailé, sur des nuages, semant des fleurs. 
Sanguine. 

Au bas du dessin, de récriture de Bouchardon : le Vent 
d'orient. 

Il porte la marque de Mariette, et était catalogué sous 
le n° 1121 de sa collection. 

H. 39, L. 28. 



PETIT SALON. U 

BoucHEK (François) (1). Le sentiment et le rendu 
de la chair de la femme, de sa vie frémissante, de 
sa molle volupté, en dessin aussi bien qu'en pein- 
ture, c'est le talent de Boucher et qui n'appartient 
qu'à, lui seul. A ce don joignez la perception du dé- 
sordre pittoresque, du fouillis du paysage, qui fait 
du peintre de M"*® de Porapadour un révolution- 
naire dans la nature académisée et le feuillage à cinq 
doigts du xvn® siècle. Et ce nu féminin et ce rusti- 
que de la campagne de son temps , Boucher le for- 
mule sur le papier avec toutes les adresses et toutes 
les habiletés imaginables, et vous trouverez, dans 
ma collection, des académies de femmes qui vont au 
maître des maîtres de la chair, à Rubens, et des 
paysages matutineux faits d'une caresse d'estompé 
d'une modernité qui étonne (2). Vous y rencontrerez 
aussi presque tous ses procédés, même un spécimen 
de peinture à l'essence sur papier, et, une chose 
tout à fait rare, une aquarelle à la tonalité d'une 
vieille tapisserie passée. Ils sont nombreux et de 
belle qualité, les Boucher, en ma maison d'Auteuil, 

(1) Je ne reprendrai pas ici Tétude que j'ai faite sur le des- 
sin de Boucher dans « l'Art du xviii*^ siècle » ; j'y renvoie le 
lecteur ainsi que pour les procédés du dessin de Waiteau, de 
Chardin, de La Tour, de Greuze, des Saint- Aubin, de, Gravelot, 
de Cochin, d'Eisen, de Moreau, de Debucoui't, de Fragonard, 
de Prud'hon. 

(2) Des paysages de Boucher, surtout quelques mines de 
plomb, dont j'ai vu deux ou trois échantillons choz la baronne 
de Conantre, semblent des mines de plomb de 1830. J ajipelle 
aussi l'attention sur la ressemblance de certains dessins de 
Boucher avec quelques dessins de paysage de Jacques l'aqua- 
fortiste. 




5! LA MAISON D'UN ARTISTE. 

et cependant il m'en manque un, auquel je pense 
de temps en temps, comme on pense à une femme 
qu'un rien stupide vous a empêché de posséder. Il y 
avait en ce temps, dans la dernière boutique du quai 
Voltaire qui touche à l'École des Beaux-Arts, un 
marchand de tableaux et de dessins, un vieux Hol- 
landais du nom de Steinhaut, méprisant très fort 
l'école française, et dans l'escalier noir duquel j'ai 
trouvé mon Moreau de « Marie-Antoinette se ren- 
dant à Notre-Dame ». Un jour cependant je voyais 
exposé à son étalage un Boucher, une merveille, un 
tout petit portrait de M™® de Pompadour, miniature 
au pastel, dans un encadrement d'amours et d'attri- 
buts d'art de la plus large facture, pardieu! un Bou- 
cher, dont je retrouvais plus tard la description dans 
le catalogue de la collection de M. Sireul, celle que 
l'expert désignait souslenom du Portefeuille de M, Bou- 
cher. Je marchandai le dessin au bonhomme Stein- 
haut: ilme disait qu'il était honteux,qu'il s'était laissé 
entraîner dans une vente, — je crois, la vente de M. de 
Cypierre, — qu'il l'avait payé beaucoup trop cher, et 
m'engageait à ne pas acheter son dessin. La nuit, je ne 
pouvais dormir et avais tout le temps, dans mes yeux 
fermés, ledit Boucher. Le lendemain matin, après 
avoir réuni les 160 francs demandés du dessin^ je 
courais quai Voltaire : le Boucher était vendu à un 
Anglais, et je sortais de chez mon Hollandais avec 
l'âpre et l'enragé désir des choses qui vous sont en- 
levées. A quelques jours de là, passant sur le quai, 
Steinhaut m'appelait du seuil de sa porte, et me 



PETIT SALOK» 53 

disait que son Anglais était dèscoùtè du de^J^în, quH 
me le céderait au prix qull Taxait payé, que o'étaU 
conrenu* que je n'avais qu*à y aller un dimanoho 
matin, jour où j'étais sûr de le trouver. Le dîman- 
che suivant» j'étais de fort bonne heure à Tailrt^sso 
de TAnglais. Une affaire imprévue par hasanl Tavv^il 
forcé de sortir, et je me trouvais en présence d'une 
longue lady. Elle sonnait, on apportait le Boucher» 
et je commençais à sortir de mon gilet, avec des 
doigta tremblants d'émotion, mes huit louis, quand 
cette Anglaise, qui semblait avoir autant de vinaigre 
dans le caractère que de coupeixiso sur la liguro. 
s'écria tout à coup :.« Mon mari, Monsieur» uVsl pas 
forcé de vendre ce dessin comme vous stMnbloK lo 
croire?» — « Mais non.Madamo, rien dans inos 
paroles... » — « Mais si. » — « Mais non. » Kl llna- 
lement elle se refusa absolument à mo lo vendre. 
Ce n*est pas mon seul desideratum ^ il me reviont on 
ce moment, dans le souvenir, un dessin do Waltoau 
que moi seul à la vente, où il se trouvait, savais ôlro 
la première idée de la Conversation, roproduisatil li^ 
portrait de Watteau et de M. do Julienne, ot c^nooro 
dans une autre vente un vrai bijou, une gouac^lu^ tlo 
Taunay, représentant une chasse fl courre en hnhiU 
rouges, sous la fouillée d'automne d'une forôt, et 
combien d'autres, hélas 1 



— Académie de femme nue, vue de do», hanchnnt k 
droite sur ses pieds entre-croisés; une do h<!h m/iirts est 
appuyée sur des étoffes, que son autre main «oulève. 

5. 



j 



LA. MAISON D'UN ÀBTISTB. 

"sin sur papier jaune, aux trois crafoas, retuuusé ds 
H. 36, L. 3i. 

(académie de femme nue, rue de dos, le taloa da 
le derrière un peu soulcvi^, el dans le mouvement 
fi'mme passant une chemise. 
9in sur papier gris, à la pierre d'Italie, rehaussé da 

H. 36, L. 2J. 

\<^adémie de femme nue, vue de face, le haut da 
appuyé sur un piédestal sculpté d'amours, les 
■élevés au-dessus de la tête et la pouronoant. 
sin sur papier gris, k la pierre d'Italie, rehaussé de 

a. 35, L. 19. 

Académie de femme nue, couchée, vue de dos, la 
du corps un peu soulevé, une jambe repliée sous 
i et dont on voit la plante du pied, 
sin sur papier jaune relevé de quelques touches da 
bleu. 

H. 28, L. 39. 

L'Adoration des bergers. 

uisse à l'essence sur papier. 

(ueLte pour le tableau d'autel de la chapelle du chA- 



lant la marque da chevalier Damery et provenant 
vente Viltenave. 



Une jeune Olle encore vêtue de sa chemise, du bout 
I pieds essayant l'eau d'un ruisseau ilans lequel elle 
baiguer; elle aie bras passé sur les épaul^ d'une 









PETIT SALON. » 

compagne ; des amours, à mi-jambes dans Teaa, jouent 
avec un cygne. 

Dessin à la pierre d'Italie. 

Gravé à l'eau-forte par Huquier sous le titre : Vénos au 
BAIN, en tête du Troisième livre de sujets et pastorales par 
F. Boucher, peintre du Roy; gravé également en fac-similé 
dans l'œuvre de Demarteau, n° 345. 

H* 22, L* io* 

— Jeune femme vêtue « à l'espagnole », assise sur une 
chaise aux pieds contournés; elle a un collier de ruban 
au cou, et tient, de la main droite levée en l'air, un éventail. 

Dessin sur papier jaune aux trois crayons. 
Signé : Boucher, 1750. 

Ce dessin, provenant de la collection Niel, passait en 
1781 à la vente Sireul, où il était acheté 123 fr. par M. Dulac^ 

H. 34, L. 24. 

— Jeune femme assise dans un fauteuil de profil, tour- 
née à gauche, la tête vue de trois quarts. Un petit bonnet 
jeté sur ses cheveux roulés, elle tient un écran à la main. 

Dessin à la pierre d'Italie (1). 
Vente Villot. 

H. 34, L. 23. 

— Un berger agenouillé retirant les bas d'une bergère 
en chemise qui va se mettre à Teau ; derrière, une femme 
qui commence à se déshabiller. 

Dessin sur papier jaune à la pierre d'Italie rehaussé de 
craie. 

H. 26, L. 23. 

— Jardinière à mi-corp^, un grand chapeau de paille 

(1) Ce dessin, qui n'est pas tout à fait dans le faire connu de 
Boucher, est signé pour moi dans la rondeur du dessin de la 
main. 



LA MAISON D'CN ARTISTE. 

haat de la tête, et peDCbèe sur un panier qn'ella 

:e ses deui mains. 

lin SUT papier bleu à la pierre d'Italie, rehaussé de 

H. 27, L. 30. 

ergère assise sous des arbres, et mettant à sod cha-' 
ine rose que lui demande un berger; auprès d'elle, 
icvre et des moutons, 
are Ile. 

H. 16, L. 21. 

In vase à l'anse formée par un masque d'où pend 
lirlande de lauriers, sur la pan^e, un culbutis d'a- 
I, fond de paysage, 
iln sur papier jaune, à la pierre noire, rehaussé de 

de pour le rase figurant, dans la composition 
i par Aliamet, sons le titre de la Bergëeie pré- 

H. 26, L. 18. 

Petite passerelle en bois sur laquelle un enfant re- 
un autre péchant à ta ligne, 
sin à la piene noire, au ciel estompé, 
te Aussant. 

H. 31, L. 23. 

Cour de ferme rustique; sous la treille de la porte 
te, une mère avec un enfant dans sa jupe, au bas de 
ier, une femme soulevant une terrine; au premier 
un homme assis par leire à côté d'un âiic. 
sin à la plume, lavé de bistre, sur un frottis de san- 

H. 24, L. 21. 
ha d'une chaumiéje au toit de chaume, une femme 



PETIT SALON. 57 

en train de laver dans une auge, sous l'enchevêtrement 
de petits arbres s'entre-croisant au-dessus d'un puits. 

Dessin sur papier gris, à la pierre noire, rehaussé de 
craie. 

Signé à Tencre sur l'auge : Boucher, 

H. 24, L. 26. 

Caresme [Philippe,) Un bistreur, un aquarelliste, 
un gouacheur, toujours erotique, volontiers obscène, 
au dessin lourd, à la grâce mastoc^ à la sensualité 
toute matérielle, et dont Téternelle bacchanale res- 
semble à une suite de dessins copiés d'après de 
mauvais bas-reliefs de la décadence romaine. 

— Des satyres courent dans la campagne, portant à cru 
sur leurs épaules des nymphes nues, la coupe à la main. 
Au premier plan une nymphe et un satyre sont tombés 
aux pieds d'un autel, décoré de têtes de bouc. 

Dessin à la plume et au bistre. 

Signé : Ph, Caresme i780. 

Vente Ôdiot. 

H. 32, L. o3. 

Carmontelle {Louis), « L'homme aux profils », un 
dessinateur qui n'est qu'un amateur, un aquarel- 
liste dont les colorations ont quelque chose des petits 
tableaux de l'époque, fabriqués en paille colorié; e1 
cependant, malgré tout ce qui lui fait défaut, Car- 
montelle est intéressant, comme un homme qui a 
fait poser devant lui la société de son temps, et a 
recueilli tout ce que donne à un artiste incomplet 
le (Tapj'ès nature du dessin. Il faut avouer que ses 



58 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

croquis au crayon noir et à la sanguine sont très 
supérieurs à ses aquarelles. 

— Une femme en robe blanche à fleurette rouges, en 
mante! et noir fermé, travaillant les mains couvertes de 
mitaines. Elle est enfoncée dans une bergère sur le dos- 
sier de laquelle s'appuie un homme, le chapeau sous le 
bras, et a en face d'elle une femme en robe bleue, assise 
sur le bout d'une chaise et penchée vers elle. 

Aquarelle. 

J'ai cru longtemps que ces deux femmes étaient 
]y[mes Hérault et de Sécbelles, gravées par Delafosse, mon 
dessin ayant une certaine ressemblance avec la gravure, 
mais un examen plus attentif m'a convaincu que je m'é- 
tais trompé, et que les deux femmes, représentées ici, n'a- 
Taient point été gravées. 

H. 26, L. 19. 

— Un gentilhomme de profil tourné à gauche, le tri- 
corne sur Toreille, la main enfoncée dans la poche de sa 
veste. 

Dessin au crayon noir et à la sanguine. 
Au dos, d'une écriture du temps : M. le chevalier de MB' 
niglaise (1). 

H. 20, L. 15. 

Casanova. Dessinateur qui, en ses dessins, a ua 
peu de la /wr/a que mettait le Bourguignon dans sa 
peinture militaire. 

— Charge de cavalerie sur une batterie d'artillerie ; au 
premier plan un artilleur, la tête nue, une mèche à la 
main. 



(1) Le chevalier de Menllglaise est un faiseur de romances, 
dont plusieurs sont données dans les Chansons de Laborde. 



PETIT SALON. 59 

Bistre sur trait de plume. 

H. 22, L. 40. 

— Près d'un grand arbre, sous lequel est bâti un petit 
corps de bâtiment, une pyramide surmontée d'une fleur 
de lys que des gens regardent. 

Dessin à la pierre d'Italie, lavé de bistre. 

Dans la marge, d'une écriture du temps : Obélisque 
élevé à Turenne oà il fut tué d'un boulet de canon. Esquisse 
de Casanova. 

H. 39, L. 31. 

Chardin {Jean-Simon). « Chardin, dit Mariette, ne 
voulait s'aider d'aucun croquis, d'aucun dessin sur 
le papier. » Donc les dessins de Chardin sont de la 
plus grande rareté, et aucun des dessins très termi- 
nés, que les catalogues de ventes modernes lui attri- 
buent, ne lui appartiennent. Tout ce qu'on peut 
espérer rencontrer de sa main, ce sont de hâtives 
croquades d'une composition, quelques études dans 
le genre de ce fusain représentant une femme le 
panier au bras, mentionné dans la collection des 
dessins de d'Argenville , des études pareilles à mon 
« Joueur de boule », à la silhouette flottante et 
comme estompée par le pouce du peintre, — une 
sanguine qui, par parenthèse, est la seule étude que 
je connaisse, signée d'une signature authentique. 

— Homme coiffé d*un tricorne , de profil , tourné à 
gauche, une épaule appuyée à un mur, se disposant ù. lan- 
cer une boule. 

Sanguine estompée. ' 
Signé : J. B. Chardin 1760. 

H. 33, L. 22. 



60 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

— Un homme montrant la curiosité à deux polissons. 
Sanguine avec queJques touches de crayon noir et de 

craie sur papier jaunâtre. 

Au bas, d'une écriture du temps : Chardin, en haut, à 

droite, de la main de Chardin '.demain Mouffard... 

vhapon p.,, detin. C'est sans doute, rognée parle couteau 
du monteur Glomy, une invitation du peintre à un ami, 
écrite par lui sur son dessin, pour l'inviter à manger le 
lendemain un chapon au Plat d'Étain. 

Ce dessin passait avec le titre de la Curiosité sous le 
n*> 482 à la vente anonyme du 2 mai 4791. 

H. 20, L. 22. 

— Un jaquet, un petit laquais au grand chapeau aui 
rebords retroussés, à la houppelande qui lui tombe sur les 
talons ; il désigne de son bras droit étendu quelque chose 
à la cantonade. 

Dessin aux trois crayons sur papier jaunâtre. 

Ce dessin, dessiné sur le même papier que « la Curiosité » 
et monté dans la même monture ancienne, était attribué, 
par une écriture du temps, à Chardin. 

H. 49, L. 40. 

— Une vieille femme assise de face, représentée à mi- 
corps et tenant à deux mains un chat sur ses genoux. 

Dessin sur papier jaunâtre, à la pierre d'Italie, rehaussé 
de craie. 

Le dessin portait au dos, d'une écriture du temps, le 
nom de Chardin. 

Première idée du portrait peint, possédé par M"^® la ba- 
ronne de Conantre, un des plus beaux portraits du xvin^ siè- 
cle et dans la facture à la fois blonde et bitumineuse des 
Chardin de Vienne. On le dit signé, mais je n'ai pu véri- 
fier la signature. 

H. 26, L. 19. 



PETIT SALON. 61 

Ghasselat. Pauvre illustrateur, dont les dessins 
d'avant la Révolution sont rares. Ces dessins, qui 
viennent de chez Masquelier, avaient été attribués à 
ce petit maître par M. Villot, qui ignorait que Ghas- 
selat avait légué, à sa mort, tous ses dessins à Mas- 
quelier. 

— Jeune femme assise de côté dans un fauteuil, la tête 
de face tournée à droite, les mains croisées à gauche sur 
un genou relevé ; coiffure bouffante, robe à manches cour- 
tes, fichu sur les épaules. 

Dessin sur papier jaunâtre, au crayon noir, rehaussé de 
craie. 
Vente Villot. 

H. 30, L. 18. 

— Femme assise sur un fauteuil de face, un pied dont 
la pointe est relevée, posé sur un coussin. Coiffure dans 
laquelle est piquée une rose, ample fichu, rose au corsage 
à échelle. 

Dessin sur papier jaunâtre, au crayon noir rehaussé 
de craie. 
Vente Villot. 

H. 30, L. 20. 

GocHiN [Charles- Nicolas). Le dessinateur issu de ces 
générations d'artistes, que Marolles appelait les /ae/fes 
Cochins, l'homme qui dessina pendant soixante-sept 
ans, se reposant le soir des dessins de commande de 
la journée par des dessins pour les amis, l'historio- 
graphe au trait des Mariages et des Deuils royaux , 
le profileur des célébrités de son temps, Vestampiei 
de tous les livres illustrés de l'époque, l'alerte 
crayonneur, dans une silhouette à la Guardi, du 

I. b 



8t LA MAISON D'UN ARTISTE. 

petit gentilhomme cambré , de la petite femme à la 
jupe ballonnante d'alors, et auxquels il fait une phy- 
sionomie avec quatre points d'encre, le dessinateur 
à la pierre noire , à la mine de plomb , à la san- 
guine, au bistre, à l'encre de Chine, à l'aquarelle î 
Disotis, par parenthèse, que Cochin est un assez piè- 
tre aquarelliste et dont les grandes aquarelles des 
Fêtes de cour ne valent pas beaucoup mieux que 
des enluminures, et Moreau jeune lui-même n'est 
guère plus aquarelliste que Cochin. De vrais pein- 
tres à Teau, de coloristes tripoteurs du procédé, 
il n'y a guère parmi tous les artistes français du 
XVIII®, que Baudouin et Gabriel de Saint- Aubin, et 
encore, dans le paysage, Moreau l'aîné, dont je me 
rappelle une petite vue du Pont-Neuf, qui avait tous 
les caractères de modernité d'une aquarelle anglaise 
de 1830. 

Dans la série des Cochin qui sont réunis ici , il en 
est trois, qui sont de précieux documents pour l'his- 
toire de notre ancienne académie, de son enseigne- 
ment : ils nous font assister aune séance du modèle^ 
ils nous introduisent dans la salle d'un concours. 

— Portrait de Fenotiillot de Falbaire; il est représenté 
dans un petit cadre octogone, surmonté d'un rameau de 
chêne. 

Dessin à la pierre noire. 

Signé au-dessous de la tablette : C N. Cochin delin, 1787 

Gravé par Augustin de Saint-Aubin. 

H. 14, L. 9. 

— Portrait de M"^'^ Dessaux, femme du premier méde- 



I 



PETIT SALON. «* 

cin de l'Hôtel-Dieu de Paris; elle est représentée les che- 
veux frisés et hérissés autour de la tête, une large cra- 
vate de mousseline blanche au cou, la poitrine dans 
un corsage aux gros boutons et aux revers d'un habit 
d'homme. 

Dessin à la pierre noire. 

Signé dans la marge : C. N- Cochin f. delin, 1788. 

Le nom de M"^® Dessaux, ainsi que celui de so» mari 
sur un dessin qui faisait pendant à celui-ci, était écrit au 
dos, d'une écriture du temps. 

H. 15, L. 11. 

— Portrait de femme, de profil, tournée à gauche ; elle 
est représentée dans un médaillon, une fanchon de den- 
telles dans les cheveux, un collier de fourrure au cou, un 
mantelet jeté sur son corsage décolleté. 

Dessin à la mine de plomb et à la sanguine. 

Signé au-dessous de la tablette : C. N. Cochin filius 1759. 

H. 17, L. 13. 

— Petite société de gentilshommes et de dames parées 
conversant, en se promenant dans un parc; à gauche, une 
femme, vue de dos, montre en Fàir quelque chose du bout 
de son éventail fermé. 

Aquarelle sur trait de plume. 

H. 13, L. 20. 

— Salle de spectacle de Versailles garnie de ses spec- 
tateurs des loges, du parterre et des musiciens de Tor- 
chestre; le roi est le seul homme assis au milieu des 
femmes qui garnissent la première rangée du balcon. 

Lavis à l'encre de Chine. 

H. 31, L. 41. 

— Dans le décor et la perspective d'un immense palais,, 



«4 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

quatre groupes de danseuses et de danseurs, costumés 
d'une manière différente, exécutent un ballet. 

Aquarelle sur trait de plume. 

Signé sur le soubassement d'une colonne : Cochin f. 

Au dos du dessin se trouve écrit de la main du peintre : 
Les Amours de Tempe, Ballet héroïque de quatre entrées 
1752, à Versailles. 

H. 41, L. 60. 

— Deux compositions allégoriques : « L'une figurant 
le mausolée do la Reine de France (Marie Leckzinska) érigé 
dans Téglise de Saint-Denys le \ \ aoust 1768 et représentant 
la France désolée, couchée auprès d'un cyprès, à côté du 
tombeau de la Reine; l'autre figurant le catafalque de la 
Reine de France dans l'église Notre-Dame de Paris le 
6 septembre 1768 et représentant le cercueil de la Reine, 
entourée des Vertus qui pleurent pendant que l'Immorta- 
lité lui présente une Couronne d'étoiles. » (Catalogue de 
Cochin fils par Jombert.) 

Sanguines. 

Le second de ces dessins est signé : C. N. Cochin filius 
delin. 1768. 

Tous deux ont été reproduits en fac-similé par Demar- 
teau. 

H. i1,L. 22. 

— La Sûreté, le Péril. — La Simplicité, la Uuse ou la 
Fourberie. — L'Opinion, VEntétement, l'Incertitude. 

Les deux premiers dessins à la pierre noire, le troisième 
à la sanguine. 

Ces trois dessins allégoriques ont été gravés dans l'Ico- 
nologie par Ponce, Gaucber, Leveau. 

H. 9, L. 5. 

— Au-dessous du cadre d'un médaillon vide, au haut 
duquel des amours attachent des guirlandes de fleurs. 



PETIT SALON. 65 

un génie assis, une majn posée sur un livre; au bas, des 
amours regardent avec des loupes, les tiroirs d'un mé- 
daillier. 

Sanguine. 

Signé : C.N. Cochin del. i77G. 

Gravé par Augustin de Saint-Aubin comme frontispice 
des «. Pierres gravées » du duc d'Orléans. 

Vente d'Augustin de Saint- Aubin, où il était catalogué 
sous le n» 20. 

H. 22, fc. 15. 

— Sur une estrade, une jeune femme, dans une jupe 
falbalassée, un soulier au haut talon appuyé sur un cous- 
sin, la tête ceinte d'une couronne de lauriers, pose 
assise 'au milieu d'un cercle d'élèves-peintres, dessinant le 
carton sur les genoux. Derrière la femme, trois profes- 
seurs dont le plus rapproché du modèle est Cochin. 

Dessin sur papier jaunâtre à la pierre d'Italie, rehaussé 
de craie (1). 

Signé dans la marge : Dessiné par C N, Cochin le fils 
i76i. On y lit à côté de la signature : Concours pour le 
Prix de VÉtude des Têtes et de I'Expression fondé à V Aca- 
démie royale de peinture et de sculpture par M. le comte de 
Caylus, honoraire amateur en 1760. 

Gravé en réduction sous le même titre par Flipart 
en 1763. 

Ce dessin exposé au Salon de 1767, après avoir appar- 
tenu à M. de Caylus, passait chez Chardin où il était 
vendu sous le n° 48 du catalogue de sa vente. 

H. 30, L. 39. 

— Une femme assise, vue de dos, la tête couronnée de 
roses, le visage un peu retourné, posant devant trois 

(1) n existe une répétition de ce dessin, mais sans inscrip- 
tion. 

6. 



.^ÉÊ^KÊ 



«s LA MAISON O'VH ARTISTE. 

Itirnes d'élâves-peiotres assis sur des gradins ; ao fond un 
r debout, la main dans sou gilet, 
sur papier jaunâtre, à la pierre d'Italie, rehaussé 

ne sujet que le précédent, mais moins heurense- 
iposé et ^andonné pour le premier. 
H. 31, L. 39. 

ice du modèle d'iiomnie à l'Académie. Le mo- 

)ngé sur ia table, soulevé sur une main, et 
s, pose devant les élèves, dont le premier rang 
k terre, lea jambes croisées à la façon du dessi- 
Cbardin. 

I à la pierre d'Italie sur papier jaunâtre. 
H. 36, L. 53. 

. [Charles). Quelque chose de fondu, de 
dans ses dessins qui sent le pastelliste 
le peintre Goypel. 

) d'une colonne d'un palais, sous un pan de dra- 
vée par un gland, une femme dans un costume 
, l'antique, une coupe à la main, l'autre tendue 
lateau qu'apportent deux suivantes. 
sur papier bleu & la pierre noire estompée avec 

: milieu du dessin il semble qu'on distingue les 
■es GO Y. EatHje une signature? 
H. 36, L. 24. 

é-Bardon {Michel- François). Un académique, 
n dégingandé de la décadence italienne , et 
pie ses ciels, de génies maniant la foudre 
^^esti^s et les emperruquements de danseurs 
£mps. 



PETIT SALON. er 

— Allégorie. Assise sur le fût d*un canon, une femme 
a les bras levés, dans un mouvement de i econnaissaiice, 
vers un héros suspendu dans le ciel, un rameau d*oUvier 
k la main, et derrière lequel s'envolent les génies de la 
Discorde. 

Dessin à la plume, lavé au bistre sur frottis de san- 
guine, et rehaussé de blanc dé gouache, avec un repentir 
pour la figure de la femme. 

Signé : Dandré Éardon : On lit de l'écriture du peintre, 
au bas du dessin : Louis XV donne la paix à l'Europe en 
détruisant par son pouvoir tous les projets de la Discorde ; 
et sur un phylactère déployé par un amour dans le dessin : 
La paix de 1748. 

Répétition du dessin possédé par le Louvre et venant 
de chez Mariette. 

H, 29, L. 19. 

— Apollon, mie main appuyée snr sa lyre et entouré 
des Muses, dans une salle fermée par une balustrade, et 
aux colonnes de laquelle des amours suspendent des ten- 
tures. 

Croquis à la plume, lavé de bistre. 

Signé : Dandré Bardon; et au dos du dessin, de l'écri- 
tm'e du peintre : Parnasse pour le fond de la salle du con- 
cert de la ville d'Aix en Provence par M. Dandré Bardon. 

H. 20, L. 49. 

Dayid (Louis). Parfois, mais rarement, il échappe 
au semblant d'épuré qu'il trace d'un corps humain; 
cependant dans un portrait, — le portrait est au 
fond son original et grand talent, — David jette, sur 
un morceau de papier, modelée dans une encre de 
Chine brutale et cernée par un trait dur, une phy- 
sionomie pleine d'une vie intense. 



68 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

— Portrait de DaAid. Il s'est représenté en buste, de 
profil, tourné à gauche, les bras croisés. Il a au cou une 
large cravate blanche, et porte un de ces habits aux am- 
ples revers, au haut collet, un habit de l'époque de la 
Résolution. 

Dessin à l'encre de Chine sur trait de plume. 
Signé : L. David. 

H. 18, L. 18 (ovale). 

Debucourt {Louis-Philibert), L'habile et char- 
mant graveur en couleur, aux dessins d'une telle 
rareté, — du temps qu'il gravait ses femmes en robe 
blanche et ses hommes en habit rouge, — que je n'ai 
jamais pu en rencontrer un. Je n'ai vu passer sous 
son nom que des broutilles fort contestables. M. Ja- 
zet lui-même, le descendant de Debucourt, ne pos- 
sédait guère qu'une assez ennuyeuse étude de la 
vieille Annette, faite pour le médaillon d'Annette et 
deLubin. Et, sauf la Fête de la Fédération, un dessin 
qui n'est pas terminé, — découvert chez Blaizot 
par M. Delbergue-Cormont, — on ne rencontre de 
Debucourt, que des dessins de l'époque du Directoire 
et de l'Empire, dans lestjuels survit bien peu du 
talent du graveur et du petit peintre de la fin du 
XVIII® siècle. 

— Une tabagie, dans laquelle une jeune femme, coiffée 
d'une calèche ridicule, et qu'un homme cherche à retenir 
par la taille, se bouche le nez avec la serviette d'un gar- 
çon, porteur d'un plat de poisson dont la sauce se répand. 

Gouache sur trait de plume. 



PETIT SALON. 09 

Ce dessin caricatural a été gravé sans nom de dessina- 
teur, sous le titre : les Goûts éifférens, 

H. i8, L. 29. 

« 

-— Femme en tunique courte, en jupe transparente, 
rattachant les bandelettes de sa chaussure. 

Aquarelle gouachée. 

Gravé sous le titre : le Prétexte (Modes et Manières du 
jour, n<» i). 

H. 16, L. 10. 

Desfriches. Négociant, amphitryon de Cochin 
qui vient 7nboter sous les chênes verts de sa Cartau- 
dière, collectionneur, artiste, amateur, inventeur du 
papier-tablette, aujourd'hui papier Pelée, Desfriches 
est un agréable paysagiste de la banlieue d'Orléans, 
avec son branchage ramenx, son feuillage étoile, 
ses fonds légers, et ses petites lumières égratignées 
au grattoir. 

— Un chemin bordé par deux bouquets d'arbres, sous 
l'un desquels est une chaumière; au premier plan, un 
homme soulevant un seau, causant avec une femme. 

Dessin à la pierre noire sur papier-tablette. 
Gravé en fac-similé de crayon par Demarteau, sous le 
n» 223 de son Œuvre. 

H. 15, L. 20. 

Desrais (C-Z.) . Le premier dessinateur, chez lequel 
meurt la ligne rondissante et verveuse de la vignette 
du XVIII® siècle dans la ligne raide et sèche de la 
vignette de la Révolution et de l'Empire. 

— Vue de l'intérieur de la salle du Panthéon de la rue 



30 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

de Chartres. Huit danseurs et danseuses groupés, deux par 
deux, dansent V Allemande (i) sous les yeux de nombreux 
spectateurs, amassés autour d'eux ou garnissant les deux 
balcons circulaires de la coupole. 

Lavis à l'encre de Chine sur trait de plume avec quel- 
ques rehauts de blanc de gouache. La partie architectu- 
rale du dessin n'est lavé que d'un seul côté. 

Gravé par Croisé dans le Journal Polytypk des Sciences 
et des Arts du 27 octobre 1786. 

Vente Lavalette. 

H. 20, L. 44. 

DuCLOS [Antoine- Jean), L'habile graveur qui a 
produit quelques dessins à la facture petite et gen- 
tillette. 

' — Un homme dépouillé de son uniforme militaire, et 
que des soldats emmènent. 

Bistre sur trait dtî plume. 

Signé : A. J. Duclos invenit 1772. 

En bas, dans la marge, de la main du dessinateur : lb 
Déserteur. Oui, je déserte ! 

H. 15, L. 9. 

Dumas. Architecte dont les dessins d'architec- 
ture sont animés de petites figures gribouillées 
sans une trop grande maladresse. 

— Représentation de la Halle à la marée au moment 
de la criée. 
Aquarelle sur trait de plume. 
On lit dans la marge : Vue en perspective de la HcUle à 

(1) Desrais a effrontément pillé, dans ce dessin, l'Allemande 
du « Bal paré » d'Augustin de Saint-Aubin. 



PETIT SALON. 7| 

la marée. Cour des Miracles, commencée en 1785 par les or- 
dres de monseigneur de Galonné.., de messire Charles-Pierre 
Lenoir, alors lieutenant-général de police, et finie au mois de 
juillet 1786, sous les ordres de messire Thiroux de Crosne..» 
par Dumas architecte. 

H. 35, L. 51. 

— Rentrée d'un régiment de gardes françaises dans 
une grande caserne, au fronton décoré de fleurs de lys, et 
au milieu duquel se voit une tête entourée de rayons. 
Carrosses, chaises à porteur, vinaigrette dans laquelle deux 
Savoyards traînent une femme. 

Aquarelle sur trait de plume. 

H. 26, L. 44. 

Duplessis-Bertaux {Jean). Le dessinateur que TEm- 
pire appelait son^ Callot, le dessinateur au dessin 
mouvementé, incisif, selon l'expression de M. Renou- 
vier, qui lui reproche avec justesse le parti pris de 
ses corps allongés, de ses bras tendus, du théâtral 
apporté à ses petites figures. Je possède un dessin 
intéressant pour l'histoire de ses débuts. C'est le 
n° 368 du cabinet du frère de M""® de Pompadour, 
un dessin qu'un catalogue postérieur annonce 
avec cette mention : fait à Vâge rfe 13 ans (1), et qui, 
entièrement exécuté dans la manière de Callot, dont 
il copiait alors les estampes, est un des plus cu- 
rieux dessins historiques pour l'histoire de Paris du 
xvni® siècle : une composition énorme représentant 
en 1762, avec tous ses détails, la Poire Saint-Ovide. 

[\) Les biographes le font naître les uns en 1747, les autres 
en 1750. 



,A 



LA MAISON D'UN ARTISTE. 

i Foire Saint-Ovide. 

les boutique!} établies autour de la place Venddme 
Ihéâlres forains adossés au piédestal de la statue 
lis XIV, Au milieu du passage des carrosses et 
)romenade d'uoe escouade du guet, nombre de 
ligui-es, parmi lesquelles il y a des marcbandes de 
des vendeurs d'orviétan, des débitants de moulins 
ïour les enfants. Sur la baraque la plus en vue, on 
rois affiches : Le sieur Nicolet fera l'ouverture de son 
lundi. — Atgourd'hui Arlequin Racolleur bUivi d'un 
laltet p<mlondme. — La grande troupe des sautewi 
tours de corde, la petite Hollandaise commencera. On 
ne encore sur d'autresbaraques: Chassinet joueur du 
■ Au Caffé royal. — Magasin de toutes sortes de vins 
'gogne et autres. 
n à la plume. 

S dans la marge : Foire Saikt-ûvide. Dédié à M. la 
s de Marigny, conseiller du Roy en ses conseils... 
à la plume par son très humble et très obéissimt ser- 
ieHaux 11 62. 

B du marquis de Henars, a' 368. 
H. il, L. 54. 

ue d'une fête sous la Révolution. Au fond,- derrière 
tues de chevaux cabrés, trois temples, le premier 
i la Paii, le second aux Arts, le ti-oisième à l'Indus- 
droite, en avant d'une espèce de figuration de la 
i, défile de la cavalerie; au premier plan des hom- 
1 peuple, des enfants, des boussards, des femmes 
que près d'une vendeuse en plein air, 
n à ia plume trempé dans le bistre et lavé à l'en- 

Ê B. D. et dans la marge : Dupkssis Bertaux 1794. 

mEAu [Louis]. Peintre d'histoire qui a souvent 
lé dans ses dessins le rembranesque, faisant 



PETIT SALON. 7S 

choix de papier fauve ^ chauffé de sanguine qu'il 
lavait de bistre, et dont il éclairait les lumières res- 
treintes, de blanc de gouache. Durameau a fort peu 
traité de sujets de la vie contemporaine. 

— Une partie de cartes, aux bougies, entre deux gentils- 
hommes et une dame. 

Dessin sur papier rosâtre, lavé de bistre et rehaussé de 
blanc de gouache. 
Signé : Du Rameau 4767. 

H. 17, L. 23. 

— Scène romaine au lit de iQort d'un mourant. 
Dessin sur papier brunâtre à la pierre noire, lavé de 

bistre et rehaussé de blanc de gouache. 

H. 29, L. 22. 

— Éole ouvrant l'antre des Vents, qui se précipitent 
dtshors, le visage gonûé par des souffles faisant une tem- 
pête autour d'un vaisseau : tempête que regarde, flottante 
dans le ciel, Vénus descendue de son char attelé de paons. 

Dessin au crayon noir et à la sanguine, lavé et rehaussé 
de gouache. 
Signé : Du Rameau 1775. 

H. 33, L. 41. 

Durand {P.-L.). Dessinateur très peu connu. Sans 
rindication, au bas de la gravure de Fessard, de : 
P.-L. Durand delmeavtt, j'aurais été tenté d'attribuer 
ce dessin à un Marillier quelconque. 

— Un obélisque sur lequel un amour attache un mé- 
daillon de Marie-Thérèse ; une figure allégorique de cha-* 
que côté, au bas une femme pleurant, la tête d'un amour 
sur son genou, dans le ciel une Renommée mettant en 

u 1 



74 LA. MAISON D'UN ARTISTE. 

fuite le Temps. Encadrement coiiiposf de palmes et d'a- 
mours, surmonlé des armes de Marie-Antoinette. 

Lavis à l'encre de Cliine, 

Le dessin porte dans une tablette r Filix, uxon, matri- 
que Cxsarutn, et dans la marge : Giilliarum regitue pielati, 
Félix Nogaret Massilienns et Andegavensis Academix so~ 
cius.im). umimt... anno M DCC LXXII. 

Dessin commémaratif de la mort de Marie-Thérèse, 
gravé par Fessard, [Voir la longue descriptioa de ce dessin 
dans Bachaumont, vol. XVII, p. 249 et 250.) 



EiSEN (Charles). Vigneltlste inférieur à Gravelot, 
et trop abondant et trop facile, mais un dessina- 
teur au contour fluide et joliment contourné, et qui 
a fait dans la traduction d'Anacréon et ailleurs, du 
nu microscopique que lui seul sait faire : de petites 
académies de femmes qui dans le cadre d'un cul- 
de-lampe, apparaissent, ainsi que de grandes études 
de Boucher, vues par le petit bout d'une lorgnette. 
Il y a une vingtaine d'années, j'ai acheté chez M. 
Jaquinot, l'heureux déterreur connu de tous les 
amateurs, un album oîi les imaginations d'Eisen 
sont visibles dans leur première conception et leur 
vague ébauche : le livre des Pensées de l'artiste, ainsi 
qu'on s'exprimait au xviii' siècle. Ces croquis, ces 
pensées étaient les esquisses des compositions, que 
l'illustrateur soumettait à l'éditeur, et qui, acceptées, 
étaient reprises par lui, dans des dessins finis très 
souvent sur peau vélin. Quelques-uns de ces cro- 
quis sont curieux, eu ce qu'ils poi ..ut en marge les 
changements demandés par l'éditeur et quelquefois 



PETIT SALON. 75 

les explications et les objections du dessinateur. 
Outre un certain nombre de croquetons pour les 
livres illustrés par Eisen, et parmi lesquels il y en 
a du format d'une pierre gravée, le livre des Pensées 
d'Eisen contenait des projets de décorations pour 
lambris de château, la première idée de « la Nuit » 
et encore la première idée du seul tableau his- 
torique que le vignettiste ait jamais exécuté. 

— Recueil de 68 croquis reliés en un volume. 
Pensées des contes de La Fontaine suivants : Joconde, 

les Oies du frère Philippe, A Femme avare galant Escroc, 
le Calendiier des vieillards, On ne s'avise jamais de tout, 
le Contrat, le Tableau, le petit Chien, etc., et encore les 
variantes du Berceau, de TAbbesse malade, etc. Pensées 
pour les Métamorphoses d'Ovide, la Henriade, les « État 
actuel de la musique du Roi », etc., etc. 

Tous ces dessins sont à la mine de plomb, sauf un seul 
à la sanguine. 

— Apollon et les Muses dans un vallon, au-dessus duquel 
piaffé Pégase. 

Dessin lavé à l'encre de Chine sur trait de plume. 
Signé : C. Eisen f, 

H. 18, L. 22. 

— Vénus entourée de sa cour, descendant sur un nuage, 
dans les forges de Vulcain, qui la regarde, une main ap- 
puyée sur son marteau. 

Lavis à l'encre de Chine sur trait de plume. 

H. 20, L. 16. 

— Dans un bosquet près d'une fontaine, Henri IV aux 
pieds de Gabriel d'Estrées, entourée de groupes d'amours 
jouant avec les armes du Roi; Sully apparaissant dans le 
lointain. 



76 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

Dessin à la plume, avec des parties seulement indiquées 
à la mine de plomb. 

Croquis du tableau d'Ëisen gravé par de Mouchy, sous 
le titre : Henbi IV et Gabrielle. 

H. i8, L. 22. 

— Deux enfants en buste^ dont Tun a la joue appnyëe 
contre ses deux mains, posées sur une cage. 

Dessin lavé à l'encre de Chine sur trait de plume. 
Gravé par Louise Gaillard. 

H. H,L. 19. 

' — Amours attachant, au milieu des plis de deux dra- 
peaux croisés, un écusson représentant un coq, la tête levée 
vers une étoile, et que surmonte une banderole, où est 
écrit ; Viget audax. 

Mine de plomb. 

Projet de décoration pour lambris, dans la marge du- 
quel on lit de la main d'Eisen : Charles Eisen pour les po- 
naux de derrière, 

H. 32, L. 16. 

— Dans une chambre à coucher, où se voit un lit à la 
couverture faite, une femme assise à sa toilette, et que 
ses filles de chambre accommodent pour la nuit, cause 
retournée avec un homme en robe de chambre 

Croquis à la mine de plomb. 

Première idée de la composition gravée par Patas, sous 
le titre de : la Nuit. 

H. 24, L. 19. 

— Une femme lisant à sa toilette, qu'un amour derrière 
son fauteuil montre du doigt à un jeune homme qui en- 
tre. La scène a un encadrement à cariatides, et au bas 



PETIT SALON. Tt 

des instraments de musique entourant un médaillon, qui 
contient ces quatre vers : 

Bans ce moment cher à mon cœur 
Qui m'offre tout ce que f adore. 
Ma belle a l'éclat d*une fleur 
Que l'amour vient de faire éclore. 

Lavis à Tencre de Chine sur trait de plume. 
L'encadrement seul a été gravé dans le temps, sans nom 
de dessinateur ni de graveur. 

H. 20, L. 26. 

Pragonabd [Honoré), Des imaginations de poète 
prenant corps dans des taches de la plus belle couleur^ 
en des eaux bistrées d'un bistre chaud, roux, cou- 
leur d'écaillé. 

— Une jeune femme assise de côté et tournée à droite, 
la tête vue de trois quarts, Habillée d'une robe ouverte sur 
la jupe, elle a la poitrine enveloppée d'un fichu menteur^ 
et est coiffée, sur ses cheveux relevés et bouffants, d'un 
pouf; ses pieds reposent sur un coussin. 

Dessin estompé sur crayon noir et rehaussé de craie. 

Cette étude est le portrait en pied de Rosalie Frago- 
nard, une fille du peintre morte à ses vingt ans, ainsi que 
l'atteste l'authentification faite par son petit-neveu 
T. Fragonard, le peintre de la manufacture de Sèvres. 

H. 49, L. 35. 

— Femme assise sur une chaise de paille de face, la 
tête de trois quarts tournée à droite. Elle est vue jusqu'à 
mi-jambes, les mains l'une dans l'autre posées sur ses 
genoux, et a sur sa robe un mantelet à capuchon borjclé 
d'une large ruche, se croisant sur sa poitrine. 

Sanguine. 

7. 



LA MAISON D'UN ARTISTa 



Signé : Frago. 1785. 
Collection Marcille père. 

H. 22, L. 17. 

— Jeune fille assise par terre, la téta penchée, les bras 
abandonnés, les jambes croisées sous elle. Coiffée d'ua 
petit bonnet, et habillée d'une robe et d'un mautelet (I), 
elle se détache d'un drap blanc étendu sur une table k 
l'effet de faire ressortir le modèle. 

Sanguine. 

Signé : Frago. t785. 

Collection Harcilte père. 

H. 22, L. n. 

— Une femme allongée sur un banc de jardin, an dos- 
sier à balustres, une joue appuyée sur sa maindroite, 
ses souliers au haut talon posés l'nn sur l'autre. 

Dessin an crayon noir, légèrement lavé d'encre do 

Signé au crayon : F... g 



— Dans un hangar, au fond duquel s'élève une presse, 
et où travaillent des ouvriers imprimeurs, prés d'un gen- 
tilhomme qui parle à un homme mettant en page une 
feuille d'impression, est assise une femme, tenant un mas- 
que à la main. 

Grisaille à l'essence sur papier. 

Un catalogue anonyme des premières années de la Ré- 
volution donne celte grisaille comme étant la représenta- 
tion d'une H Imprimerie secrète ». 

H. 32, L. 22. 



PETIT SALON. 79 

— Un grand-papa dans un fauteuil, une main appuyée 
sur une béquille, sourit à un enfant tenu par sa mère et 
qui lui tend les bras ; le père est penché derrière le vieil- 
lard. / 

Dessin dans la manière de Greuze, à Tencre de Chine, 
dessiné et lavé au pinceau. 

H. 32, L. 24. 

— Dans un cellier, entourée d'enfants, une jeune fille 
est en train de couper du pain dans une grande miche ; 
un petit garçon, à la courte chemisette, se tient debout 
devant elle, attendant sa tartine. 

Bistre. 

Dessin gravé en réduction par De Launay, sous le titre : 
Dites donc, s'il vous plaît? 
Vente Villot. 

H. 32, L. 4o. 

— Sur le pied d'un lit en désordre, où se voit deux 
oreillers, une jeune femme en chemise est assise, une 
jambe repliée sous elle, les mains jointes, la tête appuyée 
au mur; monté sur un escabeau, son chien la regarde 
tristement. 

Bistre rehaussé de blanc de gouache autour de la tête 
de la femme. 

Première idée du sujet gravé en fac-similé par Saint- 
Non, et au burin par Dennel, sous le titre : S'il m'étoit aussi 
fdèl (sic). 

Porte la marque à froid F. R. 

H. 27, L. 37. 

— Dans une grange, un peintre en train dépeindre une 
jeune villageoise, et dont le chevalet et la personne sont 
renversés par la brusque irruption d'un amoureux qui a 
jeté le modèle sur une botte de foin, où il le tient em- 
brassé* 



80 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

Bistre. 

Gravé en fac-similé par Charpentier, sous le titre : la 
Culbute. 

H. 28, L. 40. 

— Un Tieillard penché sur des sacs d'argent, que ses 
mains semblent défendre de la convoitise d'une jeune 
femme, les regardant par-dessus son épaule. 

Dessin sur papier jaune, au crayon noir, rehaussé de 
brutales touches de pastel. 
Vente Villot. 

H. 20, L. 22 (ovale). 

— Un berger et une bergère s'embrassant près d'un 
abreuvoir; un taureau les contemple. 

Bistre. 

H. 23, L. 17. 

— Une écurie pleine de l'envolée de volailles, où des 
jeunes filles s'amusent d'un âne tout chargé d'enfants, et 
que tire par la bride, pour le faire entrer, un jeune garçon. 

Aquarelle relevée de plume. 

Signé ; Fragonard 1770. 

Gravé deux fois par Saint-Non, en 1762 et en 1770. 

H. 18, L. 26. 

— Paysage au milieu de rochers au pied d'un arbre 
tordu par le vent ; un berger, couché à plat ventre, garde 
des bestiaux ; à droite, une femme tenant sur les bras un 
marmot et donnant la main à un autre enfant. 

Gouache. 
Vente Perignon. 

H. 29, L. 42. 

— A l'entrée d'une allée de grands arbres, vue d'une 
fontaine au milieu de laquelle s'élève une colonne sur- 



K~-- 



PETIT SALON. 81 

montée d'une statue; à gauche, une chsurrette au trot. 
Bistre. 

H. 16/L. 22. 

— Près des remparts d'une ville baignés par une 
rivière, un petit aqueduc où une roue fait monter Teau; 
à droite, de grands arbres sous lesquels se promènent des 
gens ; à gauche, une femme chargée de deux cruches. 

Bistre. 

H. 19, L. 31. 

— Sous l'avance d'une roche, dans un site boisôy des 
bestiaux boivent à un abreuvoir. 

Bistre. 

H. 25, L. 30. 

— Un four public rempli de femmes apportant leurs 
pains à cuire, et qu'un homme enfourne. 

Bistre. 

Sur une poutre de la toiture est écrit, de la main de 
Fragonard : Four banal de Négrepelisse, octobre 1773. 

Et au dos du dessin se lit d'une écriture du temps : 
Dessin d'Honoré Fragonai^d fait dans son voyage d'Italie 
Q^vec M. Bergeret. Du cabinet de M» le duc de Chabot, 

Dans le journal manuscrit et inédit, qu'a rédigé Berge- 
ret de ce voyage d'Italie, il fait mention d'un séjour de 
Fragonard du 12 au 26 octobre 1773, à sa terre de Négre- 
pelisse, près Montauban. 

H. 29, L. 37. 

— Un escalier de parc italien surmonté de deux statues, 
et derrière lesquelles s'entrevoit une fontaine monumen- 
tale aux eaux jaillissantes. Au premier plan, au milieu de 
gens couchés à terre, une femme debout tenant une om- 
brelle. 

Sanguine. . 

H. 22, L. 38. 



l UAISON D'UN ARTISTE. 

filla Borghèse, animée de groupes de ppr^ 
ts pins pat'asols. 



H. 25, L. 39. 

elles, au haut desquelles se voit entre des 
nde à colonnes; an premier plan, contre 
[D grand vase où montent des plantes 
adossée une femme quia près d'elle deux 



signé au dos : Honoré Fragonard feeit 
H. 51 , L, 37. 

nétairie de la campagne romaine, des en- 
!st monté sur le dos d'un âne, font manger 
m autel antique, devenu une mang'eoire, 
es d'une marmite qui bout, montée sur 
le jeune fille immobile se tient drapée 
l'une statue. 

de Chabot. 

H. 34, L. 46. 

{Sfffismond). Un singe de Moreaa 
pas trop maladroit, mais dont la grâce 
meilleures compositions légèrement 
3s deux dessins de l'illustration du 
lu Costume », en compagnie de cinq 
yoreau de la même suite, étaient pas- 
: M. Gigoux a eu le bonheur de les y 
je me somicns bien de ses paroles, 
dizaine de francs chacun, Morcau ou 



PETIT SALON. 83 

Freudeberg, — et seul, un Freudeberg de cette suite, 
s'est vendu 5,500 francs à la vente Mahérault. 

— Dans une charabre à coucher, une jeune femme, déjà 
en bonnet de nuit, se fait enlever des épaules par une 
chambrière son caraco, pendant qu'une autre fille de 
chambre bassine son lit. 

Bistre sur trait de plume. 

Gravé sous ce titre ; le Coucher par Duclos et terminé 
par Bosse, dans la « Suite d'Estampes pour servir à l'His- 
toire des Mœurs et du Costume des Français dans le 
xviu® siècle ». 

Vente Gigoux. 

H. 28, Lf 22« 

— Dans un appartement aux lambris délicatement 
sculptés, une femme couchée sur un sofa, dormant la 
tête appuyée sur sa main ; au dehors, par une porte-fenê- 
tre entr'ouverte, on voit une chambrière lutinée par un 
^ntilhomme, et le repoussant d'une main posée contre 
sa bouche. 

Bistre sur trait de plume. 

Gravé sous ce titre : le Boudoir par Maleuvre, dans la 
<i Suite d'Estampes pour servir à l'Histoire des Mœurs », 
Vente Gigoux. 

H. 28, L. 22* 

GiLLOT [Charles). Le maître de Watteau, un grand 
talent original à cheval sur l'antiquité et la comédie 
italienne, un dessinateur élégant et serpentant, un 
€roqueur à la plume pleine de fantaisie, mais qui 
n'a jamais pu, dans ses dessins faits, se dépouiller 
de la sécheresse du graveur. Son crayon a quelque 
chose de la pointe d'un style qui entrerait dans le 
papier, et ses sanguines vues à distance apparais- 






t A MA-SOND'UN ART!5Ta. 

lomme des contre-épreuves de fines impres- 
^irées eo rouge. 

a dessous d'une niche, où est placé le busto du 
an, trob faunesses attirant à elle une panerée de 
ipportèe par un satyre; & droite, & gauche, des épi- 
le hacchanale. 
[nine. 

é par Gillot, sons le titre : Fbstr du dibo Pan. 
H. 15, L. 36. 

k>D9 un drapeau déployé, marchant en bataillon, 
laps d'amonrs, dont chacnn porte, sur son petit corps 
accessoire on nn morceau de costume de la Comé- 
Jienne. 
^iue. 

H. 14, L. 21. 

QDET DE RoucT Trioson {Anne-Louù) . L'artiste 
lessins si en faveur sous la Restauration, si 
Clés aujourd'hui. 

iédaillon aui deux têtes accolées, où le peintre s'est 
enté avec sa maltresse, dessinée les chevenx coupés 
et coiffée en garçon. 

iio an crayon noir, relianssé de craie et de blanc de 
he qui a noirci. 
dos du dessin, l'amant a écrit : 

! n'ai pu de tes traits retracer la douceur 

iM cette grâce enchanteresse 
ue leur d(mnent à la fois ton esprit et ton ccew. 
ependant à mon dme ils sont présents sans cette, 
',t ma main seule est coupable d'CTTeur. 
tais que du sentiment ce faible et léger g<tgt 

Oit s'est tracé ton plus Hdéle ami 



PETIT SALON. 8S 

Répète encor après mus, d'âge en âge. 
Que mon cœur à ton coBur fut constamment uni (1). 

A bien des années de là, sur le papier jauni, la maîtresse 
prenant la plume^ écrivait au bas des vers de son amant : 

17 ans après. 
Un amour immortel m'entraînait à sa gloire : 
J'appris à Vadmirer autant qu'à le chérir. 
Et c'est pour m'attacher encore à sa mort^ 
Que j'ai différé de mourir. 

Ces quatre lignes sont signées Julie y que suit un nom de 
famille qui a été gratté. 

H. li,L. 14 (ovale). 

Bourguignon de'^ Graveldt {Hubert -François). Le 
grand vlgnettiste du xYiii* siècle, un des plus savants 
dessinateurs de son temps (2), et dont le dessin a 
cette qualité d'être toujours, en les plus petites choses, 
un contour flottant et roulant de la forme, et cela 
encore très souvent cherché sur la chaleur du fond, 
sur un frottis de sanguine, — une des habitudes à la- 
quelle on reconnaît, sur le papier, les coloristes de Té- 
poque. — Gravelot a enfin une grâce, toujours appuyée 
sur rétude de nature, que n'a pas Eisen, fabriquant 
trop souvent sa grâce de chic. La vente du général 

(!) On a deux pièces de poésie de Girodet imprimées, Tune : 
« A sa maîtresse » ; l'autre : a Portrait de sa maîtresse » ; dans 
toutes les deux, il parle « d'une noire <îhevelure aux anneaux lé- 
gers, capricieux ». 

(2) Dans ce siècle-ci, je ne vois guère que Meissonier qui 
dessine aussi bien que Gravelot, et j'avancerai même que cer- 
tains dessins du maître moderne ont une parenté avec les des- 
sins du vignettiste du xviii<5 siècle, 

L 8 



^ 



m LA MAISON D'UN ARTISTE. 

Andreossy, en livrant aux enchères de grands des- 
sins trouvés par le général pendant son ambassade 
en Angleterre, a été une révélation de l'énorme tra- 
vail de préparation des petites vignettes de Gravelot. 
11 les cherchait d'abord d'après nature, ou d'après 
des mannequins articulés qu'il avait fait exécuter à 
Londres, dans de larges dessins au crayon noir 
rehaussés de blanc, et tout semblables à des études 
deLancret. Cela fait, il les mettait au carreau, puis les 
réduisait en de petits dessins du format des livres, 
exécutés à la mine de plomb avec le plus grand fini. 
En 1809, à la vente Guyot passait le Portefeuille 
de Gravelot, le livre de ses croquis. C'est sans doute 
cette réunion de dessins retrouvée, par M. Danlos 
fils, qui a été vendue, il y a deux ou trois ans, à 
M. Bocher. 

— Jeune homme en costume de cour, saluant, le trt- 
corne à la main; derrière lui un piédestal, où il y a une 
femme-sphinx^ sur le dos de laquelle est assis un amour. 

Dessin à la mine de plomb et à la sanguine. 
Vente Andreossy. 

H. 24, L. 17. 

— Jeune homme en costume de cour, le tricorne sous 
le bras, une main étendue en avant; dans le fond, une ar- 
chitecture de palais. 

Dessin à la mine de plomb et à la sanguine. 
Ce dessin et le précédent sont frottés de sanguine au 
revers pour être gravés. 
Vente Andreossy. 

H. 24, L. 17. 



PETIT SALON. 87 

— Dame debout, jouant de l'éventail, tout en s'entrete- 
nant avec un gentilhomme qui a le chapeau sous le bras. 

Dessin sur papier jaunâtre, au crayon noir estompé, et 
rehaussé de craie. 
Vente Andreossy. 

H. 42, L. 34. 

— Femme en petit bonnet, en manteau de lit, assise 
près d'une table de toilette autour de laquelle sont grou- 
pées trois silhouettes de jeunes filles, dont l'une semble 
tenir à la main une houppe ; à ses pieds est couché à terre 
un homme, le coude appuyé sur un tabouret. 

Dessin sur papier jaunâtre, au crayon noir, rehaussé de 
craie. 
Vente Andreossy. 

H. 28, L. 43. 

— Femme couchée dans un lit, dont le pied découvert 
est manié par un chirurgien pour une saignée. Par une 
porte ouverte, une fille de chambre entre, portant sur un 
plateau une chocolatière. 

Dessin sur papier jaunâtre, au pinceau trempé dans le 
bistre, sur estompage de crayon rehaussé de craie. 

H. 43,L. 54. 

— Deux personnages penchés sur une cuve. 
Trait de plume lavé de bistre. 

Signé : H, Grav, delin. 

C'est un dessin satirique fait par Gravelot en Angleterre, 
et tiré, je crois, du poème d'Hudibras, et qui porte, en haut 
de son encadrement rocaille, cette inscription : The itinérant 
Handy-Craftsman or Caleb turn'd Tinker. 

Vente Andreossy. 

H. 22, L. 30. 

— Une fouille à la porte d'une église d'architecture an- 



88 LA MAISON D^UN ARTISTE. 

• 

glaise, et qui porte, dans une ogive, la date de 130i ; un 
homme, la tête découverte, remet une lettre à un vieillard 
appuyé sur une canne, en train de surveiller les ouvriers. 
A gauche, sous un pigeonnier, sont assis un jeune homme 
et une jeune ûlle près d'un paon qui fait la roue. 
Dessin à la plume, lavé d'encre sur papier jaunâtre. 

H. 26, L. 22. 

— Sur un fond d'architecture gravé, le char de Neptune, 
précédé de Vénus portée sur un dauphin et entourée d'a- 
mours; sur les deux rives des Turcs et des Indiens, aux- 
quels des Néréides apportent des produits de l'Océan. 
Outre la scène principale tout entière dessinée, il y a, dans 
la voussure du plafond, des cartouches, dans les entre- . 
colonnements du palais de théâtre, des niches, remplis par 
des écussons et des statues également dessinés. 

Lavis à l'encre de Chine. 

Dessin pour une Fête de Versailles, qui, après que les 
figures ont été dessinées sur le commencement de la gra- 
vure, a été entièrement gravé sous un titre que je ne re- 
trouve plus. 

H. 30, L. 48. 

— Le Colin-maillard. 

Dessin à la sanguine relevé de plume. 
Signé deux fois dans la marge : H. Gravelot iwcen. 
Gravé par Martinet dans une série de quatire vignettes 
avec des vers au has. 

H. 18, L. 12. 

— Une jeune femme couchée sur un grabat, dont s'ap- 
proche, suivi d'un petit garçon, un homme qui fait un geste 
d'étonnement. 

Dessin sur papier jaunâtre, au crayon noir estompé, re- 
haussé de craie. Il a été mis au carreau pour la réduction 
du dessin en vignette. 



J 



PETIT SALON. 89 

C'est le dessin de la vignette gravée par Pasquier, 1. 1«', 
p. 189 de V Histoire de Tom Jones, traduit par M. de la 
Place, 1751. 

Vente Andreossy. 

H. 38, L* 46. 

Greuze (Jean-Baptiste). A propos du grand dessin, 
exposé par Greuze au Salon de 1769, Diderot dit : « Il 
ne faut à Greuze qu'une matinée pour faire un. des- 
sin comme celui-là. » Oui, Greuze a lejaillissement 
du trait comme inspiré et enthousiaste; son lavis 
semble avoir la fièvre, et même en ses têtes d'études 
où il s'astreint à un travail de hachures, il apporte 
là dedans une fougue qui n'y laisse rien de mécani- 
que. Un dessin, catalogué ici, présente un intérêt : 
c'est la répétition, pour ainsi dire, du « Coucher » 
de Yanloo, un dessin désagréable piar la masculinité 
du torse, mais dont le fier et coloré modelage des 
jambes montre le puissant artiste qu'était Greuze à 
certaines heures. 

— Dans un parc^ un jeune homme debout, soutenant 
de la main gauche son fusil appuyé sur un banc de pierre, 
où se repose un chien, tandis que son bras droit est entouré 
des deux mains d'une jeune femme assise, qui appuie 
amoureusement sa tête contre lui. 

Lavis au pinceau à l'encre de Chine. 

Étude pour le portrait d'un jeune ménage, pôut-être 
celui des de La Borde. 

H. 38, L. 35* 

'— Jeune femme au seuil d'une porte, la tète baissée, 
les bras pendants; sur ses épaules est jeté un fichu à la 
large pèlerine. 

8. 



M LA MAISON D'UN ARTISTE. 

Dessin au crayon noir et à la sanguine fondus et es- 
tompés. 

Étude de femme d'après M°*« Greuze pour la com- 
position gravée par Massard, sous le titre : la Dame bien- 
faisante. Une étude semblable, mais à la sanguine seule- 
ment, existe au Louvre. 

Vente Hope. 

H. 49, L. 31. 

— Une vieille femme paralytique, qu'un jeune homme 
approche d'un fauteuil, en la soutenant filialement sous les 
bras. 

Lavis au pinceau à l'encre de Chine. 

H. 3i, L. 22. 

— Académie de femme nue, vue de dos, la tête retour- 
née par derrière. Une main appuyée sur un coin de toi- 
lette, elle a la jambe gauche agenouillée sur un fauteuil 
où est posée sa chemise. 

Dessin au crayon noir et à la sanguine fondus et estompés. 
Vente de M"^ Caroline Greuze, n<» 35. 

H. 59, L. 37. 

— Trois études d'amours. 

Lavis au pinceau à l'encre de Chine sur trait de crayon 
et balafré de sanguine. 

H. 26, L. 22. 

GuÉRiN [François], Un académicien de la vieille 
académie bien peu connu, et dont les dessins grouil- 
lants et tumultueux, lavés de bistre et sabrés de 
blanc de gouache, sont un mélange de faire de Bou- 
cher, son maître, et de Gabriel de Saint-Aubin. Ils 
ne sont pas signés, les dessins de ma collection, mais 
j'ai vu en 1860, chez Mallinet, un dessin du même 



PETIT SALON. W 

I 

Maître, et absolument de la même facture, représen- 
tant, dans un atelier plein d*enfants, une femme pei- 
gnant à un chevalet^ dessin signé F. 6r., les initiales 
de François Guérin. 

— Un marché à la yq] aille du temps. Allée de boutiques 
faites de quatre perches, au haut desquelles est noué, ser- 
vant de toit, un vieux morceau de toile, d'où pendent ac- 
crochés toutes sortes de volatiles. Au premier plan du 
marché, peuplé de vendeuses et d'acheteuses, une vieille 
femme agenouillée sort d'un panier, appelé couveuse, un 
poulet qu'elle met entre les mains d'une fillette. 

Dessin sur papier jaune, au bistre, rehaussé de blanc 
de gouache. 
Portant la marque du chevalier Damery. 

H.. 23, L. 28. 

— Une marchande de marrons en train de renverser le 
contenu de sa poêle dans un morceau de couverture ; à 
côté un garde française embrassant une grisette; dans 
le fond, une femme jouant du violon auprès d'un homme 
qui fait la parade devant les tableaux d'une baraque. 

Dessin sur papier jaune, au bistre, rehaussé de blanc de 
gouache. 
Portant la marque du chevalier Da nery. 

H. 23, L. 28. 

HoiN {Claude), Un nom d'artiste complètement 
sombré, et que seulement depuis quelques années 
vient de réapprendre aux amateurs le passage, dans 
les ventes d'estampes, de deux ou trois gravures en 
couleur d'après ses compositions. Les experts avaient 
une telle défiance de l'inconnu de son nom, et cela 
encore à la vente Tondu, qu'ils livraient aux en- 



Vt LA MAISON D'UN ARTISTE. 

chères ses gouaches, signées en toutes lettres, sous 
>m de Fragonard. Un très habile gouacheur que 
, et peutrétre l'inventeur de ces petits zigzags 
anc, employés si joliment par Hall dans les demi- 
es nentres de ses étoffes, et qui font l'effet de 
illoQS brillants qu'un patin laisse sur la glace, 
faisait, par parenthèse, annoncer que ces coups 
lanc étaient exécutés avec le blanc de zioc, tout 
ellemeat inventé par le chimiste de Horveau. 
, en définitive, est l'un des quatre ou cmq 
remarquables gouacheurs du siècle. On ne peut 
îprocher qu'un goût trop prononcé pourlacolo- 
D gorge de pigeon, qui apporte h ses composï- 
. une harmonie un peu ardoisée. 

H'** DugazoQ dans le rOle de Nina. Elle est reprè- 
a ea ficha de gaze, en corsage jaune, en robe de 
seline blanche à dessous rose, courant vers une grille 
âteau, des Heurs dans les cheveux, un bouquet à la 

iiache. 

né sur nne pierre de la grille : Hoin P. de M. (peintre 

)nsieur), 1789. 

nposition ditférente de Ffina la folle, gravée en con- 

}ar Janinet en 1787, d'après Hoin. 

ite Tondu. 

H. 25, L. 19. , 

UEL (Jean-Pierre-Lom's). D'élégants dessins de 
is sortes, parmi lesquels on remarque une série 
aiiaches représentant des paysages italiens, où 
ste cherche à échapper ans tous conventionnels 



PETIT SALON. 93 

de ce genre de peinture, pour se rapprocher de la 
couleur vraie de la nature. 

— Sous les arceaux d'une vieille construction, une écu- 
rie où l'on voit un petit cavalier en selle sur un cheval qui 
caracole; à droite, un escalier. où monte un homme por- 
tant un sac sur son dos. 

Bistre sur trait de plume. 
Signé : Houel f. 4764. 

H. 32, L. 27. 

— Une colline boisée, surmontée d'une église à campa- 
nile entourée de cyprès ; au bas, un lac avec une barque 
amarrée ; à gauche un homqae qui brouette une barrique. 

Gouache. 

Signé lEouelf. li, 1772. 

H. 30, L. 47. 

HuET (Jean-Baptiste). Le copiste, le plagiaire des 
dessins, des motifs, des procédés* même de Boucher 
dont il a pris jusqu'aux petits traits géminés dont le 
puissant crayonneur accidente, zèbre y pour ainsi dire, 
le plane de son estompage : travaux que Ton sent chez 
le Maître l'œuvre d'une main et qui ne semblent 
chez son disciple que la façon d'un outil, d'une mé- 
canique. Déclarons-le bien haut, le joli chez Boucher 
a parfois du grandiose, il n*est jamais que joli chez 
Huet. 

— Une bergère, en chapeau de paille, au corsage dé- 
colleté et enrubanné, à la jupe faisant retroussis, les pieds 
nus, une rose à la main; derrière elle des moutons cou- 
chés à terre. 



^ 



é : J. fl. met, (788. 

H. 39, L. 28. 

lans an jardiuel fleuri de roses trémiêres, una jeuoe 
!, assise prés d'une caisse d'orangers, p6che à la ligne; 
ôtés an petit g'arçon joue avec un chien. 

é au crayon : /. B. Hûet, 1783. 
H. 20, L. 29. 

lans una chambre où les gens sont aveuglés par la 

d'un poêle qu'on allume, deux amoureux profitent 

^dent pour s'embrasser sans être vas (1). 

in taïé au bistre sur trait de plume. 

lé: J. B. Hûet, (789. 

'é en couleur par Delacour, sous le titre : l'Heureux 

NT. 

H. 2*. L. 37. 

[arche d'aDÏmaui à la Benedetle Castiglione, où, 
i bousculade, un taureau monte sur une vache, 
in sur papier jaune, au crayon noir, rehaussé de 

lé à l'encre: J. B. Hûet, 1771. 
H. 32, L. 43. 

tâtiments de ferme dans une saulaie, au bord d'au 
LU oft pêche à la ligne un petit garçon. 
lé: J. B. Hûet, 1787. 

H. 34, L. 44. 

In motif eo faveur dans oe temps. On trouve dios le ca- 
1 Paignon-Dijonval une gouache de Debiiuaurt reprà- 
l le même sujet, qui a été encore repris par Fragonard 
n charmant bistre possédé par M. du Sommerard. 



r' 



PETIT SALON. 95 

— Cour de ferme, où sur des bottes de foi» est assise 
une jeune villageoise, adossée à la porte rustique d'un ver- 
ger, sous laquelle joue un enfant. 

Signé : J. B. Hûet, 1787. 

H. 34, L. 44. 

— Canard prenant son Tol. 
Aquarelle. 

Signé : C. Huet, 1754 (1). 

H. 21, L. 30. 

Huez. Un sculpteur qui fait des dessins de sculp- 
teur, 

— La France, appuyée sur un bouclier fleurdelysé, fait 
le geste de bénir une femme, ayant la main sur un aérostat. 
Dessin au bistre et à Tencre de Chine sur trait de plume. 

Signé : B'Buez, qui a écrit dans la marge : La Physique 
présentant la machine aérostatique à la France qui la pro- 
tège. ' 

H. 31, L. 24. 

Jeaurat {Edme). Dessinateur de scènes « du bas 
peuple » à la façon de Chardin, mais qui n'a rien 
de son ampleur magistrale. Ses dessins sont pres- 
que toujours exécutés au crayon noir avec une 
pierre d'Italie, presque grise, et très légèrement 
rehaussés de blancs à peine visibles, cela sur un 
papier bleuâtre, en sorte que ses études, aux con- 
tours et aux détails arrêtés par un petit trait sec, 

(1) Huet est né en 1745, donc il aurait eu 9 ans quand il au- 
rait fait ce dessin, en outre ses prénoms sont Jean-Baptiste, et 
cependant le dessin est marqué au caractère de ses études, et 
de plus la signature est parfaitement de l'écriture du peintre. 



M LA MAISON D'UN ARTISTE, 

apparaissent comme éclairées par un clair de lune. 
On remarquera que trois de ces dessins de Jeaurat, 
quoique provenant de ventes différentes, portent 
gravée à froid une petite ancre : la marque du che- 
valier Damery. Cet amateur, dont le nom se trouve 
aa bas d'un certain nombre d'estampes, comme le 
nom du possesseur d'une collection considêcable de 
tableaux et de dessins, fut un bomme d'un goûL sûr, 
UD cAoismew délicat et raffiné. Je signale sa marque 
aux amateurs : elle n'est jamais sur un dessin mé- 
diocre. 

— Un homme et nna femme du people dansant. 
Dessin sur papier bien, à la pierre d'Italie, rehaussé de 

craie. 

Êtnde des deax figures principales pour le tableau de 
LA Place des Halles, gravé par Aiiamet. 

Portant la marque do chevalier Damerf. 

H. 22, L. 27. 

— Trois femmes des halles faisant les cornes. 

Dessin sur papier bleu, à la pierre d'Italie, rehaussé de 
craie. 

Étude pour le Thanspobt ses nLLEa de joie a l'hApiial, 
gravé par Levasseur. 

Portant la marque du chevalier Damerjr et du peintre 
Joyant. 

H. 22, L. 28. 

— Uq homme attelé au brancard d'une charrette; en 
bas, à gauche, uoe répétition de la tête coiffée d'un bonnet 
au lieu d'uu chapeau. 

Dessin sur papier gris, à la pierre d'Italie, rehaussé de 



PETIT SALON. 97 

Étude pour le Déménagement du Peintre, gravé par 
Duûos. 

H. 22, L. 19. 

— Une femme assise dans un fauteuil, «n sac an bras. 
Dessin sur papier jaunâtre, à la pierre d'Italie, rehaussé 

de ci^ie. 

Étude de la femme pour la composition gravée par 
Balechou,*sous le titre ; le Mari jaloux. 

H. 34, L. 26. 

— Un malade assis à une table, comptant les parties 
de son apothicaire, un laquais appuyé au dos de sa chaise, 
une fille de chambre une seringue à la main. 

Dessin sur papier bleu, à la pierre d'Italie^ rehaussé de 
craie. 
Portant la marque du chevalier Damery. 

H. 24, L. 30. 

Lafitte [Louis). L'illustrateur que les éditeurs du 
Directoire et de TEmpire acceptèrent pour le conti- 
nuateur de Moreau, un dessinateur incorrect et niais, 
dans rimagerie duquel la recherche de David s'allie 
à des sentimentalités à la Bartolozzi. 

— hitérieur d'atelier, à la muraille garnie de plâtres, 
du commencement de la Révolution ; des élèves dessinent 
et peignent, d'autres lisent; un modèle de femme se re- 
pose la main sur un tabouret. 

Dessin sur papier jaune, au crayon noir, rehaussé de blanc. 
Signé à l'encre ; L, Lafitte , 1790. 

Ce dessin est le n* 98 de la vente Lafitte, 1828, où il est 
ainsi décrit dans le catalogue : Re'présentation de Vatelier 
de Vincent et portraits de plusieurs de ses élèves pendant 
une heure d'étude» 

H. 42, L. 54. 

9 



9S LA MAISON D'UN ARTISTE. 

Lagurnée dit rainé [Louis-Jean- François), Un pein- 
tre et dessinateur gracieux, faisant de la grâce dans 
laquelle commence à apparaître le goût de Tantique 
et ces profils à la grecque,- où le front passe au nez 
par une ligne droite sans rentrant. 

— Une sultane accroupie à terre, une cuiller à la main, 
près d'une petite table basse où sont posées une tbéière et 
une tasse; dans le fond, deux suivantes versant de l'eau 
dans une bouilloire posée sur un trépied allumé. 

Bistre sur trait de plume, rehaussé de blauc de gouache. 

Étude pour un dessus de porte. 

H. 11, L. 25. 

La Joue [Jacques). Un artiste au dessin verveux et 
tordu^ et qui, dans les personnages, semble le dessin 
d'un grand orfèvre, associant l'hom/ne à la rocaille 
de ses créations. Un génie abondant, comme on disait 
alors, une imagination meublée de paysages aux 
arbres ornementaux^ d'architectures ronflantes, de 
ruines tiiéâtrales. 

— Un encadrement portant en haut l'écusson de la mai- 
son d'Orléans, soutenu par deux amours, et descendant 
des deux côtés par des chutes de verdure et de treillage 
A des scènes de chasse au milieu desquelles se voit dans 
un cartouche le portrait de Wouwermans. 

Dessin à la plume lavé d'encre de Chine. 
Signé ; Lajoue, 

Gravé par Le Parmentier, sous le titre : Frontis'pice de 
VŒuvre de Wouwermans, 

H. 34, L. 45. 

— Dans une bibliothèque, deux amours dont l'un porte 



PETIT SALON. M 

ans toque, one fraise, un manteau, et sur son ventre nn, le 
baudrier de la Comédie italienne. Tons deui sont appuyés 
sur nn globe terresfre. 

Un amour couronnant nn bnste encastré dans un obé- 
lisque, dont le soubassement porte les trois Qeurs di 
nn second ainour étendant les bras vers le buste. 

Lavis k l'encre de Chine. 

Tous deuï signés : Lajoue. 

Études pour dessus de portes. 

H. 33, L. 32. 

— Au pied d'un bouquet d'arbres et d'une fou 
surmontée d'un groupe d'animaux représentant un 
forcé, des chasseurs se reposent couchés à terre ; df 
lointein, une chasseresse à cheval qui a une amie en en 

Dasdn à la plume lavé d'aquarelle. 
H. 23, L. 27. 

Labcret {Nicûlas). Un dessin descendant de ' 
teau, mais sans ces appuiemenis cassés et ce t 

, ment aigu de la ligne, qui sont le charme et la s 
iure du grand Maître. En outre, le dessin est 
lourd, plus rond, plus ramassé, et toujours avei 
extrémités balourdes. Lancret ne fO(ï;>as long co 
voyait Watteau. 11 serait toutefois injuste de m 
accorder à Lancret une certaine ampleur décor 

' de beaux contours rocailleux, des grâces parfoi 
iides, et, dans le procédé, la trituration du cr 
noir et de la sanguine d'un vrai coloriste. 

— Une femme debout et déclamant, un masque 
main, nn autre assise et chantant, les yeux sur nn lii 
musique , toutes deux en robes et en petits toquels ^ 
de fourrurea. 



LA MAISON D'UN ARTISTE. 

in sur papier jaunAtre, au crayon noir et à la san- 

gouache de blanc. 

dem figures se retrouvent dans un tableau de Lan- 

louserré dans les apppartements du chAteau de 

;in. 

le VUlot. 

H. 18, L. 30. 

)eux femmes vêtues, comme dans le dessin prëcé- 

le robes et de toquets &. la polonaise. Elles sont de- 

'une en face de l'autre et semblent jouer une scène 

Stre, 

iin aux trois crajon^s sur papier chamois. 

H. 18, L. 24. 



)enx hommes dans l'attitude de présenter la main 
femme au bas d'un escalier, trois hommes vus de 
iQS l'inclination d'un salut. 

[Ile de croquis au crayon noir et à la sanguine sur 
■ blanc. 

ude de l'homme présentant la main a été employée 
.ancret, avec un changement, dans I'Adûlescence, 
! par de Larmessin. 

H. 23, L. 32. 

Jn homme de profil tourné à droite dans le mouve- 
d'ajuster. Dans le fond, deux répétitions de sa têto 
I d'une manière différente. 
un sur papier verdâlre rehaussé de blanc. 

H. 31, L. 22. 

Un homme couché à terre, va de dos, la tête de pro- 
rné à gauche. 



PETIT SALON. 101 

Dessin à la pierre d'Italie, rehaussé de blanc sur papier 
jaune. 
Étude. 

H* 22y L. 23. 

Lantâra {Simon Mathurtn). Le peintre, le dessina- 
teur amoureux des jeux de la lumière dans les va- 
peurs, dans les nuages, et qui met toujours un peu 
des vaporisations d'un clair de lune en ses ciels du 
jour, 

— Un bord de rivière, ayant à droite un bouquet d'arbres, 
à gauche les toits d'un village, dans le fond une tour en 
ruine. Au premier plan, un homme dont une bourrasque, 
qui fait le ciel nébuleux, enlève le chapeau. 

Dessin sur papier bleu au crayon noir estompé avec 
rehaut de craie. 

H. 25, U 39. 

La Rue (dit des Batailles), Dessinateur au gros et 
épaté contour roussâtre, qu'on dirait une cernée faite 
par la pourriture du papier. Les dessins de La Rue 
sont très rares. 

— Une course de chevaux dans un site italien. 
Dessin au bistre tracé à la plume de roseau et lavé d'ane 

teinte bleutée. 
Vente Peltier. 

H. 19, L. 47. 

La Tour {Maurice-Quentin de). Un grand, un très 
grand pastelliste, mais avant tout Thomme unique 
des prépaj'cctionSj de ces savantes et vivantes ébauches 

delà physionomie humaine, qui peuvent tenir à côté 

9. 



102 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

de n*importe quel portrait de quelque école que ce 
soit. 

— Une femme vue de face, à mi-corps. Poudrée, en 
coiffure basse du milieu du siècle, et d'où s'échappe et se 
déroule, à gauche, sur sa gorge, une boucle de cheveux 
appelée repentir, elle porte au cou un collier de ruban 
bleu, et sa robe décolletée est une robe de velours bleu 
garnie de dentelles et de fourrure de cygne. Derrière elle, 
le dos d*un fauteuil sculpté se détachant d'un fond bleuâtre. 

Pastel. 

H. 54, L. 48. 

— Masque de La Tour. 

Préparation pastellée sur papier jaunâtre. 
Étude pour le portrait de l'artiste du Louvre. 

H. 27, L. 47. 

— Tête de femme de trois quarts tournée à gauche. 
Préparation sur papier jaune, poussée au fini du pastel 

dans le visage; les cheveux seulement frottés d'une colora- 
tion de poudre, le cou indiqué pai^ un trait de craie, le 
fond haché de bleu. Préparation mise au carreau. 

Étude pour le grand portrait en pied de M™® de Pompa* 
dour du Louvre. 

H. 36, L. 26 (ovale). 

— Tête de femme de trois quarts tournée à gauche. 
Préparation sur papier bleu, au crayon noir, rehaussée 

de craie, avec de la sanguine seulement sur les lèvres. 

Le nom de M"° Dangeville était écrit, d'une écriture 
du temps, sur une bande de papier collé sur le petit 
cadre noir habituel aux préparations de La Tour. Il est 
encore au dos du dessin. L'authenticité de l'attribution 
est confirmée par une seconde étude plus avancée qui 
figure au Musée de Saint-Quentin sous le u9 64. 

H. 30, L. 20. 



, • I 



PETIT SALON. 1(» 

— Tête d'homme vu de trois quarts, tourné à droite, un 
mazulipatan noué sur la tête. 

Préparation sur papier bleu, aux trois crayons, rehaussée 
de pastel. 

Étude pour le portrait de Dumont le Romain, conservé 
au Louvre. 

H. 30, L. 20. 

Layreince [Nicolas] . Un gouacheur qui n'a rien de 
la large manière de Baudouin, mais non sans mérite 
dans ses compositions d'une coloration aimable, 
d'un travail précieux, d'un badinage de pinceau dans 
les étolTes, léger, volant, zigzagant, et dans les 
chairs d'un fin aiguillage de petits tons délicats. 
Lavreince est, à l'heure qu'il est, la coqueluche des 
amateurs de tabatières, et cette année un riche carros- 
sier, M. Miilbacher^ vient d'acheter 25,000 francs les 
deux gouaches de « l'Assemblée au Salon » et de 
« l'Assemblée au Concert ». Les deux gouaches, cata- 
loguées ici, ont été achetées par moi moins chèrement 
chez un coiffeur de la rue de Vaugirard. Le besoin 
d'amuser, par quelque chose accroché au mur, 
l'homme auquel on coupe les cheveux, dont on racle 
le menton, a fait de la boutique des coiffeurs de la 
banlieue et de la province une des mines où les mar- 
chands de Paris et quelquefois les amateurs ont fait 
les plus heureuses retrouvailles de dessins et de 
gravures du xyiii^ siècle. 

— Dans un parc, un homme assis à terre et lisant une 
broehure, où se distingue le nom de Figaro , à une société 
parmi laquelle sont deux femmes debout, abritées sous 



104 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

la même ombrelle ; en un coin, une jeune fille chatouille 
ayec une paille la figure d'un petit garçon qui dort. 

Gouache sur vélin. 

Signé : Lavreince^ 1782. 

Gravé de la même grandeur par Gutenberg, sous le 
titre : le Mercure de France. On lit dans l'annonce de la 
mise en vente de cette gravure publiée dans le Mercure 
de France du 27 novembre 1784 : « La principale figure est 
M. de Beaumau^chais lisant dans le Mercure l'extrait du 
Figaro» » 

H. 29, L. 34. 

— Sous de grands arbres, un homme couché à terre, 
un coude appuyé sur un tabouret, jouant de la flûte, un 
abbé pinçant de la guitare, une femme jouant de la man- 
doline ; au milieu du groupe, une autre femme tenant ou- 
vert un livre de musique, sur lequel est penchée une jeune 
fille. 

Gouache sur vélin. 

Signé : Lavreince, 

Gravé de la même grandeur par C.-N. Varin, sous le 
titre : le Concert agréable. 

Les gouaches du « Mercure de France » et du « Concert 
agréable » passaient en 1787 sous le n^ 378 à la vente 
Collet. 

H. 29, L. 34. 

Le Barbier [Jean- Jacques-François)» L'artiste qui 
déshonore les Chansons de La Borde par sa collabo- 
ration, l'auteur de grands dessins philosophiques 
et patriotiques au trait d'un maître d'écriture, lavés 
sur des ombres à l'encre de Chine, de la froide aqua- 
relle d'un lavis d'architecture. 

— La Peinture et l'Histoire immortalisant Voltaire dans 
le temple de Mémoire, où son portrait est accroché à une 



PETIT SALON. 105 

colonne par un amour, et peint par une femme en tunique 
la palette à la niain. Encadrement fait d'un rameau de 
laurier enrubanné. 

Aquarelle sur trait de plume. 

Signé ; Lebarbier l'aîné, 4770. 

H. 44, L. 31 (oyale). 

Le Bas {Jacques-Philippe), Des dessins en quête 
de Lancret, et encore assez souvent de uïignards cro- 
quetons à la mine de plomb sur peau vélin, où le 
sérieux graveur s'amuse à faire de la bergerie galante. 

— Autour d'une table dressée sous un arbre, deux 
femmes et deux enfants, au milieu desquels un vieillard, 
le chapeau à la main, semble dire le Benedicite. 

Dessin sur papier bleu, à la pierre d'Italie avec rehauts 
de craie. 
Signé dans la marge : J, P. Le Bas, 1739. 

H. 27, L. 32. 

— Jeune villageoise marchant avec un enfant, les pieds 
dans l'eau d'un ruisseau ; au fond, deux femmes chargeant 
un cheval. 

Croquis à la mine de plomb sur peau vélin. 

H. 17, L. 23. 

Lemoine. Ce pastelliste , ce dessinateur (1), cet au- 
teur du joli profil de la Saint-Huberty, gravé par Jani- 
net dans les « Costumes des grands théâtres de Paris » 
est aujourd'hui complètement oublié, — et l'homme et 
l'œuvre, — et ses dessins, qui ne sont presque jamais 

(1) Il était aussi peintre et aurait peint le plafond du théâtre 
de Rouen, dont il était originaire. 




IM * LA MAISON D'UN ARTISTB. 

signés, donnent lieu aux attributions les plus extrava- 
gantes. Cependant le portraitiste a laissé des dessins 
qui méritent la restitution de son nom au bas de leur 
nuageuse indication. Ce sont des bustes de femmes, 
des femmes en pied dessinées avec des ombres et 
des lumières, sans l'arrêt, pour ainsi dire, d'un con- 
tour. Baignées de lueurs diffuses, ces femmes sont 
flottantes dans lo fusinage, seulement fortifié çà et 
là de quelques accentuations de sauce. Des images 
troubles délicieusement vagues, qui demandent 
une grande intelligence de la lumière, et qui se rap- 
prochent, avec un peu moins de légèreté, de l'estom- 
page gris de quelques rares études d'Honoré Pra- 
gonard. 

— Une femme posée à contre-jour devant une fenêtre, 
«ntre une toilette et un pupitre à musique, Elle est assise 
les jambes croisées, une main tenant un livre dans le creux 
de sa jupe. Vêtue d'une blanche toilette de linon, elle porte 
sur la tête un chapeau de paille enrubanné, an rebord 
abaissé sur les yeux. 

Dessin estompé à la sauce. 

H. 45, L. 38. 

hÈuoYJHE {François), Un grand dessinateur incorrect, 
le précurseur de Boucher, et qui a gardé dans ses 
corps de femmes et leurs airs de tête un peu de la 
grâce du Parmesan et de la manière de Véronèse. 

— Une jeune fille en chemise, assise sur un tertre, la 
jambe droite allongée en avant, dans le mouvement d'une 
femme qui Ta se laver les pieds. 



PETIT SALON. 10? 

Dessin sur papier bleu, à la pierre noire, rehaussé de 
craie. 

Portant les marques des collections Lempereur et Des- 
perret. 

H. 38, L. 26. 

Lempereur {Jean-Baptiste- Denis). Un graveur au- 
quel, sans qu'il soit nommé, l'œuvre gravé de Wate- 
let doit beaucoup, et un agréable paysagiste en ses 
moments de loisir. De Taimable banlieue de Paris, 
il a laissé des sanguines d'un cj'oquant particulier, 
des aquarelles lavées des eaux de la pâle et blonde 
aquarelle de Boucher, des paysages au crayon noir 
dont Testompage, mélangé de craie et d'un rien de 
sanguine, semble le procédé moderne de Glerget. 

— Un escalier, snrmonté de deux sphinx à tôte et à 
gorge de femme, posés à rentrée d'une terrasse à balustres 
menant à une habitation sous de grands arbres; en bas, on 
homme qui pousse une brouette. 

Sanguine. 

Signé : Lempereur, 1773, 

Au dos du dessin était écrit : Vue éPun jardin à Fonte- 
nay-aitx-Roses, 

H. 30, L. 37. 

— Une cour de ferme, où sur la droite est un hangar 
fait de troncs d'arbres et de branchages, au fond un homme 
assis sur une auge. 

Aquarelle sur trait de plume. 
Signé : Lempereur f,, 1772. 

Dans la marge de Tancienne monture^ de récritare du 
paysa^te : A Auinay près Sceaux, 

H. 22, L. 29. 



A 



lOS LA MAISON D'UN ARTISTE. 

— Une chaumière au toit défoncé dans un bouquet 
d'arbres. 

Dessin au crayon noir estompé, mélangé de craie et de 
sanguine. 
Signé : Lempereur, 1773. 
Dans la marge : A Aulnay près Sceaux. 

H. 20, L. 31. 

Lepaon {Jean- Baptiste). De jolis petits soldats, de 
jolis petits canons, de jolis petits campements, de 
jolis petits sièges : ce sont là les dessins de cet artiste, 
qui s'engagea pour voir la guerre de près, et qui n'en 
a jamais été que l'enjoliveur et le bistreur coquet. 
Parmi les dessins de Lepaon qui figurent ici, il 
en est un curieux. C'est une grande aquarelle qui 
détruit Tassertion de Brunn Neer,gaard, avançant 
dans le Moniteur du 29 août 1806 (i) que Lepaon 
n'a jamais fait d'aquarelle. Puis cette aquarelle 
représente l'équipage de chasse de la maison 
de Condé, dont Lepaon était le peintre officiel, et 
où parmi les piqueurs et au milieu des chevaux et 
des chiens figurent les princes de Conti et de Condé. 
Du resle, le dessin est assez mauvais, pas assez 
cependant, pour que le marchand qui le possédait, 
ait cru devoir me le donner par-dessus le marché 
pour envelopper une gravure qu*il m'avait vendue. 

— Opérations d'un siège avec la vue du camp assié- 
geant, de ses tranchées, de ses batteries. Au premier plan, 

(1) L'article de Brunn-Neergaard était fait sur le livre : FArt 
du dessin en France depuis son rétablissement jusqu'à nos jours, 
par le docteur Fiorillo, Gœttingue 1806, un volume allemand 
qui, je crois bien, n*a jamais été traduit. 



r 



PETIT SALON. 109 

une femme se promène, une ombrelle à la main, au bras 
d'un officier, tandis qu'un peintre, un genou posé à terre, 
fait un croquis. 
Dessin au bistre sur trait de plume. 

H. 19, L. 48. 

— Halte de cavalerie dans un village ; au premier plan, 
un cavalier, descendu de cheval, prend un sac des mains 
d'une vieille femme. 

fiistre sur trait de plume. 

H. 29, L. 39. 

— Un hallali à Chantilly. Un piqueur sonnant de la 
trompe à cheval, valet? de chiens se reposant couchés à 
terre, chiens se désaltérant à une mare. Sur la droite, en 
habits rouges à collets et à revers de velours noir, le 
prince de Gonti et le prince de Condé causent ensemble. 

Aquarelle. 

Signé : Lepan (sic) fecit 1769. 

H. 41, L. 56 

LÉPiciÉ {Nicolas-Bernard). Du petit, du très petit 
Chardin, dans un dessin cependant serré, détaillé, 
étudié à la pointe d'une pierre d'Italie très grise, sur 
du papier jaune, avec des rehauts de craie et de san- 
guine, qui font des études d'après nature de Lépicié, 
de tièdes et de blondes préparations pour sa claire 
peinture. 

— Dans un intérieur rustique, Lépicié, assis, prend un 
verre de vin sur une taÈle, ayant entre ses jambes un 
enfant qui mange un morceau de pain. 

Dessin terminé au crayon noir, rehaussé de craie et de 
sanguine. 
Signé : Lépicié, 

:. 10 



IW LA MAISON D'UN ARTISTE. 

C'est le dessin du tableau qui figurait dans la galeh» 
Boitelle. 

H. 45, L. 38. 

liEmmcE {Jean-Baptiste). L'esprit, le ragoût, la cou- 
leur de Boucher transportés dans des dessins, dan* 
des lavis, presque tous consacrés à la reproduc- 
tion de sujets russes. Le dessin des « Joueurs de 
tonneau » a son histoire : acheté par le marchand 
de gravures Dauvin, chez le peintre Decamps,il avait 
fait presque les frais de la composition d'un de ses 
tableaux. 

— Une jeune femme en costame russe, tm oiseau posé 
sur un doigt de sa main. 

Sanguine. 

Gravé en fac-similé dans l'œuvre de Demarteati, sous le 
n« 537. 

H, 33, L. n. 

' — Dans un riche intérieur, une femme en eostume russ& 
jouant de la guitare, pendant qu'une petite esclave pose 
un rafraîchissement sur une table. 

Aquarelle. 

Gravé en couleur par Marin, sotis le Utre : The JPuiasoees^ 
op 90LITCD, et publié à Londres. 

H. 23, L. 15. 

— Dans un paysage russe, un pont élevé sur de hauts- 
piliers menant à la porte d'une ville fortifiée. 

Bistre. 

Signé ; JB. Le Prince. 

H. 24, L. 26. 

— A la porte d'une chaumière, cinq paysans jouant au 



PETIT SALON. 111 

tonneau;. dans le fond, un homme prenant une femme par 
la taille. 
Bistre. 

fl. 27) L. 35» 

— Dans un caback, une guinguette des environs de 
Moscou, devant une estrade où des gens boivent et fument, 
un couple de Russes exécute la danse nationale, aux sons 
d'un orchestre monté sur des tonneaux. 

Lavis d'encre de Chine sur frottis de sanguine. 

Signé : Le Pnnce, i 776. 

Gravé par Leprince, sous le titre ; la Danse bussb. 

H. 32, L. 57. 

Lesueur {Louis). Dessinateur-paysagiste qui raye 
«t grifTonne ses lavis de fins traits de plume, ressem- 
blant à Tégratignure d'une aiguille sur du cuivre. 

— Cour de ferme devant la porte de laquelle un âne 
chargé de paniers se met" au pas, suivi de la fermière. 

Bistre retouché de plume. 
Signé ; L. Lesueur, 1782. 

H. 13, L. 21. 

LioTARD [Jean-É tienne). L'artiste excentrique et 
cosmopolite, le pastelliste de « la Chocolatière » dont 
les trois crayons ont une certaine ressemblance avec 
les trois crayons de Portail, et dont, par un hasard 
inexplicable, on ne connaît guère que des contre- 
épreuves. Je crois que la femme de ma collection 
est de la suite de ces costumes de femmes de tous 
les pays contre-épreuvées, que possède le cabinet 
des Estampes. 



ut LA MAISON D*UN ARTISTE. 

— Femme de profil tournée à droite, la tête vue de trois 
quarts. Habillée d'une robe semée de pois sur laquelle est 
jeté un mantelet à capuchon, elle tient ses mains dans un 
petit manchon de soie au rebord de fourrure. 

Contre-épreuve d'un dessin à la pierre d'Italie et à la 
sanguine. 

H. 30, L. 20. 

LouTHERBODRG {Philippe-Jacques). Tantôt imitant 
le faire de Leprince, tantôt le faire des maîtres fla- 
mands, et, dans cette dernière imitation, se servant 
d'un papier rugueux assez semblable au papier pré- 
paré pour la peinture à l'huile, et sur lequel, les 
lavis au bistre prennent le caractère d'esquisses 
brossées au bitume. 

— Réjouissances publiques, où des pifferari font danser 
des marionnettes; sur une fontaine décorative est écrit 
de la main du peintre : Il nous est rendu 

Bistre sur trait de plume. 

Signé au pinoeau : Loutherbourg, 

Vente Tondu. 

H. 27, L. 36. 

— Repos de pâtres italiens sous un grand arbre ; à droite, 
un homme, monté sur une mule caparaçonnée, boit à une 
gourde, la tête renversée en arrière. 

Bistre avec rehauts de blanc de gouache sur un papier 
préparé, à la nuance verdâtre. 

H. 33, L. 43. 

Machy [Pierre-Antoine de). Devant les aquarelles de 
cet homme, dont la peinture rappelle un peu la pein- 
ture de Guardi, un étonnement vous prend à les 



PETIT SALON. 113 

trouver si sales, et peuplées de personnages qui an- 
noncent les bonshommes de Béricourt. 

— La colonnade du Louvre en perspective, au fond le 
palais Mazarin et l'Hôtel des Monnaies, à droite les mai- 
sons qui masquaient la façade de Saint-Germain-l'Auxer- 
rois (i). De nombreux personnages sur la petite place, un 
arracheur de dents, un marchand de morts aux rats, un 
porteur d'eau, des marchandes à éventaires, des pro- 
meneurs. 

Aquarelle. 

H. 33y L. 63. 

Mallet [Jean-Baptiste). Le dernier représentant 
de la gouache, de cet art tout xviii^ siècle, et qui ne 
survécut pas à la monarchie. Aussi les gouaches de 
Mallet, passé la Révolution, sont aigres, ses chairs 
de femmes briquées, Tensemble du travail pénible. 
Et il arrive un moment où Mallet laisse le faire et le 
badinage de Tancienne gouache française, pour une 
gouache qu'il touche avec les petites lumières car- 
rées de la peinture de Téniers, appliquée à des sujets 
français qu'il habille à la hollandaise. 

— Dans une chambre, décorée à la mode du Directoire, 
et que des objets de peinture, posés sur un secrétaire, disent 
la chambre d'un peintre, un jeune homme verse une tasse 
de thé à son modèle, une femme m chemise assise sur 
ses genoux, tandis qu'une autre femme, debout devant le 
gioupe, remue une cuiller dans la tasse qu'elle tient à la 
main. 



(1) On rencontre, du môme artiste, de nombreux croquis de la 
démolition de ces maisons. 

10, 



LA MAISON D'UN ARTISTE. 

r un carlon : Malet f. (1). 
H. 22. L. 29. 

tiquaire assis dans une galerie, où se yoieot dei 
!S bustes, des vases, des lampes, une nioniie ; 
femme, qu'un jeune homme tient par la taille, 
ec lui dans le tiroir d'un médaillier. 
e sur trait de plume, relevée de gouacbe. 
u tableau exposé au Salon de l'ao IX. 

H. 24, L. 32. 

l'encadrement d'une fenêtre soutenue ao 
une statuette d'Amour, et où monte une vigne, 
e, eu costume flaoïand, fait pisser, dans un vasa 
un petit enfant i La J>Eaisière écourtée. 

I pinceau dans la muraille : Mallet. 
H. 23, L. 17. 

ER [Cléntmt-Pierre). Ce vigneltiste.que les 
es sont en train de fairel'égal des premiers 
genre, commence la série des illustrateur* 
plus le dessin du peintre, ainsi que l'avaient 

Moreau, Eisen, et ne peuvent sortir du 
in pinoché du graveur. Dans ses composi- 

plus réussies, Marilljer ne s'élève jamais 
e la gentillesse, 
jeune femme alitée dans sa chambre à couclier 

ti pas besoin de dire que les riiules d' orthographe 
mes rl;ins les signatures parnùtemcnt auihenliqtie» 



PETIT SALON. US 

«t à laquelle une fîlle de chambre apporte une tasse de 
tÎMoe; à son chevet est assis un gentilhomme. 

Dessin à la plume lavé de bistre. 

Signé dan» la marge : €, P. Marillier inv. 1775. 

Gravé par de Longueil pour les œuvres d'Arnaud de 
Baculard. 

H. 6, L. 9. 

— Une jeune femme, qu'une fille de chambre habille 
deviaint un miroir tenu par une autre chambrière; un 
rustaudi le chapeau à la main, e^ en train de saluer 1« 
femme. 

Bistre« 

Signé dans la marge : 0. P. MariUier ino. 1775. 

Gravé par Delaunaj pour le conte de Pauuni kt Sozstti» 
4mecdote flrançaiie, 

H. 6, L. 9. 

•^ Dans un eadre^ un enfant nu couché aux pieds de deux 
bornes, au-dessus un miroir entouré de rayons, au-des- 
sous une épée suspendue dans une couronne de laurier. 

Lavis à l'encre de Chine. 

Signé : C. P. Marillier inv, 1779. 

firavé par Texier pour le cul- de-lampe de \auus9B$ 
anecdote. 

H. H,L. 8. 

Massé {Jean- Baptiste), Un portraitiste faisant revi- 
vre dans les petits* portraits qu'il fait de ses con- 
temporains, le sourire de l'époque. Il est miniaturiste 
dé son métier, et ses dessins, lumineux et roses sur 
papier jaune, ont quelque chose de l'ébauche sur 
rivoire d'une miniature. 

Buste d'un homme de cour poudré, un laFge nœud de 
mban noir au cou. 



M 



LA MAISON D'UN ARTISTE. 

Dessin sur papier jaune, au crayon noir estompé avec 
rehauts de craie et de sanguine, et encore avec un léger 
lavis d*aquarelle sur la figure. 

Signé dans Tencadrement : J,-B. Massé fecit, 

H. 17, L. 13 (ovale). 

Meissonnier [Juste- Aurèlé), L'ornemaniste au beau 
dessin turgide, amendé toutefois, en sa correcte 
exubérance, des extravagances et des écarts de goût 
du Borromini, — le créateur de la rocaille française. 

— Candélabre à cinq lumières, imaginé dans le serpen- 
tement et Tentre-croisement de branchages; un aigle 
dans la niche, formée en bas par les tortils de la rocaille, 
un amour soutenant la plus haute girandole. 

Dessin au crayon noir et à la plume et à Tencre de 
Chine, lavé d'une teinte jaune. Il a été mis au carreau. 

Gravé dans l'Œuvre de Meissonnier sous le titre : Projet 
d'un grand Chandelier pour le Roi. 

H. 29, L. 19. 

Monnet [Charles), Peintre d'histoire et dessinateur 
possédant le dessin courant du temps. 

— Le Dauphin, la Dauphine travaillant à un métier de 
tapisserie, entourés de leurs enfants {Louis XVI, Louis XVIII, 
Charles X). 

Lavis d'encre de Chine sur trait de plume. 

On lit au dos du dessin, d'une écriture du temps : 
« M, le Dauphin, M^^ la Dauphine, les trois princes, M. le 
duc de la Vauguyon et le Père Berthier, composition origi- 
nale de Monnet, peintre du Boi. J'en ai trois autres du même 
sujet par le même avec différences. » Un de ces trois autres 
projets, en hauteur et au bistre, existe au revers du dessin. 

Ce dessin du tableau exposé au Salon de 1771 1 réduit 



PETIT SALON. 117 

I 

à la dimension d'une vignette, a été gravé sous le titre : 
Quelle école pour les pères! dans « le Vicomte de Valmont 
ou les Égarements de la Raison », vol. IV. 
Vente Monmerqué. 

H. 38, L. 41. 

— Télémaque embrassant l'Amour dans les bras d'Eu- 
charis; au fond, danse de nymphes. 

Gouache sur vélin. 

Dessin original (i) faisant partie de l'illustration de 
l'exemplaire du « Télémaque » de Didot in-4», imprimé sur 
peau vélin que j'ai possédé. 

H. 20, L. 14. 

MovŒAi} le jeune [Jean- Michel), L'habile ordonna- 
teur et metteur en scène des assemblées de gentils- 
hommes et de grandes dames parées, des Sacres, 
des Revues, des Bals de cour, des Feux d'artifices, 
le dessinateur sans pareil des intérieurs et des élé- 
gances de la vie de son temps. J'ai eu la bonne for- 
tune d'acquérir son plus beau dessin et je vais 
raconter l'histoire de ce dessin. Dans la vie de Le Bas 
d'après des notes manuscrites de l'expert Joullain, 
chargé de la vente du graveur, mon frère et moi 
avons dit qu'il avait été commandé par Le Bas h 
Moreau :'« M. 'Moreau jeune avait fait prix avec 
M. Le Bas pour ce dessin à 600 livres payées comptant, 
et deux douzaines de la planche qui devait être gra- 

(1) Les dessins au trait, lavés de bistre, tels qu'ils sont gravés, 
sont de Monnet; mais je doute que les miniatures finies soient 
du peintre. Les peintres d'alors, à l'imitation de Boucher, de 
Fragonard, avaient des femmes artistes, des femmes miniatu- 
ristes, qu'ils faisaient souvent travailler sous leur nom. 



118 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

vée d'après ce dessin, dont moitié desdites épreuves 
avant et moitié après la lettre. Il a exigé de la sue- 
cession de M. LeBas pour indemnité de ces épreuves 
la somme de 480 livres. Il avait reçu 600 livres ; 
total 1,080 livres. » A cette vente Le Bas, en 1783, le 
xlessin payé 1,080 livres se vendait seulement 610, et 
était acheté par le libraire Lamy qui l'acquérait pour 
le faire graver (1). Des mains de Lamy où passait le 
dessin ? On ne le savait, et on le croyait perdu, lors- 
qu'il se retrouvait, en 1859, en la possession d'un 
petit chemisier'du quartier des Halles, dont la femme, 
de bonne famille, était la fille d'une personne qui, 
je crois, avait été attachée au service du comte de 
Bordeaux. Le dessin était offert au Musée, et suc- 
cessivement à tous les riches amateurs de Paris, au 
prix de 1,000 francs.M.Reiset m'indiquait l'existence 
du dessin. J'allais le voir et étais très tenté, mais je 
me trouvais n'avoir devers moi que quelques cen- 
taines de francs et ne pouvais en offrir que quatre 
cents francs. J'étais refusé, et n'y pensais plus 
quand, à quelques semaines de là, un soir on sonna 
chez moi. J'allais ouvrir et me trouvais en face d'un^ 
jeune femme, portant sur son bras un enfant, et 
tenant de sa main libre une grande chose enve- 
loppée dans une serviette. C'était la Revue du Roi. 
J'avoue que, quand je regarde mon Moreau aujour- 
d'hui, je ressens comme un remords d'avoir eu à 
offrir si peu d'argent à cette pauvre femme si tou- 

(1) Voir plus loin, aux lettres de peintres, le traité pour la 
gravure de ce dessin entre l'éditeur Lamy et le graveur Malbeste. 



à 



PETIT SALON. Il»- 

chante dans son sacrifice, où Ton sentait la gêne 
â*affàii^s embarrassées. 

— Petite fille endormie dans son lit. Elle est représen- 
tée de profil tournée à gauche, ses deux bras reposant 
sur le drap que soulève une de ses jambes relevée. 

La même petite fille endormie tournée de l'autre côté. 
Elle a la tête soulevée et enfoncée dans Toreiller, et les 
deux bras étendus et croisés devant elle. 

Dessins lavés d'encre de Chine sur trait de plume. 

— Deux études, très probablement faites parle père, d'a- 
près la petite fille, devenue depuis la mère d'Horace Vemet. 

H. iO, L. 15. 

-^ 'Vieille femme assise, les bras croisés, an mantelet 
de soie noire sur les épaules; à côté d'elle, un chat snr 
une table. Le mur du fond est décoré de quelques estam- 
pes encadrées, parmi lesquelles on remarque la Tête d'ex^ 
mBssiON, gravée par Cochin, et une marine d'après Vemet, 
à laquelle la mère de Cochin a travaillé. Serait-ce le por- 
trait de Madeleine Horthemels? 

Dessin lavé an bistre sur trait de plume. 

H. 19, L. 16. 

— Le roi Louis XY à cheval, son livret en main, passant 
la revue de sa Maison militaire, qui défile dans le fond ; 
an premier plan nombreux earrosses sur lesquels sont 
montées des chambrières dont les jupes s'envolent sous 
un coup de vent. 

Dessin lavé à l'encre de Chine sur trait de plume. 

Signé : J. M. Moineau le Jeune i 769. 

Ce dessin, exposé au Salon de 1781, a été gravé de la 
même grandeur par Malbeste, sous le titre : la Revue du 
Roi a la plaine des Sablons. 

Vente Le Bas. 

H. 35, L. 74. 



A 



120 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

— Dfins la basilique de Reims, le roi Louis XVI prê- 
tant entre les . mains de l'archevêque « le serment du 
royaume ». 

Dessin lavé de bistre sur trait de plume. 

Signé : J. M. Moreau le Jeune, 1773. 

Première idée de la scène gravée avec changement et 
ampliation à droite, sous le titre : le Sacre de Loois XVI, 
dessiné d'après nature et gravé .par J. M. Moreau le Jeune, 
dessinateur et graveur du cabinet du Roi, 1779. 

H. 37, L. 49. 

— La reine Marie-Antoinette allant, le 21 janvier 1782, 
rendre grâce à Notre-Dame et à Sainte-Geneviève pour 
la naissance du Dauphin. Partie de la Muette, ayant pris 
ses voitures au rond du Cours-la-Reine, elle passe sur la 
place Louis XV, dans un carrosse attelé de huit chevaux 
blancs, et suivi des cent-gardes du corps du Roi. Le des- 
sin est pris de la terrasse du palais Bourbon, où des cu- 
rieux pressés contre la balustrade regardent le défilé et 
la foule immense de l'autre côté de la Seine. Dans le coin, 
à gauche, le prince de Condé et le duc de Çourbon cau- 
sent, les mains dans des manchons, avec un groupe de 
femmes. 

Dessin lavé à l'aquarelle sur trait de plume. 

Ce dessin, qui faisait partie des dessins commandés à 
Moreau pour perpétuer le souvenir des journées des 21 et 
23 janvier 1782, n'a point été gravé. Est-ce le dessin lavé 
offrant une vue perspective de la place Louis XV prise de 
la terrasse du palais Bourbon, que Thierry place dans 
le boudoir du palais? 

H. 45, L. lOo. 

— Diane, — Iphigénie, — Oreste — Thoas, — Garde de 
thoas, — Scythe. 

Dessins à l'aquarelle sur trait de plume. 



PETIT SALON. 121 

Signés tous. les six : J. M. Moreau le Jeune, 1781. 

Recueil des costumes commandés par l'Académie royale 
de musique à Moreau, pour moiiter l'opéra d' « Iphigénie 
en Tauride », dont la première représentation eut lieu 
le 23 janvier 1781. 

H, 23, L. 16. 

— Un pont en bois jeté sur une petite île et reliant les 
deux rives d'une rivière ombragée d'arbres, où se tien- 
nent des pécheurs à la ligne. 

Dessin à l'encre de Chine. 

H. 26, L. 35. 

Moreau l'aîné (Louis). Un des gouacheurs les plus 
habiles, les plus légers, les plus pimpants, et le 
paysagiste qui, pour moi, a seul rendu la gaieté et 
le riant de la campagne parisienne. Les deux goua- 
ches de ma collection sont de la plus belle qualité du 
Maître. Le jour où je les vis à l'exposition du boule- 
vard des Italiens en 1860, ce fut chez moi un désir 
foù de les posséder. Et ce désir était de temps en 
temps réveillé par une vente que faisait, par-ci par 
là,leurpossesseur, le miniaturiste Carrier : une vente 
où les gouaches désirées n'apparaissaient jamais. 
J'en étais venu à des vœux homicides, et étais pres- 
que tenté d'imiter ce monsieur, auquel un de mes 
oncles avait enlevé aux enchères une paire de cornets 
de Chine d'un rouge très laid, mais introuvable; 
pendant plusieurs années, il vint tous les ans s'in- 
former chez le concierge si mon oncle était encore 
vivant. Enfin M. Carrier mourait en 1875, et les 

aquarelles étaient vendues; mais cette fois, au lieu 
1. 11 



122 LA. MAISON D'UN ARTISTE. 

de les acheter 2 ou 300 francs, leur valeur en 1860, 
J'étais forcé de les payer 4,325 francs. 

— Entrée d'un parc auquel mènent cinq marches^ à 
gauche une rangée de caisses et de pots de fleiws. Dame,, 
nne ombrelle à la main, dont un serviteur porte la traîne. 

Gouache. 

Signé : L, M. 1780. 

Vente Carrier. 

H. 29, L. 23 (ovale). 

— Intérieur de parc, où, sous un arbre penché, se voit 
le départ d'une rampe d'escalier, surmontée d'une pomme 
de pin en pierre. Bergère assise, une houlette en travers 
des genoux ; un berger lui offre un bouquet de Ûears. 

Gouache. 

Signé .L,M. 1780. 

Vente Carrier. 

H. 29, L. 22 (ovale). 

— Jardin chinois, où s'élève au milieu des arbres nne 
pagode à clochetons; une gondole à l'anere dans une 
pièce d'eau. A droite, au premier plan, un gentilhomme 
donne des ordres à un jardinier; à gauche, un homme, 
une bêche à la main, est assis sur un rouleau à fouler 1& 
gazon. 

Aquarelle légèrement gouachée. 

H. 39, L. 32 (ovale). 

Natoire [Charles), Le Boucher de la seconde 
moitié du siècle, mais n'ayant de son prédécesseur, 
et de seconde main encore, que la pratique et la 
convention, et rien de ce que Boucher avait vu de 
la nature, même avec ses yeux du xviif siècle. 

Toutefois il y a, dans l'œuvre de Natoire, des paysa- 



iAL 



PETIT SALON. in 

ges romains, amusants, spirituellement décoratifs, 
faits d'un rien d'aquarelle et de gouache jeté sur une 
feuille de papier Jileu couverte d'un croquis à la 
plume : des dessins que le peintre aimait, collection- 
nait, et dont on vendait une suite de 160 à sa mort. 

— Dessin aJlégoriqne pour la naissance d'un dauphin 
de France. Un génie dans une drHpevie Ueurdelysée, pré- 
sentant un nouveau-né à l'Olympe trônant .sur les nuages, 
sous les yens d'une tamme assise, au manteau doublé 
d'hermine, et entourée des Muses. Au premier plan, à 
droite, les nymphes de la Seine offrant des fleur?, à gau- 
che, une caverne où reuteent les génies de la Discorde, 
an milieu des amours joaant avec des globes terresti-es 
et des télescopes. 

Aquarelle sur crayonnage. 

H. 43, L. 69. 

— Deux figures de femmes couchées sur les nuages et 
représentant : le Priutemps, l'Été. 

Lavis au bistre sur papier bleu avec rehauts de blaoo 
de gouache (1). 

Ces deux dessins ont été exécutés pour des plafonds. 
H. 20, L. 25. 

— La Huse de la musique entourée d'amours , nua 
main sur une lyre, l'autre soutenant la bande d'une parti- 
tion qu'on amour déroule dans le ciel. 

(t) Ces deui dessins sont d'une manière un peu différente de 
la maniËre de Natoire, d'un faire plus italien, mais je les lleDS 
pour de parfaits Natoire. Reconniitre un dessin écrit avec l'écri- 
tnre de tous les jours d'un peintre, ce n'est pas absolument dif- 
ficile pour un amateur qui vit dans les dessins: mais reconnaî- 
tre un dessin, où le maître a modilîé sa mnniére, a varié ses 
procàdêa : Toilà quelle doit être lambiticai du connaisseurl 



124 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

Dessin sur papier bleu à la pierre d'Italie rehaussé de 
craie. 
Dessin d'un dessus de porte. 

H. 2i,L. 29. 

— Vue de la villa d'Esté. Au premier plan une femme 
agenouillée donnant à boire à des chèvres, et sur le piédes- 
tal d'une louve allaitant Rémus et Romulus, un homme 
jouant de la guitare. 

Croquis à la plume lavé d'aquarelle et de gouache sur 
papier bleu. 
Signé : Villa d'Est magio 1766 C. N. 

H. 30, L. 47. 

Nattier [Jean-Marc), Le portraitiste auquel est 
attribué un certain nombre d'études rapides, enlevées 
d'une manière similaire, mais dont on n'a pas 
retrouvé, que je sache encore, la peinture ou la gra- 
vure d'aucun de ces jets sur le papier (1). A ces 
études de portraits se trouve réunie dans ma collée- 
tion, une grande machine décorative, une de ces 
composition^ avec lesquelles Nattier, qui se levait de 
fort bonne heure, amusait ses matinées avant l'ar- 
rivée de ses modèles du grand monde. 

— Une femme à mi-corps, assise de face sur une chaise, 
le haut du corps un peu penché à droite, en train de faire 
de la frivolité. 



(1) Cependant on parle dune étude faite dans ces conditions, et 
où Nattier a écrit sur le dessin, avec son orthographe singulière : 
Madame de Pris — filles de M. de Pleneuse — estant jeune, lon- 
gue fay — fait toute la famille de — M. de Pleneuse, 



PEUT SALON. 125 

Dessin snr papier bleu, à la pierre d'Italie, rehaussé de 
craie. 
Vente Villot (1). 

H. 33, L. 30. 

— Un homme à mi-corps, de profil, tourné à droite, 
la tête retournée et vue de trois quarts, un carton sur les 
genoux, à la main un compas avec lequel il trace une 
figure géométrique. 

Dessin sur papier bleu à la pierre d'Italie, rehaussé 
de craie. 
Vente Villot. 

H. 30, L. 25, 

— Triomphe d'Amphitrite ; au-dessus de la conque 
traînée sur les eaux, une grande voile déployée dans le 
ciel que soulèvent et tendent des amours. 

Lavis d'encre de Chine sur trait de plume, avec dans 
certaines parties des rehauts de blanc de gouache. Le 
dessin a été mis au carreau. 

Signé au dos du dessin : J. M. Nattier invenit et delinea- 
vit 1758, et, d'une écriture du temps, au crayon : Peint 
en 1759. , 

Vente Peltier. 

H. 29, L. 52. 

NoRBLiN [Jean- Pierre de la Gourdaine), Un faiseur 
de taches à Tencre de Chine, à l'imitation des taches 
au bistre faites par Fragonard ; un crayonneur gras 
et croquant à la mine de plomb, à Timitation des 
crayonnages de Fragonard à la sanguine. 

^ — Un cabaret où un homme cherche à embrasser une 
femme qui se défend. 

(1) Catalogué sous le nom de Roslin. 

11. 



..JÀ 



126 Là maison D'UN ABTISTB. 

Une course à la bague dans la campagne, où Ton voit 
au premier plan un homme caracolant, armé d'une lance. 
Deux croquetons à la mine de plomb. 

H. 10, L. i7. 

— La Main-chaude. Sous de grands arbres, au milieu 
d'une nombreuse compagnie, une jeune fille frappant 
dans la main posée sur le dos d'un homme, dont la tête 
est cachée dans les jupes d'une femme. 

Lavis à l'encre de Chine sur trait de plume, en forme 
d'écran, 

H. 29, L. 27, 

— Le Jeu de bascule. Sous de grands arbres^ des jeunea 
filles et des jeunes gens se balançant sur un tronc d'aibre 
basculant. 

Lavis à l'encre de Chine sur trait dé plume, ea forme 
d'écran. 

H. 29, L. 27. 

Olivier {Michel-Barthélémy). Des dessins non si- 
gnés, que les marchands ont offerts pendant long- 
temps aux amateurs, sous des attributions absurde's, 
et que les amateurs n'achetaient pas, les croyant 
fabriqués par un faussaire : ces dessins ayant quel- 
que chose d'une modernité suspecte. Enfin, il y a 
une quinzaine d'années, dans une vente, je crois, d'un 
descendant d'Olivier, arrivait aux enchères un lot de 
ses eaux-fortes et de ses dessins, dont quelques-uns 
étaient la première idée de quelques-unes des eaux- 
fortes. Ce jour-là on était fixé sur ces dessins incon- 
nus, on avait à faire à Olivier, le peintre officiel du 
prince de Conti, l'auteur des curieux tableaux du 



PETIT SALON. m 

Thé à tanglaise dans le salon des Qualn-Glaces au 
Temple, d e la Fête dans le Bois de Cassan à CJle-Adam . 
Les dessins d'Olivier sont de petits, petits, petits des- 
sins, àla recherche d'intentions spirituelles, et s'ap- 
pliquant à rappeler dans le mélange de la sanguine, 
du crayon noir, de la craie, l'esprit et la couleur 
des dessins de l'école de "Watleau. Quelquefois même 
des touches de pastel viennent s'ajouter aux trois 
crayons et agrémenter les études du peintre galant 
du Temple, d'un coloriage léger et gai. Très souvent 
aussi, à l'iniitalion de Walleau, le sujet principal est 
accompagné du crayonnage d'une tête, d'un bras, 
d'une main, d'un croipieton qui fait contraste avec 
l'étude terminée. 

— Deux femmes de profil, tournées & gauche, se pro- 
menant. Elles sont hahilléea en grand habit a^ec des plumes 
dans les cheïeui ; l'UDe d'elles tient Ô la main un Éventail 
fermé. Sur le Tond est jetée une étude de ISte. 

Dessin aui trois crayons sur papier chamois. 
H.24, L. 17. 

— Femme assise à terre, coiffée d'un papillon , elle est 
entourée d'études de bras et de mains. 

Sanguine-, (rois des études de bras et de mains sont à 
la pierre d'Italie. 

H. 15, L. 20. 

— Femme assise, les jambes allongées, une main tendua 



128 LA MAISON D*UN ARTISTE. 

— Rose endormie, couchée sur une chaise longue, un 
livre tombé de ses mains; du dessous de ses jupes remon- 
tées, son petit chien toutou aboie après un garçonnet pen- 
ché sur le dossier et regardant les mollets de la belle. 

Dessin sur papier bleu, à la pierre d'Italie, frotté de 
sanguine et rehaussé de blanc. 

Ce dessin, en hauteur, a été gravé en largeur avec de 
nombreux changements et l'introduction d'une fille de 
chambre, sous le titre ; le Sommeil interrompu. Il ne porte 
ni nom de dessinateur ni nom de graveur, dans sa marge 
qu'emplissent vingt-cinq vers. 

H. 32, L. 26. 

OuDRY {Jean-Bàptîste), On disait, de son temps, Ou- 
dry encore plus attaché à ses dessins qu'à ses ta- 
bleaux, et que, de ses dessins, il composait des por- 
tefeuilles de cinquante morceaux variés, de manière 
que celui qui en possédait un seul, avait un échan- 
tillon de tous les genres embrassés par le peintre. 
En effet, Tillustrateur des Fables de la Fontaine est 
universel, mais plus particulièrement paysagiste et 
avant tout animalier. Dans ses dessins d'animaux 
presque toujours exécutés sur papier bleu, àla pierre 
noire avec rehauts de craie, il apporte une habileté 
dont le seul défaut est peut-être la constante égalité, 
le faire uniformément semblable, une perfection qui 
vous laisse sans surprise. Ses dessins aux beaux écra- 
sements de crayon noir dans l'ombre, aux détails 
simplifiés dans les clairs, — et tout lumineux des lu- 
mières posées par l'homme qui peignait des oiseaux 
blancs sur fond blanc, — arrivent à une unité d'effet 
extraordinaire et sous des apparences faciles, à ce 



PETIT SALON. 12» 

résumé concret de Tobjet représenté que donne seul 
un savoir énorme. Et les heureux et magistraux des- 
sins qu'a laissés ce dessinateur toujours occupé à 
crayonner, ce dessinateur « des perdrix au plumage 
bizarre, des cerfs à tête singulière » tués par le Roi, 
ce dessinateur de tous les animaux inconnus et 
étranges arrivant à la ménagerie de Versailles. Ce 
sont de pittoresques accumulis de poissons qui lui 
faisaient faire, au dire des « Mémoires des Académi- 
ciens », dix voyages à Dieppe pour les dessiner dans 
toute leur fraîcheur; ce sont de ces buffets ou de ces 
dispositions de deux pièces de gibier, accrochées à un 
clou au-dessus d'une tablette garnie de victuailles 
ou d'accessoires, d'une touche de crayon qu'on sup- 
poserait être celle de Chardin ; ce sont de savantes 
études de chiens, de la grosse bête chassée par la 
vénerie royale, etc. Et même le paysagiste n'est pas 
à dédaigner; ses dessins de grands parcs avec un bout 
d'escalier, avec un angle de terrasse à balustres, se 
font remarquer tout de suite par une connaissance 
de l'anatomie de l'arbre, une science de ses embran- 
chements, et encore par un éclairage du dessous des 
grandes futaies qui n'appartiennent qu'à Oudry. 

A propos des dessins à la sanguine d'animaux 
d'Oudry, on doit se défier de certains dessins un peu 
dans sa manière, mais d'un crayonnage plus maigre, 
et qui sont du nommé Dugommer; quant à ses pay- 
sages à la pierre d'Italie, sur papier bleu, il faut 
prendre garde à quelques dessins de Pierre, moins 
libres cependant que ceux d'Oudry, mais qui a tra- 



^ 



i30 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

vaille d'après nature à Arcueil, dans l'ancien parc du 
prince de Guise, et reproduit les mêmes motifs que 
son confrère. Enfin il ne faut pas craindre d'ache- 
ter des paysages d'Oudry dans lesquels se promènent 
des personnages deTEmpire : un marchand'du com- 
mencement du siècle qui en possédait un certain 
nombre, ayant eu, pour les vendre, l'idée de faire 
peupler leur vide et leur solitude, par un artiste 
contemporain dont on m'a dit le nom que j'ai ou- 
blié. 

— Un chien barbet surprenant un cygne sur ses œufs. 
Dessin sur papier bleu, lavé à l'encre (Te Chine, rehaussé 

de gouache. 

Signé : Oudry fecit pour présent. 

Dessin du tableau exposé au Salon de i742 et peint pour 
la salle à manger de M. Bernard l'aîné. 

H. 35, L. 40. 

— Attaque d'un loup par trois dogues. 

Dessin sur papier bleu, à la pierre d'ItaUe, rehaussé de 
blanc et de quelques touches de pastel. 

H. 44, L. 27. 

— Dans l'angle ruineux d'un parapet donnant sur la mer, 
un amoncellement de poissons surmontés d'un congre et 
d'une anguille de mer ficelés à un clou; sur le parapet, un 
perroquet. 

Dessin sur papier bleu, à la pierre d'Italie, rehaussé de 
craie. 

Signé à la plume : Oudry, 1740. 
Vente Andreossy. 

H. 31 , L. 43. 



PETIT ;8AL0N. 131 

— Un baquet débordanl de poissons de mer répandus 
à terre; sur un bout de mât où sèche un filet, un perro' 

Dessin sur papier bleu, à la pierre d'Italie, rebaussé de 

Signé à la plume : Oudry, 1740. 
Vente Andreossj. 

H. 31, L. 40. 

— Un canard et un lièvre accrochés à nn cloii ; ea bas, 
des bouteilles, du pain, du fromage. 

Dessin sur papier bleu, k la pierre d'Italie, rehaussé de 
craie. 

Dessin du tableau peint pour le dessus de chemÎDée de 
M. Jombert, libraire, et exposé au Salon de 1742. 

H. 39, L. 2Î. 

— Dans une niche de buffet, un faisan et un liËvre ac- 
crochés à an cloc ; sur la tablette, gigot, Tolaille piquée, 
cardons, bouteilles et panier. 

Dessin sur papier bleu, & la pierre d'Italie, rehaussé de 

Signé iJ.B.Oudry, 1743. 

Dessin du tableau fait pour la salle à manger de M. Roet- 
tiers, orféïre du Roi, et exposé au Salon de 1753. 11 y a 
quelques changements dans les accessoires. 

H. 35, L. 26. 

— Un chien à côté d'un tubouret de canne où sont posés 
une musette, des estampes, un livre. 

Dessin sur papier bleu, à la pierre d'Italie, rebaussé de 
craie. 

Dessia du tableau pour devant de cheminée eicposé 
au Salon de 1742 et aciiuis par M. Watolet. Le tableau est 



132 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

aujourd'hui au château de Jeand'heurs appartenant à 
M. Léon Rattier. 

H. 24, L. 33. 

— Vue d'un parc terminé par une terrasse à halustres 
donnant sur une rivière. 

Dessin sur papier bleu, à la pierre d'Italie, rehaussé de 
craie. 
Signé : J. B, Oudi-y, 1744. 
Vente Guichardot. 

H. 32, L. 53. 

Pajou {Augustin), Un sculpteur qui dessine avec le 
pittoresque, le brio d'un dessinateur de profession. 
Ses dessins, qui ne sont pas très communs, sont gé- 
néralement lavés d'un chaud bistre sur un trait 
de plume. 

— Projet d'une fontaine à têtes de béliers et à godrons, 
surmontée d'un cygne, et dont la panse, où deux amours 
s'embrassent, est soutenue par deux satyres. Le socle ost 
formé par trois cariatides à queue de serpent. 

Bistre sur trait de plume. 
Signé ; Pajou, 
Vente Tondu. 

H. 32, L. 18. 

— Projet de brûle-parfum, au couronnement formé 
d'un amour et de deux satyres. 

Bistre sur trait de plume avec rehauts de blanc de 
gouache. 

H. 14, L. 18. 

— Dans un fronton, accoudées à une écusson vide et 
couronné de lleurs de lys, les figures de la Prudence et de 
la Libéralité. 



PETIT SALON. 133 

Sanguine. 

Ce dessin, très terminé, est le projet définitif, et tel qu'il 
a été exécuté, du fronton du pavillon de droite du Palais- 
Royal, sur la place. 

H. 22, L. 59. 

Parizeau [Pk,-L.). Des dessins de paysage où tout 
est gracieux : les arbres, les bêtes, les paysans. 

— Une chaumière, où une femme, assise dans la baie de 
a porte, est entourée de petits enfants jouant sur Je seuil. 

Sanguine. 

Signé sur le mur de la chaumière : Ph. I». Parizeau, 
1775, près Longjumeau. 

Étude par Parizeau, dans un voyage avec Wille, et dont 
Wille donne les étapes dans ses « Mémoires », à la date du 
3 septembre 1775. 

H. 18, L. 43. 

Parrocel [Charles). Le peintre de l'entrée de l'Am- 
bassadeur turc, le coloriste, dont les yeux semblent 
avoir toujours gardé la mémoire de ces tableaux de 
Bourguignon faits sur cuir doré, et où Tor, épargné 
par la peinture, faisait les cuirasses ; le dessinateur 
dont la plume et la sanguine ont une sorte de furia^ 
le croqueur instantané habitué à saisir le galop d'un 
cheval, et qui, en ses hâtifs et cursifs et carrés des- 
sins, rencontra quelquefois de petits cavaliers au 
torse superbe, aux pans d'habits renflés, qui ont quel- 
que chose du crayonnage de Watteau. 

— La course de la bague, avec la tête du pistolet, la tête 
de Vépêe, la tête de lance, la tète de Méduse, etc. 

Sanguine. 

Gravé à Teau-forte par Parrocel, en réduction et avec 
I. 12 



134 LA MAISON D*UN ARTISTE. 

quelques petits changements dans « l'École de cavalerie » 
par M. de la Gneriiiière, vol. I", p. 30 ». 
Vente Le Bas, où ce dessin était catalogué sous len*37. 

H. 26, L. 46. 

— Un palefrenier étrillant un cheval. — Une échoppe de 
regrattier. — Un maréchal-ferrant travaillant la mâchoire 
d'un cheval. 

Lavis d'encre de Chine sur trait de plunie. 

Ces trois dessins sont gravés dans une suite d'après le 

Maître. 

H. 17, L. 43. 

Pater (Jean-Baptiste). En dépit de la disproportion 
des parties d'un corps, d'un dégingandement parfois 
singulier de ses figures dessinées, Pater est le dessi- 
nateur qui approche le plus de son Maître. Il ne 
vous trompera pas avec un de ses trois crayons, — 
là Watteau défie tout le monde ; — mais le plua fin 
connaisseur pourra être pris à un croquis, à un cro- 
queton à la sanguine, tant l'élève s'est assimilé le 
jet et le ressentiment du contour de Watteau. Disons 
ici que c'est tout à fait une rareté que de rencon-, 
trer un dessin qui soit la première idée presque 
complète d'un tableau de Pater; on ne connaît guère 
de lui que des études de figures isolées. Sous le nom 
de Pater je catalogue, avec une espèce de certitude, 
un lavis dont pour moi le pointillage du pinceau a 
la plus grande analogie avec le faire du crayonnage 
du dessinateur; toutefois, pour affirmer d'une ma- 
nière positive mon attribution, il aurait fallu voir 
des lavis de ço maître parfaitement authentiques, et 
je n'en connais pas. 



PETIT SALON. 1^ 

— Un eouple assis sur un tertre et devisant; dans le 
fond^ à gauche, un galant dont la tête n'est indiquée que 
par un ovale, caressant la gorge d'une femme qui se 
défend. 

Dessin aux trois crayons sur papier chamois. 
Première idée du tableau gravé par Filleul, sous le titre : 
l'Amour et le Badinage. 

H. 25, L. 31. 

— Près d'une niche, à la sculpture rocaille, et d'où tombe 
un filet d'eau, un négrillon pose un déjeuner de porcelaine 
sur un guéridon, placé devant une dame à l'ample robe. 
A côté de la femme se tient debout, le bras appuyé au pié- 
destal d'un grand vase, un homme en robe de chambre 
un bonnet de coton à fontange sur la tête ; plus loin un 
gentilhomme, son chapeau sur la cuisse, est assis sur im 
tabouret. 

Dessin à l'encre de Chine, dessiné et lavé au pinceau sur 
papier bleu. 

Vente Thibaudeau, où il était catalogué sous le nom 
d'Eisen père. 

H. 2/, L. 38. 

• 

Perroneau {Jean-Baptiste). Un grand pastelliste 
injustement sacrifié par Diderot à La Tour, et dont 
la préparation de Laurent Cai's, au Louvre, donne la 
plus haute idée. Perroneau est plus naturellemen 
coloriste que La Tour; il est, dans sa peinture de 
poussière colorée, tout plein de tons clairs, frais, 
presque humides. Certes son heureux rival a une 
science anatomique et physiôgnomique d'un visage 
bien supérieure à la sienne, mais trop souvent ses 
tons sont fatigués, ne se montrent plus entiers, et 
jamais, au grand jamais, il ne s'est élevé à ces clartés 



136 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

d'une figure faites de la pose franche de touches do 
bleu, de vert, balafrés de rose, et qui ont la plus 
grande parenté avec la couleur à Thuile des portraits 
de Reynolds, des portraitistes anglais de la fin du 
xviii* siècle. 

— Louis Claude, comte de Goyon de Vaudurant, sous- 
gouverneur de Bretagne, coiffé à Toiseau royal; il est en 
habit de velours noir, jabot de dentelle, gilet de soie à 
fleurettes traversé par le cordon rouge de commandeur de 
de Tordre de Saint-Louis. 

Pastel sur peau vélin. 

Provient de la collection du docteur Aussant de Rennes, 
où il était attribué à La Tour. Ce pastel, qui a tous les ca- 
ractères du faire de Perroneau , n'a pu être exécuté par 
La Tour qui, déjà un peu fou, ne travaillait plus à l'époque, 
où M. de Goyon était nommé commandeur de l'ordre de 
Saint-Louis. 

H. 71, L. 58. 

Pierre {Jean- Baptiste Marie), Le remplaçant et le 
continuateur de Boucher, un dessinateur dont les 
dedans sont un peu vides, mais un contourneur élé- 
gant et joliment maniéré de l'humanité de son temps. 
Ses femmes nues sont très désirables avec leur pe- 
tite gorge drue, leur corps allongé dans la rondeur, 
leur derrière en poire, et l'élève de Natoire n'est 
point encore trop maladroit au tortillage d'une toi- 
lette d'homme ou de femme de son temps. Ce dessin 
du «Peintre sicilien» catalogué plus bas, je me vois 
toujours l'achetant, au temps des ventes fastes et 
secourables aux désargentés, en cette vieille maison 
du fond de la rue de Vaugirard, cette maison toute 



PETIT SALON. 137 

bondée de dessins et de gravures, et où les lots de 
choses d'art semblaient ne pouvoir s'épuiser : la mai- 
son de Villenave. Je le payais, mon Pierre, je crois, 
quelque chose comme 7 francs, et je l'achetais aux 
côtés de M. Reiset, qui, encore plus heureux que 
moi, acquérait là, pour moins de cent francs, deux 
Watteau qui sont aujourd'hui deux des joyaux de la 
collection du duc d'Aumale. 

— Le gentilhomme Adrasle aux genoux de Tesclave 
grecque dont il vient d'ébaucher le portrait. 

Dessin sur papier blanc à l'encre de Chine, rehaussé de 
blanc de gouache. 

Signé dans le dos d'une chaise ; Pierre, 

Dans la marge du dessin est écrit : Le Sicilien. Eh bieUf 
alleZf oui, j'y consens, 

H. 22, L. 27. 

— La Folie faisant fuir la Religion. En bas, un prôtre 
renversé, un soldat se tordant les mains, un laboureur 
levant les bras au ciel, un magistrat à genoux regardant la 
Religion s'envoler. Allégorie satirique contre la philoso- 
phie et l'irréligion du ministère Maurepas, Sartine, Miro- 
mesnil. 

Dessin lavé à l'encre de Chine relevé de plume. 
Signé au crayon dans la marge de l'ancienne monture : 
Pierie, le merc{redi) i^^ février 1775. 

H. 32^ L* 27. 

— Une jeune femme vue de dos, peignant un paysage 
posé sur un chevalet. 

Sanguine. 

Signé à l'encre : Pierre, 

H. 23, L. 18» 

12. . 



X3B LA MAISON D'UN ARTISTE. 

PiLLEMENT {Jeon). Un çhinoiseur faisant de la chi- 
noiserie rococo au goût du temps, et de petits pay- 
sages proprets avec un crayon taillé menu, menu, 
menu. 

— Un pont à l'arche de pierre rompue et remplacée par 
nne passerelle en bois ; an premier plan, un homme monté 
sur un âne qu'il pousse à coups de bâton. 

Dessin à la pierre noire. 
Signé : J. Pillement, 1769. 

H. 16, L. 23. 

— Une masure au bord d'une rivière ; sur une estacade 
une femme qui file debout, la quenouille à la main. 

Dessin à la pierre noire. 

H. 16, L. 23. 

Portail {Jacques- André). Des deux crayons ayant 
l'air de dessins de la vieillesse de Watteau — qui 
n'en eut pas, — des dessins hésitants, tâtonnes, et 
comme tracés par des doigts un peu tremblants, et 
jamais, sans cette belle audace même dans la mala- 
dresse, qu'ont parfois et Pater et Lancret; des des- 
sins cependant tout pleins, dans une interprétation 
ingénue et plaisamment maladroite, de la physio- 
nomie du xviii® siècle. Longtemps ces deux crayons 
se vendaient sans qualification. Ce n'est qu'en 1851, 
à la vente du baron de Silvestre, que l'apparition 
d'une dizaine de ces dessins, sauvés des soixante- 
neuf ramassés par son grand-père, le Maître à des- 
siner des enfants de France, réapprenait aux ama- 
teurs et aux marchands le nom du bonhomme'PoTiaiïi. 



.__j 



PETIT SALON. jjg 

Ou remarquera qu'en général les dessins de Portail 
sont seulement à la sanguine et à la pierre noire 
sans mélange de craie. Indépendamment de ces deux 
crayons. Portail, dont, le titre était «peintre de 
fleurs », a exécuté, à Taquarelle et à la gouache, de 
nombreuses et savantes études de fleurs, de plantes 
même de légumes, dont quelques-unes, indépen- 
<lamment d'une série de miniatures, passaient à la 
vente de M. de Menars. Elles sont la plupart, main- 
tenant, je crois, en la possession du marquis de 
dhennevières. 

— Portrait du peintre, en tuste, vu de trois quarts et 
tourné à gauche, la tête un peu soulevée, une joue ap- 
puyée sur sa main droite. 

Dessin à la pierre noire et à la sanguine avec quelques 
touches de lavis à l'encre de CMne. 

Une inscription d'une écriture du temps porte dans la 
marge : Dessiné 'par M. Portail, de l'Académie royale de 
peinture et sculpture, premier dessinateur du cabinet du 
Roi, garde des plans et tableaux de la couronne. 

Vente Aussant. 

H. 22, L. 47. 

— Deux négrillons en costume de porte-queues de 
robes, et coiffés du casque à la moresque orné de pana- 
ches; ils sont accoudés à une tabJe de toilette, sur laquelle 
il y a posés un pot à l'eau et une cuvette. 

Dessin à la sanguine et à la pierre noire. 

H. 27, L. 25. 

— Une dame en grands paniers, assise dans une chnise, 
une canne à la main, causant, la tête letournée, avec un 
gentilhomme appuyé au dossier. 



« 

UO LA MAISON D'UN ARTISTE. 

Dessm à la sanguine et à la pierre noire 
Collection Niel. 

H. 30, L. 24. 

— Un jeune homme assis, JQuant de la flûte, auquel 
nn autre homme, appuyé au dossier de sa chaise, présente 
la partition. 

Dessin à la sanguine et à la pierre noire. 

H. 26, L. 22. 

— Jeune fille, yue à mi-corps, en déshabillé et regar- 
dant dans son corset qu'elle soulève de ses deux mains. 

Dessin à la sanguine et à la pierre noire. 

Étude pour la miniature portant le n° 329 du marquis 
de Menars, ainsi décrite : « Une jeune fille assise et en 
déshabillé. Elle ouvre sa chemise et paraît y regarder 
attentivement. » 

H. 26, L. 49. 

Prud'hon (PiejTe-Paul). Le dernier dessinateur de 
la grâce. 

— Accroupie sur ses pieds, un ruban lui servant de 
guides, Psyché est traînée par l'Amour à genoux et dont 
les mains sont enchaînées derrière le dos. 

Dessin à la pierre d'Italie sur papier jaunâtre. 

Ce dessin est le modèle du bras de fauteuil pour l'a- 
meublement ,de l'impératrice Marie-Louise, fondu par 
Thomi're. 

Porte la marque de M. His de la Salle qui avait fait un 
échange avec Blaisot. 

H. 21, L. 36. 

Pujos. Le portraitiste de Belle et Bonne, dessina- 
teur consciencieux, appliqué, au crayonnage un 
peu froid, mais adroitement contre-taillé. 



PETIT SALON. lU 

— Portrait de Sue, représenté dans une houppelande 
à collet de fourrure, et tenant de la main gauche une tête 
de mort. 

Dessin à la pierre d'Italie. 

Dans la tablette de l'écriture du peintre : Sue, célèbre 
ANATOMisTE, et au-dcssous : Dessiné par son ami Pujos en 
1785. 

Vente Cape. 

H. 19, L. 43. 

— Buste de femme, un pouf jeté sur le haut des che- 
veux et coiflfée avec deux coques derrière l'oreille. Elle est 
habillée d'un peignoir bordé d'une ruche, et à son cou se 
voit le cordonnet d'un médaillon. 

Dessin sur papier jaunâtre à la pierre d'Italie,' relevé de 
craie. 

Signé dans la marge : L. Pujos... en 1775. 

H. 14, L. 14 (ovale). 

QuEVERDO {Fi'ançoiS'Marie-Isidoré). Le dessinateur, 
dont j'ai vu dans ma jeunesse, chez Mayor, deux des- 
sins qui, s'ils n'avaient été signés, auraient été pris, 
par tout le monde, pour des Eisen, — le dessinateur 
devenu, dans les dernières années du xvni® siècle, 
l'affreux illustrateur que l'on connaît. 

— Le Coucher de la mariée. Une femme entourée de 
ses chambrières, dont l'une tient une bougie, et qu'un 
homme agenouillé sollicite d'entrer au lit. 

Lavis au bistre mélangé de carmin et rehaussé de" blanc 
de gouache. 

Signé dans l'encadrement carré fait à l'ovale du dessin 
par le dessinateur : Queverdo 1 762. 

V 

H. 20, L. 18. 




1« LA MAISON D'UN ARTISTE. 

— Dans un confessionnal fait en treillage et fleuri de 
plantes grimpantes et couronné de deux pigeons qui se 
becquètent, un moine confesse une jeune villageoise qui 
s'essuie les yeux, tandis que de l'autre côté son amou- 
reux attend son tour. A droite et à gauche du dessin, un 
groupe de berger et de bergère, couchés à terre, qui s'em- 
brassent. 

Lavis de bistre sur trait de plume. 

Gravé sans nom de dessinateur et de graveur dans les 
imageries de Basset, sous le titre de : la Belle Pénitente ^ 
avec des vers au bas qu'on chantait sur l'air du Confiteor, 

H. 45, L. 28. 

Rang {Jean). Peintre de portraits, élève deRigaud. li 
a laissé, de ses portraits à l'huile, des études crayon- 
nées aux ombres légères et comme effacées, et dont 
l'éclairage de craie semble exécuté sur une contre- 
épreuve. 

— Une vieille femme, au triple menton, à la coiffure 
basse, un pan de draperie jetée sur l'épaule droite. Elle 
est représentée vue de face dans le cadre d'un œil de 
bœuf architectural. 

Dessin sur papier bleu, à la pierre d'Italie, rehaussé de 
craie. 

H. 23, L. 47. 

Robert (ZTwôe?*^). L'artiste qui a inventé la ruine 
spirituelle^ le crayonneur agréable, Faquarelliste à 
l'aquarelle à la fois délicate et décoratoire. En dehors 
de ses villas italiennes, Hubert Robert a donné, sur 
notre ancien Paris, quelques dessins inspirés parune 
démolition, par un incendie, par une catastrophe 
montrant le monument ruineux et pittoresque, des- 



sÎDS oti it apporte son taleat prîme-sautier dans la 
représentation de localités qui ne sont guère peintes 
qne par un Raguènel. 

— Un portique de villa italienoe surmonté d'une ter- 
rasse, et dans la niche duquel tombe l'eau d'une fontaine. 
Un gentilhomme, le chapeau sous le bras, et donnant le 
bras à une dame en mante noire, s'apprête k monter an 
escalier s'ooTrant entre deux statnea antiques; an pre- 
mier plan, nue femme puise de l'ean dans un chandron, 
près d'nne mère qui tient son enfant par les lisières. 

Aquarelle sur trait de plume. 
Signô : H. Robertiim. 

H. 34, h. 21. 

— Jardin d'âne TÏlIa italienne, où nn escalier, au bas 
dnqnel eit coaehé nn Flenre sur son nrne, mène à une 
fontaine monnmentale retombant en cascade; en bas, le 
long d'un mur, aux bas-reliefs encastrés, deux femmes 
arrangent des arbustes dans de grands pots de terre 
rouge. 

Aquarelle. 

Signé 1 ff. Robert fedt 1710. 

H.2I,L. «. 

— Escalier monumental que gra^t nne Italienne, son 
enfant sur le bras ; au premier plan près d'un sphinx de 
bronze vert jetant de l'eau dans une vasque, une fenone, 
accoudée sur une borne, tient un petit chien dansseabra». 

Aquarelle sur trait de plnme. 
"Signé : H. Robert. 

H. 33, L. 28. 

— Vue de l'inlérieur d'un cellier romain où nn gros 
cbittn a pour nicbe un tonneau ; une fomnve, un marmot 



114 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

sur le bras, monte un escalier, où un enfant, assis sur une 
marche, mange sa soupe. 

Croquis sur un large frottis de sanguine, lavé de bistre 
et relevé de plume. 

H. 36, L. 47. 

— Vue, prise sous une arche du Pont-Neuf, du Pont-au- 
Change tout chargé de maisons; une grande estacade à 
droite au pied de laquelle sont amarrés des bateaux ; au 
premier plan, un groupe de trois hommes dont Tun tient 
une ligne. 

Croquis à la pierre noire. 
Portant la marque FR. 

H. 3i,L. 46. 

— Vue de l'Hôtel-Dieu, après Tincendie de 1772; 
une échelle est appliquée contre l'arceau du milieu ; 
au premier plan, un groupe de deux femmes et d'un 
homme. 

Sanguine. 

H. 28, L. 36. 

— Vue de la démolition du cimetière des Innocents. Par 
la baie d'une arche ogivale, on aperçoit une tour au-dessus 
du cloître dont la partie supérieure est déjà démolie ; au 
milieu de la cour, amoncellement de poutres et de débris ; 
au premier plan, un homme regardant appuyé sur le mur 
d'appui. 

Sanguine lavée d'encre de Chine, relevée de plume et 
rehaussée de blanc de gouache. 

H. 37, L. 29. 

Sablet le jeune. Des dessins nobles, des études 
d'après nature qui rappellent des académies d'atelier. 

-— Une vieille femme aux pieds nus, en costume de la 



PETIT SALON. 145 

campagne romaine, représentée de proûli tournée à gau- 
che et tendant la main. 
Layis à Tencre de Chine. 

H. 35, L. 27. 

Saint- Aubin {Gabriel). Un gribouilleur de génie, 
dans les croquis, les croquetons duquel il serait 
possible, en les gravant, de reconstruire une Illus- 
tration du XYiii^ siècle, qui aurait ses légendes tou- 
tes faites avec le bavardage écrit de la main de Tar- 
tiste-croqueur, en marge, au dos, au revers, et 
même à travers le crayonnage et la peinturlure de 
868 dessins d'après nature. 

— Portrait d'Augustin de Saint-Aubin enfant, dormant 
tout habillé sur un tabouret; dans le coin, à gauche, une 
répétition pTus étudiée de la tête du dormeur. 

Dessin à la pierre noire. 

Au dos, de la fine écriture d'Augustin : Étude faite d'a- 
près nature par Gabriel de Saint- Aubin en 1747 é^aprés 
son frère Augustin qui lui servait de modèle (1). 

H. 21, L. 19. 

— Portrait de Louis XYI dans un cadre, au bas duquel 
jouent deux amours, au milieu d'attributs et de médail- 
lons représentant des épisodes de la vie du monarque. 

Dessin sur papier jaunâtre, au crayon noir et frotté de 
blanc, signé : Gabriel de Saint- Aubin f. 1770. Il a écrit en 
bas : Locis-AuGusTE, DAUPHIN DE France. Marié le IGflicqf 
1770, et ajouté plus tard : Roi le,.. 1774. 

H. 33, L. 22. 

(1) Le couteau maladroit du monteur de destins a rogné la 
première ligne de cette note. 

I. 13 



146 LA^MAISON D'UN ARTISTE. 

— Deux études du portrait.de Young. 

L'une représente l'écrivain dans un médaillon, au bas 
duquel est une lampe, un sablier et une tête de mort ser- 
vant d* encrier ; l'autre le montre dans un médaillon sou- 
tenu par un Génie, avec au bas une Muse la tête voilée 
de noir, une plume à la main. 

Le preinier dessin est à la pierre d'Italie et à la san- 
gtdne relevé d'encre ; le second est à la pierre d'Italie. 

Tous les deux sont signés. Le second porte au bas trois 
lignes au crayon, qui commencent ainsi : Gabriel de Saint- 
Aubin l'ami de Young.., 

Le premier a été gravé par Augustin de Saint-Aubin, en 

tête de la traduction des Nuits de Young, par Letour- 

neur, 4770. 

H. 44, L, 8. 

— La Vierge exposant l'Enfant Jésus à l'adoration 
d'un moine et d'une sœur. Le sujet principal est entouré 
de quinze petits médaillons àlaplumCjrepréseçitant quinze 
épisodes de la vie du Sauveur. 

Dessin lavé sur crayon noir à l'encre de Gbine. 
Signé : G, d. S. A. 
Vente Péri gnon. 

H. 20, L. 48. 

— Matatbias renversant les idoles et massacrant les 
prêtres. 

Dessin à la plume, lavé d'aquarelle avec rebauts de 
gouacbe. 
Vente Pérignon. 

H. 17, L. 23. 

«— La mort de Germanicus. 

Dessin à la plume, lavé sur frottis de sanguine, et 
rehaussé de gouacbe. 

Gravé sous le n» 44 de llllustration faite par Gabriel Saint- 
Aubin de « l'Abrégé d'histoire romaine », publié chez Nyon, 

H. 24, L. 46. 



PETIT SALON. 147 

— Une châsse promenée à la porte d*one église par le 
clergé. 

Dessin à la pierre noire, relevé de plume. 

Projet de tableau, ainsi que Findique la mention de 
14 pieds y écrite en bas, au crayon, par Gabriel de Saint- 
Aubin. 

H. 5, L. 10. 

— Les Dimanches de Saînt-Cloud. 

Dans une allée de boutiques, au milieu du cercle fait 
par la foule^ un homme et une femme dansent aux ac- 
cords d'un joueur de violon et d'un harpiste. 

Bistre relevé de plume. 

Signé au bas, à gauche : Gabriel de Saint- Aubin del., et 
sur le toit d*une boutique : Vu à Saint-Cloud le 12 septenh 
bre 1762. G. de S. A. 

H. 20, L. 28. 

— Vue du Pont-Neuf et de la Samaritaine prise au 
quai de la Mégisserie à Tépoque où se construisaient, sur 
les demi-lunes du pont, les guérites dont la location fut 
affermée par le Roi, au profit des veuves de TAcadémié 
de Saint-Luc. Sur le premier plan un marché aux fleurs, 
une rixe de femmes, un groupe de racoleurs. 

Dessin à la sanguine et à. la pierre noire, accentué dd 
plume. 
Signé : Gr. de Saint- Aubin 1775. 
Ventes Brunn-Neergaard, Sylvestre (l). 

H. 23^ L. 38* 

— Pitres de parade se fendant pour un assaut, gros 
abbé le nez en Tair, vieillard vu de dos dans un grand 
manteau, savoyard sautillant sur un pied, femme assise 
sur un banc soulevant son enfant pour voir. 

(1) Il existe un faux dessin de ce sujet, ou du moins un dessin 
qui a été poussé au fini, sur un léger croquis de Gabriel. 



^^ 



7*rr^ 



148 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

Feuille de croquis sur papier grisâtre, à la pierre noire, 
rehaussés de blanc. 

Étude pour la « Vue des Boulevards » de Gabriel de 
Saint-Aubin, gravée sans titre par Duclos. 

H. 43, L. 26. 

• ■ 

-r- Deux vues du Wauîhall. 

Dessin à la plume sur un dessous de crayon lavé. 

Sur l'un de ces dessins on lit, de l'écriture de Saint- 
Aubin : Vue du salon des Muses faite au Wauxhal par 
Gabriel de Saint- Aubin, 4 769, avec indication de café turc 
et de restaurateur, 

H. 5, L. 10. 

— Vue des tables d'un café des boulevards, devant le- 
quel défilent des carrosses. 

Croquis au crayon noir rehaussé de blanc. 
Vente Pérignon. 

H. 14, L. 19. 

— Dans le fond l'École-Militaire, au premier plan une 
foule immense regardant, du quai, un bateau au milieu 
de la Seine. 

Dessin à l'aquarelle repris de plume. 

En bas, de l'écriture du dessinateur : Bateau insubmersi- 
ble de M, de Bernière éprouvé le 1^' août, Gabriel de Saint- 
Aubin, 1776. Le véi'itable honneur est d'être utile aux hom- 
mes. Pour la société établie à cette fin, 1776. (Voir sur cette 
expérience les u Mémoires de la République des lettres » à 
la date du 4 août 1776.) 

H. 19, L. 14. 

— Un laboratoire de chimie, au manteau du fourneau 
décoré d'une figure allégorique présentant un miroir à 
Vulcain. Au-dessous sont groupés, autour d'une table, 
des savants, des femmes, des abbés, au milieu des- 



PETIT SALON. 14f 

quels on remarque un seigneur au grand cordon en sau- 
toir. Un homme tient une cornue entre ses mains. C'est 
sans doute la chambre d'expérimentation du chimiste- 
amateur, le duc de Luynes, où se lit sur une porte sculp- 
tée : Au Sage, 

Dessin à la pierre noire, relevé de quelques coups de 
plume. 

Signé : G. S. A. 1779. 

Vente Pérignon. 

H« loy L» i2. 

— Sous un ciel, où les Naïades versent la pluie avec 
des arrosoirs, et où les Vents soufflent la tempête, des 
jouteurs de régates de la Seine s'avancent, leurs lances 
de bois appuyées sur la cuisse. Au premier plan, un cabrio- 
let stationnant à côté d'une ancre. 

Dessin à la pierre noire, relevé de plume, lavé d'aqua- 
relle et de gouache dans le ciel. 
Signé j G. de S. A. 
Vente Pérignon. 

H. 22, L. 18. 

— Danse d'hommes et de femmes dans des arbres, au 
pied de statues, avec un fond de ciel qui semble éclairé 
d'illuminations et de lueurs de feux d'artifice. 

Dessin sur papier gris à la pierre noire, rehaussé de 
craie et de quelques touches de pastel dans Je fond. 

On lit dans le ciel de ce dessin représentant sans doute 
quelque réjouissance publique : le Retour désiré. 

Vente Pérignon. 

Ija ZÀf Ïj» AO» 

— Le Salon de 1757. Plusieurs personnes, parmi les- 
quelles se trouve un Turc, sont arrêtées devant une statue 
de Vénus. 

Dessin à l'encre de Chine sur trait de plume. 

13. 



LA MAISON D'UN ARTISTE. 

En bas, au crayon de la main de Gabriel : Saïon de 4757, 
figure de M, Mignot. C'est la tigure ainsi mentionnée au 
livret de l'exposition : « Vénus qui dort. Cette figure est 
de la même proportion que THerm^aphrodite antique et 
doit faire son pendant, par M. Mignot, agréé. » 

H. 14, L. 16. 

— Une jeune f^mme dessinant dans un atelier une 
statuette de Vénus, posée sur un guéridon. Un peintre, la 
main qui tient sa palette, posée sur Tépaule de la femme, 
lui indique, de son autre main, une correction. 

Dessin sur papier jaunâtre à la pierre noire, édairô 
d*un frottis de craie. 

H. 21,L. 15. 

— Trois jeunes filles dessinant sur un coin de table. 
Dessin à la pierre noire, relevé de plume. 

On déchiffre à peu près, sur ce dessin, de la main de 
Gabriel : ... Four M^^ J. G. Colignon de Preneuse; et en 
bas, sous la jeune fille de premier plan : pied en l'air, 

IL17, L. 4i. 

— Dans un appartement aux lambris sculptés, au mo- 
bilier somptueux, un commissaire verbalisant avec son 
clerc à une table, tandis qu'un soldat aux gardes saisit 
dans un secrétaire une boîte, en présence d'un homme en 
robe de chambre et en bonnet de coton. 

Lavis à l'encre de Chine sur un frottis de sanguine. 
Portant la marque du chevalier Damery. 

H. 24, L. 19. 

*■ 

— Une fenwne donnant de la bouillie à un enfant, ren- 
Tersé sur ses genoux. 

Dessin sur papier bleu à la pierre noire, rehaussé de 
craie. 
Signé : G. cZe S. A. 1773. 

H. 28, L. 20. 



PETIT SALON. 15X 

— Une femme assise, un pied sur mi tabom'et, lisant 
dans un livre. 

Contre-épreuve d'un dessin à la pierre noire, avec, en 
marge de la femme, des eroquetons à la plume et au 
crayon. 

H. 23, L, 18. 

— Deux hommes assis sur des chaises, à l'entrée d'une 
grande allée d'arbres ; à côté d'eux deux femmes couchées 
à terre. 

Dessin à la pierre noire, lavé d'encre de Chine et d'une 
coloration bleuâtre. Au dos du dessin, croquis de statue 
à la plume et tête d'homme baissé et paysage au crayon. 

H. 18, L. il. 

— L'Étude et les Amours cherchant à arrêter le Temps, 
un pied posé sur les constitutions des Jésuites. 

Dessin estompé au crayon noir. 

Signé ; G. de S. A. 

Ce grand dessin académique, dont le dessinateur semble 
avoir eu une sorte d'orgueil, porte en bas, de la main de 
Gabriel : Bon à coler derrière mon portrait. 

H. 54, L. 43. 

— Un Génie ailé, à la main une trompette de Renom- 
mée, montrant un portrait lauré, et repoussant du pied 
l'Envie et la Haine. 

Dessin lavé de bistre sur papier bleu, rehaussé d'aqua- 
relle et de gouache. 

Signé ; Gabriel de Saint- Aubin f, avec la mention : 
Pour le prince de la Paix. 

Vente Peltier. 

H. 24, L. 2i, 

— La Ville de Paris, figurée par une déesse tenant une 
rame, et montrant à une femme qui serre deux enfants 



15t LA MAISON D*UN ARTISTB. 

sur sa poitrine, la colonne de Thôtel de Soissons, encas- 
trée dans les nouvelles Halles aux grains et aux farines. 
En liaut, un petit dessin architectural de rencastrement. 

Dessin au crayon et à la plume, lavé de bistre et d'en- 
cre. Au revers, sur un fond aquarelle de bleu, le crayon- 
nage d'un homme assurant un lorgnon dans son œil, à 
côté d'un autre homme couché sur un banc; autour d'eux, 
plusieurs objets d'art. 

Nombreuses écritures sur le dessin du recto^ et au 
verso, à côté d'une petite statuette religieuse, deux fois 
dessinée : Bronze à Saint-Jean •par le 1" octobre 1769. 

Allégorie relative à l'érection de la colonne donnée 
par Bachaumont à la ville de Paris, et dont le dessin des- 
tiné aux « Étrennes françoises » dont Gabriel Saint- Aubin 
a fait presque toute l'illustration, a été remplacé par un 

Gravelot. 

H. 18, L. 12. 

— Études d'amours pour un plafond, avec la composi- 
tion du milieu cherchée deux fois, d'une manière différente. 

Dessin moitié à la sanguine relevé de plume, moitié au 
lavis d'encre de Chine sur crayonnage à la pierre noire. 

Signé ; (j. de Saint-Aubin^ 1779. 

Ce dessin porte en b^^ de la main de Gabriel : pour 

le plafond de Serait-ce un plafond pour l'hôtel de 

M. d'Angiviller, dont le nom se trouve dans un cartouche 
sur lequel est assis un amour? 

H. 18, L. 14. 

— Près d'une femme, un personnage grotesque et coiffé 
d'une calotte, tenant renversée une marotte à laquelle se 
suspend un amour. 

Dessin à la pierre noire. 

Signé : G. de S. A. et griffonné, en marge, de chiffres, 
d'écritures, d'adresses, de recettes de peinture* 
Vente Pérignon. 

H. 18, L. 13. 



PETIT SALON. ISS 

— Dans un appartemeat à colonnes et oA la porte est 
surmontée d'un groupe de deux amours, deux hommes 
causant Sebout, nne main de l'an posée sur la main de 

Dessin à la pierre d'Italie, releïé de qui 
plume. 

Signé : G. de Saint-Aubin del. 
Gravé par Augustin de Saint-Aubin pon 
soTjNEL, aete II, scène IL 

H. 12, L. 7. 

— Neuf compositions pour l'illustration i 

Gribouillis à la plame, dont nu seul est I 
d'encre de Chine. 

H. 10, L. 8 {forme orale). 

— Trois dessins d'armoiries : deuï difl'i 
armes de Madame de Ponipadour, un poi 

■ son frère, M, de Marigny. 

Trois dessins au crayon, à la plume, U 
Chine, sur papier et sur peau vélin. 

Signé au bas des deux poissons de Har 
^. 6, L. 12. 

Saiht-Aubin (Auguslin de). Un cade 
tre, moins savant dessiaateur, moins s 
a!né, mais doué d'un contour de grâi 
vite de dessin, d'une naïve galanliste 
fait le peintre de la volupté de la î' 
temps. Pour le juger complètement, ill 
habile fureteur déterrit les originaux 
paré » et de son « Concert bourgeois " 
présentations typiques du monde du 



154 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

exposées au Salon de 1778, et faites avec ce joli procédé 
qui lui réussit si bien : un doux crayonnage balayé 
d'un nuage d'aquarelle. Dans Tordre de ces dessins 
de Tapeurs, et parmi lesquels je citerai la première 
idée de « Au moins soyez discret », c'est dans un 
certain vague à peine coloré d'aquarelle ou de pastel, 
comme la pâle vision d'une femme rose, entrevue 
dans un rêve amoureux. 

— Portrait à mi-corps et de profil, du dessinateur à l'âge 
de vingt-huit ans. Il a les cheveux en accommodage du 
matin, un carton sur les genoux, un porte-crayon au bout 
de sa main droite, levée et tendue. Au fond, sur un cLô- 
valet, une toile représentant une nudité mythologique. 

Bistre sur trait de plume. 

Signé : Aug. de Saint- Aubin deU 1764. 

Vente Renouard. 

H. 19, L. 14. 

— Portrait d'une jeune femme de profil, tournée à gauche^ 
aux cheveux bouffants et retombants, serrés par un ruban 
au sommet de la tête, un collier de perles au cou, un ficha 
lâchement noué sur le décolletage de sa poitrine. 

L'encre de Chine, relevée de quelques petits traits de 
plume, est légèrement lavée d'aquarelle. 

Signé au crayon dans le cercle blanc de l'ovale : A, de 
Saint' Aubin, 1780. 

Au dos, d'une écriture du temps : Aimée Lmi$e Chevrau 
de Moussy (1). 

H. 12, L. 10 (ovale). 

— Portrait d'une jeune femme de profil, tournée à drcnte» 

* 

(1) Les a Mémoires de Maurepas » donnent cette madame de 
Moussy comme maîtresse à d'Argenson, le ministre de la guerre. 



PETIT SALON. 155 

coiffée en chien couchant. Elle a une perle longue à roreille, 
et ses épaules décolletées sortent d'une robe jaune. 

Dessin à la mine de plomb, légèrement lavé d'aquarelle 
et relevé de pastel. 

H. 17, L. 44 (ovale). 

— Portrait d'une femme âgée,^ vue de trois quarts, en 
cheveux relevés et surmontés d'un pouf. Un fichu de 
mousseline est jeté sur ses épaules. 

Dessin à la pierre noire et à la mine de plomb, rehaussé 
de sanguine dans la figure. 

H. 18, L. 13. 

— Portrait de femme, représentée la tête renversée, les 
cheveux épars, les yeux au ciel, la gorge nue à demi voilée 
par une vapeur d'encens. 

Sanguine. 

H. 16, L. 13. 

— Jeune femme debout, un petit tablier sur sa robe, 
les bras nus croisés, et les mains enfoncées daiïs les enga- 
geantes de ses manches. Derrière elle, un intérieur de 
chambre, où se voit une console au-dessous d'une glace. 

Au dos, de l'écriture d'Augustin : Étude (f après M^ L, Cf. 
dessinée par Aug, de Saint-Aubin, 1763. 

H. 21, L. 13. 

— Une femme jouant de la harpe et chantant. 
Mine de plomb reprise de plume. 

H. 17, L. 10. 

— Une petite fille, assise dans un grand fauteuil de paille 
et lisant un Hvre qu'elle tient de ses deux mains entre- 
croisées; à terre, une poupée. 

Mine de plomb. 

H. 19, L. 13. 



IS6 LA MAISON D'UN ABTISTB. 

— Une femme en corset, ea camisole qu'elle ramène 
sur un de ses seins, envoyant un baiser dn boyt des doigts. 

Mioe de plomb légèrement aquarellëe sur la. ligare. 
Première idée du dessin gravé par Augustin de Saïnt- 
Âubin, sous le titre de : Au moins soyez discret. 

H.21,L. 16. 

— Dame habillée, Tue de face; un bras passé derrière 
SOQ dos. Coifl'ure de fleurs et de plumes, robe violette avec 
nœuds, glands, barrières et votants jaunes; gants montant 
jusqu'au! coudes. 

Aquarelle sur dessous de mine de plomb. 

Gravé dans ia a Gallerie des Modes et Costumes français 
dessinés d'après nature >> et publiée par Esnauts et Ra- 
pilly, gravé par Dnpin flls sous le n" 360, avec la légende : 
Grande robe de cour garnie de gazes entrelacées et de guir- 
landes 

H. 2S, L. 18. 

— Dame habillée, vue de face, ta tête toomée de profil 
' à gauche, une main appuyée sur la hanche. Robe bleue 

falbalassée sur jupe rose à guirlandes de fleurs. 

Aquarelle sur dessous de mine de plomb. 

Gravé danslacollectionEsnautsetRapiUj, parDupiuiils, 
sous le n" 375, avec la légende : Grande robe de courà l'éti- 
quette 

H. as, L. 18. 

— Dame habillée, de profil, tournée à gauche et tenant 
d'une main un éventail fermé. Corsage rose, retronssis 
bleu sur une jupe rose entr'ouTerta sur un dessous k bor- 
dure jaune, brodé de fleurettes. 

Aquarelle sur dessous de mine de plomb. 

Gravé dans la collection Esnauts et Rapilly , par Dupia flls, 
sous le u° 357, avec la légende : Robe asiatique ornée de 
gaies et de guirlandes de chine 



PETIT SALON. 157 

Ces trois dessins de costumes d'Augustin de Saint-Aubin 
proviennent de la vente Hope. 

H. 25, L. 18. 

Un commissionnaire, tenant de ses deux mains son cha- 
peau contre sa poitrine. 

Mine de plomb. 

Gravé par Augustin de Saint-Aubin, sous le n* 4, dans 
la suite : « Mes gens, ou les Commissionnaires ultramon- 
tains. » 

H. 20, L. 14. 

Trois petits garçons jouant à )a toupie, devant la colon- 
nade du Lonvre. , 

Sanguine. 

Gravé par Augustin de Saint- Aubin, sous le titre : la 
Toupie, dans la suite : « C'est ici les différents jeux des petits 
foUssons de Paris. » 

H. 17, L. n. 

Saint-Aubin (M"' Germain dé). Tous les hommes 
et toutes les femmes de cette famille Saint- Aubin 
peignent et dessinent. Un curieux document, à 
Tappui de cette assertion, est Talbum possédé par 
M. Destailleurs, où les dessins de Gabriel et des Au- 
gustin sont entremêlés des dessins de celui-ci et de 
celle-là, d'un neveu, d'une nièce. 

— Portrait de Germain de Saint- Aubin, Fauteur des 
Papillonmeries humaines. 

Mine de plomb. 

Au revers du dessin, on lit : Charles Germain de Saint- 
iuôtn, dessinateur du Roy, né le 17 janvier 1721, dessiné 
«i 1761 par M}^^ de Saint- Aubin pour M. Sedaine, son amy. 

H, H, L, 11 (ovale). 
I. 14 



1S6 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

Sadît-Quentin. Un dessinateur à la fois médiocre 
et facile, et dans^raquarelle duquel se glissent des 
bruns qui ne sont pas les roux d'un coloriste. 

— A Tombre d*im saule, un laToir, dans le fond une 
cbarrette dételée et basculée ou jouent de petits paysans; 
au premier plan, à côté d'une cuve à lessive, un bonime 
baignant des enfants. 

Dessin lavé à Taquarelle légèrement gooacbôe. 
Signé : Saint-Quentin tnv, f. 1764. 

H. 23, L. 35. 

SoLDi. Un Italien devenu français, séduit par Char- 
din, et qui cherchait à imiter ses sujets et sa manière 
dans des dessins chauds et blonds. 

— Dans un pauvre intérieur aux paniers pleins de linge, 
près d*une table à repasser, où est appuyée un petit garçon, 
une jeune fille, accotée à un cuveau, est grondée par une 
vieille femme, qui lui met sous le nez un linge dans lequel 
elle lui montre un trou. 

Dessin à la sanguine, lavé d'encre de Chine, rehaussé 
de blanc et repris de plume. 

Gravé par Henriquez, avec un changement dans le petit 
garçon, sous le titre : la Négligence aperçue. 

Swebach-Desfontaines [Jacques), Un dessinateur 
du soldat et des foules, qui a des allumements de 
lumière assez' gais, et de petites adresses de plume 
et de pinceau parfois amusantes. 

— Vue d'un camp, où des fantassins et des hussards à 
cheval boivent, groupés autour d'une vivandière, à la porte 
d'une baraque transformée en cabaret. 



PETIT SALON. 15» 

Lavis à Tencre de Chine sur papier verdâtre, rehaussé 
de hlanc de gouache. 

H. 24, L. 34. 

— Foule groupée devant les tréteaux du théâtre des 
Associés. Foule sortant de dessous Fauvent du théâtre 
d'Audinot. 

Deux croquis lavés de bistre sur gribouillage de plume. 
On lit de la main de Swebach, sur le premier : A^sossiés; 
et sur le second : Sortie de chés Odinot (sic). 

H. H, L. 17. 

— Entrée d'un café à la devanture soutenue par des 
piliers de bois, garnis de jalousies, et sur la porte duquel 
on lit : Café Godet (1). Des hommes et des femmes, dans 
des costumes du Directoire, se pressent vers les tables 
en plein air. Devant le café, un vielleur, une marchande 
d'oubliés, de petits Savoyards. 

Aquarelle. 

Au dos du dessin, se lisait : Sweback^ 1798. 

• H. 14, L. 28. 

Tarayal {Hugues), Le peintre dont on disait: «Il a 
un très beau pinceau », et dont les dessins sont rares. 
Au fond un artiste qui est de la monnaie de Bou- 
cher, mais avec des enveloppements moins ronds de 
la forme, des ressentiments plus nature, et une cer- 
taine venusté dans ses figures de femmes. 

— Académie de femme agenouillée, les mains jointes 
80US son menton. 



(i; Café des boulevards, célèbre par les batailles des La^ 
iayettistes et des Maratistes au commencement de la Révolution. 



leO LA IfAISON D*UN ARTISTB. 

Dessin estompé aax trois crayons. 
Portant la marque F. «R. 

H. 29, L. 20. 

Saugrain {Élise), De petites lumières papillonnan- 
tes, des eaux égayées de reflets, des verdures bleuâ- 
tre3, une nature couleur de mousse et d'automne : 
c'est là la palette de cette élève de Moreauraîné, qui 
gravait les gouaches de son Maître, avec cette men- 
tion au bas de l'estampe : Élise Saugrain sculp, Mo- 
reau direxit. 

— Un bonqnet de saules au bord d'une rivière, dont les 
détours et les sinuosités baignent de petites langues de 
terre et de petits îlots verts. 

Aquarelle légèrement gouacbée 

Signé : Saugrain, 1767. 

m 

H, 2J,L. 39. 

ScHENAu. Encore un Allemand, et le plus Allemand 
de tous les Allemands qui ont fait de l'art français. 

-— La maîtresse d'école. Une vieille paysanne, entourée 
de petites filles et de petits garçons, fait lire, dans un livre, 
un marmot juché sur une table, qu'elle tient entre ses 
bras contre sa poitrine. 

Dessin à l'encre de Chine lavé d'aquarelle, 

H. 39, L. 27. 

Taunay [Nicolas- Antoine). Un dessinateur, dont 
on ne rencontre guère que des dessins et des illus- 
trations de sa vieillesse, sans grand accent du 
xvm* siècle. Et cependant, — détail presque ignoré 
aujourd'hui, — il a été un moment un des plus lestes 



PETIT SALON. 161 

et des plus pimpants gouacheurs du xyiii® siècle, un 
gouacheur qui, sur la peau vélin, a fait revivre la 
claire et pétillante peinture de Pater, avec ses lumi- 
neux réveillons, avec ses allumements de couleurs 
tendres : les ôendres vertes, les vermillons, les jau- 
nes de soufre. 

— Ouverture d'un chemin dans la campagne. Homme 
brouettant de la terre, charretier chargeant un tombereau 
de déblais, femme accroupie renversant une hotte, tra- 
vailleurs défonçant la terre à coups de pic ; dans un coin, 
un individu déculotté, faisant ses besoins dans un cours 
d*eau. 

Gouache sur peau vélin. 

Signé : N. Taunay, 1784. 

Répétition du tableau, que le « Salon de la Correspon- 
dance », de la Blancherîe^ annonce exposé, comme faisant 
partie du cabinet du comte de Cossé, sous le titre : Des tror 
vailleurs qui ouvrent un chemin dans une montagne. 

H. 32, L. 25. 

— Juge reconduit chez lui aux flambeaux. 

Juge assis dans un fauteuil auquel on présente de petits 
chiens. 

Dessins au bistre gouaches de blanc, Tun a été mis au. 
carreau. 

Deux scènes de Tillustration des « Plaideurs » de RacinCi 
pour une édition de Didot. 

H, H,L. 8. 

TouzÉ. Dessinateur minutieux appliqué, un peu 
parent de Duplessis-Bertaux, et dont le crayon, 
comme le sien, va naturellement à la caricature. Je 
me trouve posséder par hasard tous ses dessins qui 

14. 



■^ 



LA MAISON D*UN ARTISTE. 

qui ont en rhonneur de la gravure depuis son 
« Charlatan » et son « Conducteur d*ours » acquis 
il y a bien des années à une petite vente de Thôtel 
des Jeûneurs, jusqu'à son dessin de « Zemireet 
Azor », trouvé, pendant l'armistice du siège, chez un 
coiffeur de la banlieue, presque démoli par les obus. 

— Sur le quai de l'École, dans la foule des badauds, un 
sauvage arrachant avec un sabre, du haut de sa voitoret 
une dent à un patient monté sur un escabeau. 

Dessin sur papier jaunâtre, au crayon noir, rehaussé 
de blanc. 
Gravé par Miger, soùs le titre : le Chaelatan. 

H. 21, L. 26. 

— Escorté de musiciens en carrosse, un homme mar-^ 
chant .dans la foule de la rue, et tenant en laisse un ours, 
sur lequel sont deux singes. 

Dessin à la pierre d'Italie, rehaussé de blanc sur papier 
jaunâtre. 

Gravé par Miger, sous le titre : le Conducteur d^ouhs. 

H. 21, L. 26. 

— Dans un palais de théâtre au fond duquel un trans- 
parent laisse voir un sultan, au milieu de son harem, à 
droite un acteur à l'apparence d'un homme-bête, à gauche 
une actrice chantant. 

Dessin sur papier jaunâtre à la pierre d'Italie, rehaussé 
de blanc. 

Gravé par Voyez le jeune, sous le titre du : Tableau ka- 
aiQUE DE Zémire et Azor. 

H. 38, L. 32. 
Contre on piUer des Halles, un petit bout d'homoM 






PETIT SALON. m 

ridicule, voulant embrasser de force une marchande, pen- 
dant qu*un enfant ]ui yerse, par derrière, une bouteille dans 
sa poche. * 

Dessin sur papier jaunâtre^ à la pierre dltalie , légère- 
ment lavé de bistre et rehaussé de blanc. 

Gravé en réduction par Hémery, sou8 le titre : lA 
Marchande d*œdfs (1). 

H. 45, L. 36. 

Trémoluères ( Pien^e-Charks), Un élève de Jean 
Baptiste Yanloo, qui dans un dessin, non sans force 
et sans puissance, a encore exagéré Tengorgement 
des amours de Boucher, qu*on voit chez lui, tout 
pantalonnés de graisse, en leurs chairs renflées. En 
dehors de quelques rares têtes d'études pastellées, 
3 a un seul et unique procédé de dessin : des lavis 
au crayon noir sur papier bleu, lavés d'un vilain 
bistre jaune, avec de larges hachures au pinceau. 

— Groupe de trois amours, dont l'un entoure de ses 
luras un coq qui chante. 

Croquis au crayon noir, lavé de bistre et rehaussé de 
blanc sur papier bleu. 
Dessin ovale d'un panneau de lambris. 

H. 26, L. 20. 

— Fillette regardant un petit gardon, qui dort, le ventre 
à Fair, sur le départ d'une rampe de parc. 

(1) Malgré la valeur de ratiribution, je serais disposé à Toir 
dans ce dessin, d'un faire plus large que ses dessins ordinaires, 
une composition de Baudouin, Tofticier aux gardes françaises, 
dont il portait au dos la signature. Il n'est pas sans exemple 
que des dessins d'amateurs aient été gravés sous d'autres noms 
ipie 1m leurs. 



164 LA MAISON D*UN ARTISTE. ' 

Croquis au crayon noir, lavé de bistre et rehaussé de 
blanc sur papier bleu. 
Dessin pour un panneau de lambris. . 

H* 27) L. 22* 

• 

Trinquesse {Louis), Un crayonneur à la sanguine, 
qui a laissé un certain nombre d'études de femmes, 
saisies d'après nature dans leur ajustement et leur 
accommodement du jour, et qui trouve oi^ surprend 
parfois de jolis mouvements, mais dont les dessins 
sont gâtés par la sécheresse académique, les ha- 
chures sérieuses qu'il introduit dans ses croquis de 
la mode et des fanfioles de la toilette. Les deux pre- 
miers dessins viennent d'une suite -de 24 études, 
où, sur l'une d'elles, il y avait écrit, de la main du 
peintre, qu'elles avaient été faites en 1773, d'après 
une Madame de Pramery. 

— Étude de feipme ,en pied, un chapeau à plumes sur 
la tête, assise dans une bergère près d'une servante où est 
posé un pot à Teau. 

Sanguine. 

Signé à la plume : Trinquesse f. 

H. 39, L. 24. 

— Femme eu robe habillée, couchée tout de son long 
sur une chaise longue. Sa tête est appuyée sur une maini 
l'autre tient un bouquet dans le creux de sa jupe. 

Sanguine. 

Signé à la plume : Trinquesse f. 

e. 25, L. 37. 



PETIT SALON, M 

— Femme assise de cdté dans aa fauteuil, les pieds 
étendus sur un tabouret. 

Sanguine. 

H. 34. L. &7. 

— Femme assise sur une chaise, nue main tenant nn« 
plume, appufée snr une table à nfilÉ d'elle. 

Sanguine. 

H. ii, h. 22. 

— Femme assise de côté sar une table, une jambe pen- 
dante, un pied posé à terre. 

Sanguine. 

H. 34, L. 27. 

Trot (Jean-François de). Des dessins, dont l'authen- 
tiflcation est diflicile, et dont il faudrait, pour avoir 
la certitude complète de Tauthenticité, trouver quel- 
que première idée des tableaux gravés du peintre, 
ou des tableaux e^r''iités en tapisserie aux Gobelins, 
comme la série d'A'siAer, Celui-ci a pour lui le faire 
gras du dessinateur, l'espèce d'orientalisme de ses 
compositions, imaginé avec des têtes de juifs des 
ghetto italiens^ l'attribution d'une écriture du temps 
sur la vieille monture, et la mention de son bio- 
grapbe, que de Troy a peint une « Femme adultère » 
pour le cardinal de Tencin. 

— An milieu des pharisiens, la femme adaltÀre en lar- 
mes, auprès dé laquelle, Jésus-Christ penché à terre, écrit 
de son doigt sur le sol : « Que celui qui n'a jamais péché 
loi jette la première pierre, " 

Dessin h la pierre noire. 

Portant la marque G. P. entre-croisés. 



166 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

Vanloo [Carie], C'est en quelque sorte le dessina- 
teur officiel de l'école française de son temps. Alga- 
rotti le proclame le créateur d'un nouveau mode de 
dessin, par la substitution à Vestompage italien, de 
régrenage du crayon, relevé de traits de force : une 
façon de faire revivre, dans un mol enveloppement, 
les hachures entre-croisées des vieux maîtres. Mais, 
indépendamment du procédé, il est accordé, surtout 
à Vanloo, parles salonnierSy le grand style du dessin. 
Enfin, pour tout dire, l'académie à la sanguine, que 
rélève-peintre copie dans le tableau du «Dessinateur» 
de Chardin, est une académie de Vanloo. Il y a bien 
à rabattre sur cet engouement des contemporains, 
et de M°® de Pompadour. Vanloo n'a pas le des- 
sin personnel, n'a pas le dessin franchement de 
son époque, de sa patrie : son dessin est un compro- 
mis bâtard entre le dessin italien et le dessin fran- 
çais. Toutefois ses dessins méritent de trouver une 
place assez large dans une collection du xviii® siè- 
cle, dont il est un des représentants attitrés. Puise 
dans les dessins décrits ici, il se trouve une série oix 
l'artiste a été sauvé de la convention, et forcé pour 
ainsi dire d'être français par l'étude rigoureuse de 
la nature. Ce sont les dessins faisant partie de ce lot 
mentionné dans son catalogue (1), où il avait repré- 
senté dans leur intérieur, et en pied, les peintres 

(d) Voici là mention du catalogue de Vanloo donné dans les 
«Deuils de cour », à la suite de sa biographie : u Plusieurs por- 
traits de la famille et des amis de C. Vanloo, entre autres ceux 
des dames Vanloo, etc., des MM. Somis, TrémoUières, Bou- 
cher, Dandré-Bardon, etc. » 



PBTIT SALON, ' IV 

ses amis et leurs femmes. Et peut-être en étudiant 
bien les vagues tableaux accrochés à la muraille sur 
quelques-uns des fonds, arriverai-je, un jour, à 
découvrir le nom des aimables personnages. 

— Une femme assise, en déshabillé Pompadour, un 
bonnet papillon sur une coiffure basse, une cravate en 
chenille au cou, une échelle de rubans au corsage, des 
engageantes à la saignée, tenant de sa main droite, posée 
sur ses genoux, un mouchoir, pendant que son bras gau- 
che repose sur un coussin placé sur une table. Quelques 
personnes croient retrouver dans cette étude le portrait 
de M™^ Yanloo, qui existe dans le grand tableau de la 
famille des Vanloo. 

Dessin à la pierre d'Italie sur papier bleu, rehaussé de 
blanc avec un léger frottis de sanguine sur le visage et 
les mains. 

Signé : Caille Vanloo 1743. 

Porte la marque du chevalier Danleiy, et provient de 
la vente de H. Jules Boillj. 

H. 44, L. 32, 

— Un homme^ assis de face sur nn fauteuil, au dos 
canné. H a Tépée au côté et le chapeau sous le bras. Le 
fond de l'appartement est garni de tableaux. 

Dessin sur papier jaunâtre (1) à la pierre d'Italie re- 
haussé de blanc. 
Signé : Carie Vanloo f. 1743. 
Vente Lajarriette. 

H. 44, L. 32. 

(1) Le papier, primitivement bleu, est devenu, à Vexposition 
du soleil, tout à fait jaune. Il est ainsi un certain nombre de 
dessins, dont le papier n'est plus du tout de la couleur indiquée 
dans les premiers catalogues de vente, où ils ont passé. 



--jsfeiiiti =*^ 



:.M 



l«a LA UAISON D'UN ARTISTE. 

— Aaprâs d'uD petit bureau, un homme assis de face, 
teneDt de ta main gauche sa tabatiâre, où il vient de 
prendre uoe pme. Quelques tableaux accrochas au mur 
du fond. 

Dessin sur papier jaonfttre & la pierra d'Italie, rehaussé 
de blanc. 

0. 39, L. 31. 

.— Une vieille femme, tricotant an coin d'une cheminée ; 
à sa gauche, une petite table sur laquelle il y a une cor- 
beille à tapisserie, des ciseaux, une pelote. Derrière elle 
l'angle d'an grand tableau. 

Dessin sur papier bleuâtre à la pierre d'Italie, rehaussé 
de blanc. 

Signé à l'encre : Carie Vatdoo 1743. 
H. ¥1, L. 33. 

— Tète de jeune femme, vue de trois quarts, aux che- 
veux relevés et noués avec un ruban au sommet de la 
tête. 

Dessin à la sanguine brunâtre, travaillée dans la ma- 
nière et avec les entre-croisements de hachures des têtes 
d'études de Greuze. 

Provenant de la vente de Norblin pËre dans laquelle il 
était catalogué sous le nom de H"* de Nesle. 

H. 43, L. 31. 

— Tête de petite lille, de profil, tournée à droite, une 
collerette au cou, un fil de perle et un ruban bleu s'ea- 
roulant dans ses noirs cheveux relevés. 

Dessin au crayon noir légèrement pastellé. 

Étude pour le tableau gravé par Fessard, sous le titre ; 
LA Musique, décorant le salon de compagnie de U'" de 
Pompadour. au chELteau de Bellevue. 

H. 25, L. SO. 



PETIT SALON. I99 

— Tète de petite fille, de profil, tournée à gauche, un 
ruban rose courant dans ses cheveux blonds, roulés sur 
sa tête. Elle a un collier de perles au cou. 

Dessin au crayon noir légèrement pastellé. 

Étude pour le tableau çravé par Fessard, sous le titre : 
LA. Peinture, décorant le salon de compagnie de M"*« de 
Pompadour, au château de Bellevue. 

H. 25, L. 20. 

— Personnages groupés dans un salon autour d'une 
femme assise dans un fauteuil. 

Dessin à la plume, lavé de bistre. 
Première idée du tableau gravé par Beauvarlet, sous le 
titre': la Conversation espagnole (4). 
Provient des ventes Norblin fils et Arozarena. 

H. 26, L. 23. 

Vebnet [Joseph), De tranquilles et sérieux dessins, 
qui ont rompu avec le tapage pittoresque de l'école 
paysagiste de Boucher : des effets larges, de grandes 
lumières dormantes, le commencement de l'envelop- 
pement d'un paysage par une atmosphère. 

— Vue de la Seine en face le palais Bourbon. Le cours 
de l'eau est animé par des bateaux, des trains de bois, 
des batelets remplis de gentilshommes et de dames; au 
milieu du fleuve est amarrée une frégate. 

Dessin à la pierre noire. 
Portant une marque inconnue. 

H. 22, L. 37. 

(1) Oa igaore assez généralement que le tableau de Vanloo 
a été, pour ainsi dire, reproduit par Beaumarchais, dans la mise 
en scène, au Théâtre-Français, de la scène IV de l'acte second 
du « Mariage de Figaro ». 

I. 15 



m L&UAISON DON ARTISTE. 

— Dn maçon en train de tailler noe pierre prit d'nn 
toiiear regardant dans du cahier, sa toise sona le braJL 

Dessin à la mine de plomb et à la sangniae. 

Étude faite pour les ports de mer, avec des numéros 
sur les diverses parties du costume du maçon, qui indiquent, 
en marge, les couleurs pour ta peintura à l'huile. 
H. 20, L. IS. 

Vebiiet {Carie). Le peintre sporlsman, le sec amu' 
sear du Directoire, arec des caricatures qui «emblest 
exécutées au tire-ligne, et où l'esprit est très mé- 
diocre ettrop souvent scatologique. J'ai Kk, de Vernet, 
UQ important dessin, qui est un vrai dessin de toater- 
closet, et uu jour je l'y ferai encadrer. 

— Derrière une porte entre-Millée, un homme «ccroufâ 
sur une lunette, pendant qu'attend dehors on antr* 
homme très pressé, qni se tortille. 

Sépia. 

Signé : Carie Vemet, 

Gravé par Debucoort, sous le titre : Cbacuii avm todk. 
H. is, L. SI. 

— Un incroyable donnant le bras à ane femme, et fai- 
sant la rencontre d'une merveilleuse, au chapeau impos- 
able. 

Aquarelle sur trait de plume. 
GraTé par Dards, sous le titre : uts UEavBiu.EnBES. 
H. 28, L. 33. 

ViHGENT {François- André). Un des premiers déser- 
teurs du goût du ^vin" siècle, pour arriver à devenir 
un des médiocres adeptes de l'art raide et maïuie- 
quiné. 



k. 



--~ Caricature ou plutôt, comme I'od disait alors, dans 
Ibs ateliers, Calotine de Jombert. Il est représeaté joaant 
dn Tiolon, en bonnet de coton, de grosses besicles sar 
le nei. 

SaDgi]ine> 

On lit an dos du dessin : Jombert (Charles-Pierre), fils de 
Ckarles-Àntoine ■ Jombert, éditeur de beaucoup d'ouvrages 
Êur les mathématiques et l'art militaire, est entré dans l'é- 
cole de Durameau. sous les auspices de jtf. Cochin, et a gagné 
lé grand prix de peinture avec éclat sur la punition de 
Viobé, lUle de Tantale et d'Amphim. (Collection de H. Ganlt 
da Saint-Germain, n* 200.) 

H. », L. 17. 

— Une t6t« d'homme, surmontée d'un singe promenant 
une plume sur du papier. 

Dessin â la pierre noire. 

Signé : Vincent f. en pleine mer, octobre 1771. 

H. 26, L. 17. 

Waillt {Charles). Habile architecte qni a passé d« 
nombreuses années en Russie. Quoiqu'on lui attribue 
les personnages qui se trouTent dans les paysages 
de Lanlara, on peut affirmer, en dépit de son uniqu* 
signature sur le dessin catalogué ici, qu'il n'est pa» 
l'anteur des nombreuses flgures, oti le faire de Ii9- 
prince est parfaitement reconnaissable. 

— Sacre de Catherine ïl dans la cathédrale de l'As- 
' somption, à Moscou. 

Sons la TOi^te de la basilique, aux lustrés gigantesques, 
entre les immenses piliers peints et historiés, Catherine O 
ut représentée debout, devant un prêtre casqué, tenant 
ouvert BUT sa poitrine nn livre ouvert i an bas de l'esca- 



LAUAtSON D'UN ARTISTE. 

ù se tient anr chaque marche un héraut, se déroule 
es bas-cAtës nne foule énorme de ïieuï dignitaires 
rgé russe dans d'amples dalmatiques et de jeunes 
s coiffés à la catogan et habillés de pelisses aux 
les fendues des dolmans. 
is à l'encre de Chine. 
lé : C. de WaiUy in9. 

H. 48, L. 72. 
iTTEAU {Anloine). Le dessinaleup, sous les doigt» 
el les outils elles matières du dessin semblent 
latiëres et des outils d'une nature et d'une qua- 
■utres que ceux employés par tous les dessl- 
irs : c'est de la sanguine qui contient de la 
pre, c'est du crayon noir qui a un velouté à noJ 
: pareil ; et cela mélangé de craie, avec la pra- 
savante et spirituelle de l'artiste, devient, sur 
japier chamois, de la chair blonde et rose, 
eau, le grand, l'original, l'inimitable dessina- 
de l'école française 1 

académie de femme, assise de profil, tournée à gau- 
ine jambe croisée sur l'autre, une main posée sur 
lorbeille. 

isin aux trois crayons sur papier chamois. 
ide de la figure principale pour la peinture de la 
à manger de Crozat, gravée par Desplaces, sous le 
: LB Ph[Ntehps. 

H. 32, L. 27. 

Académie d'homme assis, une coupe à la main, tq 

]is quarts et tourné à gauche. 

jsin aux trois crayons sur papier chamois. 

ide de la figure principale pour la peinture de la 



PETIT SALON. 173 

salle à mang^er de Crozat, gravée par Fessarcl» sous le titre : 
l'Automnb. 

H» 2oy Là* 19« 

— Un mezzetm dansant, répété quatre fois, de dos, de 
faee, de trois quarts. 

Dessin aux trois crayons sur papier chamois. 

Les deux silhouettes de gauche ont été gravées dans les 
FiauRKs de différents Caractères, sous les numéros 18 et 102; 
les raatre figures sont des études pour FlNDiFFiaBNT de la 
galerie La Gaze. 

Vente dlmecourt. 

H. 25, L. 37. 

— Un mezzetin dansant vu de dos, les bras étendus, la 
jambe de derrière relevée. 
Sanguine sur papier blanc. 
Signé : W. (1). 

H. 22, L. \ 5. 

-^ Tète de femme, quatre fois répétée sous différents 
aspects; au-dessous une tôte de paysanne, un masque, 
une tête d'homme. 

Feuille d'études aux trois crayons sur papier chamois» 

H. 22, L. 28. 

«- Deux études d'hommes : l'une d'un pèlerin assis, 
sur une rampe de pierre, une main entr'ouverte sur l'un 
de ses genoux; l'autre d'un personnage de théâtre, de 
profil, tourné à gauche et dans la pose de quelqu'un qui 
se penche pour ramasser quelque. chose à terre. 

' (i) Quoiqu'on puisse dire, en thèse générale, que Watteau ne 
signait jamais ses dessins, il ne faut pas oublier que bon nom- 
bre de ses croquis gravés, après sa mort, dans le recueil de ses 
datsins publiés par M. de Julienne sous le titre de Figures de 
afférents Caractères^ portent reproduit le W, jeté au bas da 
es meszetiii. 

15. 



LA MAISON D'DN ART18TB. 

papier bteno. 
mont 



B,Tue de profil, tonmée à droit«. BaLiUéo 
lu Tolant sfiectiouné par le Haltra, elle aat 
chaÏM de bois, teouit 4 !& buId m 



es de mains de femmes; mie a l'aîr de 
i'nn arc, l'antre s'appuie sur la pomme 



in^ine et à la mine de plomb. 
lollectioas Saint et Despemi 



>b deux femmes sont assises an bord d'nne 
n bomme pousse devant lui une brouette. 
sanguine rehaassé de blanc snr papW 

s FiGCBES de différents CaraOin», par Boo- 



, où se voit & droite nne nymphe snrprise 
à gaucbe one nympbe conchée, entonrée 



fuier, aous le titre : ls Bbbcbui. 

B. 40, L. 27. 

I où sous nn bercean de treilla^ me 
I regoit l'adoration de gens agenonillés. 



PETIT SALON. 17» 

Sanguine. 

Gravé par Huquier, sous le titre : le Temple de Diane. 

H. 37, L. 27. 

— Profil de jeune fille, tourné à droite. Elle a les che- 
yenx relevés et torsadés au sommet de la tête, d'où lui 
retombe sur la nuque une longue boucle frisée ; sur ses 
épaules est jeté un manteau de lit. 

Contre-épreuve d'un dessin aux trois crayons (1). 

H. 21, L. 16. 

— Un vieux remouleur penché sur sa meule, oùégontte 
l'eau d*un sabot percé. 

CSontre-épreuve d'un dessin aux trois crajons. L'original 
est dans la réserve des dessins du Louvre. 

Gravé dans les Figubes de différents Caractères, par Gay- 
lus, sous le b9 107. 

Vente Valferdin. 

H. 32, L. fSL 

— Un montreur de la curiosité. 

Contre-épreuve d'un dessin au crayon noir et à. la san-^ 
guine. 

Un dessin analogue, et qui fait nne sorte de frontis- 
pice dans les Figures de différents Caractères, a été gravé 
sous le ïi9 132. Le montreur de la curiosité, au lieu d'être 
déboat, est agenonillé. 

H. 31 , L. 20. 

— Deux étades de femmes vues de dos : l'une debout 
tenant, de l'extrémité des doigts de sa main droite, sa jupe 
relevée; l'autre assise un bras levé, une jambe allongée 

(i) Je ne sais pas pourquoi, aujourd'hui, les contre-épreuves 
de Watteau ne seraient pas recherchées, comme Tétaient, an 
siMe dernier, les contre-épreuves de Bouchardon. 



176 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

sur un tertre. Dans le fond une reprise de la tête de cett^ 
dernière. 

Contre-épreuve d*un dessin aux trois crayons. 

Vente Peltier. 

H. 23, L. 30. 

Watteau dît Watteau de Lille, le père (Zotits). Peintre 
et dessinateur qui n'a rien de son illustre ascendant, 
mais qui, en cette Flandre toujours piétinée par 
ces troupes inspiratrices des premiers tableaux 
d'Antoine Watteau, y trouva des motifs de vives et 
colorées croquades du soldat en ivresse et en joie, 

— Sous des arhres, un grenadier, une femme toute 
débraillée sur les genoux, trinquant avec un autre grena- 
dier ayant sur sa cuisse la tête d'une femme ivre, couchée 
à terre. 

Dessin sur papier gris à la pierre noire, mélangée de 
sanguine brune avec rehauts de craie. 

Au dos du dessin la signature qui était dans la marge : 
Wattaux. 

Gravé par Beurlier, sous le titre : Bibottb de geenadiees. 

Vente Tondu. 

H. 24, L. 29. 

Watteau lé fils {François-Louts- Joseph). Le peintre 
de très charmants tableaux, le dessinateur de modes, 
qui^ dans une toilette de femme, a apporté une es- 
pèce de style grandiose, et qui en cette collection 
d'Esnauts et Rapilly, au milieu des Leclerc et des 
Desrais, étonne par Tampleur de ses étoffements 
superbes (1). 

(1) M. Renouvier attribue au père les dessins de mode du fils. 



PETIT SALON. 177 

— Une femme, à mi-corps, arrangeant les plumes d*un 
chapeau posé sur ses genoux, pendant qu'une fille de 
chambre lui attife les cheveux. 

Dessin sur papier gris à la pierre noire estompée, 
rehaussée de craie (1). 

H. 29, L. 25. 

Wetlbr {Jean-Baptiste). Miniaturiste pastelliste^ 
émailleur, auteur du bel émail du comte d'Ange- 
Tiller, possédé par le Louvre. 

— Une tête de femme vue de trois quarts, tournée à 
droite avec le regard à gauche; elle a dans ses cheveux 
en désordre, un ruban bleu. 

Dessin légèrement pastellé (2). 
Signé : Weyîer 1790. 

H. 17, L. i3. 

WiLLE {Jean-Georges). De pauvres dessins lavés 
d'eaux tristes et sans lumière. 

— Vue de Paris prise du bas du rempart de FArsenal. 
On voit rile Louvièrs couverte de piles de bois, le chevet 
de Notre-Dame, le pont de la Tournelle, le fort de la 
Tournelle et la porte Saint-Bernard. Au premier plan, un 
homme qui porte sur son épaule une épave de la Seine, 

Lavis à l'encre de Chine. 
Signé sur un mur : /. Gf. Wille 1762. 
C'est le dessin, dont Wille parle dans ses Mémoires : 
« (May 1762.) Le 19, je me levai de grand matin et je cou- 

(1) Il signe rarement; cependant j*ai vu, sur un dessin qui m'a 
échappé, et semblable à celui-ci, la signature : Watt. 

(2) Le pastel était le procédé préparatoire de 'Weyler, et la 
Salon de 1805 annonçait que M™^ Kugler, élève de "Weyler, 
possédait la collection d'ébauches au pastel de son midtre. 



•i 





118 LA MAISON D*UN ARTI8TB. 

nis dessiner un piqrsage, tout senl, derrière l'ArseiM^. A 
onze heures j'étais de retour. » 

H. 23t L. 34. 

I 

WiLLB fil» {Alexandre). Un dessinateur à Téduca- 
tion d'art toute française, mais qui se ressentira, 
toute sa vie, de son origine allemande, en ce Paris 
dont Tart est fait surtout d'esprit. 

— Une page de griffonnis, an milien de laquelle se voient 
cinq tètes de femmes; au-dessous une étude d'amour 
couché, une tète de chien, etc. 

Hume relevée d'aquarelle dans les figures de femmes. 
Signé : P. A. WUle filius inv. et del. 1768. 
Vente Ghanlaire. 

H. 24, L. 22. 

— Femme, en caraco à capuchon, en jupe vert^ avec 
nne garniture à dessous rose ; elle tient dans la main une 
lettre à l'adresse du peintre. 

Encre de Chine, lavée d'aquarelle. 
Dessin gravé par Louise Gaillard, dans une série de cos- 
tumes de femmes, sous le titre : la Mystérieuse. 

H. 24, L. 16. 

— Une femme du peuple prenant aux cheveux mi 
homme, qui frappe, à coups de hâton, ui homme terrassé. 

Aquarelle sur trait de plume. 
Signé : P. A. WUle filius del. 4773. 

H. 22, L. 18. 

Une jeune fille de la campagne assise, et tenant une 
plome dans sa main, tombée ]n long de son ccrps. 






PBTIT BALON. X 11» 

Dessin & la pierre noire. 

Signé : P. A. Witk /iitw 1773. 

Gravé en fu-nmilè dans l'OBurre de DeourtMn. 

H. 30, L. 21. 

— Dans une chambre, assise près d'une toilette, doTiére 
laquelle est debout son mari, une femme examine va 
bonnet de nouveau-né que loi présente une lingèrs. 

Sanguine. 

Sie:né : P. A. WilU fUius inv. del 1767. 

Ce grand desùn, d'un travail très fini, a été gravé tout 
va titre que je ne retrouve plus. 

H. 31, U 26. 



WtiiKEiBS. Un Hollandais qui fit deux voyages en 
France, un à la An du xriit' siècle, un autre à la fia 
duDirectolre, et qui a laissé, sur le Paris de la fin du 
siècle, des vues historiques d'un grand intérêt, etani- 
mées de petits personnages qui sont mieux que des 
dgures de dessinateur de monuments. 

— Vue de l'entrée des Tnileries au Pont-Tournant, et 
de la loge-rustauraut dn Suisse do jardin. Nombreuses 
figures de promeneurs, de gentilshommes, de dames, 
d'abbés. A droite, un gardien en livrée dormant assis anr 
une chaise. 

Lavis & l'encra de Chine. 

H. 17, L. 23. 

— Vne du château de Madrid an bois de Boulc^e td 
qu'il existait encore en 1802. Devant le château passe 
un wiski, attelé eu arbalète de six chevaux, et au premier 
plan, nn homme traîne un tonneau d'eau. 



180 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

Aquarelle. 

Aureyers du dessin est écrit, de la main du dessinateur : 
Le château de Madrid au bois de Boulogne. Winheles fUs deh 
1802. 

H. 16, L. 23. 



GRAND SALON 




Ici, c'est le petit garde-meuble des plus heureuses 
rouvailles de ma jeunesse. Au mur sont accrochés 
les dessins supérieurs de la collection; une tapis- 
serie de « Vénus aux forges de Vulcain » recouvre 
le plafond ; au-dessous, le plus somptueux meuble 
de Beauvais que j*aie encore vu, étale ses dix larges 
fauteuils et son ample canapé ; un secrétaire et une 
commode de cette précieuse marqueterie qui porte 
le nom de Marie-Antoinette, emplissent deux pan- 
neaux ; dans les angles, sur des gaines de Boule, deux 
longs vases en biscuit, pâte tendre de Sèvres, de 
ceux que pourrait désirer une Impératrice pour y 
mettre des roseaux, jettent leur mate blancheur 
dans Tombre ; au milieu du salon se dresse un 
bronze à cire perdue, une vasque qui est une des 
grandioses et originales fontes du Japon ; enfin dans 
la lumière d'une glace sans tain laissant apercevoir 
un grand mur fleuri, dans toutes les saisons, de 
plantes grimpantes, se voit une garniture de chemi- 
née composée d'une statuette et de deux vases en 
terre cuite de Glodion. 

I. 16 



\ 



182 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

Le charmeur que ce Clodion avec son art de sculp- 
teur pour les appartements, avec cet art où personne 
n'a su apporter comme lui la séduction du croquis 
de Tesquisse, d'une première pensée, selon l'expres- 
sion des anciens vignettistes, d'une chose, en un 
mot, qui n'a rien de la lourdeur de la glaise dans 

(laquelle elle est faite, et qui est toute improvisation 
et tout esprit ; — le seul artiste qui ait modelé les 
grâces menues et grassouillettes du corps de la 
femme du xvni* siècle, avec un rien de réminiscence 
antique. 
La statuette de la cheminée représente une petite 
Il ûjcaphe nue, assise à terre, les jambes à demi re- 
pliées sous elle, et tenant de la main droite un pavot 
qu'elle regarde distraitement, pendant qu'elle est 
appuyée de la main gauche sur une faucille et une 
gerbe de bl^J Cette allégorie de l'Été a le mérite 
grand, d'être une des études les plus nature^ qu'ait 
produites Clodiop, les plus affranchies de sa manière 
et des rondeurs sans ressentiment qu'il eut en ses 
derniers temps : c'est tout bonnement son modèle, 
une jeune fille un peu grêle, aux longues cuisses^ 
aux jambes maigriottes, rendue avec le joli de son 
faire, dans sa grâce longuette. En cette figurine, 
le modelage des parties molles, du ventre avec ce 
nombril circonflexe où Clodion met sa signature, a 
quelque chose d'une caresse, et il est, ce jeune ven- 
tre, palpitant dans une souple élasticité de chair. 

Les deux vases sont des vases de cette forme 
Médicis adoptée par le sculpteur, avec les deux têtes 



QRAND SALON. 193 

de bouc d'habitude sur le renflement inférieur. Sur 
l'un, des enfants nus courent autour de la surface 
ronde en de petits chariots à l'antique, sur l'autre 
des enfants se chauffent à des feux de sarments, le 
plus jeune d'entre eux encapuchonné à la façon du 
vieil Hiver. Un travail des plus habiles avec ces 
figures de premier plan saillantes presque en ronde- 
bosse, avec ces figures et ces petites académies char- 
nues de second plan, dont la sculpture semble indi- 
quée d'un trait tracé par une allumette dans de la 
terre molle. 

j Mais pour que le catalogue des terres cuites/^ 
de Clodion et de son école soit bien complet, 
disons encore un mot d'un petit buste de femme 
connu dajisje^cqmmerce, et dont le bronze orne les 
pendules modernes de cabinet en marbre noi^Il 
s'agit de la tête de femme, aux cheveux dénoués 
dans lesquels court un tortil de pampre, à l'ovale 
tout mignon, aux yeux dont la volupté moqueuse 
est faite de deux pupilles, de deux petits trous enle- 
vés d'un preste ébauchoir, au nez friand, mutin, 
gamin, coquin, à la petite bouche rieuse, — de cette 
figure qui n'est qu'une ironique gaieté et sembb 
animée d'une pointe de Champagne : la physionomie 
de la soupeuse du temps, sous un accommodage de 
bacchante. Une terre cuite de Marin, à ce jeune 
moment de son talent, où il est bien difficile de le 
distinguer de Glodion. 

Ces Clodion de la cheminée, je les ai, oui, mais, 
hélas 1 je pourrai dire dans un soupir, tout comme 



184 LA MAISON D*UN ARTISTE. 

la vieille maréchale de Noailles: «Si vous saviez les 
bons coups que j*ai manques U Je me rappelle avoir 
laissé échapper en 1856, rue Bonaparte, pour une^ 
bien petite somme, un bas-relief, une étude de 
femme tordant ses cheveux mouillés, une sculpture 
où deux petits seins et un genou seuls venaient en 
avant des formes fuyantes, du modelage effacé du 
reste du corps, comme lointain dans la terre rose. 
C'était à la fois la plus charmante et la plus sé- 
rieuse représentation d'un jeune corps féminin, dont 
la beauté des formes, à demi éclose, semble encore 
en bouton. Toutefois ce n*est pas mon regret le 
plus énorme. 

Je sortais du colfège. J'avais 1,200 francs pour 
m'habiller et le reste. L'objet d'art de 50 francs- 
était pour moi la commode d'un million pour M. de 
Rothschild. Dans ce temps, j'entrais un jour par 
hasard à l'hôtel de la rue des Jeûneurs. On venait 
de mettre, sur la table de vente, une grosse chose 
ronde, sur laquelle j'apercevais, en m'approchant,. 
d'un côté, une Renommée sonnant de la trompette, 
de l'autre, un Éole aux joues gonflées, et au-dessous 
de la Renommée et de l'Éole, autour de la sphère, 
des amours, des amours, des amours, dans toutes 
les poses, dans toutes les suspensions, dans tous 
les renversements, dans toutes les dégringolades, 
montrant leurs petits culs nus et leurs dos ailés : 
des amours en train de tendre le filet autour d'une 
montgolfière, sous laquelle d'autres amours entrete- 
naient un feu de gerbes de paille. C'est le plus extra- 



GRAND SALON. 185 

ordinaire Clodicm que j'aie rencontré, un ouvrage où 
le sculpteur prodigue de son talent, a, sans compter, 
laissé tomber de son ébauchoir tout un peuple d'en- 
fants. La terre cuite était à 200 francs : je la poussai, 
avec les émotions d'un homme qui ne sait pas com- 
ment il payera, à 500 francs. Il y eut une timide 
enchère, et j'eus la perception qu'à 520 francs la 
terre cuite était à moi; mais, que voulez-vous? l'a- 
cheteur d'objets d'art à 50 francs prit peur et se 
détourna du clignement d'oeil de Jean. Cette terre 
cuite, je la retrouvai à l'Exposition de 1867: elle 
appartenait à M. Beurdeley qui, disait-on, en déman- 
dait 25,000 francs. Au jour d'aujourd'hui, ce n'est 
pas cher. 

Aux Glodion du grand salon sont mêlées quelque 
antres terres cuites. C'est d'un sculpteur français, 
héritier du talentet presque de la facture de Flamand, 
la statuette d'un enfant nu, mordant dans une 
pomme : un enfant gras de cette puissante graisse 
qui fait des plis sur un corps, ainsi qu'un vêtement 
trop large, un enfant à la tête dont on sent l'ossa- 
ture encore molle et pétrissable, au front bossue, 
aux orbites profondes et comme fluides, à la bou- 
che d'un Triton qui souffle dans une conque entre 
deux rondes joues renflées. Et c'est encore de Caf- 
fleri, la maquette du buste de Piron. Un fier travail 
et un dégrossissement de la glaise à rudes coups 
d'ébauchoir, que cette maquette, où en dépit d'une 
perruque à l'état de copeaux et d'un menton qui 
n*est encore qu'une boulette de sculpteur, il y a une 

16. 



18» LA MAISON D'UN ARTISTE. 

Tie si spirituelle sous la broussaille des sourcils 
du Bourguignon, et presque des paroles dans la 
bouche entr'ouverte par uneilécoupure si parlante. 
Les gouaches et les terres cuites du xv!!!** siècle, 
— un moment j*eus l'idée de faire ma collection 
uniquement de cela, — ce sont des choses telle- 
ment plaisantes à l'œil, tellement bavardes pour 
la rêvasserie de l'amateur, tellement chatouillantes 
pour un goût délicat 1 N'est-ce point du souffle de 
peinture, du modelage de rêve, enfin du joli pres- 
que immatériel? Et ces gouaches et ces terres cuites, 
je les eusse voulues,ainsi que le petit nombre que je 
possède, avec l'accompagnement de lumineuses et 
tendres tapisseries ; car ces gracieux morceaux de 
peinture et de sculpture peuvent-ils avoir au-dessus 
d'eux un ciel qui les fasse mieux valoir, qu'un petit 
coin d'Olympe riant au plafond, dans la trame de soie 
d'une tapisserie des Gobelins (1) ? Et ici, Vénus des- 
cend du ciel pour chercher chez Vulcain le bouclier 
d'Énée. La blonde déesse, au corps rose, dans sa 

(1). Les marchands baptisent les tapisseries du nom de Beau- 
vais ou Gobelins assez légèrement, et affirment que toute tapis- 
serie dont la trame est de soie, est de Beauvais. Le seul moyen 
de reconnaître si une tapisserie est de la première ou de la 
seconde manufacture, est de savoir si la tapisserie est fabriquée 
à haute ou basse lisse, les Gobelins seuls ayant fabriqué de la 
haute lisse. Malheureusement il n'y a guère d'autre preuve de 
la fabrication de la haute et de la basse lisse, que s'il ^existe un 
dessin ou une gravure de la tapisserie. Si la tapisserie est à 
basse lisse, elle est retournée ; si elle est à haute lisse elle n'est 
pas retournée. Cette tapisserie, vendue pour une tapisserie de 
Beauvais, serait une tapisserie des Gobelins, le hasard ayant 
fait tomber sous mes yeux le dessin qui était à vendre, il y a 
«ne vingtaine d'années, chez Blaisot. 



GRAND SALON. 181 

draperie transparente, apparaît au bas de son char, 
dont une nymphe retient les cygnes cabrés par les 
faveurs qui leur servent de rdnes. Et c'est autour 
de la déesse, sur la crête des nuages, des jeux d'a- 
mours, des battements d'ailes de colombes, des 
flottements d'étoffes, que domine une grande fîgure 
volante de femme, habillée comme d'un brouillard 
de couleur céleste, et qui effeuille des roses sur la 
tête devenus. Tapisserie sur un fond blanc, avec ces 
tons rabattm, ces tons gris dont Boucher est l'in- 
troducteur, avec cette palette qui n'allait jamais aux 
grands noirs, aux grands clairs^ et exécutée avec la 
gamme très suffisante de dix i douze tons, tandis 
qu'il y a telle tapisserie moderne, telle tapisserie- 
tableau, où la gamme a été à vingt-cinq, à trente tons 
même (1). 

Cet Olympe du plafond, devinez avec quel argent 
il a été payé? — Avec le gain de Germinie Lacerteux. 
C'est bizarre,n'estrce pas, cette mjrthologie de Natoire, 
achetée chez Wail avec le succès d'un noir roman 
réaliste 1 A ce nom de Wail, qui revient sons ma 
plume, que de souvenirs ! Et les heureuses séances 
passées avec mon frère, en ces grandes pièces 
obscures, où je vois encore ces deux vieilles, longues, 
pâles, silencieuses femmes, vous déroulant automa- 
tiquement sur des châssis, pendant des heures^ — et 
cela avec de petits rires enfantins, sous leurs étemels 

(1) Uaune carrée de tapisserie coûtait autrefois de i,900 à 
2,000, à 2,700 livres ; à Theure présente, elle revient à peu près 
à 4,400 francs* 



LA MAISON D'UN ARTISTE. 

bonnets de nuit, — les plus belles tapisseries du 
mondai 

C'est de chez Wail que vient également le meuble 
de Beau vais du salon, i^eprésentant les Fables de La 
Fontaine d'après Oudry. Ce dossier est le Coq et la 
Perle, ce siège est le Corbeau voulant imiter V Aigle, Ici 
c'est le Renard et la Cigogne^ là le Singe et le Chat, et 
ainsi, en des tableaux de nature de la convention la 
plus aimable et du plus frais coloris, rendissent et 
86 bombent les imaginations du fabuliste, sur des 
fauteuils à Tévasement fait pour les grands paniers 
du siècle. Mais la merveille des merveilles, la. voici 
dans ce canapé, qui offre, pour ainsi dire, le Selectae 
des fables du bonhomme, et où un paon superbe 
étale sa queue ocellée d'azur au milieu de la clarté 
laiteuse. Et il a pour bordure, ce canapé, la plus 
resplendissante guirlande de pavots, de tulipes, de 
narcisses, de pêches, de gros raisins violets du Midi, 
de grenades pourprées entr'ouvertes, de fleurs et d^ 
ruits de pays de soleil, qui ressemblent sur la trame 
brillante et argentine, à ces brouillements féerique» 
de couleurs que j'ai vus sur une palette de Diaz, du 
temps qu'il était peintre de fleurs. 

Et dessous et entre ces tapisseries, l'harmonie du 
mobilier se complète par les deux petits meubles de 
marqueterie en mosaïque avec les suaves nuances 
des bois et le bronze doré des baguettes à feuilles de 
laurier, des poignées, des chutes de fleurs sur le 
ressaut des sabots, des petites couronnes de roses 
suspendues à des glands sur l'aplatissement des 



GRAND SALON. 1»« 

angles coupés. Le fond du secrétaire et de la com- 
mode est de bois d'amarante ; sur ce fond, dans 
des filets pareils à de l'écaillé, sont encadrés trois 
médaillons de bois olive satiné, ofx figurent un tam- 
bour de basque sur un livre de musique ouvert, un 
chapeau de bergère parmi des instruments de jardi- 
nage, une sphère au milieu d'attributs de peinture. 
Cela fait en placage avec dis bois jaunes à la cou- 
leur de l'ambre, des bois verts à la couleur de Tan- 
géiique, et qui brillent dans le vernissage et le poli 
des surfaces au centre de beaux reflets mordorés. 
Ds sont semblables, ces deux petits meubles, au 
mobilier garnissant la chambre de la Reine à Ver- 
sailles dont j'ai donné la description d'après l'inven- 
taire des 28 et 30 brumaire et 3 frimaire de l'an 
deuxième de la République une et indivisible, fait 
en présence des représentants du peuple Auguis et 
* Treilhard. 

Quelques porcelaines de choix sont posées sur la 
tablette de marbre blanc de ces meubles. Un hrot 
de Sèvres en bleu turquoise, sur lequel se détache 
en relief une branche de pêcher aux fleurettes blanc 
et or, est un curieux spécimen de l'imitation de la 
porcelaine de Chine au xvni° siècle, par la manufac- 
ture de M™® de Pompadour. Une aiguière dç Saxe, 
au fond jaune, aux cartouches de fleurs, achetée il 
y a bien des années chez Lazare à Marseille, semble 
une porcelaine faite par la manufacture de Dresde 
peur le harem de Gonstantinople. Les fleurs sont 
de la plus grande finesse dans leur large fouettage. 



L 



IM LA. UAISON D'UN ARTISTE. 

Il y a des œillets, des tulipes, des pavots peints aveo 
ce bonheur que le Saxe a toujours rencontré dans 
la représentation des fleurs frisottées , recroquevil- 
lées, échevelées et diaprées detons nues, — ne réus- 
sissantque très incomplëtement la rose, qu'il dessine 
lourde et qu'il violacé trop. Puis c'est avant tout de 
cette peinture particulière à la porcelaine que n'a 
jamais pu apprendre Sèvres, de cette peinture diffé- 
rente de la pointure faite pour le papier et pour la 
toile, et donl le charme, l'intérêt, la valeur soot 
d'être auti;gy'Je ne parlerai plus que de deux rare» 
pièces, de deux pots de blanc de Saint-Gloud avec un 
décor en relief de soleils épanouis dans le genre de» 
compositions de Pillement, et dont le grand T qui 
est sous le S' C. indique qu'ils ont été fabriqués 
sous la direction de Tron de i730 à 1762. Ges deux 
boites à thé montées en vermeil étaient dans une 
caisse à la serrure lleurd;'! isée, où se trouvent encore, 
pour le thé noir, une petite cuiller blanche de por- 
■celaine de Saint-Cloud, pour le thé vert, une petite 
cuiller en porcelaine verte de Chine, à tête de coq. 

Parmi tous ces objets du xvm" siècle, dans tout 
ce Joli, j'ai estimé bon qu'un important mor- 
ceau de l'art de l'Estrôme-Orient apportât, comme 
contraste, son originalité et sa force. Et au milieu 
du salon sur un trépied, figurant les vagues en colère 
de la mer, s'élève un vase de bronze, haut d'un m^ 
tre, un vase pansu se terminant en forme d'une 
margelle de bassin. Sur la panse, sillonnée de 
Jlots, se détache, en plein relief, un dragon coniii, 



GRAND SALON. 191- 

aux excroissances de chair en langues de flamme, 
aux ergots de coq, le Tats-makî, le dragon des^ 
typhons, dont le corps tordu et contorsionné de 
serpent apparaît par places, au-dessus des ondes 
rigides. Rien de plus terriblement vivant par Tarti- 
flce de l'art, que ce monstre fabuleux dans ce bronze 
qui semble de cire noircie, et qui est beau de la plus 
sombre patine, et qui est sonore, ainsi qu'un métal 
de cloche plein d'argent. Un bronze pour lequel j'ai 
donné 2,000 francs, en un temps où la japonaîserie 
n'était point encore à la mode. 

Et nous dirons adieu au grand salon, mais non 
sans nous être arrêtés un moment devant les deux 
vases de biscuit de Sèvres, qui ne sont pas seule- 
ment un tour de force de porcelainier, mais les plus 
parfaits types de l'alliance gracieuse, — d'une alliance 
à la Fragonard entre le xviii® siècle et l'antique. Les 
anses sont formées de deux têtes de satyres; en 
haut, au-dessous des oves de la gorge, un nœud de 
ruban se tuyaute, et sous le nœud s'allonge un mé- 
daillon ovale, d'où se détache un bouquet de roses, 
qu'entoure des deux côtés, descendant de la barbe 
des satyres, une guirlande de groseilles, de cerises, 
de noisettes, de châtaignes aux piquants, qui piquent 
— des fruits modelés par une main de céramiste, 
cuits dans un four de potier, et qui ont l'air de vrais 
firuits, ramassés dans le lit d'une source pétrifiante.^ 



ESCALIER 



En sortant du grana saion,vous rentrez dans le 
vestibule, où une baie, drapée d'une verdure, laisse 
voir la cage de Tescalier enjuponnée d'une grosse 
toile maïs à bordure d'imitation persane. 

La pomme de cristal du départ, dont mon prédé- 
cesseur était très fier^ a été remplacée par une grue 
en bronze, au redressement inquiet et colère de Id 
tête, et Ton monte entre des murs couverts de des** 
sins du XVIII® siècle, de foukousas^ de kakémonos, d^ 
plats grands comme des boucliers, et dont l'un, de 
la fabrique dlwari, montre, sous un beau coloriage 
barbare, une monstrueuse carpe remontant uns cas- 
cade. Je trouve que Tescalier dans un logis se prête 
admirablement à la galerie, et que les objets qui y 
sont accrochés, on les regarde mieux que partout 
ailleurs : il y a, tous les jours, quand vous êtes seul; 
dans la montée ou la descente des marches, des re- 
pos paresseux, des accoudements sur la rampe, qui 
donnent tout votre regard à telle sanguine, à teilf 
porcelaine, à laquelle vous ne feriez pas atten- 
tion, si elle était perpétuellement sous vos yeux. 



Au centre de toutes les images de l'escalier, une 
gravure, la seule dans la maison qui ait les honneurs 
de l'encadrement, invite l'amateur de l'art français 
à monter. Cette gravure est l'EitBABQUESBNT poua 
CïTiiÈHB.un état d'eau-forte introuvable, de la grande 
planche du graveur Tardieu, d'après le Watteau de 
Berlin, une épreuve peut-être unique, que je me 
rappelle avoir payée 8 francs, il y a de cela, c'est 
vrai, une trentaine d'années. 

L'escalier débouche, au premier, sur un palier, 
semblable à une grande alcôve tendue de ce jaune 
nn peu rouillé d'une toile qui n'a pas encore passé 
à la lessive, et qui fait un fond doux clair et chaud 
aux tives couleurs des choses orientales. Sur des 
portoirs-encoignures s'étagent des vases de Sazuma, 
autour desquels court un concert avec de petits 
tambourinaires rappelant les chanteurs au lutrin de 
Lucca délia Hobbia, des cornets de Kaga où un 
Olympe japonais a pour cadre une étourdissante 
envolée d'oisillons, des bouteilles de Fizen, aux fleurs 
rouges et bleues en relief, des poteries d'Owari, de 
Kutani, et ces faïences se mêlent à des panneaux 
décoratifs pendus comme des tableaux: ces panneaux 
dans la composition desquels lesjaponàis sont pas- 
sés maîtres, etoù, sur les bois les plus heureusement 
ou les plus étrangement veinés, se rencontrent des 
fleurs en faïence, des feuilles en ivoire colorié, des 
rochers de jade, des oiseaux de nacre, des bestiaux 
en pierre dure, des soleils de corail, un assemblage 
de matières qui, sous la main d'un Européen, serait 



IM LA. MAISON D'CN ARTISTE. 

horrible, et que les artistes de l'Extrême-Orient sa- 
TËiit rendre harmonieux â&ns nn sertissage de grands 
orfèTrtts coloristes. 

Sous ces tableaux bas-relief^, entre deux portes, est 
un petit meuble en forme de coffre, aux panneaux de 
laque rouge, dans lesquels sont incrustées une bran- 
che de pivoine fleurie, une branche de pêcher en 
fleurs, toutes deux en porcelaine blanche et bleue : 
le meuble qui contient la collection des albums 
japonais. ) 



Là sont ces livres d'images ensoleillées, dans les- 
quels, par les jours gris de notre triste hiver, par 
les indéments et sales ciels, nous faisions chercher 
su peintre Coriolis, ou plutôt nous cherchions nous- 
mêmes, un peu de la lumière riante de l'Empire, ap- 
pelé l'Empire du Levëh nu Soleil. Et voici ces albums 
japonais de tout format, aux couvertures de papier 
de toutes les nuances, et gaufrés, et sablés d'or, et 
lardés de petits carrés d'argent, et reliés d'un ill de 
soie courant extérieurement sur le dos du mince vo- 
lume, avec, sur un des plats, une bande longitudi- 
nale, où il y a comme de petites sangsues de couleur. 

Ces albums ouverts et parcourus de l'œil, de la 
première ou plus rationnellement de la dernière à 
la première page, il vous apparaît, baignée des méan- 
dres azurés des mers, des fleuves, des rivières, des 
lacs, une terre, aux rivages semés d'écueils baroques, 
contre le granit rose desquels brise étemellemeat 



ESCALIER. m 

le Pacifique ; des plages fourmillantes de vendeurs 
et de vendeuses de coquillages et de choux de mer, 
qui courent après des pieuvres leur échappant ; des 
villages formés d'une seule rue, contournant une 
anse dormante de leurs toits, surmontés, aux deux 
extrémités, de poissons porte-bonheur sculptés ; des 
rizières inondées, où dans les lignes flottantes de 
Teau, les brindilles lointaines semblent des croches 
sur un papier de musique réglé ; des campagnes cou- 
vertes d'une herbe vivace, de la hauteur d'un homme, 
toute verte d'un côté, toute blanche de l'autre ; des 
villes coupées de ponts bombés, s'élevant sur une 
forêt de madriers rouges ; des jardins de plaisir, sil- 
lonnés de ruisselets tournoyant à l'entour de planta- 
tions d'iris et de roseaux; des intérieurs dont le lisse 
bois vernissé enferme comme la clarté humidement 
rayonnante de nos écojes de natation, — cette terre 
enfin composée de trois mille huit cents îles ou ro- 
chers : le Japon. 

Et dans ce pays, toute une vie qui paraît remplie, 
amusée, rendue doucement rêveuse par le voisinage 
amoureux et la contemplation de l'eau. Ce ne sont 
sur ces pages que femmes regardant l'eau, ici ac- 
coudées sur la toiture d'une cabine, là soulevées sur 
la pointe des pieds en haut d'une estacade, la main 
au-dessus des yeux ; et partout sur les balcons, au- 
près des lanternes posées sur un pied, et. tout en 
buvant de petites tasses de thé, ces femmes ont l'œil 
et l'attention à l'eau qui coule. On en voit de ces 
femmes qui, dans le matin qui s'éveille, au bord 



196 LA MAISON D'UN ARTkSTB. 

d'une rivière, attachentde petits morceaux de papier, 
couverts d'aimables pensées, à la patte de grues 
qu'elles mettent en liberté; on en voit qui^ dans la 
nuit, blêmes apparitions, une flûte aux lèvres, une 
robe noire comme le ciel aux épaules, glissent sur 
une barque silencieuse. 

Le doux spectacle que celui de cette eau transpa- 
rente et de ce qu'elle met avec ses vaporisations de 
magique au ciel, à l'heure où le soleil se couche. Il 
y a au Japon des ciels absolument roses, et que le 
baron Hiibner n'a vus que là, des cielfe pourpre où les 
oiseaux ont l'air de voler dans du sang, des ciels 
jaune d'or se dégradant en merveilleuses teintes 
nankin au-dessus du blanc des lagunes, de l'outre- 
mer intense de la mer, des tortils bruns des crypto- 
merias de premier plan 1 II y a des crépuscules gorge 
de pigeon, et des nuits gris-p^rle. Et ces ciels invrai- 
semblables éclairent des arbres et des arbustes dont 
les fleurs précèdent les feuilles, et en sent un m(>- 
ment la verdure fleurie. Une floraison toute gaie^ 
toute claire, toute pimpante : des arbres blancs, des 
arbres roses, dans lesquels les aquarellistes japonais 
n'introduisent même pas les obscurantes ombres de 
l'Occident, et qui se détachent dans les albums sur 
le soleil couchant comme sur une feuille d'or, ou qui, 
le soleil couché, au-dessus des balcons sur lesquels 
leurs rameaux pendent, étoilent la nuit noire de vé- 
ritables étoiles. 

L'eau est la passion du pays, si bien qu'à Kioto, 
où un ruisseau est tout le fleuve que surplombe la 



ESCALIER. 19T 

perspective de ponts gigantesques à dos d'âne, les , 
riverains établissent des barrages, qui leur permet- 
tent d'avoir à peu près, pour le soir, une nappe d'eau 
qu'ils parsèment d'espèces de tables flottantes, sur 
lesquelles deux feuilles d'un album nous montrent 
la population soupant, les jambes pendantes, et heu- 
reuse de cette rivière improvisée qui les mouille. 
Car, là-bas, la nuit c'est la joie de l'eau. Les fleuves, 
les rivières des villes se couvrent de djonques, de 
yané'funéf longues barques plates aux bandes de 
cuivre, aux paravents à coulisses, de bateaux de fleurs 
chargés de danseuses et de joueuses de guitare, de 
gondoles d'amour vénal, illuminées de lanternes; et 
l'encombrement est tel, que les bateliers nus, armés 
de longues perches vertes, ont peine à avancer dans 
la presse des embarcations. Et sous le ciel déchiré 
d'artifices, lés ponts sont couverts d'une foule à les 
faire crouler. 

Et de la mér, et dés fleuves, et des rivières, les 
images vous mènent à la Montagne sainte. 

Une série de trois albums nous représente l'ascen- 
sion du Fusi-yama en cent cinquante planches, 
montrant le cratère éteint, sous un aspect diff'érent 
à chaque représentation. D'abord des rizières, des 
bois de roseaux et des eaux tranquilles de lacs, 
bientôt des rochers, des cèdres gigantesques qu'abat- 
tent des bûcherons, suspendus par des cordes dans 
l'air, un sentier pierreux que gravit une population 
vêtue de blanc, aux chapeaux de jonc, aux grands bâ- 
tons, aux clochettes, et où s'engage péniblement une 

17. 



188. LA MAISON D'UN ARTISTE. 

escorte, que dominent, sur leurs mules, deux femmes 
de la cour dont la longue chevelure leur bat le dos. 
Puis des altitudes, où la pluie raie le ciel et le paysage 
noyé, où se déchaînent sous la montagne toute blaû- 
ohe, de noirs orages balafrés d'éclairs, où des tour- 
mentes de neige enferment, dans des anfractuositésde 
roche, des gens^qu'on y voit blottis comme des bêtes. 
Enfin, le pic, en sa candeur immaculée, dans le beau 
temps. Et à chaque étage de cette ascension, des con- 
templations admiratives, des hommes renversés et se 
tordant les poignets, en une prosternation, qui est 
comme un extatisme convulsif de l'amour de la na- 
ture (1). 

Tout lé Japon est présent, vivant dans ces albums. 

Voulez-vous une matsouri, une de ces fêtes reli- 
gieuses de corporations, dans lesquelles, journelle- 
ment, les charpentiers promènent la statue de leur 
patron, Daïkokû, un maillet à la main, les pêcheurs 
la statue de Djesibù, le Neptune japonais. Dans cette 
grande planche, où marchent en tête deux maîtres 
des cérémonies portant des cannes de fer surmon- 
tées d*un anneau, dont ils frappent la terre, la mat- 
souri processionne avec son attelage de trente hom- 
mes à de grosses cordes, tirant le temple monté sur 
des roues dissimulées dans la boiserie, et sous Tau- 
vent duquel est un petit théâtre ambulant. 

Voulez-vous une lutte de sûmo, d'athlètes japo- 
nais (2)? Devant vous, dans ces trois planches en eou- 

(1) L'illustration de ces trois albums est d'O-kou-sai. 

(2) Voici Torigine de la lutte et des lutteurs : a II y availi 



ESCALIER. IM 

leur,s6 dresse Tâmphithéàtreà deux rangs de gradins, 
où Ton monte par des échelles', et au milieu deTarène 
se dessine, entre quatre poutres auxquelles sont ao- 
croches un cornet de sel et le sabre d'honneur, le 
ring fait d'un rond de sacs de riz posés à terre, et où 
luttent et où se poussent les champions surveillés 
par le juge de camp, son éventail à la main. Tout 
autour, nus, une ceinture à jupons de franges autour 
des reins, sont assis, les lutteurs attendant leur tour, 
des hommes gras et glabres, aux montagnes de 
muscles, des colosses de 340 livres, une race éléphan- 
tiasiaque, une humanité phénomène, amoureuse de 
la grosseur, qui ne se marie qu'avec des femmes 
géantes, et pour laquelle il y a une fabrication d'ob- 
jets usuels gigantesques (1). 

Voulez-vous une représentation de ces théâtres 
qui ouvrent à six heures du matin, de ces théâtres 
sans actrices, et où l'acteur est doublé d'une ombre, 
d'un officieux vêtu et capuchonné de noir qui lui tend 
un tabouret, s'il veut s'asseoir, qui lui éclaire le visage, 
quand le jour baisse. Des planches éparses des 

sous Sei Nin Ten , — contemporain de Jésus-Christ, — deux 
hommes d'une force supérieure, le nommé Tafema-no Kouyé- 
faya demeurant dans la province de Yamato ; et l'autre, nommé 
Nomi-no Soukoné dans celle d'Idzoumo. Le Dairi les fit venir 
pour lutter devant lui. Le premier se cassa la jambe et mourut, 
l'autre fut gratifié d'un petit terrain et d'une pension, et resta 
dans la capitale. Il fut l'inventeur des poupées de terre glaise 
et autres bagatelles. Il fut nommé intendant des travaux publics; 
et cette dignité resta à ses fils, petits-fils et à leurs descendants, 
dont la famille porta le nom de Taka fara. C'est à cette époque 
que l'art de lutter a commencé au Japon. » 

(1) Les chefs de troupe des lutteurs ont rang d'officiers et 
portent les deux sabres^ signe distinctif de la noblesse japonaise. 



D'UN ARTISTE. 

livers vont nous doaaer cette représentation 
I ses détails. Et d'abord la façade de lagrande 

couverte d'immenses peintures, figurant 
!S dramatiques de l'ouvrage représenté, et 
s d'une cible percée d'une flèche, la logette 
ïur d'incendie. C'est devant les guichets, où 
înt accroupis les contrôleurs entourés d'une 
lonnaies, une foule, une presse, une pous- 
nmes et de femmes, de samouraï descendant 
1 ou de norimons que les porteurs posent 
de traiteurs chargés de déjeuners, de lec- 
ares du programme. D'autres planches vous 
étrer dans la salle, le grand quadrilatère en 
je. L'orchestre en habits sacerdotaux, mêlé 
urs, se tient à gauche, à peu près ainsi que 
. chaises se tenaient les seigneurs du temps 

XIV sur la scène de 1h Comédie-Française, 
■eprésentations qui durent toute la journée, 
e, on boit, on fume, et dans la salle éclatent 
,é, une joie, un plaisir enfantin, qui se témoi- 
lez les spectateurs accroupis par des étire- 
B bras délirants sur les cuisses. Dans des 
oges placées des deux côtés du théâtre, des 
d'avant-scènes, qui ont l'air de cabines de 
s'entrevoient, tassées et serrées l'une 
autre, les élégantes, les femmes de fonction- 
I rendant au théâtre incognito. EnQn, d'au- 
nches, toujours en couleur, nous ouvrent 
isins d'accessoires, les foyers, les loges. On 
1 des acteurs repassant leurs rôles, des ac* 



ESCALIER. 201 

teurs accoudés en un coin d'ombre, méditant un 
effet nouveau, des acteurs répétant une tirade' tra- 
gique en buvant une tajsse de thé, des acteurs se 
maquillant devant des miroirs de métal posés sur 
de petits chevalets, des acteurs auxquels le perru- 
quier du théâtre fait des sourcils postiches; et cela 
dans la dégringolade des domestiques affairés et au 
milieu du fouillis des perruques, des chaussures, 
des robes essayées, des sabres de théâtre, des cof- 
fres entr'ouverts, des boîtes à rouge, des théières, 
des chibatchi, des pots de fleurs. 

Jusqu'ici ces images nous donnent la campagne, 
la montagne, la grande route, la rue, la vie exté- 
rieure, mais il en est d'autres qui nous introduisent 
dans l'habitation particulière, nous ouvrent l'inté- 
rieur fermé du yashki, nous font pénétrer dans l'in- 
timité de l'existence secrète des femmes et des 
hommes du pays. Nous voici dans ces maisons dé- 
pouillées de leur toit et vues à vol d'oiseau par le. 
dessinateur, qui nous dévoile le labyrinthe de ces 
appartements de paravents, et nous fait voir ces cui- 
sines sans cheminée, où des femmes remuent le riz 
dans de grands chaudrons voyageant sur de petite 
chariots. Nous voici dans ces intérieurs, aux murs 
glissant sur des rainures mobiles, et dont le mobi- 
lier se compose d'un kakémono pendu à la cloison, 
d'un chêne nain dans un petit pot de fleurs, quelque- 
fois d'un aquarium o^ nagent des poissons de la 
Chine à trois queues, — et où, par une porte en- 
tre-bâillée, on aperçoit dans le fond le bain qui 




2W LA MAISON D'UN ARTISTE. 

chauffe, sa vasque carrée» ses seaux en poterie 
brune ornée d'une grecque. Nous voici dans ces jar- 
dins tout pleins dés serpentements d'un ruisseau 
autour d'un toro, d'une lanterne de pierre ventrue, 
en ces fourrés de pivoines éclatantes, où la sieste 
des promeneuses confond la flore des robes avec la 
flore des massifs. Nous VOici dans les salles d'appa- 
rat, où sur une estrade rouge, des musiciennes, en 
robe bleue, jouent des choses lentes, que des guesha^ 
des danseuses, miment dramatiquement dans des 
robes amples, entourées de coryphées qui semblent 
agiter, derrière leur dos, des ailes de papillon. Nous 
voici dans les chambres, où des femmes rampent à 
terre sur des instrument^ de musique à cordes, s'oc- 
cupent à peindre des éventails, agenouillées près de 
petites tables basses où se dressent les pinceaux 
dans des cornets de faïence de Satzuma, brodent 
des foukousas, composent, d'après des règles et des 
traités savants, des bouquets sans faute, — la lon- 
gue queue de leurs robes voyantes faisant à côté 
d'elles un petit amoncellement, parmi le fouillis des 
objets de laque, de bronze, de porcelaine, traînant 
sur les nattes du parquet, ainsi que des joujoux dans 
une chambre d'enfant. Nous voici sur ces balcons, 
«'avançant au-dessus d'une haie d'iris violets et en- 
guirlandés de lanternes rouges, sur ces balcons 
éternellement peuplés de femmes aux grandes épin- 
gles d'écaillé piquées dans la chevelure noire, à 
l'heure où une servante monte par un petit escalier, 
portant, sur la paume de sa main renversée, le 



k 



ESCALIER. 103 

tay (1), le poisson rose, avec les bâtonnets d'ivoiro 
du souper. 

Elles sont habillées, ces femmes, de robes, où les 
fleurs, toutes vives et toutes réelles en leur relief, 
ressemblent à de vraies fleurs, attachées sur la soie, 
au moyen d'épingles. Sur ces robes s'épanouissent 
des pivoines, s'élancent des roseaux aux feuilles 
lancéolées, pendent des branches de glycine, des 
gourdes de coloquintes. Il en est qui sont fleuries . 
de bouquets de chrysanthèmes, d'iris d'eau, de toutes 
les fleurs des arbres à fleurs (^). Mais ce n'est pas seu- 

(1) Le toy, le sparus aurata ou chrysphrys cristiceps^ ce déli- 
ât ,et beau poisson consacré à Yebis, est un mets affectionné par 
1m Japonais, qui se le font apporter sur la table, encore vivant, 
•t déjà coupé en tranches, tranches qui se détachent dans une 
dernière convulsion, produite par quelques gouttes de vinaigre 
jMéefi dans les yeux du poisson. On le sert sur un petit échafau- 
dage de bâtonnets de verre de couleur reposant sur un lit 
d'algues. 

(3) D'après M. Fraissinet, — est-ce bien authentique? — la 
nouvelle mariée japonaise recevrait dans son trousseau douze 
robes d'apparat, les robes des douze mois de l'année. La pre- 
mière serait une robe bleue brodée de tiges de jasmin et de 
bambou; la deuxième, ime robe vert de mer à âeurs de cerisier 
et à carreaux; la troisième, une robe rouge clair, sillonnée de 
branches de saule ou de cerisier; la quatrième, une robe portant 
un coucou, ou le signe hiéroglyphique qui représente Foiseau 
de bon augure conjugal au Japon; la cinquième, une robe 
jaune terne, brodée de feuilles d'iris et de plantes aquatiques ; 
la sixième, une robe orange clair, oii sont ^gurés des melons 
d*eaa annonçant la saison des pluies ; la septième, une robe 
blanche mouchetée de ^ouno^, clochettes pourpre,dont la racine 
laiteuse est très recherchée en médecine; la huitième, une robe 
rouge parsemée de feuilles de mimosi ou prunier du Japon; la 
neuvième, une robe violette ornée de fleurs de la matricaire ; la 
dixième, une robe olive représentant des champs d'épis mois- 
sonnés où courent les Eigzags de chemins et de sentiers; la 
onzième, une robe noire recouverte de caractères représentatifs 



i 



LA MAISON D'UN ARTISTE. 

au règne végétal que le brodeur emprunte 
r de rhabillement de la femme, il ose, — et 
jfois avec un bonheur singulier, — le deman- 
règne animal. Et il brode des robes où sem- 
utiner des abeilles, des robes qui simulent le 
perlé de la toile où se tient l'araignée le ma- 
; robes semées de sauterelles, des robes plei> 
mroulements de vignes dont les écureuils 
it les raisins, des robes figurant desvaguettes 
quelles flottent des canards mandarins, des 
illonnées de vols de moineaux, d'oies sauva- 
1 cigognes, des robes où se tordent des dra- 
ans des ciels d'orage zébrés d'éclairs, des 
sur les traînes desquelles s'aperçoivent des 
i, des chats, des homards, des carpes dans 
ts d'or flottants qui les donnent à voir comme 
lans des bourses. D^ns le moment, une feuille 
te d'un album me montre une de ces robes 
■ de mer, où apparaît, ainsi qu'au fond de 
a silhouette noyée d'un gigantesque poulpe, 
le rappelle avoir vu une robe représentant 
iTse de chevaux devant la cour du mikado, à 
me course avec son public et tous ses détails, 
■le, toutefois, l'étrangeté du sujet, le voyant 
■oderie, l'exagération du relief, sont en géné- 
lanage des robes pour la procession de la 

SannoA, des robes de courtisanes sur les- 

tige et des glaçons; la doaiîème, tma robe poorpn 
de signes idéographiques eiprimant lei rigueun d« 



ESCALIER. 

quelles on rencontre jusqu'à des masques de théâ- 
tre comiques et licencieux. 

La Japonaise « comme il faut » a des robes plus 
sobres d'ornementation, mais dont les tons sont 
cherchés dans les colorations de nature les plus dis- 
tinguées, les plus artistes, les plus éloignées de ce 
que l'Europe appelle des couleurs franches. Les 
blancs que la Japonaise veut sur la soie qu'elle porte, 
sont : le blanc d'aubergine (blanc verdâtre), blanc 
ventre de poisson (blanc d'argent) ; les roses sont la 
neige rosée (rose pâle), la neige fleur de pêcher 
(rose clair) ; les bleus sont : la neige bleuâtre (bleu 
clair), le noir du ciel (bleu foncé), la lune fleur de 
pêcher (bleu rose) ; les jaunes sont : la couleur de 
miel (jaune clair), etc. ; les rouges sont : le rouge de 
jujube, la flamme fumeuse (rouge brun), la cendre 
d'argent (rouge cendré); les verts sont : le vert de 
thé, le vert crabe, le vert crevette, le vert cœur d'oi- 
gnon (vert jaunâtre), le vert pousse de lotus (1) 
(vert clair jaunâtre) ; — toutes couleurs rompues et 
charmeresses pour l'œil d'un coloriste. Et à propos 
de ces adorables nuances fausses, j'ai dans le sou- 
venir une robe de crêpe rose, légèrement saumoné, 
toute couverte d'éventails brodés, qui était bien le 
plus gai morceau de couleur qu'un peintre puisse 

(1) Une nuance japonaise est un certain vert pour vêtement 
de dessus, nommé Yama bato iro, ou couleur de pigeon de mon- 
tagne, et qu*a seul le droit de porter le mikado. Ses robes de 
dessous, du moins autrefois, étaient des étoffes pourpre tissées 
de fleurs blanches. Ces étoffes pourpre s'appelaient Teivosasi- 
nokif et leurs dessins Koumo fate wakou ou nuageux. 

I. 18 



LA MAISON D'UN ARTISTE. 

pour l'égayement de son atelier et le rappel 
de sa peinture. 

l'originalilé de beaucoup de ces robes, con- 
ns le passage des épaules aux pieds, d'une 
à une autre, par les transitions et les défra- 
ies plus harmoniques. C'est ainsi qu'une 
rt d'eau meurt datis do Tiolet, qui, d'abord 
: insensible, devient du violet foncé; ainsi 
robe blanc de crème, se colore presque im- 
iblement et finit dans du jaune d'or. Il y a 
cela des fontes et des noyades merveilleuses 
lut de robe gros bleu dans un bas de-robe 
d'un haut de robe blanc dans un bas de 
irge de pigeon, d'un haut de robe brun dans 
de robe bleu céleste. 

ces robes flottantes et ne tenant pour ainsi 
i au corps souple des Japonaises, la gr&ce pa- 
e et un peu ratatinée de leurs mouvements 
arme enfantin. 11 faut les voir, à demi cou- 
le côté et la tète soulevée vers le seigneur 
elles tendent son sabre, ou bien épaulées à 
ivent, leurs jambes ramassées sous elles dans 
ous de l'étofi'e, ou bien encore les deux cou- 
és sur leur petite table à écrire, et le menton 
sur le dos de leurs deux mains effilées, dans 
îe de rêverie. Car on les rencontre rarement 
sur leurs pieds ; elles sont toujours accrou- 
■les talons, ou agenouillées (1), ou se traînant 



ESCALIER. 207 

à terre avec de coquets rampements et de volup- 
tueuses ondulations. Les gens qui se rappellent TEx- 
position#de 1867, ont conservé des Japonaises, qui y 
vendaient du thé, comme la mémoire de jolis petits 
animaux, qu'on trouvait presque toujours à quatre 
pattes sur leurs nattes. Gela aurait-il une raison? 
Robin, réminent physiologiste, dans un voyage à 
Vienne, demandait à un exposant japonais, s'il trou- 
vait vraiment jolies les femmes de l'Europe. 

— Oui, oui... mais elles sont trop grandes! ré- 
pondait le Japonais. 

On dirait que les Japonaises, pour satisfaire à Ti- 
déal amoureux de leurs compatriotes, en leur exis- 
tence courbée et repliée sur elle-môine, travaillent 
à se resserrer, à se diminuer, à se rapetisser, à 
faire de leur corps ramassé et réduit, de petits et 
mignons êtres d'amour , que les flatteries de la main 
d'un maître doivent trouver à la hauteur du dos d'une 
gentille bête apprivoisée. 

A la suite des albums contenant les toilettes, les 
occupations, les plaisirs de la femme japonaise, nous 
avons les albums religieux, les albums historiques, 
les albums de théâtre, les albums topographiques 
des grandes villes et de leur banlieue pittoresque, les 
albums d'ornementation, les albums d'industrie ar- 
tistique, les albums d'éléments de dessin et encore 
toutes sortes d'albums en trois, en dix, en vingt ca- 
hiers sur toute espèce de choses : des albums sur la 
fauconnerie avec les portraits des faucons célèbres 
et la^guration de grandes chasses aux oies sauvages. 



208 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

des albums-catalogues des objets d'art conservés 
dans les temples sacrés, des albums sur la compo- 
sition des bouquets, talent d'agrément qui fait par- 
tie de l'éducation d'une jeune fiUe distinguée, etc. 
Les albums religieux, -r- au-dessous de bronzeries 
au milieu de lacs et de bois de cryptomerias, et qui 
forment en haut des pages comme une série de paysa- 
ges saints, posés sur de petits chevalets, — déroulent 
des apparitions, des miracles, des décollations de 
femmes, où le sabre du bourreau est brisé par un 
éclair parti du sanctuaire du temple. On y aperçoit 
de petites divinités naviguant, en pleine mer, sur le 
dos de grandes tortues, des sennin chevauchant des 
cerfs blancs, des diables d'ombres chinoises attelés 
à des chariots de flammes, des personnages pour- 
suivis par une légion de crabes qui vont se dégra- 
dant jusqu'à l'horizon en une perspective pleine 
d'effroi. Dans l'apparition de l'être surnaturel, l'ar- 
tiste japonais apporte une légèreté de suspension, 
un balancement, un flottement tout particuliers, et 
cette apparition, il l'arrange, la dispose, la poétise 
avec un art infini. C'est ainsi que, dans un album 
de cette série que je possède, l'apparition d'une 
femme à travers le feuillage d'un saule, la tête nim- 
bée d'une clarté rose, et le corps formé des rameaux 
pleureurs de l'arbre mélancolique, est tout ce que 
peut imaginer de plus aérien le crayon d'un dessi- 
nateur en fait d'évocation d'une trépassée. Cet 
album (une reproduction des scènes légendaires, 
figurées par des poupées, dans le temple de Kannofj), 



ESCALIER. 209 

acheté en 1852, a été, pour mon frère et moi, la 
révélation de cette imagerie d'art alors bien vague- 
ment connue de l'Europe, qui, depuis, a fait des 
enthousiastes comme le paysagiste Rousseau, et 
qui, à l'heure présente, a une si grande influence 
sur notre peinture. 

Arrivons aux albums historiques , tout pleins de ces 
représentations d'hommes à la fois terribles et doux, 
dont les annales du Japon nous décrivent lo type, 
dans ce portrait de Tamoura maro : « C'était un 
homme très bien fait, il avait 5 pieds 8 pouces 
de haut, sa poitrine était large de 1 pied 2 pouces, 
il avait les yeux comme un faucon, et la barbe cou- 
leur d'or. Quand il était en colère, il effrayait les 
oiseaux et les animaux par ses regards; mais lors- 
qu'il badinait, les enfants et les femmes riaient 
avec lui. » 

Parmi les albums historiques, les vraies annales 
héroïques du pays, je ne parlerai que des albums 
qui racontent le dévouement des 47 romns\ et dont 
on peut suivre, sur les impressions en couleur, la 
légende traduite par M. Mitford (1). 

Un daimio, du nom de Takumi-no-kami , portant 
un message du mikado à la cour de Yédo, fut cruel- 
lement offensé par Kotsuké, l'un des grands fonc- 
tionnaires du shogun. On ne tire pas le sabre dans 
Tenceinte du palais sans encourir la peine de mort 
et la confiscation de ses* biens. Takumi se contint 

(1) Taies of old Japon^ by A.-B. Mitfort, London, Macmiilan 
and Co, 1871. 

18. 



j 



tlO LA MAISON D'UH ARTISTE. 

cette fois; mais, ua autre jour, il ne fut pas mattre: 
de lui el courut sur sod adversaire, qui, légëreoient 
blessé, put s'enfuir. Takumi fut condamné à s'ou- 
vrir le ventre. Son château d'Akô fut confisqué, sa 
famille réduite à la niis6re, et ses gentilshommes 
tombés à l'état de romns, de déclassés, de déchus, 
devinrent des marchands. Mais Kuranosuké, le pre- 
mier conseiller du daimio et quarante-six des samou- 
raï, attachés à son service, avaient fait le serment de 
venger leur maître. Et le serment prononcé, ces 
hommes, pour endormir les défiances de Kotsuké 
qui les faisait surveiller par ses espions à Kioto, se 
séparèrent et se rendirent dansd'autres villes sons 
des déguisements de professions mécaniques. 

Kuranosuké fit mieux. Il simula la débauche, 
l'ivrognerie, à ce point qu'un homme de Salzuma, le 
trouvant étendu dans un ruisseau à la porte d'une 
maison de thé, et le croyant ivre-mort, lui cria ; 
« Oh lie misérable, indigne du nom de samouraiqui, 
au lieu de venger son maître, se livre aux femmes, 
au vin [ » Et l'homme de Ëatzuma, en lui disant cela, 
le poussait du pied et urinait sur sa figure. Mais le 
dévoué serviteur poussa encore plus loin la subli- 
mité de sa comédie. Il accablait d'injures sa femme, 
la chassait ostensiblement de sa maison, ne gardant 
auprès de lui que son fils aîné, âgé de seize ans. 
Kotsuké, tout à fait rassuré par l'indigniLé de la vie 
de son ennemi, se relâchait de la surveillance qàll 
faisait exercer autour de son habitation, renvoyait 
une partie de ses gardes. 



ESCALIER. SU 

T^a nuit de la vengeance était enfin arrivée, et la 
voici telle que nous la fait voir la suite des planches 
d'un album. Une froide nuit d'hiver, et les conjurés 
dans une tourmente de neige, se dirigeant silencieu- 
sement vers le yashki de Thomme, dont ils se sont 
promis d'aller déposer la tête sur le tombeau de 
leur seigneur. Ils escaladent la palissade. Ils enfon- 
cent à coups de marteau la porte intérieure. Ils 
égorgent les samourais de Kotsuké, dans reffarement 
grotesque de grosses femmes chargées d'enfants. Ils 
poursuivent les fuyards jusque sur les poutres du 
plafond, d'où ils les précipitent en bas. Mais de Kot- 
suké point. On ne le trouve nulle part, et on déses- 
pérait même de le découvrir, quand Kuranosuké, 
plongeant les mains dans son lit, s'aperçoit que les 
couvertures sont encore chaudes. Il ne peut être 
loin ; on sonde les recoins*à coups de lance, et bien- 
tôt on en tire de sa cachette, déjà blessé à la hanche. 
Une planche nous fait voir le vieillard, habillé d'une 
robe de satin blanc, et traîné tout tremblant devant 
le chef de l'entreprise. Alors Kuranosuké se met à 
genoux devant le blessé, et, après les démonstrations 
de respect dues au rang élevé du vieillard, lui dit : 
« Seigneur, nous sommes les hommes de Takumi- 
no-kami. L'an dernier. Votre Grâce a eu une que- 
relle avec lui. 11 a dû mourir et sa famille a été 
ruixiée. En bons et fidèles serviteurs, nous vous 
conjurons de faire hara-kiri (s'ouvrir le ventre). Je 
vous servirai de second, et après avoir en toute hu- 
milité recueilli la tête de Votre Grâce, j'irai la dé- 



n 



212 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

poser en offrande sur la tombe du seigneur Takumî. 

Kotsuké ne se rendant pas à l'invitation qui lui 
était faite, Kuranosuké lui coupait la tête avec le 
petit sabre qui avait servi à son maître à s'ouvrir le 
ventre. Gela fait, les quarante-sept ronins s'ache- 
minaient vers le temple où reposait Takumi,' dépo* 
saient la tête de Kotsuké, demandaient aux bonzes 
de les ensevelir, et se rendaient au tribunal. 

La sépulture des quarante-sept ronins, enterrés 
autour du corps de leur seigneur, devint bientôt 
un pèlerinage, et le premier qui s'y rendit fut l'in- 
sulteur, qui n'avait pas soupçonné la supercherie 
surhumaine de Kuranosuké. Il déclarait qu'il venait 
faire amende honorable à l'illustre martyr, et s'ou- 
vrait le ventre sur le tombeau. 

Les albums de théâtre, les plus nombreux de tous 
et les moins plaisants, à cause d'un certain hiéra- 
tisme caricatural, qui vous fait passer et repasser 
sous les yeux un type uniforme aux gros yeux sail- 
lants, aux narines effroyablement ouvertes, à la 
bouche en tirelire, présentent cependant un certain 
intérêt par la belle ordonnance des draperies, U 
dignité des attitudes, les superbes enveloppements 
de dédain, la fierté des défis, les retroussis colères 
des bras prêts à frapper, les convulsions des agonies 
dans des linges sanglants, le grandiose de la mi- 
mique. Ces albums forment là-bas la bibliothèque des 
acteurs. La réunion la plus riche rapportée à Paris,. 
et qui a fait les petites collections connues, a été 
achetée par MM. Siebel, à la vente de Tanoské, le 



ESCALIER. 213 

Talma du Japon. Ces recueils sont pour les ac- 
teurs du pays, les manuels où ils étudient l'épique 
qui se dégage de l'exagération héroïque du drame 
japonais, étudient les lignes violentes des corps 
animés par la passion de la vengeance : tout le 
théâtre dramatique de l'Extrême-Orient. 

L'amour qui ne peut se faufiler, et comiquement 
encore, qu'à la suite d'une prostituée, l'amour et 
ses tragédies n'ont pas de place sur les scènes du 
Japon. Car, sur l'amour, les Japonais ont une ma- 
nière de sentir, des idées, des délicatesses tout à 
fait extraordinaires. Ils n'admettent pas qu'il puisse 
y avoir d'autre amour que l'amour entre mari et 
femme, et encore de l'amour qui n'a pris naissance 
que du jour du rapprochement charnel. Et au théâtre 
l'amour d'une jeune fille, et l'amour le plus pure- 
ment et le plus chastement exprimé, révolterait les 
spectateurs de cette contrée paradoxale, où l'impu- 
dicité court la rue. Là nous touchons à un ordre de 
sentimçnts qui nous échappent. Je me rappelle, un 
soir, chez mon ami Burty, Tindignation d'un jeune 
Japonais à qui il était demandé ce qu'il trouvait de 
choquant de dire à une femme qu'on en était 
amoureux, et qui, après une sortie sur la grossièreté 
de notre langue, de nos expressions, de nos mots, 
s'écriait : « Chez nous, ce serait comme si on disait : 
Madame, je voudrais bien coucher avec vous. » Et il 
détaillait un certain nombre de formules poétiques 
et logogryphiques , au moyen desquelles seules 
une déclaration pouvait se faire jour, sans indécence, 



t 

I 



ÎU LA MAISON D'UN ARTISTE. 

finissant enfin par cette phrase : « Tout ce que 
nous osons dire à la femme que nous aimons, 
c'est que nous envions près d'elle la place d'un 
canard mandarin ; c'est notre oiseau d'amour, Mes- 
sieurs l » 

Les albums topographiques dans une succession 
de planches à vol d'oiseau qui couvriraient un pan de 
muraille, vous donnent la figuration des villes comme 
Ossaka, Yedo, etc., et les docks baignant dans l'eau» 
et les quartiers de négoce maritime, et les enfilades 
de comptoirs, et les intérieurs où des costumes eu- 
ropéens se voient parmi des costumes japonais, et 
les grands terrains cultivés au milieu desquels se 
dresse le toit d'un temple, et la ville proprement 
dite avec sa rivière et ses canaux coupés de ponts 
courbes à monter avec les pieds et les mains, et ses 
perspectives de boutiques aux enseignes dans des 
guérites, semblables à une avenue de nos baraques 
de foire, et les rues remplies, selon l'expression 
d'un voyageur, d'une foule, bleue et couleur chair 
bronzée, une foule qui ne fait pas de bruit avec ses 
chaussures de paille, et le Sù^o aux assises cyclo» 
péennes et aux grands fossés, et l'esplanade oii pa- 
radent des soldats japonais, puis encore les entre- 
pôts dont les baies ouvertes découvrent d'immenses 
emmagasinements de riz et de thé, et qui finissent 
en des espèces de lagunes où continuent à se vendre 
des produits du pays sous des toits de nattes sou- 
tenus sur des piquets ; tout l'immense déploiement 
colorié, surmonté çà et là de petites banderoles 



ESCALIER. nS 

cânninées donnant Tindication et le nom des bâti- 
ments représentés. 

Les albums d'ornementation demandent surtout 
leurs motifs à l'éblouissante flore du pays, en y asso- 
ciant l'oiseau. 

Parmi ces albums, je veux donner un moment à 
la description de l'album qui a pour titre : les 
Oiseaux et les fleurs des quatre saisons, dessinés 
par Takéoka, une merveille de douce harmonie et 
de clair coloriage, qui n'a guère pour les fonds que 
le gris d'un ton de glaise. Des oiseaux grimpant le 
long des flancs de roseaux, des oiseaux volant au 
milieu de la déchiqueture de grands pavots, des 
oiseaux becquetant des grenades entr'ouvertes, des 
oiseaux blottis dans des rameaux couverts de neige, 
des cailles grises entrevues à travers les fleurettes 
deà champs, des cigognes blanches à demi cachées 
par les ,iris violets, des canaris jaunes sur des ra- 
meaux feuilles de boutons de magnolias blancs li- 
sérés de rose : c'est toute une suite de tableaux où 
se groupent dans des arrangements d'un goût exquis, 
d'une originalité singulière, la plante et l'oiseau. 
Dans ce recueil, il est une planche qui représente 
deux mésanges, posées sur une tige de bambou 
desséché, et se détachant de dessus l'orbe pâle de la 
lune dans un ciel crépusculaire : une image d'un 
effet à la fois réel et poétique auquel n'est jamais 
arrivée une composition ornementale de l'Occident. 
Ces fleurs et ces oiseaux sont peints, tout pénétrés 
de lumière, sans que leur éclat, leur vivacité, leur 






116 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

ensoleillement, soient atténués par l'ombre des demi- 
teintes, et \& dessin très savant, très technique, très 
botaniste, tout en serrant de tout près la nature, a 
dans le contour une grandeur et des ressentiments 
pareils à ceux que nos grands maîtres ont cherchés 
dans leurs dessins, et surtout dans une suite de des- 
sins héraldiques d'Albert Diirer vendus autrefois 
par « l'Alliance des Arts » . Oui, il est incontestable que 
les Japonais, et les Japonais seuls, ont, dans l'inter- 
prétation de la fleur et de son feuillage, un style, — 
le style qui n'existe chez nous que pour la repré- 
sentation du corps humain. 

De petits albums à l'usage des fabricants, et de la 
grandeur de nos carnets de poche, contiennent de 
charmants modèles de toutes les industries d'art. Un 
album de brodeur, derrière sa première planche 
remplie par une brodeuse devant son métier, étale 
une série d'échantillons d'étofTes brodées, ^d'armoi- 
ries de princes, d'œils de queue de paon, de sil- 
houettes noires de chauves-souris, de simples flots 
de la mer, et de cocottes pareilles à celles que nos 
petites ûUes d'Europe font dans un carré de papier. 
Un autre donne des patrons de robe, et, entre 
autres, une robe qui est comme un léger bou- 
quet et une fusée d'herbettes et de fleurettes de 
graminées. A ces albums, comme contraste, il faut 
o^)poser les albums consacrés à l'habillement et à 
l'armure des guerriers, et qui vous représentent ses 
différents casques, ses cuirasses, son carquois et ses 
flèches, ses hakama (pantalons en forme de jupes), 



KSCALIER. 217 

ses sandales de bois appelées ghetta, ses selles, le 
harnachement de son cheval, enfin Téquipement 
pédestre et équestre du samourai; — albums se 
terminant souvent par des batailles, moitié sur terre, 
moitié dans l'eau, qui, par la furie des éléments 
déchaînés par le peintre, par la colère donnée au 
paysage, dont les feuilles se dressent comme des lan- 
gues de flammes, par le surhumain des coups qu'on 
se porte, par l'exagération des blessures et du sang 
répandu, par une espèce de terrible fantasmagorie, 
ne semblent plus des batailles entre des hommes. 

Ces batailles semblent se donner au son de ce 
chant d'extermination, composé par l'empereur Zîn- 
mou, dont un frère venait d'être tué par une flèche : 

« Je suis attristé par la mort de mon général 
auquel je pense toujours : l'ennemi doit être haché 
en pièces, comme des oignons, avec ses femmes et 
ses enfants, au pied des palissades. Cela suffira et 
mettra fin à la guerre. 

« Je suis attristé par la iqort de mon général 
auquel je pense sans cesse : ma colère est pénétrante 
comme le goût du gingembre. C'est en les extermi- 
nant tous qu'il faut mettre fin à la guerre. » 

Des albums sont consacrés aux objets de laque, et 
nous y relevons une série de ravissants peignes de 
luxe. D'autres albums apportent au travail du fer 
des modèles d'une imagination merveilleusement 
créatrice^ et nous font passer, sous les yeux, des 
couvercles de boîtes, des gardes de sabre, des man- 
ches de couteaux qui sont de la vraie bijouterie. 
t. 19 



as I^A MAISON D'UN ARTISTE. 

].es albums qu'on pourrait appeler « Éléments de 
dessin » rie peuvent se compter. Je citerai, parmi ces 
albums, un petit cahier très curieux, dessiné d'après 
ce principe qui avait fait sculpter les joujoux exposés 
àla dernière exposition, et qui composaient une série 
d'animaux à l'état de premier dégrossissement d'one 
sculpture, et d'ébauche rudimentaire de la forme. 
L'album contient un méli-mélo d'hommes, d'ani- 
maux, cherchés dans le dessin extérieur, dans le 
contour spirituel, bizarre, caractéristique, excessif, 
de l'être représenté, avec un dedans rempli par une 
teinte plate. Gela donne des silhouettes très origi- 
nales, et où l'œil n'est distrait par aucun détail 
secondaire. C'est, en plein jour, des choses à peu prèé 
dessinées comme des figurations d'ombres portées 
par une lumière sur un mur. Il existe ainsi des dra- 
pements de femmes dégingandées, contournés d'an 
gros trait écrasé d'un effet saisissant ; et une plan- 
chj de cigognes, — de vrais triangles volant dans 
l'air, — est tout simplement étonnante. 

Mais vraiment l'on ne peut parler de croquis 
d'art, sans ouvrir une parenthèse en faveur d'O-kou- 
saï (1) et de ses quatorze petits cahiers classiques, 

(1) D'après une curieuse note de Bergerat, sur des indications 
fournies par Nanishima, un des Japonais venus en France, Taiï- 
Dâe de rexpoaition, Oksai, 0-kou-sal, Fokkusàl, dont le Trai 
nom serait Hottéyimon-Miuraya, serait né à Yedo au milieu 
du XTin* siècle, aurait travaillé dans Tatelier de Shiun-Sui-Katsu* 
K$va,. pitis chez Shiun-Shivo, et aurait débuté par une suite des 
jardins de Yedo. Baptisé par son maître du pseudonyme de 
hitm-Bô, il aurait, ce qui n'est pas invraisemblable pour un 
aponata^i^néi ^& f 164 à 1798, de cinq noms différents, fl*aboa*d 






Cet homme a le génie du dessin de premier jet, le 
talent unique d'enfermer, dans une ligne tracée en 
i.'ourant, la vie d'un mouvement humain ou animal, 
la physionomie d'une chose inanimée. Figurez- vous, 
au milieu de toutes ces images gardant un rien du 
hiératisme chinois, des dessins empreints à la fois 
de la modernité d'un Gavarni et d'un Decamps, et 
qui cependant n'ont rien d'occidental, mais sont le 
triomphe du d'ap}-ès nature oriental. Ce sont des 
centaines de croquetons, où pêle-mêle, et au gré 
du motif tombé sous les yeux du dessinateur, défi- 
lent des hommes, des femmes, des quadrupèdes, 
des oiseaux, des poissons, des reptiles, des paysages, 
des objets bizarres et imprévus, comme la coupe in- 
térieure d'un pistolet, et jusqu'à un pétale de fleur, 
un caillou, un brin d'herbe. En ces pages qui ne 
finissent jamais, 0-kou-saï montre, grands comme 

SAri, puis Salto, puis Tameithi, puis Oakino-Bojin, endii Katsa- 
Chika-Fokkusal, le nom sous lequel il est resté célèbre, et qui 
veut dire liaison du Nord, par allusion à une maisoa très recu- 
lée et très lointaine, qu'il habitait au nord de la vill«. 

Son œuTre est très considérable : iadépend animent de ses 
quatorze petits cahiers d'études et de ses trois albums de Fusi- 
yama, il a été surtout un illusli-aleur de romans, et principa- 
lement des romans de Kiokutei, le i-omancier en vogue du Japon, 
et aujourd'b.ui les Japonais payent des prix énormes les anciens 
tirages de ses planches. Lors du séjour de M, Philippe Sichel au 
Japon, un exemplaire des quatorze cahiers d'études d'0-kou-sat, 
avec annotations et croquetons du peintre, jetés dans les blancs 
de l'album, était en vente au prix de mille dollars à Osaka. Il 
est mort dans un âge très avancé, puisque la publication du 
Pusi-yamn est de 1S30. Il ; a une légende à Kîoto, lui prêtant 
la collaboration d'une Slle belle et intelligente, qui ne voulut 
jamais se marier, se dévouant tout entière à son vieux pbre, 
d'huineur, par parenthèse, assez fantasque. 



t20 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

le pouce, ses compatriotes, dans les poses, la tenue, 
les habitudes de leurs corps, et aussi bien dans l'ac- 
tion de leurs muscles parmi les durs travaux des mi- 
nes, que dans la détente heureuse de leurs membres 
en la fumerie des pipettes. Avec le dessinateur, nous 
voyons les Japonais galopant sur de petits chevaux 
ébouriffés, plongeant sous Teau à la recherche des 
coquillages, se disloquant dans des tours de force 
ou d'adresse impossibles, et encore des Japonais 
sommeillant, s'éventant, lisant, jouant aux dames, 
se promenant, contemplant un pot de fleurs, faisant 
'kow-tow, la révérence où l'on touche la terre du 
front. Partout sur les feuilles qui se succèdent, foi- 
sonne une humanité d'homuncules aux contours 
cahotés et ressautants, et dont la myologie est légè- 
rement écrite sur la nudité. 11 y a une série de 
planches de lutteurs et de bâtonnistes, où les ramas- 
sements, les retraites, les développements, les allon- 
gements des bras et des jambes forment une suite 
d'infiniment petites académies d'une science d'ana- 
tomie extraordinaire. Enfin, sous le crayon d'O-kou- 
saï, revit, saisie sur le vif, toute la mimique corpo- 
relle de ce peuple si expansif, si démonstratif. Et le 
tortillage de la femme dans son éternel accroupis- 
sement h terre le rend-il d'une manière assez diver- 
tissante 1 Dans la figuration rigoureuse, dans la copie 
fidèle de ses hommes et de ses femmes, 0-kou- 
saï apporte un grossissement comique qui n'est 
pas, à proprement parler, caricatural, mais plutôt 
humoristique. L'artiste, si l'on peut dire, a la réalité 



ESCALIER. 221 

ironique. Quelquefois môme cette réalité, tout en 
restant humaine, prend chez Tartiste un caractère 
fantastique dans des vieillards raccornis et poilus 
qui ont l'air de satyres octogénaires, dans des 
femmes, sur les épaules desquelles il met la tête 
inanimée et cabossée des poupées de là-bas, et sur- 
tout dans des phtisiques, que le squelette trans- 
perce çà et là, et rend macabres. 

Du reste, 0-kou-saï est attiré par le fantastique, et 
y va quelquefois résolument. On rencontre parfois, 
dans son Œuvre, une /emme-reyenan^, une larve dres- 
sée dans le ciel, comme une longue chenille recour- 
bée, et qu'enveloppe une tignasse de pendu. Et je 
ne sais guère d'apparition plus terrible que ce crâne 
chevelu, dans la tête de mort duquel regarde un 
seul œil vivant, grand ouvert. 

Tournez la* page, après l'image effrayante, ce sera 
peut-être une plaisanterie scatologique : une lucarne 
de privé que dépasse la tête d'un samourai plongeant 
entre les manches de ses deux sabres, tandis qu'au 
dehors les nez se bouchent jusqu'à la cantonade. 
Et toujours ainsi, l'imagination se çiêlant à la réalité, 
une image inattendue mène à une autre. On passe 
de répure d'un dévidoir à cocons de vers à soie à la 
fantaisie de deux porteurs, dont les nez font le bâton 
auquel est suspendu le fardeau branlant ; du tour 
d'un jongleur rendant le contenu d'une tasse dans 
une envolée de papillons qui lui sort de la bpuche, 
à l'action d'une jeune fille qui, en se tordant de rire, 
éteint une chandelle avec un pet ; de la méditation 

19. 




tn LA MAISON D'UN ARTISTE. 

d un lapin dans un clapier , à un bain de famille 
où un Japonais fait sa barbe, à côté de jeunes 
femmes vêtues seulement de leurs épingles à che- 
veux, au milieu de petits enfants jouant avec des 
tortues. 

Mais où 0-kou-saï est vraiment inimitable, c'est 
dans le crayonnage de Toiseau, de Tinsecte, du pois- 
son, du reptile. C'est là incontestablement la vraie 
et la grande spécialité des Japonais, et voici, dans 
un album d'inconnu jeté sur la table, une crevette 
dessinée avec la grandeur d'un dessin de Michel- 
Ange. Mais nul n'a rendu aussi bien que 0-kou-saï, 
le galbe, l'aspect, la tache de ces animaux dans le 
paysage, nul n'a surpris comme lui le rampement, 
la nage, le vol, et surtout l'immobilité frémissante 
et animée de l'animalité vêtue d'écaillés ou de plu- 
mes, des habitants de l'eau ou de l'air. 

Et toutes les habiles figurations de l'artiste sont 
plaisantes à l'œil par la coloration particulière de 
leurs impressions. Comme fusinées, elles se jouent 
dans trois teintes : le gris du papier de Chine pour 
le fond, une teinte bleutée pour les vêtements, les 
pelages ; une teinte rosée pour les carnations, les 
fleurs, etc. Et le dessin et les couleurs semblent 
bues par la soie du papier. 

L'œuvre de réalité humoristique de 0-kou-saï 
nous mène aux albums absolument caricaturaux, en 
général de date assez récente. La caricature au 
Japon, chez ce peuple moqueur, a une verve, un 
entrain, une fu7na indicibles ; il semble qu'elle soit le 



BSCALIER Î23 

produit de la fièvre d'une cervelle et d'une main, et 
parfois son étrangeté lui donne l'aspect d'une hallu- 
cination de fou. Elle est copieuse, exubérante, et les 
imaginations cocasses, et les bonshommes drolati- 
ques de toutes les couleurs jaillissent sur la page 
blanche de l'album à la façon de la poussée violente 
et de l'éparpillement multicolore, dans le ciel, d'un 
bouquet d'artifice. Le caricaturiste n'économise pas 
son comique, il couvre, il surcharge la feuille d'in- 
nombrables compositions, et le papier jusqu'en ses 
recoins grouille, fourmille de gens contorsionnés, 
de bousculades réjouissantes, de chutes montrant à 
cru des derrières à des idoles, qui s'indignent sous 
leur patine verte, de maux de cœur tournés au mal 
de mer, d'inénarrables natations de femmes obèses 
et ventripotentes. C'est tumultueux, diffus, enche- 
vêtré, avec quelque chose du trouble remuant des 
morceaux de papier colorié d'un kaléidoscope qu'on 
secouerait. Ici, des enfants peignent en vermillon le 
ventre de Silène d'un dormeur ; là, un vieux vétéri- 
naire examine de tout près l'anus d'un cheval qui 
pétarade ; plus loin, un borgne court après son œil 
emporté au bout d'un fil par une grosse mouche. Il 
s'y trouve, dans ces croquis, tous les contrastes amu- 
sants des g7'as et maigres, toutes les déformations 
d'un visage vu en long et en large dans une cuiller, 
tous les galbes de crânes d'imbéciles, et de cet im- 
bécile particulier au Japon, qui a le type d'un Jo- 
crisse kalmouck, enfin tous les ingénieux emprunts 
faits par notre Granville pour la construction de son 



.^ 



Î24 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

humanité. Notons en passant que, chez les Japonais, 
la pieuvre devient la maquette d'après laquelle le 
caricaturiste façonne toute une série d'étranges têtes, 
aux protifbérances, aux nodosités d'une calebasse, 
au profil creusé comme un quartier de lune. On y 
voit encore des femmes, emprisonnées dans leur 
parapluie fermé, qu'elles ne peuvent rouvrir, — le 
parapluie en papier jaune huilé couvert de grands 
caractères noirs joue un rôle important au Japon, — 
des goinfreries bestiales d'hommes aux longs che- 
veux rouges, des sortes d'Aïnos, autour de platées 
de nourritures gigantesques, des promenades ridicu- 
les de samourais dans la silhouette farouche de leur 
arsenal militaire en marche, des ascensions plaisan- 
tes de montagnes saintes par des pèlerins qui ont 
l'air de ^arves blanches sur un champignon pourri, 
et au milieu du délire général de Tillustration, des 
Bouddha, sortant de leur immobilité de bronze,pour 
faire la grimace et demander à boire. 

Et toujours dans la grosse charge, par-ci par-là, 
un détail délicat : la jupe d'une femme renversée, 
les jambes en l'air, figurera la volute d'une coquille ; 
l'hébétement d'un ivrogne de saki tiendra, du bout 
des doigts d'une main, l'orteil de sa jambe allongée 
par un de ses serpentins mouvements d'un maître 
de notre xvi^ siècle. Nous trouverons même, parmi 
ces planches pour rire, la fine et distinguée obser- 
vation du peintre de mœurs qui, sans l'outrance de 
la caricature, fait risibles de simples mouvements 
de l'âme : la colère de celui-ci, l'admiration r.mou- 



reuse de celui-là; fait risibles le vautrement conges- 
tionné de ce savant sur un rouleau d'écriture, la 
pipette de travers dans la bouche, et encore la joie 
dansante et disloquée du populaire, et les gr&ces de 
la Japonaise disgracieuse. 

Les étrangers, les Hollandais, les Anglais, se trou- 
vent volontiers sous le pinceau du caricaturiste japo- 
nais. Et voici une caricature très réussie de l'Occi- 
dent par l'Orient. Un officier de marine anglais, 
l'air un peu nigaudinos, et qui se tient les cotes de 
bonheur, est embrassé par une pudibonde lady, 
coiffée d'un chapeau bibi; — et devant l'amour bête 
de ces deux personnages farces, les êtres fantastiques 
peuplant la terre, le ciel et l'eau de l'Empire du 
Lever du Soleil se livrent à une formidable gaieté. 

Bien souvent, en leffet, dans l'Exti-ème-Orient, le 
fantastique se mâle k la caricature, aiusi que nous 
l'avons vu dans l'œuvre de 0-kou-saî. 11 n'a pas 
d'albums spéciaux, et se déverse un peu sur toutes 
les pages, mettant à côté du rire son surnaturel, sa 
terreur. C'est à droite et à gauche qu'il place ses 
effrayants vieillards, balayés de chevelures blanches, 
au visage rouge ; ces daîmio mystérieux, tenant entre 
leurs mains une tète de femme coupée, ressemblant 
à ces petites tètes de suppliciés en terre cuite, 
peintes en vert, une grosse larme sous l'œil droit, et 
qui pendent aux franges du manteau di: 
punisseur des crimes dans l'enfer bouddhîi 
personnages à têtes d'oiseaux groupés dans d 
ches, ainsi qu'en un arbre de Jessé d'un i 



«6 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

fée ; ces gros hommes aux lobes d'oreille leur 
balayant le ventre ; ces femmes poursuivies par des 
jambes sans corps, et ces luttes de lutteurs sans 
têtes. 

Ici, dans l'obscurité d'une chambre à demi éclairée 
par une lauterne, la fumée d'une pipe se transforme 
en un immense serpent se tordant au-dessus de la 
tête du fumeur épouvanté. Là, dans le noir de la 
nuit, est tendue à travers la campagne une toile qui 
tient le ciel, et oti est blottie une formidable arai- 
gnée-crabe dont les pinces sont partout. Les mons- 
tres enfantés et aimés par l'imagination nationale 
entrent bientôt en scène. Dans cette planche, où un 
guerrier galope parmi les flots obscurs, apparaît la 
légendaire tortue à la tête de chien, à la queue d'al- 
gues flottantes, à l'antique carapace, oii se sont for- 
més des rochers, o"^ poussent des arbres. Dans cette 
autre planche, sort, des profondeurs des Océans, 
le dragon des typhons, dont la présence perturba- 
trice de l'atmosphère soulève la mer dans le ciel, 
et fait courir, autour du bateau en détresse, des 
vagues qui ont comme des griffes, des doigts cro- 
chus à leurs crêtes. 

Souvent aussi à ces apparitions d'une animalité 
de rêve et de cauchemar, l'Orient associe la vision 
d'épouvante de l'Occident : le squelette, — qu'en 
leur qualité de coloristes, les Japonais aiment à colo- 
rier en lilas tendre. Et trouvez, dans notre fantas- 
tique à nous, une composition supérieure à celle-ci? 
Par une de ces nuits, oti un nuage sinistre est jeté 



ESCALIER. 227 

avec un art si admirable sur ure lune livide, un 
samouraï, les mains sur les gardes de ses deux 
sabres, regarde, dans le ciel noir, une bataille de 
squelettes menés par une Mort, chevauchant une 
carcasse de cheval,, et brandissant au-dessus de son 
crâne, aux orbites vides, un long fauchard. 

Un fantastique moins terrifiant, plus autochtone, 
presque entièrement personnel aux Japonais, et qui 
revient Cans tous les albums : c'est l'allongement 
des nez qui deviennent des trapèzes autour desquels 
des équilibristes font de la voltige, l'allongement 
des jambes qui semblent avoir les rallonges de 
grandes échasses, — et en première ligne l'allonge- 
ment de cous qui prennent le serpentement et la 
ténuité d'un ver de terre interminable. Longtemps 
j'ai pris ces allongements bizarres pour des visions 
de l'ivresse du hachisch» mais aujourd'hui après 
l'étude de « la Science politique », il faut abandon- 
ner cette interprétation de ces fantaisies physiologi- 
ques. 11 s'agit de la figuration d'une superstition 
japonaise partagée par quelques tribus indigènes 
des îles Philippines. C'est le rok-ri-koubi (la tète à 
six lieues) ou la croyance que lorsque le corps est 
complètement endormi, le cou s'allonge, devient 
mince comme un fil, flexible comme un roseau. Et la 
tète de l'endormi peut ainsi s'éloigner à des distances 
inânies, et assister à des choses absconses et secrë- 
tes, qu'il n'est pas donné de voir à l'homme éveillé. 

Une étude des albums japonais serait incomplète 
si Ton n'accordait pas un mot aux albums erotiques. 



j 



LA MAISON D*UN ARTISTE. 

L*Orîent n*a pas notre pudear, ou du moins il a une 
pudeur autre, ainsi que je Tai indiqué à propos du 
théâtre. Le Japon est le pays où un homme tirant 
des quatre compartiments d'une boîte, du sable 
rouge, bleu, blanc et noir, ainsi qu'un paysan 
ensemençant son champ, sème sur le parquet, à 
Iqi volée d'une main artiste, des dessins obscènes, 
qui mettent en joie un public d'honnêtes femmes et 
de jeunes filles. Donc ces sortes d'albums sont nom- 
breux, très nombreux. Mais avant tout, il faut le 
déclarer, ces images n'ont rien de la polissonnerie 
froide de l'Occident et même de la Chine. Ce sont 
d'énormes gaietés, et comme le portefeuille d'un 
dieu des Jardins oti llndécence des choses est sauvée 
par une naïveté de temps primitifs, et, le dirai-je?par 
le michelangelesque du dessin. Il se révèle en ces 
impressions un amour physique, qui, dans les con- 
tractions des orteils des hommes, dans les pâmoi- 
sons des femmes, a quelque chose de l'épilepsie, et 
apporte au dessinateur une tourmente de lignes 
superbes. Ces albums représentent en général des 
Maisons de thé^ où, derrière le repliage de quelques 
pages figurant l'habitation au grand toit noir, aux 
boiseries laquées de rouge, au jardin rose, se dissi* 
mulent les scènes amoureuses. 

Mais entrons dans une de ces maisons, à l'aide 
d'une chanson populaire (1) : 

(1) Anthologie japonaise, par Léon de Rosny. Maisonneave 
et C»e, éditeurs, 187i. 



ESCALIER. 229 

« Voyez donc sur cette fleur ces deux jolis papil* 
Ions. Pourquoi voltigent-ils ainsi sans se séparer? 

— C*est sans doute parce que le temps est beau 
et qu'ils se sont enivrés du parfum des fleurs. 

— Nous aussi, allons, comme ces papillons,visiter 
les fleurs. 

— Avez-vous étudié la science des fleurs? 

— Je Tai étudiée sous la direction d'un excellent 
maître de Yosiwara. 

— Cette étude coûte-t-elle beaucoup d'argent ? 
— DeVouverture de l'établissement jusqu'à l'aube 

du jour, on donne de trois à quatre taels. 

— Voilà la grande porte 

— Ne connaissez-vous aucun professeur ? 

— Je connais le professeur Komourasaki (Pour- 
pre foncée). ^ 

— Veuillez attendre un peu, le professeur Ousou- 
goumo (Nuages légers) va venir. 

— Le professeur se fait attendre bien longtemps; 
je ne comprends absolument pas pourquoi ? 

— Les professeurs de Yosiwara perdent beaucoup 
de temps à cause des complications de leur toilette. 
D'abord ils aiment à employer pour l'arrangement 
de leur coiffure la pommade de Simomoura et les 
cordonnets de Tsyôzi. Il en est qui adoptent la 
mode de Katsouyama, d'autres préfèrent celle de 
Simada. Ils ne s'aperçoivent pas que leur peigne 
d'écaillé, et leurs aiguilles de tête en corail, pour 
lesquels ils dépensent mille livres, augmentent leurs 

I 10 




LA MAISON D'UN ARTISTE. 

dettes. Poudre de riz pour le visage, poudre de ris 
pour le cou, fard pour les lèvres, et jusqu'à du noir 
potir les dentSf il n'y a rien chez eux qui ne décèle 
la prodigalité. 

Un instant après le professeur se présente. En 
vérité, il est très joli, distingué, aimable. A ses sour- 
cils se dessine la brume des montagnes lointaines ; 
à ses yeux s'attachent les frémissements des vagues 
d'automne ; son profil est élevé, sa bouche petite, 
la blancheur de ses dents fait honte à la neige du 
Fouzi-yama ; les charmes de son corps rappellent 
e saule des champs durant l'été. Son vêtement de 
dessus est orné de dragons volants brodés en fils 
d'or sur du velours noir. Elle porte une ceinture en 
brocart d*or ;eQ un mot^ sa toilette est irréprochable. 

— Je suis venjj m'entretenir avec vous à Teffét 
d'entreprendre l'étude des fleurs. 

— Mais avez-vous bien réfléchi combien est fati- 
gante cette étude ? 



Veuillez venir dans ma chambre. 



La description de ces chambres étant connue de 
tout le monde, û est inutile d'en parler en détail. 
Sur l'estrade disposée pour recevoir six nattes, on a 
suspendu trois stores du peintre Hôïtsou, représen- 
tant des fleurs et des oiseaux. On y a rangé le jeu 
de sougorokou (tric-trac)^le jeu de go (jeu de dames 
très compliqué), des ustensiles pour faire chauffer le 
thé, une harpe, une guitare. À côté, dans une 



ESCALIKR. m 

bibliothèque, on trouve depuis la célèbre histoii-e 
des GbeQzi de Mourasaki Sibikou jusqu'aux romans 
de Tamenaga Siounsoui. 

Or donc, lorsque le professeur se présente pour la 
seconde fois, il est habillé de ses vêtements de lit, 
comprenant une casaque de crêpe rouge, surmontée 
d'une robe de nuit de satin violet ornée de pivoines 
et de lions brodés avec des fils d'or. Il laisse tomber 
en arrière ses noirs cheveux capables d'enchainer 
le coenr de mille hommes, et permet d'apercevoir un 
corps dont la blancheur mortiQerait la neige elle- 
même. Sa figure, au sourire de prunier, est semblable' 
aux Seurs de poirier, émaillées de gouttes de pluie. 

« La fleur est faible ; de grâce, arrosez-la sou- 
Yent. 



Ici commence la libre interprétation populaire de • 
rÉioDB DES FLEURS A YosiwARA, par Ics albums. 

Les images sont en couleur, mais le plus souvent 
elles sont précédées d'un texte entremêlé de petits 
dessins imprimés en noir, et ces petits dessins sont 
toujours supérieurs aux grands. Il y a là des copula- 
tions dont les raccourcis sont dignes d'un Jules Ro- 
main, et à côté de cela des imaginations spirituelles 
d'une fantaisie charmante. C'est ainsi qu'un de ces 
croquis montre le rêve d'une femme, dont le som- 
meil agité a rejeté loin d'elle ses couvertures, et qui 
Toitune farandole de phallus, habillés à la japonaise, 
dansant et agitant de grands éventails. Cette danse 



LA. UAISOH D'UN ARTISTE, 

Ilus s'éventant est, certes, une des composi- 
îs plus excentriques sorties de la cervelle et 
yoD d'un artiste en une heure de caprice 
i. Ce petit album, que n'a pas signé l'artiste, 
le U memigouça ou Révë amouredx. 
}inbre, l'abondance, la prodigalité de l'image, 
)n, dépasse tout ce qu'on peut imaginer. Ce 
as une feuille, c'est presque toujours trois 
qui donnent la représentation d'une scène 
nque. 11 existe un passage de gué par une 
de daimio, escortée dans l'eau de ses neuf 
d'honneur portées sur de petits planchers, 
développent sur six feuilles. Le voyage d'un 
de plaisance sur une rivière en compte 
Un catalogue de la chalcographie japonaise, je 
pas ce qu'il contiendrait de volumes, tant 
ants et les femmes des maisons de thé font 
nsommation effrayante de ces livres illustrés 
coûtent rien, et en ce pays, où la passion de 
! est telle, qu'au dire de M. Humberl, une 
le d'absinthe ou de chartreuse décorée d'une 
tiquette, se vend le double, 
orieox n'est-il pas que nous en sachions si 
r ces impressions (i}?ll y a quelques années, 
e qu'on savait d'elles, c'est qu'elles étaient 



j à tro s atag ^u'elU 



ESCALIËR^ 233 

imprimées avec des bois, à peu près comme le sont 
nos grossières indiennes, mais sans posséder aucun 
détail de la fabrication. Aujourd'hui, des conversa- 
tions de Félix Régamey, des observations de Brac- 
quemond, il résulte que l'impression se fait de la 
manière la plus primitive^ et, — on ne s'en douterait 
guère, — sans Taide d'une presse. L'imprimeur a 
un disque de bois, une feuille de bambou au dessous 
rugueux et côtelé ; il replie sa feuille sur son rond 
de bois, la noue en haut avec un de ces inimitables 
nœuds qu'on trouve sur certaines boîtes de laque et 
qui lui sert de poignée. Cela fait, il prend une plan- 
che de bois entaillée des deux côtés, et dont le re- 
pérage est fait au moyen de quatre petites encoches; 
il encre le recto d'une couleur, place sa feuille des- 
sus, et frotte sur les aplats, de la couleur à l'eau avec 
son rond de bois enveloppé delà feuille de bambou, 
absolument comme d'un froton. Alors il nettoie son 
verso, encre le recto, — une planche fournissant deux 
impressions, -^ puis il passe à la seconde planche, et 
à une autre. C'est au fond absolument le procéda 
avec lequel, au moyen d'un brunissoir, nos graveurs 
sur bois tirent l'épreuve d'un fumé. Mais l'admirable, 
c'est le nombre d'impressions que par un procédé si 
élémentaire, subit le papier. J'ai compté dans une 
planche etquin'estpasdes plus compliquées : 3 verts, 
2 gris, 1 noir, 2 roses, 1 brun rouge, 1 jaune, 3 bleus, 
en tout 12 tons, et cela sans les planches pour l'or, 
pour les divers métaux, pour le gaufrage. Et ces im- 
pressions si chères à obtenir en Europe, en chromo- 

20. 




t34 LA MAISON D*UN ARTISTB. 

lithographie, reviennent à quelques ttchibou, par la 
simplicité de Tinstallation et de ToutiUage, et par 
Tassociation au travail de rimprimeur du travail de 
la femme, des enfants, de toute la maisonnée. 

Elles ont, ces impressions obtenues si facilement, 
une fleur de couleur, une égalité de teintes, une per- 
fection de dégradations qui témoignent d'une habi- 
leté de main désespérante pour nos ouvriers. Et le 
goût de ces albums, et toutes les jolies additions et 
inventions autour de la composition principale, et 
toute la menue ornementation du papier. Des pa- 
piers jouent le basin, et le plumage des oiseaux y 
est rendu par un gaufrage dans le sens des plumes, 
un gaufrage qui n'a rien de l'ignoble gaufrage euro- 
péen. Il y a des papiers, où les personnages se déta- 
chent sur des fonds striés en creux au milieu d'une 
pluie de petites macules jaunes et violettes, — une 
idée bien certainement empruntée par les Japonais 
à la contemplation de leurs grandes clématites blan- 
ches. Dans quelques-uns de ces albums, en haut de 
la page, un kakémono, à moitié déroulé, laisse voir 
un motif orné, un rien décoratif : un insecte posé 
sur un livre, une brindille fleurie qui pourrait faire 
un signet, et presque toujours la dernière page donne 
à voir Tessuyement riant des pinceaux de l'aquarel- 
liste, qui est comme l'exposition, pour le regardeur, 
de sa tendre palette. Et ces impressions, dont nous 
n'avons en général que des épreuves très ordinaires, 
il faut les avoir comme il en est venu quelques-unes, 
il y a une dizaine d'années, à la Porte Chinoise, des 



BSCALIER. J3û 

épreuves d'artistes, où la fraîcheur du coloris sur le 
fort, l'épais, le blanc papier, est comme fondue dans 
une moelle de sureau, une bulbe de camélia. 

Encore je n'ai parlé ici que des albums des trente 
dernières années, mais si l'on remonte à des albums 
plus anciens, à des Ibums du siècle dernier, nous 
nous trouvons en présence de gravures coloriées, qui 
mériteraient une place dans les cabinets d'estampes 
de nos collections publiques. Là, ce qu'on peut re- 
procher à l'imagerie modc'ne japonaise, le voyant 
un peii brutal, n'existe absolument pas. C'est, dans 
le coloriage, un assoupissement du ton, un passé de 
la nuance, une barmonie délicieusement discrète. On 
dirait vraiment que l'art japonais de ce temps a pris 
ces couleurs aux émaux des porcelaines de la famille 
verte et qu'il a cherché la gamme de ses compositions 
dans l'accord d'un jaune œillet d'Inde, d'un vert 
éteint, d'un violet de manganèse, — des compositions 
presquetoujours détachées d'un fond doucementrosé. 

Dans ces impressions la femme développe une 
élégance qu'elle n'aura bientôt plus; son dessin 
profile les longueurs et les élancements des grandes 
époques du dessin occidental. Et même, une remar- 
que qui n'est pas sans valeur, le type féminin y est 
presque différent, et comme fabriqué d'une pâte plus 
raffinée, plus aristocratique. La femme japonaise, 
les anciens albums la représentent le front remar- 
quablement bombé, les sourcils semblables à un 
trait de pinceau, l'ouverture de l'œil tout étroite et 
extrêmement fendue avec une prunelle coulée dans 



236 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

un coin sous la mince paupière, un petit nez courbe 
d'une très grande finesse, une bouche toujours 
entr'ouverte dans le dessin du peintre, comme une 
bouche d'enfant, et Tovale longy long, long, mais 
parfdtement régulier. On la voit ainsi sous des che- 
veux très noirs et bouffants, d*où s'échappe une petite 
mèche tortillarde serpentant le long de sa tempe, 
avec un visage pâle où l'entour seul des yeux est 
fardé, et une physionomie ingénument étonnée. 
A des yeux européens, cette femme doit paraître 
peu régulièrement belle, et cependant en elle est un 
beau, fait d'une construction mignonne de traits aux 
fines arêtes, et en quelque sorte, de la délicatesse 
aiguë d'une longue statuette de porcelaine. Et je re- 
trouve comme vulgarisé dans ce type de la femme 
des anciens albums, le type de la femme de Kioto, 
dont la beauté est proverbiale au Japon, et telle que 
nous la peint M. Bousquet, avec son nez aquilin, ses 
yeux bien fendus, son ovale maigre. 

Quelquefois on rencontre des impressions ex- 
ceptionnelles, ne venant pas d'ordinaire assem- 
blées en albums, mais dont on trouve par hasard 
une ou deux collées au verso d'une couverture (1). 
Ces impressions, en général d'un format restreint, 
sont tirées sur un papier de choix, qui est l'idéal du 

(1) M. Sato (lisait à Burty que ces impressions étaient pour 
la plupart des feuilles détachées de Livres cTamis. Une société, 
dans ses réunions, tout en prenant le thé, s'amusait à compo- 
ser des vers, à laver des dessins, et, au bout de Tannée, vers et 
dessins étaient donnés à un graveur en couleur, qui en tirait un 
nombre d'exemplaires limité au¥ membres de la so<)iété. 



ESCALIER. 237 

papier par son glacé soyeux et sa blancheur cré- 
meuse. Sur ce papier, où les légendes et les inscrip- 
tions prennent une netteté à prendre en pitié tous les 
imprimés de TOccident, et où les rubriques sont du 
plus adorable carmin, les linéaments des figures, 
tracés d'une manière presque imperceptible, les don- 
nent à voir dans une espèce d'effacement vaporeux, 
au milieu d'accessoires accusés, pour ainsi dire seu- 
lement, par Tombre du creux de l'impression, et 
apparaissant comme des objets de pure lumière, où 
court ici un mince filet d'azur, où boutonne là le 
rose d'une fleur non encore ouverte. 

Dans ces impressions, un gaufrage précieux sou- 
lève le relief des choses, des fleurs d'une robe, des 
sculptures d'une boîte de laque rouge, et l'or, l'ar- 
gent et môme les autres métaux introduits avec une 
économie exquise sur les saillies et les petits renfle- 
ments du papier, vous amusent du trompe-l'œil pres- 
que matériel des ferrurres d'argent d'un cabinet, du 
bronze vert d'un chibatchiy du disque de fer poli d'un 
miroir. Un grand nombre de ces impressions ne sont 
que de surprenantes figurations d'objets de la vie 
intime et familière. Une feuille représente un sabre 
appuyé contre un cofi'ret à armure, une autre une 
tasse de fer damasquinée en or avec trois pétales de 
fleurs , une autre tout simplement un bonnet de 
papier noir laqué de fonctionnaire. Cela est tout, et 
cette représentation d'art de si peu de chose suffit à 
l'artiste, comme suffisait à Chardin la peinture d'un 
verre d'eau à côté de deux prunes ! 



;^ 



CABINET DE TRAVAIL 



Au plafond, c'est un enroulement colère de lions 
de Corée, au milieu d'un champ de pivoines. Se dé- 
tachant du fond de velours noir, parmi d'énormes 
fleurs de toutes couleurs, les deux monstres trapus, 
les yeux injectés de sang, et semblables à une ani- 
malité fabriquée dans une rocaille barbare, se con- 
tournent dans un ramassement puissant, et foulent 
la flore éclatante, — tout tissus et hérissés d*ors de 
tons divers. Ainsi clouée en l'air, elle apparaît comme 
le noir ciel d'un pays fantastique, cette robe de théâ- 
tre du tragédien japonais, dont MM. Sichel ont rap- 
porté en France la terrible et farouche garde-robe (1), 

Le cabinet n'est que livres. Sur les quatre murs^ 
de haut en bas sont rangés des volumes, des volu- 
mes à la portée de la main, et qu'un doigt peut 
atteindre. 



(1) Les garde-robes théâtrales au Japon sont immenses et 
très coûteuses. M. Real s'est trouvé sur les lieux, quand ©n a 
vendu le matériel du prince de Tosa, acheté par le théâtre d'Os- 
saka. 11 y avait 6,000 robes et pantalons de théâtre qui furent 
vendus 4,200 piastres, 210,000 francs : ce qui mettait à 7 piastres 
des robes qui avaient coûté 100 et 150 piastres pièce. 



CABINET DE TRAYAIU M» 

Tons ces Kvres sont des livres du xvm* siècle, et je 
demande au libraire chargé de ma vente, après ma 
mort, de donner à cette réunion, ce titre, sur son 
catalogue : 

BlBLIOTEÈQUE DU XtlU* SIÈCLE. 

Livres, Manuscrits^ Autographes, Affiches, Placards. 

Ce titre seul peut donner Fidée de mon goût des 
livres. Il a fallu toujours qu'il s'y mêlât un peu de 
l'inédit épars dans le manuscrit et l'autographe. Et 
même dans l'imprimé, le morceau de papier qui 
n'était pas un livre, et dont je fabriquais un livre, 
au moins une plaquette, avait pour moi une attache 
supérieure à celle d'un bouquin vanté. Par exemple, 
le petit bulletin déposé chez les suisses des hôtels (1) 
pendant la maladie de Louis XV, dans le cartonnage 
que je lui ai fait faire, m*est plus précieux, m'est 
plus intime, m'est plus inspirateur, que quelque livre 

(1) Voici le bulletin du 7 mai : Quoique rétat du Roi n'ait em- 
piré in rien. Sa Majesté, de son propre mouvement, a demandé 
à recevoir ses sacrements, et les a reçus à sept heures. 

BULLETIN DE LA MALADIE DU ROI. 

Le redoublement de la nuit a été moins fort et moins long 
qjOB celui de la nuit précédente. Il y a eu quelques intervalles de 
bon sommeil. La suppuration étend le progrès sur tout le corps, 
tandis que les pustules du visage commencent à se dessécher. 
Les urines sont bonnes. Les vésicatoires yont bien. 

Signé : Le Mounier, Lassone, Lorry, Bordeo, 
deLassaigne, la Martinière, Andouillé, 
Boiscaillaud, Lamarque, Colon. 



• . 



téO LA MAISON D*UN ARTISTE. 

que ce soit du temps. Il en est ainsi pour Timmense 
lettre d'invitation de Grimod de la Reynière pour le 
souper du cochon, avec son grand V sur larmes d'ar- 
gent. Et il en est encore ainsi; pour la collection 
unique des placards, que le révolutionnaire Vincent 
faisait de la maison d'arrêt du Luxembourg afficher 
dans Paris, au mois de frimaire de l'an deuxième de 
la République française une et indivisible. 

Dans ces livres couvrant les murs, la théologie est 
absente. La jurisprudence manque également, sauf 
quelques procès curieux pour l'histoire des mœurs, 
répartis dans les autres divisions, et un exemplaire du 
Tribunal révolutionnaire, dont il ne manque que 
cinq ou six numéros. La philosophie n'est guère 
représentée que par un Helvetius, qui court après 
une Philosophie de M. Nicolas, philosophie qui 
court, elle, après les Confessions de M""* (de Four- 
queux). La science, avec toutes ses subdivisions, n'a 
sur mes planches qu'un seul et unique volume, le 
Traité de géométrie de Sébastien Leclerc 1764, et 
encore doit-il sa place, là, aux amours qui montent 
dans les A B C des triangles, aux rustiques paysages 
de Chedel, aux petites scènes galantes de Gochin, 
égayant le bas des théorèmes, vrai livre de science 
à la Fontenelle, et dont tous les bibliophiles vou- 
dront, quand ils s'apercevront que c'est un des vo- 
lumes les plus joliment illustrés du xviii® siècle. Et 
la bibliothèque ne commence qu'avec l'art. 

Ne voulant pas être interminable, je ne parlerai ni 
des ouvrages esthétiques et historiques de l'art frao* 



CABINET DE TRAVAIL. 241 

çais, ni de la collection des expositions et critî(|ues de 
salons, etc., etc. ; je me contenterai de donner un ex- 
trait d'un manuscrit inédit contenant le journal des 
séances de TAcadémie de peinture et de sculpture 
pendant Tannée 1748; une petite biographie des 
artistes, faite avec les plaquettes rares, les manus- 
crits, les lettres autographes qui se trouvent réunis, 
côte à côte, sur les planches de ma bibliothèque ; 
enfin un travail raisonné sur les catalogues et les 
livres relatifs à la curiosité. 

JOURNAL ABRÉGÉ DES SÉANCES DE L*AGADÉMIE 
POUR l'année MDCCXLVin (1). 

Du vendredi 5 janvier. 

Conférence ouverte par le secrétaire, qui j lit un Essai 
de la vie de Jean Jouvenet, de sa composition, et ensuite une 
Dissertation sur le vrai de la peinture par feu M. de Piles. 

M. DE Favanne, adjoint à recteur, est nommé à son rang 
pour faire les fonctions de recteur, pendant le quartier 
courant, à la place de M. Coypel, qui a prié la compagnie 
de l'en dispenser, occupé comme il Test d'ailleurs, pour 
d'autres affaires très pressantes qui l'intéressent. 

M. DE Troy, directeur de l'Académie de Rome. Lettre de 
politesse à la compagnie sur le renouvellement de l'année, 
dont est fait lecture. 

M. Danoré-Bardon adjoint à professeur, idem d'Aix-en- 
Provence. 

(1) Extrait du manuscrit intitulé ; Conférences et détails d'ad- 
ministration de l'Académie Rotale de Peinture et de Sculpture, 
rédigé et mis en ordre par M. Hulst, année MDCCXLVUL Ma- 
nuscrit dont tous les articles sont contresignés par Lépicié. 

I. 21 



^12 I.A MAISON D'UN ARTISTE. 

M. L*ABBé DB LowENDAL, associé libre, idem de son abbaye 
de la Cour-Dieu. 

JDu samedi 27 janvier. 

Rapport de la âéputa;fcion faite à M. db Tooinbhbh «q 
conséquence de la délibération du 30 décembre dernier. 

M. CoYPEL lui a dit au nom de la compagnie : « Moniteur, 
l'Académie vient votis rendre ses devoirs. Elle vous présmie 
une copie de ce qu'elle a couché sur ses registres depuis «i 
^. (Test, monsieur, une longue Uste des lÂenfaits qu^éOB a 

reçus de vùus. » 
Réponse de M. de Toobnbhbm très polie et très encoucm- 

géante. 

Ensuite, la même députation s'étant rendue cbez M. de 
Vandières, m. Coypel lui a dit : « Monsieur, ^Académie 
vient vous rendre ses devoirs et vous assurer qu'elle ne nêgli-^ 
géra rien pour mériter la bienveillance que vous avés pour 

elle* » 

A quoi M. DE Vandières a répondu d'une façon très obli- 
geante. 

Lettre écrite à TAcadémie par les officiers composant le 
corps municipal de la ville de Reims, au sujet d*une École 
académique quHs désireroient établir en ladite ville. 

Réponse ordonnée être faite à cette lettre contenant...,. 

M. Restout, adjoint à professeur, nommé pour suppléer 
IH. de Favanne, son collègue, bors d'état, par indisposition 
de satisfaire à Farrêté de rassemblée précédente. 

M. Vanloo, premier peintre du roi d'Espagne, écrit de 
Madrid une lettre de politesse sur le nouvel an. 

M* La Datte, adjoint à professeur, sculpteur dri roi de 
Sardaigne,*i(ieiw de Turin. 

Annonce qu'en l'assemblée procbaine M. le comte de 
Caylus donnera la Vie d'Antoine Watteau, 

Lu samedi 3 février. 
Conférence où le secrétaire lit la Vie d'Antoim Watteau, 



CABINET DE TRAVAIL. " 243= 

eomposée par le comte de Gaylus, à qui M. Coypel adresse 
un discours en forme de réponse. 

Décès notifié de Pierre d*Ullin, ancien professeur, arrivé 
le 28 janvier n48, âgé de soixante- diz-hoil ans. 

Le Maire, ancien huissier de rAcadëmie, étant décédé, 
Pbrronet, huissier actuel, est mis en possession des gages 
attachés à cette place, conformément à la délibération du 
27 juillet 1743. 

Bu samedi 24 février» 

IL Gotpel se fait excuser de se trouver à l^aasemblée 
pour cause d'indisposition. 

M. Jacqubs-Charlbs Oudrt, fils de If. Oudry, se présente 
sor plusieurs tableaux d'animaux, fruits et fleurs, et est 
agréé par le scrutin (tout blanc) et chargé d'aller prendre 
son sujet de réception de M. le Directeur. Et comme fils 
d'officier, il a pris séance 

Seconde lettre 4es officiM:^ de la ville de Reims plus 

diffuse et moins claire. 

M. BloTREAU, graveur et académicien, présente deux 
épreuves de la planche, par lui gravée d'après Wouvermans 
et intitulée : la Fontaine de Neptune; laquelle planche est 
approuvée et mise sous le privilège de l'Académie. 

Du samedi 2 mars. 

La capitation de 1748 ordonné être répartie et les comp- 
tes de 1747 réglés et arrêtés par MM. les Directeurs, Rec- 
teurs, Adjoints à Recteurs, Professeurs en exercice et par 
les autres officiers étant de tour, sçavoir : 

M. Le Clerc, ancien professeur ; 

M. Parrocel, professeur ; 

M. Nattier, adjoint à professeur ; 

M. Do Change, ) ... 

„ -, , > conseillers ; 

M. TOQDÉ, \ ' 

M. LéPiaÉ, secrétaire. 

M. Lobel, académicien ; 



d 



kl * LA HAISOK D'DN ARTISTE. 

Jour fixé OU samedi 30 mars. 
lonfèrenee remplie par la lecture de quelques notes de 
M. Antoine Cotpel, premier peintre do Roi. 
lécès modifié de H. Allëgrain, peÎDtre, académiden, 
iré le 24 février 1748, âge soiiante-dix hait ans. 

Du samedi 30 mars. 

lelate (sfc) des délibérations dn quartier eipirant. 

a capitalion pour 1748 répartie le matin de ce jonr, 

is l'arrêt de compte de 1747 renvoyé à nne antre 

Qce. 

« repas, que les commissaires nommés étaient dans l'a- 

e de faire & cette occasion, supprimé, comme contraire 

i dignité du corps, aux nsages des autres académies, et 

ibant dans ceux de la mallrise. 

L Jacques Gat, natif de Marseille, graveur en pierres 

cieuses, agréé le 23 juin 1747, présente l'ouvrage à lui 

onné alors pour sa réception, ajant pour sujet : Apol- 

couronnant le génie de la peinture et de la sculpture, 

cutË sur une cornaline montée en hague, est reçu, prèle 

nent et prend séance. 

iS fait, H. Coypel s'est adressé à la compagnie et a dit : 

« Jfessteufï, 
L'ouvrage préeievx que S- Gay vient de présenter à la 
pagnie, parait avoir été fait pour consacrer à la postérité 
irâce que Su Majesté vient d'accorder à son Académie de 
Hure en Ui prenant sous sa protection imméi.ti"le. C'est, 
sieurs, au chef des arts que nous sommes redevables d'une 
iur si longtemps désirée. iVe serait-ce pas fai- e un digne 
je de cette pierre gravée que de la lui présenter comme un 
tttmenl de notre étemelle ri connaissance. » 

ette propoailion ayant été agréée unanimement, il aété 
idé que M. le Directeur, avec les officiers en e 



CABINET DE TRAVAIL. S45 

transporterait vers M. de Tournehem pour Teffectuer au 
nom de l'Académie s'il vient à Paris; sinon, que M. Coypel 
et le secrétaire Tiront trouver aux mêmes fins à Versailles. 

M. Pesne, premier peintre du roi de Prusse et académi- 
cien, demande par lettre et obtient la favear d'ôtre mis au 
rang des anciens professeurs. 

En exécution de la délibération du 29 juillet 1747, les 
officiers sortant d'exercice, pour le quartier courant, décla- 
rent avoir fait la visite des tableaux, figures et effets 
étant en l'Académie et d'avoir troavé le tout en bonne 
conservation. 

Jugement pour les petits prix dudit quartier, fait par 
les mdmes officiers : 

Premier. ... le S. Corrêge P. 
Second .... le S. Gdiard S. 
Troisième. . . le S. Baudouin P. 

Lu samedi 6 avril. 

Conférence où M. Hulst, associé libre, Dt un mémoire 
pour pressentir le goût de l'Académie sur la place qu'il 
conviendra le mieux à donner au travail sur ce qui la con- 
cerne, ou celui du Journal^ ou celui des Annales, ou celui 
des Grandes Époques déterminées par les protectorats. 

M. Coypel a répondu à ce mémoire par un compliment 
et la compagnie s'est décidée pour la forme des Annales. 

Choix fait de huit élèves sur l'examen de leurs esquissée 
pour le concours au grand prix, sçavoir : 

Lee S. JouLLAiN, 
Doyen, 

La Taa verse, } Peintres. 
Mettay, 

IlUTlN, 

Du Mont, 

Caffiehi, } Sculpteurs. 



Perasche, 



21. 



LA MAISON D'DH AETISTK. 

)tifl6 de M. Chbistophc, recteur, srriTé le 20 nun 
qnatre-iingt six ans. 

me son exercice tombe sar le présent quai^ 
nué que M. dk Pavanne, adjoint à recteur, Is 
et qne les remplacements à faire, en consÀ- 
: ce décès, n'auront lieu qa'aprèB l'expiiation 
■tier. 

Du iomedi 27 aoril. 

faite par le secrétaire de la Fie iePierre-Charlai 
, adjoint à professeur, composée par le comte 



!L répond par un petit discours, oli, par occasion, 
la suppresûoD des visites de solliâtation qui se 
l'a s'agit de remplir les charges vacantes. 
pe les visites de sollicitation demeureront sup- 



Du tamedi 4 mai. 

ée générale et extraordinaire à l'occasion d'une 
[. ni TocRNBHEH en date du 6 courant, portant 
l'une Exposition publique des ouvrages des aca- 

Bu 2S aofit prochain, et établissement d'un 
ir examiner lesouvrages qu'on présentera àcette 

et renvoyer ceux qui ne leur paraîtront pas 
tre mis sons les yeux du public. 
)ar l'Académie de se conformer par devoir, par 
lar reconnaissance, à ce qui estprescrit parcelte 

L que la dernière assemblée de ce mois, qui de- 

ir le samedi 25, sera remise au vendredi 31, 

Je la première assemblée de juin ne pourra ëtra 

remier samedi, à canse que ce sera la veille da 

te. 

n du compte du S' Bitdelet, concierge et rec«> 

kcadémifl i 



CABINET DB TRAVAIL, 



Recette 7,809 8 

Dépense 6,97S <!( 

Reliquat 33 13 

L'UTêté de compte, fait le matin de ce jour par les com- 
mistaireB nommés le 2 mars dernier, confirma et validé 
par l'Académie. 

BéglemeiU arrtié en cette séance ponr eette gestion : 

Mr. 1". 

Le sieur Retdelbt ne poarra faire anenne dépense sans 

«D ordre par écrit de H. le Direclear et de messieurs les 

otDciers en exerdee : lesquels ordres il représentera lors 

4e la reddition de ses comptes. 

Aet. Î. 
Tons les mois, il fera Toir, fa la dernière assemblée, l'état 
de la dépense faite dorant le mois : lequel état sera Térifié 
et approuvé par l'Académie. 

Aar. 3. 

Il aura soin de retirer des quittances de tons les mar- 
chands et oavriers auxquels il fera des payements pendant 
le courant de l'annÉe i et, à fiiute d'y satisfaire, lesdites dé- 
penses ne lai seront pas allouées dans sou compte. 

K. DisLE, contrôleur général des bâtiments du Roi au 
département de Paris, est proposé par M. Cojpel de la 
part de M. le Directeur généviil comme un sujet qui devoit 
être agréable à la compagnie pour remplir la huitième 
[riice d'ojsoci^ libre, qni est demeurée en réserve, depuis 
l'institatioD de cette classe. 

Cette proposition reçue aifec plaisir, M. Disle admis par 
aeelunation, et M. DaHorrr le Rohaim, professeur en exer- 
ooe, député avec U. Matoirr pour aller lui notifier son 
tiection. 



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t48 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

M. NoEL Halle, né à Paris, peintre d'histoire, fils de feu 
M. Claude Halle, ancien directeur et recteur de l'Aca- 
démie, et qui avoit été agréé le 25 juin 1746, présente le 
tableau qui lui avoit été ordonné pour sa réception repré- 
sentant la Dispute de Neptune et de Minerve, est reçu en 
la manière accoutumée, prête serment, etc. 

M. Jacques- Charles Oudry, peintre de talent pour les 
animaux, fruits et fleurs, agréé le 24 février dernier, 
présente deux esquisses pour son morceau de réception; 
l'une desquelles est approuvée par le scrutin, et lui est 
donné six mois pour l'exécuter en grand. 

M. Louis Vâssé, né à Paris, sculpteur, fils de feu M. An- 
toine Vassé, aussi sculpteur et agréé de l'Académie, se 
présente sur plusieurs modèles de sa façon, et entre autres 
celui d'un berger dormant appuyé sur son bâton, est 
agréé, et obtient la permission d'exécuter ce dernier mo- 
dèle en marbre; terme d'un an pour satisfaire à ce devoir. 

Le sieur Presler, graveur, résidant à Copenhague, écrit 
de là, à l'Académie, en* date du 23 avril dernier, une lettre 
par laquelle il lui présente, comme son élève, le portrait 
qu'il a gravé en pied du feu roi de Danemarck et le sup- 
plie de vouloir bien l'honorer de son sentiment. 

La compagnie, après avoir examiné ledit portrait. Ta 
trouvé très bien gravé et d'un très bon ouvrage et le burin 
conduit avec force et déhcatesse : elle a chargé le secré- 
taire de lui mander ce jugement de sa part. 

M. CoYPEL, directeur, retire le tableau de réception de 
feu Noël Coypel, son aïeul et aussi directeur de l'Académie, 
dont le sujet étoit le moment où Dieu apparoit à Catn, après 
qu'il eut commis son firatricide, et en substitue un autre 
sur le même sujet, de la même main et infiniment supé- 
rieur au premier : ce que la compagnie reçoit avec recon- 
naissance. 

Réglé que, les jours de conférence^ on fera entrer les 
élèves dans la salle d'assemblée, pour entendre la lecture 
des discours et dissertations qui en sont l'objet, et que les 



CABINET DE TRAVAIL. NI 

uifeim de ces ourrages aaront la liberté d'^pooTOir «m» 
□er jnsqa'an nombre de six personnes. 

Du samedi 8 JuiH, 

Assemblée par coDTOcation générale. 

M. DisLB, élu associé liltre, le 3t dn mois dernier, 
prend séance en cette qualité et fait un remerciement, 

H. DB SiLYESTRE, premier peintre dn roi de Pologne 
et ancien professeur de l'Académie, est venu en l'as- 
semblée de ce jour, et a témoigné à la compagnie le 
plaisir qu'il éprouvait de se retrouver au milieu d'elle, 
après une absence de tant d'années (32). l.'Académie, 
ponr lui prouver comme elle était pénétrée du même sen- 
timent, l'a par acclamation fait passer au rang d'anden 
recteur où il a pris place sur l'heure. 

Lecture a été faite ensuite par le secrétaire d'une lettre 
de H. de Todrneheu, adressée à la compagnie et écrite 
de Versailles le 4 juin 1748, par laquelle il lui fait part 
de ta fondation laite par le Roi de sii places d'tléves 
protégés, pour être logés, nourris et entretenus de tout, et 
formés dans les arts sous nne éducation commune. Dé- 
pntation ordonnée pour remercier H. de Tournehem de 
ses attentions si généreuses et si utiles pour l'avancement 
des arts, et pour celte députation l'Académie nomme 
"l M. CoîPEL et les officiers en exercice. 
I Les élèves sont mandés, réunis en l'assemblée. Le se- 
crétaire l'ail une seconde lecture de ladite lettre. Ensuite 
H. Cuypel fait un discours à cette occasion qu'il adresse 
directement à eux. 

H. Watelët, associé libre, a lu après cela la première 
partie d'une dissertation intitulée : De la Poésie dans VArt 
de ta peinltire, précédée d'un avant-propos. 

M. Coypel y arépondu par un discours, que la compagnie 
a ordonné être transcrit à la suite de cotte séance. 

Convenu que le dernier samedi du mob tombant sar la 



r» LA MAISON D'UN ARTISTE. 

fSte de Sainft-Kerre et Saint-Paul, rassemblée sont «ftneée 
d'un jour. 

Du samedi 22 juin. 

Assemblée publique et extraordinaire, convoquée pour 
célébrer TAnnée sécuiaire de L'ÉTABussEiiEifT de l'Académie. 

M. le Directeur général s'y rend sur les six heures du soir. 

M. le Directeur et les ofticiers en exercice Yont au-deTant 
de lui pour le receroir jusque dans le grand salon. Us le 
conduisent par le corridor en la salle d'assemblée, et à la 
place d'honneur. 

M. CoTPEL se i^ace à sa drdte. Les autres officiers ainsi 
que les honoraires, siégeant chacun 4 leur rang, forment 
le cercle ordinaire de la séance. 

Au dehors de ce cercle, plusieurs personnes de consi- 
dération, membres des autres académies, gens de lettres, 
ont occupé cette portion de la salle sur des sièges ordi- 
naires avec les Académiciens. Les médaillistes qui deYoient 
avoir part à la distribution des prix, derrière lesdits Aca- 
démiciens et externes, ddH)ut. 

La séance prise, M. Goypel prononce un discours conve- 
nable au sujet de cette fête. 

Il lit ensuite une ode de M. Des portes, sur la PROTEcnoN 

IMMÉDIATE ACCORDÉE PAR LE Roi A SON ACADÉMIE. 

Après quoi, M. le Directeur général a fait, au nom da 
Roi, la Distribution des Prix, qui, par des circonstances 
particulières n'avoit point eu lieu depuis le 13 novembre 
1744, et a été faite au nombre de XLII prix, tant grande 
que petits. 

6RAMDS PRIX POUR l'aNNÉB 4745 (i). 

Peinttire. 

Second prix ...... le sieur Lesubiia. 

(1) Il n'est question que des grands prix de 1745, parce qiM 
les concours de 1746 et 1747 furent jugés si faibles par les 
démiciens qu'il n'y eut point de prix du tout. 



t 



CABINET DE TRAVAIL. ta 

Sculpture. 

Premier piiz le sieor LAacBBvftQiiE, 

Second — — GiuLBT. 

nriTS puz. 

1743. 

Quartier d'octobre. 

Premier prix le sienr Duguet S. 

Second —....-.. — Reen G. 

Troisième — — Conarou P. 

1744. 

Quartier de jtoviier. 

Premier prix le sieur Bbiabd P. 

Second — — Sbesi S. 

Troisième — — Giaik P, 

Quartier d'avrU . 

PremieF prix le sieur L'Épime S. 

Second — — OnviviEK le J" G. 

Troisième — — Cobrèoe P. 

Quartier de juillet. 

Premier prix le sienr CLénEirr P. 

Second — — Doïkb P. 

Troisième — — Les Lotb P." 

Owu'Ker d'octobre. 

Prender prix le sienr Sissi S. 

Second — — Cobbëqe P. 

Troisifame — — Aobeit P. 



ï 



tSÊ hA MAISON D'UN ARTISTE. 

1745. 

Quartier de janvier. 

Premier prix le sieur GlainP. 

Second — ...... — Dumont S. 

Troisième — — Drouais P. 

Quartier d^avril. 

Premier prix. •...-. le sieur Doyen P. 

Second — — Fontaine S. 

Troisième — — Pehronnet P. 

Quartier de juillet. 

Premier prix le sieur Beauvais P. 

Second — — Lechevalier P. 

Troisième — ...... — Fournier S. 

Quartier d'octobre. 

Premier prix le sieur Lechevalier P. 

Second — ...... , — La Traverse P. 

Troisième — •••••. — Deshates P. 

1746. 

Quartier de janvier. 

Premier prix le sieur MellingP. 

Second — — EisenP. 

Troisième — — Do Pré P. 

Quartier d'avril. 

Premier prix le sieur Do vivier le J« G. 

Second — — Drouais P. 

Troisième — — Michel S. 

Quartier de juillet. 
Premier prix le sieur Sozannb S. 



CABINET DE TRAVAIL. 

Second prix le sieur Pajou S. 

Troisième — — JeauratP. 

Quartier d'octobre. 

Premier prix le sieur Deshats P. 

Second — — Wilton S.. 

Troisième — — Mettat P. 

Cela fait, la séance a été levée, et M. le Directeur géné- 
ral a été reconduit avec le même cérémonial qu'on a suivi 
à son arrivée. 

Dm vendredi 28 juin. 

Assemblée par convocation générale. 

Le directorat de M. Coypel proposé, à sa réquisition, 
à la mutation autorisée par l'article IX des statuts de 1663. 
Décidé unanimement et par acclamation que M. Coypel y 
sera continué. 

Le sieur Reydelet fait vérifier et approuver Tétat de 
dépense du mois prêt à expirer. 

Les officiers dudit quartier déclarent avoir fait leur visite 
et avoir trouvé les tableaux, figures et autres effets de 
TAcadémie en bon état. 

Jugement fait par eux, des petits prix dudit quartier : 

Prençder prix le sieur Lagrénée P. 

Second — — Joullain P. 

Troisième — — Auvray S. 

Du samedi 6 juillet. 

Assemblée par convocation générale pour les élections 
indiquées, auxquelles il est procédé par le scrutin. 

M. DE Fa VANNE a été élu recteur à la place de M. Cluis- 
topbe (décédé). 

M. DuMONT LE Romain, adjoint à recteur, à la place de 
M. de Favanne; 

M. Pierre, professeur, à la place de M. Dumont; 

M. Halle, adjoint à professeur, à la place de M. Pierre 
I. 22 



fU LA MAISON D'UN ARTISTE. * 

Ensuite M. l£ comte de Cayll-s a lu la Vie de feu Vrat^ 
çois Lemoine, premier peintre du Boi. 

Et H. CoYPEL a prononcé un discours en forme de ré 
ponae à cette Vie. 

Du samedi 27 juillet. 

Lecture de quelques-unes des conférences de fen M. An- 
toine CoïPEL, premier peintre du Roi. AI. de Pesng, pre- 
mier peintre du roi de Prusse, remercie l'Acadâmie, par 
lettre, de la faveur qu'elle lui a faite de lui accorder le titre 
et le rang d'ANciEN Professedb- 

Du samedi 3 août. 

Conférence en laquelle H. DsspoaiBS, académicien, lit 
la Fie de Frattçoit Desportes, son père, 

U. Coypel répot^d à cette Ft'epar un discours qui 7 peut 
servir de supplément. 

Nomination, par la voie du scrutin, des officiers qui, avec 
H. le directeur, les ancieus recteurs, les recteurs actuels et 
MS adjoints â recteurs, doivent former le comité, requis 
par la lettre de H. de Tournebem, du 6 mai dernier, pour 
examiner et juger les tableaux de la prochaine eipo- 
sition. 

H. Lbclerc, anden professeur. 

M. Vànloo, 1 

M. BoucBER, I 

H. Natoire, f 

M. v,„o»., ?«>'«"««»• 

H. OuDftr, i 

M. BoUCHAHDOH, I 
H. PlGALtE, j 

H. Naiiibb, [ adjoints ft professeurs. 



U. Slodiz, 
M. Massé, 
M. Cti-iflDi?(, 



! conseillers. 



CABINET X)E TRAVAIL. 255 

Arrête aussi que l'Académie s'assemblera le vendredi 22 
du courant^ pour voir le Tableau et les bas-relîefs faits par 
les élèves pour les Grands Prix, et qui sont destinés à être 
«xposés, suivant l'usage, à la fête de saint Lonis. 

Du dimanche 18 août. 

Le comité s'étant assemblé en la galerie d'Apollon, où 
tous les tableaux d'exposition avoient été apportés, M. Coy- 
PKL fait l'ouverture de cette espèce de tribunal par un dis- 
cours convenable aa sujet, et à la fin duquel il propose de 
faire un nouveau règlement, paur mieux assurer le bon 
choix de ceux qui, à l'avenir, aspireront au rang d'Acadé- 
miciens, et dont il communique même le projet. 

Ce projet, goûté unanimement par le comité, est remis 
à la décision de l'assemblée du dernier samedi du mois. 

Après quoi on procède à l'examen ordonné; 

- Du vendredi 23 août. 

Assemblée extraordinaire pour voir les tableaux et les 
bas-reliefs faits par les élèves de l'Académie, admis à con- 
courir pour les Grands Prix. 

Résolu, après avoir vu lesdits ouvrages, qu'ils seront 
exposés, pour le public, le jour de la Saint-Louis et jugés 
par l'Académie en corps, le 31 du mois courant, et que les 
snfl5rages ne seront donnés que ledit jour, conformément 
aux délibérations du 20 août 1740 et 19 août 1741, ce qui 
sera porté sur les billets. 

• M. Vanloo (Louis-Michel), premier peintre de Sa Majesté 
Catholique, fait part à l'Académie, par une lettre écrite de 
Madrid, de l'honneur que lui a fait le Roi de lui envoyer le 
cordon de Saint-Michel. 

M. Sue, adjoint à professeur pour l'anatomie, fait pré- 
sent à l'Académie d'un traité qu'il a nouvellement mis au 
jour, ayant pour titre : Abrégé de^ l'anatomie du corps de 
l'homme. 



LA MAISON D'UN ARITISTB. 

La compagnie lui a témoigné sa reconnaissance de ce 
présent. 

Du samedi 31 août. 

Assemblée par convocation générale pour jnger les 
Grands Prix. 

Lettre de M. Coypel adressée à la compagnie, pour s'ex- 
cuser envers elle de ce que, appelé à Versailles par un de- 
voir indispensable, il ne peut se trouvera cette assemblée» 
et pour la prier de vouloir bien se faire lire le projet de 
règlement au sujet des aspirants qu'il joint à cette lettre. 

Jugement pour les Grands Prix de 1748, parla voie ordi- 
naire des boîtes. 

Peinture. 

Premier prix. le sieur BIettat. 

Second ' — — Doyen. ' 

Sctdpture» 

Premier prix le sieur Caffieri. 

Second — ...... — Dumont. 

Nouveau concours décidé ensuite, conformément à l'avis 
de M. Coypel. 

Le règlement au sujet des aspirants ayant été ensuite 
mis en délibération, l'assemblée a adopté unanimement 
le projet présenté par M. le directeur sans y faire auc'un 
changement. 

M. MoYREAU, graveur et académicien, présente deux 
épreuves d'une planche,par lui gravée d'après Wouwermans, 
ayant pour titre la : Grotte du maréchal, laquelle planche 
a été approuvée et mise sous le privilège de l'Académie. 

Du samedi 7 septembre, 

* 

Conférence où M. le coiifE de Gaylus lit une dissertatioa 
par lui composée, sous le titre de TAwa^ewr, à laquelle 
M. Coypel répond par un discours. 



CABINET DE TRAVAIL. 257 

Choix de six, entre dix-sept élèves, pour le nouveau con- 
eours sar Texamen de leurs esquisses. 
Les sieurs : 

La Rue, 

Hdtin, , 

U THAVEasE, > P<"°t"»- 

Bbiârd, 

Pérasche, } ^ ,■ 

> Sculpteurs, 

Jugement des petits prix du quartier expirant : 

Premier prix le sieur Drouais P, 

Second — — Thomire S, 

Troisième — — Larcher P. 

M. DucHANGE, graveur et conseiller, âgé de quatre-vingt^ 
sept ans, présente deux épreuves d'une planche par lui 
gravée d'après M. Coypel (Charles- Antoine), dont le sujet est 
VEnfant Jésus au berceau : laquelle planche est mise sous 
le privilège de l'Académie. , 

M. Halle, adjoint à professeur, nommé pour suppléer 
M. Parrocel, le mois d'octobre prochain, dans le service 
de professeur, où ce dernier a remontré ne pouvoir va- 
quer, à cause des ouvrages qu'il a à faire pour le Roi. 

Du samedi 5 octobre. 

Conférence que le secrétaire ouvre par la lecture de 
deux lettres en fotme de mémoires pour servir à compo- 
ser la Vie de M. Robert le Lorrain, sculpteur, recteur de 
TAcadémie; Tune de ces lettres, de M. l'abbé Le Lorrain, 
son fils, docteur de Sorbonne, accompagnée d'un État des 
ouvrages faits par.feu M. Le Lorrain à Saverne et au palais 
épiscopal de Strasbourg, l'autre lettre, de M. Lemoine le 
fils, professeur, jadis élève du môme maître. 

M. le directeur a complimenté en particulier M. Lemoine, 
et a ajouté a qu'il seroit à souhaiter que son exemple fû 

22. 



LA MAISON D*UN ARTISTE. 

imité de tous ceux qal sont en état de donner de pareilles 
anecdotes. 

Du samedi 26 octobre. 

M. Lépicié a occupé la séance par la lecture du com- 
mencement de son Catalogue raisonné des tabîeaiux du Aoip 
qu'il entreprend par ordre de Sa Majesté. 

La compagnie a été si contente de cet essai, qu'elle a 
fortement exhorté M. Lépicié de continuer cet ouvrage 
avec le même zèle et le même goût. Et de plus, dans la 
vue de donner à ce même ouvrage toute la perfection dont 
il est susceptible, elle est convenue que M. le directeur gé- 
néral sera prié de donner des ordres pour faire apporter 
à TAcadémie ceux des tableaux du Roi qui seront jugé» 
transportablesy afin de la mettre en état de conférer des- 
sus et former des avis certains et bien approfondis sur le 
talent et le goût spécifique de chacun des grands maî- 
tres... 

M. P16ALLE, adjoint à professeur, nommé en son rang, 
pour suppléer, le mois prochain, le service de professeur 
pour M. Coustou, absent. 

Convenu que, le premier samedi du mois prochain se 
rencontrant avec la fête des Trépassés, l'assemblée seroit 
remise à huitaine. 

Du samedi 9 novembre. 

Conférence ouverte par M. Leclerc, professeur pour la 
perspective, par la lecture d'une dissertation sur VUtiHté 
de la perspective dans la peinture, et même dans la scnlp* 
ture et dans la gravure. 

Convenu que la dernière assemblée de ce mois sera 
avancée d'un jour, parce que le dernier samedi se tronrem 
être un jour de fête (celle de saint André). 

Du vendredi 29 novembre* 
Examen des tableaux et bas-reliefs. 



CABINET DE TRAVAIL. 2S0 

V . . . . L'Académie a jugé à propos, pour établir l'éga- 
lité et avoir du choix, de ne destiner qu'un prix à la sculp- 
ture et d^appliqner les trois autres à la peinture. 

De plus, elle a réglé que pour encourager les concur- 
rents qui auront le plus de suffrages après c^ux qui auront 
remporté le prix, il leur sera accordé nn accessit. 

M. LE COMTE DE Caylus a cnsuite lu la Vie d^Eiistachfi Le- 
^imir beaucoup plus intéressante et pliis instructive que 
celles qui ont été données précédemment. 

Et M. CoTPBL j a répondu par un petit discours. 

Le service pour le repos des âmes de MM. les offîders et 
académiciens décédés dans l'année courante et les précé- 
dentes, indiqué pour le samedi 7 du mois de décembre pro- 
chain, popr être célébré en l'église de Saint-Germain- 
FAuxerrois, et ordonné que tous les membres du corps 
académique j seront invités par billets. 

Du samedi 7 décembre. 

Le service célébré en conséquence ledit jour, à dix heures 
du matin. 

Jugement pour les prix du second concours par la voie 
des boites^ en la manière accoutumée. 

Peinture, 

Premier prix le sieur Hdtin. 

Second — '• — La ÎRAVEapi. 

Autre second prix. ... — La Rue. 

Accessit . ' — Bbiahd. 

Scu^iure. 
JEhremier prix le sieur Pajou. 

Accessit ^- PEBASpHB. 

Gomme le dernier samedi du mois se rencontre avec la 
fôte des saints Innocents, convenu que l'assemblée à la 
fia de l'année sera remise au mardi 31 courant. 




LA MAISON D'UN ARTISTE. 

Du mardi 31 décembre, 

Jagement pour les petits prix du quartier expirant : 

Premier prix. ...... le sieur Jollain P. 

Second —.'..... — Guibal P. 

Troisième — — Dupré S« 

M. Jacques-Charles Oudrt, peintre à talent, agréé le 
Î4 février dernier, présente son tableau de réception repré- 
sentant sur le* devant une daine (sic) morte, groupée avec 
an panier de gibier et autres accessoires, et est reçu par le 
scrutin, et prête serment. 

M. CoTPEL, après avoir exposé en peu de mots les avan- 
tages du Nouvel Établissement de VÉcole royale^ fait la lec- 
ture du règlement arrêté par M. de Tournebem pour déter- 
miner et diriger les exercices de cette école. 

Notifié à rassemblée, par le secrétaire, que M. de Toume- 
hem a décidé que les sieurs Mettay et Caffieri iront inces- 
samment à Rome, eh qualité de pensionnaires du Roi^ que 
le sieur Hutin s'y rendra de même au mois de septembre 
prochain, et qu'en attendant il entrera à l'École royale, où 
seront reçus aussi les cinq autres élèves qui ont eu des 
prix dans les deux derniers concours, sçavoir ; les sieurs 
Doyen, Dumont, Pajou, La Traverse et La Rue. 

M. Nattier, adjoint à professeur, est nommé à son rang 
pour suppléer, le mois prochain, le "service de profes- 
seur pour M. Bouchardon, qui a prié d^en être dispensé 
à cause de l'occupation que lui donne la figure équestre 
du Roi. 

La députation qu'il est d'usage de faire au renouvelle- 
ment de Tannée vers M. le directeur général et vers M. de 
Vandières, son survivancier, réglée par l'assemblée, pour 
être composée de M. Coypel, directeur, et M. de Silvestre, 
a9cien recteur, et de MM. les officiers en exercice. 

Les visites des tableaux, figures et effets étant en l'Aca- 
démie, établies par la délibération du 20 juillet 1747| ayant 



CABINET DE TRAVAIL. 261 

été faites par les officiers en exercice, ils déclarent avoir 
trouvé le tout en bonne conservation. 

M. LE MARQUIS DE Calvières, associé libre, ayant été 
promu au grade de lieutenant-général des armées du Roi, 
le secrétaire est chargé à ce sujet de lui écrire une lettre 
de féli citation au nom de la compagnie. 

M. MoYREAU, graveur et académicien, présente deux 
épreuves diaprés une planche par lui gravée d'après Wou- • 
wermans, et qui a pour titre ; les Marchands forains. Cette. , 
planche, approuvée et mise sous le privilège accordé à 
r Académie par Tarrêt du conseil du 28 juin 1714. 

Fin du journal des séances. 

Vu: 

Lépicié. 

Alors s'ouvre une série de biographies particuliè- 
res (1) des peintres, sculpteurs, dessinateurs, gra- 
veurs, architectes du xviii® siècle, bien maigres bio- 
graphies, hélas ! formées en général d'un petit nombre 
de feuillets détachés d'un recueil, et de rares notices 
de quelques pages, que j'ai cherché à grossir ici, avec 
un morceau manuscrit émané d'un artiste, là avec 
un petit paquet de lettres, plus loin avec les notes 
d'un carnet de poche, plus loin encore avec une 
supplique racontant une vie : autographes qui, ainsi 
mêlés aux plaquettes imprimées, font un petit corps 
tî'histoire artistique, où il se rencontre pas mal d'i- 
nédit. 



(1 ) Mon analyse ne porte pas sur les biographies de date ré- 
cente, à moins toutefois que le petit nombre de leur tirage et 
leur publication en province n*en fasse ries raretés. 



J62 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

« 

J'ai dit biographies détachées de quelques recueils» 
et en effet, sans I'Ordre chronologique des deuils db 
COUR, petit in-i2, publié en 1766, et dont la suite a 
paru sous lo titre du Nécrologe êtes hommes célèbres 
DE LA France, nous n'aurions pour ainsi dire pas 
de biographies d'Aubry, de Boucher, de Deshays, 
de Drouais, de Gravelot, de Leprince, de Carie Van- 
loo, etc. 

Passons en revue^ au nom de chaque artiste, quelque 
plaquette rare ou quelque bout de papier autographe. 

Boucher de Villers. « Précis pour le sieur Bou- 
cher de Villers, peintre, dessinateur des médailles 
pour le cabinet du Roi, contre le sieur Gostel, apo- 
thicaire. » Un procès imprimé, dans lequel la verve 
d'un Goqueley de Chaussepierre amusa un moment la 
galerie aux dépens d'un Purgon « possédant la plus 
jolie figure d'apothicaire sans comparaison qu'il y 
eut à Paris », mais qui toutefois se refusait à payer 
son portrait, sous prétexte qu'il n'était pas ressem- 
blant. 

BoissiEu. <c Hommage rendu à la mémoire de Jean- 
Jacques de Boissieu par le conseil du Conservatoire 
des Arts de Lyon, dans la séance du 9 mars 1810. 
De l'imprimerie de Cutty. » 

Gaffikri. Une lettre autographe signée de Jean- 
Jacques Caffieri à un confrère, nous permet d'ajou- 
ter au volumineux volume, publié par M. Guiffrey, 
un document inédit, dans lequel le sculpteur fixe le 
prix de ses statues et de ses bustes : 



CABINET DE TRAVAIL. t8» 

Paris, 6 décembre 1791. 

Monsieur et cher confrère. 

Toi appris avec grand plaisir que VImpératrice de Russie 
vous OKoit nommé son premier peintre. Son choix justifie sa 
sagàdté et j'aime la voir toujours rendre justice aux talents. 
Je vous fais mon sincère compliment de cet événement qui 
prouve que si le mérite est quelquefois opprimé , il est aussi 
récompensé. Je ne doute pas que dans la place que vous 
allés occuper, vous ne méritiez bientôt toute ia confiance de 
la souveraine et si par hasard elle projetoit de faire ériger 
quelque statue, ou si vous trouviez l'occasion de l'engager à 
le faire, je vous prie de vous ressouvenir d'un ancien ami. 
Je désire depuis longtemps travailler pour cette grande 
princesse et ce seroit un bien honneur pour moi que mes 
talents puissent lui être agréables. Je remets mes intérêts 
entre vos mains, persuadé qu'ils ne peuvent être mieux 
placés, et que vous ferés quelque chose en faveur de l'an- 
cienne amitié. Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter, non 
des succès, ils sont assurés d*avance, mais une bonne sai}té 
et bien des agréments. 

Je suis, avec la plus parfaite estime et sincère amitté, 
votre très humble et très obéissant serviteur. 

Gaff|eei. 

Vous trouvères cy-joint une liste des statues que j'ai 
faites et des bmtes que je possède. Vous savés que le prix 
d'une statue de six pieds en fournissant le marbre est de 
vingt mille livres et les bustes de quatre mille livres. 

CocHiN. Un recueil de lettres de Charles-Nicolas 
Cochin que j'ai données en mon fascicule sur cet 
artiste dans « TArt du xvm® siècle ». 

CoYPEL. Du peintre au fin coloris, à Taccentuation 
aiguë et spirituelle du dessin, de ce Charles Goypel 



^i^Sin 



«64 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

si peu connu, le traité d'association pour la publica- 
tion de ses dessins de Don Quichotte : 

Aujourd'huy vingt-trois mars mil sept cent vingt et un, 
nous Charles Coypel, Claude Martinot et Philippe le Re- 
boullet, sommes convenus de faire graver à frais com- 
muns la suite de l'histoire de Dom Guichot (sic) d'après 
les tableaux de mondit sieur Goypel, et pour y parvenir 
de fournir chacun, la somme de cinquante livres par mois 
qui sera insérée dans un registre, que mondit sieur Coypei 
veut bien tenir. Et sommes aussi convenus, que les plan- 
ches gravées resteront entre les mains de mondit sieur 
Coypei, qui veut bien aussi se charger du soin de l'impres^ 
sion. Fait triple entre nous à Paris le jour et an cy-dessus. 

Charles Coypbl, 
Le Reboullet, 
G. Martinot. 

Palconet. « Éloge de M. Falconet, sculpteur, par 
M. Robin peintre, extrait du Tribut de la société 
nationale des Neuf Sœprs, Paris 1791. » 

Favanne. « Mémoire pour servir à la vie de M. de 
Favanne, peintre ordinaire du Roy et recteur de l'A- 
cadémie royale de peinture et de sculpture. A Paris, 
chez la veuve Pierres, 1753. » 

Fragonard. De l'aimable peintre-poète, aux auto- 
graphes introuvables, un billet donnant un spéci- 
men de son écriture : 

Monsieur, 

* 

Fragonard {Jean-Honoré), artiste peintre d'histoire, cy» 
devant logé gallerie du Louvre et de présent 2^ arrondisse^ 
ment, Palais-Royal, chez Véry, restauratmr, 

Requiert comme rentier et peintre, un numéro poii 



CABINET BB TRAVAIL. 265 

échanger un billet de banque de France de 500 francs^ 
W03O8. 
Je suis avec respect et reconnaissance. 

Fragonard, 
20 novembre (1). 

A Monsieur, 

Monsieur De Rouen, 
Maire du 2« arrondissement. 

François. De l'habile graveur en fac-similé de 
crayon, une lettre, datée de 1760, et adressée àCo- 
chin, dans laquelle le graveur lorrain sollicite la gra- 
vure des dessins du Roy, disant qu'il a le plus grand 
besoin de l'obtention de cette grâce. * 

Fredou. Un mémoire de ce peintre nous rensei 
gne sur les difficultés, qu'en ces temps, un artiste 
avait à toucher l'argent d'une commande : 

Mémoire, 

En 1763, Frédou, premier peintre de monseigneur le 
comte de Provence, a été chargé par le sieur Berthier de 
peindre les portraits qui lui seroient indiqués par lui et 
par le sieur L'Enfant (Lenfant) dans les tableaux de la salle 
d'audience de l'hôtel de la Guerre, le marché en ayant 
été fait et arrêté entre le sieur Berthier et Frédou, à 
soixante-douze livres pour chaque tête, en présence de 
Messieurs Lenfant et Causette (Gosette), peintres attachés 
à l'hôtel de la Guerre. 

Le sieur Frédou, après avoir peint dix têtes des por- 
traits énoncés et reçus par les sieurs Berthier et L'Enfant 
dans les tableaux énoncés ci-dessus, a discontinué cet ou- 

(i) L'année n'est point indiquée. 

I. 23 



i 



fee L'A. MAISON D*nN ARTISTE. 

Trage en 1764) à cause des changements que le sieur Ber- 
thier a jugé à propos de faire. La demande du payement 
en a été faite plusieurs fois au sieur Berlhier, qui a tou- 
jours retardé, disant que cet ouvrage n'était pas fini. Le 
sieur Frédou, ne pouvant rien obtenir du sieur Berthier, a 
présenté un placet, en formç de mémoire, à monseigneur 
le duc de Choi seuil, le 14 juin 1765, qui a* ordonné (de payer) 
le sieur Berthier le 14 août suivant. Le sieur Berthier a 
mandé à Frédou de venir toucher chez le suisse de l'hôtel 
de la Guerre, 300 livres, à compte sur celle de 720 conve- 
nues pour les dix têtes de portraits faits par Frédou, à 
raison de 72 livres par chaque tête. 

Il restait donc 422 livres à payer, et Frédou adres- 
sait pour toucher son argent plusieurs mémoires, en 
1774 et en 1772, qui restaient sans réponse. Enfin 
on lui opposait un reçu d'une somme d)e 840 francs, 
touchée des mains de la duchesse de Grammont, 
pour un portrait du Roi. 

Mais (reprend le plaignant) cet article n'a aucun rap- 
port à ce que le sieur Frédou demande pour les ouvrages 
qu'il a faits pour Je Roy à l'hôtel de la Guerre. Les invec- 
tives ont suivi les mauvaises raisons du sieur Berthier, qui 
a aussi dit à monsieur Banière que s'il me payoit la 
somme que je demande de 420 livres, qui m'est si légitime- 
ment due, il seroit tourmenté par une infînité de person- 
nes pour pareille demande, et qu'il en couteroit au Roy 
plus de quati^e cent mille livres. Ensuite a dit au sieor 
Frédou qu'il le feroit arrêter par quatre invalides et le 
feroit conduire en prison. Le sieur Frédou l'a déflé de 
faire une pareille sottise, en lui disant qu'il ne le craignoit 
pas, et qu'on ne fait arrêter que les malfaiteui's et les 
fripons. Monsieur Banière lui a imposé silence, en représen- 
tant de respecter le lieu où cette scène se passoit, et en 
assurant au sieur Frédou (qu'il rcndroit) compte à Votre 



CABINET DE TRAVAIL. 26? 

Grandeur de ce qui s'est passé dans son bureau entre le 
sieur Berthier etluy, en présence du sieur Prévost, peintre 
du cabinet du Roy 

Gaucher. Une brochurette de la plus grande ra- 
reté, intitulée « Voyage au havre de Grâce parC.-E. 
Gaucher, à Paris, an VI », contenant une petite 
notice sur le graveur. 

— Une série de billets de Gaucher, adressés au 
citoyen Renouard en 1795, billets dans lesquels, 
le délicat et consciencieux graveur parle longue- 
ment du soin qu'il apporte au petit portrait de La 
Fontaine, se plaignant «rfe sa maudite goutte quiV.emr 
'pèche de sortir», et proposant, pour une nouvelle 
édition de Télémaque, une étude sur Fénelon par 
son beau-frère Poulain de Flins. 

Gravelot. Une série ide lettres données sur cet 
artiste dans mon fascicule de « l'Art du xviu® siè- 
cle ». 

Greuze. :< Greuze, ou TAccordée de village, par 
M^^de Valori 1813. » Pièce de théâtre qui contient, eu 
tête, la notice la plus documentaire sur le peintre do 
de la Cruche cassée. 

Hall, a Hall, sa vie, ses œuvres, sa correspondance, 
par Frédéric Villot, Paris, 1867. » Curieuse étude, à 
laquelle manque cette lettre un peu lâche, adressée 
en 1790, à rOrateur du peuple (1) qui accusait la jolie 
femme du miniaturiste d'avoir jeté, à l'Opéra, des 
pommes, de sa loge, aux patriotes munis de martinets, 

, (!) Orateur du peuple, vol. III, n» 65, et vol. IV, n» 10. 



«68 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

pour fouetter les femmes en cocardes blanches, ap- 
plaudissant le chœur dlphi génie : 

Plusieurs personnes, monsieur, ayant attribué^ à ma 
femme Tanecdote de l'Opéra, insérée dans VOi'ateur du 
peuple, je dois à la vérité d'affirmer que ma femme a 
passé toute la soirée de ce jour chez M. Desmarets, mar- 
chand de tableaux à l'hôtel BuUion, rue Platrière, avec 
M. et M™o Grétry, M. et M""* Sauvage, peintre du Roi, 
plusieurs officiers du bataillon de Saint-Eustache, ainsi 
qu'avec M. Berthélemy, aussi peintre du Roi, et plusieurs 
autres personnes que M. Desmarets pourroit indiquer. 

La conformité de nom avec un M. Halle, aussi pein« 
tre, et qui a épousé une certaine baronne, pourroit 
avoir donné lieu à ce quiproquo pour moi extrêmement 
désagréable. La très petite différence du nom m'a été 
souvent préjudiciable. Veuillez, Monsieur, après vous être 
assuré du fait et de la vérité, insérer dans votre plus pro- 
chain numéro que M™® Halle qui a causé la scène de 
rOpéra n'est pas M"^® Hall femme du peintre du Roi; 
j'attends de vous cet acte de justice et j'ai l'honneur d'être 
avec estime, etc. 

Signé : Hall, peintre du Roif 

Rue Favart, 4, 

Ce 22 décembre 1790. 

HouDON. « Copie de la lettre de M. Houdon, sculp- 
teur, à M. le Président de la Société des Amis de la 
Constitution. » — « Réflexions sur les concours en 
général et sur celui de la statue de J.-J. Rousseau en 
particulier, par Houdon, sculpteur du Roy et de TA- 
cadémie de peinture, sculpture et gravure. » 

Hubert- Robert. (Extrait du Moniteur du 2^ avril 



CABINET DE TRAVAIL. Sd» 

1808.) Notice de quatre pages, consacrée à l'aima- 
ble et galant peintre des ruines. 

Jeaubat. « Notice de la vie et des ouvrages de 
M. Etienne Jeaurat, Doyen de l'Académie royale de 
peinture, Recteqr et ancien chancelier de ladite Aca- 
démie, garde honoraire des tableaux du Roi. A Ver- 
sailles. » Rarissime brochure in-4, à laquelle j'ai pu 
joindre cette lettre autographe : 

A Paris, ce 27 juin 1754. 
Monsieur, 

Permettez-moy d* avoir l'honneur de vous représenter que 
je suis le plus ancien professeur de r Académie roiale de 
peinture sans avoir de pension. Celle de M. Cazes est vacante 
actuellement par sa mot^t; je vous supplie, Monsieur, de 
vouloir bien me l'accorder. Je suis placé immédiatement 
après M, de Vermont qui jouit de cet honneur par vos judi- 
cieuses attentions. Je me flatte, Monsieur, que vous voudrez 
bien me les continuery en ne préférant pas ceux qui ont 
rendu à V Académie moins de services que moy : il y a dix- 
sept ans que je professe, et j'ose dire avec une assiduité irré- 
prochable. Vous connoissez trop les arts, Monsieur, rémula- 
tion des artistes y pour que je n'aie pas lieu d'espérer cette 
grâce dont vov^ êtes entièrement le maître. Dans cette con- 
fiance fay Vhonneur d'être très respectueusement. Monsieur, 
votre très humble et obéissant serviteur. 

Jeaurat (1). 

Lagrenée. L'état des tableaux faits par Lagrenée 
l'aîné, le journal sur lequel il les notait, au fur et à 
mesure de leur composition, en y joignant les prix 

(1) Jeaurat, né le 8 février 1699, mourait le 14 décembre 1789, 
âgé de plus de 90 ans. 

23. 



tn LA MAISON D'UN ABTI3TB. 

de vente et les ooms des acquéreurs : journal que 
j'ai donné intégralement dans ma seconde édition 
des u Portraits intimes du xvm' siècle ». 

M" Lebbuh. « Précis Jiistorique de la vie de la ci- 
toyenne, Lebrun, peintre, parle citoyen Lebrun. An 
deuxième de la République une et indivisible, u Rare 
brochure delà Révolution oîi te mari venge sa femme 
des calomnies courant le monde, et affirme que le 
portrait du ministre Galonné n'a été payé que 
â,600 livres en billets de la Caisse d'escompte, ren- 
fermés dans une tabatière, qui valait au plu.s 1,300 li- 
vres. 

Les Mémoires de M"» Vigée-Lebrun, publiés en 
1835, ont eu un teinturier, mais ils ont été mis 
seulement en bon français, d'après des notes vrai- 
ment rédigées par l'artiste, et, à ce sujet, je suis heu- 
reux de donner une lettre inédite que je possède, 
et qui nous montre M"' Lebrun s'entre tenant, en 
1825, avec Aimé Martin, de la composition de ces mé- 
moires : 

Ce 33 nOTenibn 1825. 

Enfin, mon bien bon, j'ai commencé ce que vous m'aviez 
tant redemandé depuis plusieurs anitées. Vous savez combien 
j'ai d'aversion pour faire ce que vous appelez mes TOémoires. 
Car il faut bii-n, malgré tous les ivéïiements dont j'ai été 
spectatrice, que je parle de moi. Ce moi est si ennuyeux 
pour tes autres que, vrai sous ce rapport, j'y avais renoncé; 
mais M. de Gasperini, gui commevous m'a pressé de les écrire, 
m'y a déterminé en me disant : « Eh bien, Madame, si vous 
ne les faites pas vous même, on les fera après toob, flt 



CABINET DB TRAVAIL. 271 

Dieu sait comme on les écrira! » J'ai compris cette raisoUj 
ayant été souvent si méconÀue, si calomniée, et je me suis 
décidée^ depuis quelques mois, à noter ce dont je me rap» 
pelle dans tous les temps, dans tous les lieux. Vous n'y trour 
verez ni slyl (sic) (i) ni phrases^ ni périodes. Je trace seule- 
ment les faits avec simplicité et vérité, comme on écrit une 
lettre à son amie. 

Vous avez déjà très bien exposé, dans votre notice, quelques 
principaux événements de ma vie. On a pu croire par le 
be<iu côté que j'ai été la femme la plus heureuse. Eh bien, 
mon ami, ces hommages, ces distinctions si honorables, si 
flatteuses^ ont été t7*aversés par des peines bien cruelles^ 
causées par ce qui m'était le plus proche et le plus cher! Aussi 
c^est ce qui m'a souvent fait penser qu'il ne faut envier le. 
sert de personne, même de ceux que Von croit les plus heu- 
reux. Je ne mets pas au rang de ces peines de cœur, les 
traits envenimés de la calomnie qui m'a toujours poursuivie. 
Je les ai dédaignés parce qu'ils n'étaient dictés que par des 
gens qui ne m'avaient jamais connue. Malgré V intérêt que je 
porterai sur les événements remarquables, que ma position, 
dans le monde m'a mis à même de voir de prés, ainsi que 
les personnages les plus distingués de l'Europe que j'ai bien 
connus, je crains que mes mémoires ne paraissent fades en 
comparaison de tous ceux que l'on fait aujourd'hui. Vous 
saurés que je loge à présent, rue Neuve-des-Capucines, n^ 9. 

Donnez-moi de vos noiœelles et de celles de votre chère et 
aimable compagne. 

Venez me voir en attendant que je plante la crémaiére (sic) 
qui sera lorsque Je serai tout à fait arranjée (sic). 

Je suis toujours les samedis soirs, mais en très petit 
comité. » 

Le Clerc. Un mémoire de ce peintre adressé à 



(1) La lettre est pleine de fautes d'orthographei comme pres- 
que toutes les lettres d'artiste que je donne. 



' 1^.? 



272 LA MAISON D*UN ARTISTE. 

François de Neufchateau, le 21 fructidor an VI, et 
dans lequel il demande la place de professeur à la 
cinquième école centrale de la Seine, nous donne un 
petit morceau de la biographie de cet artiste qui 
n'en a pas : 

... J'étais salarié par l'ancien gouvernement comme 
attaché par lui à la manufacture- d'Aubusson; j*étois 
chargé de faire les tableaux formant une tenture, qu'elle 
en recevoit tous les deux ans 

La Révolution ayant détruit cet ordre de choses, j'ai 
perdu mon emploi, et avec lui, le fruit de quinze ans de 
travaux dans différents genres de peintures propres, à être 
exécutées dans cette fabrique, que j'avois fait pour parve- 
nir à en obtenir l'agrément. 

Comme peintre d'histoire, j'ai constamment exercé 
l'étude du dessein. Depuis vingt-cinq ans, plus de six 
cents feuilles de principes et d'études ont été gravées 
dans le goût du crayon, d'après mes ouvrages. Et le débit 
continuel qui s'en fait, tant en France que dans tous les 
États de l'Europe, où l'on cultive les beaux-arts, constate 
d'une manière certaine leur utilité publique : voilà les 
titres que je présentois à l'appui de ma demande, et aux- 
quels je joignois les pertes que la Révolution m'a fait 
éprouver, notamment celles que je fis sous le règne du 
vandalisme, lorsque mon atelier fut dévasté, et une 
quantité d'objets précieux et utiles à mon art furent 
détruits, sans que j'aie obtenu aucune part des secours 
distribués alors, en vertu d'un décret de la Convention, 
aux sçavants et aux artistes qui ont souffert de la Révo- 
lution. 

Si le besoin pressant d'être employé m'a fait, il y a 
deux ans, vivement solliciter une place, ma détresse 
n*a pu qu'augmenter dépuis ce laps de temps : j'ai une 
femme et deux enfants qui, ayant embrassé mon état» 



CABINET 1>Ë TRAVAIL. tn 

sont dans le cours de le'un études, et par conséquent k 
ma charge. 

Le Clerc {!), 
Peintre, me des Noyers, a* 30. 

IiEHOYHB. « Vie OU éloge historique de Jeaii-Bap- 
tiste Lemoyne, ancien. Directeur et Recteur de 
l'Académie royale de peinture et de sculpture par 
Dandré-Bardort, Paris, 1779 » ; rare brochure, ainsi 
que celles dont Dandré-Bardon est l'auteur. 

Malbeste. Nous publions ici le traité passé par ce 
graveur avec le libraire Lamy pour la gravure de 
«la Revue de la maison du Roi, par Moreau», traité 
qui, avec le petit motif gravé en spécimen, avec les 
échelonnements des payements, avec la gratiflca- 
tion en cas d'exactitude, avec le nombre d'épreuves 
d'eaux-fortes avant la lettre et d'épreuves ordinaires 
accordées à l'artiste, peut être considéré comme un 
type et comme un modèle des traités passés, en ce 
temps, entre un éditeur et un graveur. 

Nous, Pierre-Michel Lamy, libraire demeurant à Pans, 
quai des Aiigustins, voulant faire graver sur cuivre, ua 
dessein fait par Moreau le jeune, représentant « la Revue 
faite par le Roy des troupes de sa maison à la plaine des 
Sablons 11-, nous, Georges Halbesle , graveur, demeurant 
aussi à Paris, rue Saiiit-Martin, n> 242, demandant cet 

(I) La Clerc a mis son pnrtraitea tAte d'un cahier de principes 
de dessins. Il est représenté dans une gravure au lavis, dessE- 
nant soos le jour d'une fenêtre, dans le cadre d'un œil-de- 
boeuf, en bas duquel sont entassés une palette, une toile sur un 
chevalei, une télé eu plâtre, des cartons, des livres de dessin i 
l'usage des commençants. 



274 LA MAISON D*UN ARTISTE. 

V 

ouvrage, et ayant fait un petit groupe (1) d'après ledit des- 
sein, pour servir au sieur Lamy à juger de mon talent, 
dans cet état, nous dits Lamy et Malbeste soussignés,- 
avons fait le traité et convention, cy après écrits. 

i* Moi, dit Malbeste, promets audit sieur Lamy et m'o- 
blige envers lui de graver exactement ledit dessein, de 
même format que la planche de la Revue du Roy, gravée 
par Lepaon, de commencer tout de suite les travaux de la 
dite gravure, et de ne pas entreprendre d'autres ouvrages 
de gravure pour y travailler avant que celle-cy ne soit 
finie, m'engageant encore à ne rien épargner pour la 
perfection de la dite gravure, afin qu'elle soit au moins 
aussi bien faite que le petit groupe, que j*ai fait d'après 
ledit dessein, reconnaissant avoir reçu de mondit sieur 
Lamy tant le susdit dessein que la planche de cuivre sur 
laquelle je dois faire la gravure. 

2® Le prix des ouvrages ainsi que des retouches à faire; 
s'il y écheoit, pour la perfection de la gravure dudit des- 
sein, a été fait et convenu entre nous à trois mille trois 
cents livres, payables par moi, dit Lamy, en neuf paye- 
mens, dont le premiet* de deux cent soixante-quinze livres 
a été fait à l'instant, moi, dit Malbeste, reconnaissant avoir 
reçu du mondit sieur Lamy, la dite somme de deux cent 
soixante-quinze livres dont je le tiens quitte, et à l'égard 
du second terme de payement de pareille somme de deux 
cent soixante-quinze livres, il sera fait, lorsque la première 
opération de gravure de la dite planche à l'eau-forte sera 
à moitié faite, ce que moi, Malbeste, promets avoir, fait 
d'ici à la mi-mars prochain. Le troisième payemeut de 
cinq cent cinquante livres, aussitôt que la gravure de la 
dite planche à l'eau-forte sera finie, ce que moi, dit Mal- 
beste, promets avoir fait dans le mois de juin prochain. Le 
quatrième payement de deux cent soixante-quinze livres 

(1) La petite gravure de l'homme du premier plan auquel le 

vent enlève son chapeau. 



CABINET DE TRAVAIL. 275 

sera exigible, lorsque les deux de ladite planche seront à 
moitié faits, ce qui sera dans le mois de septembre pro- 
chain. Le cinquième payement, aussi de deux cent soixante 
quinze livres, échoira lorsque les cieux de ladite planche 
seront finis : ce qui sera dans le mois de décembre de 
Tannée prochaine. Le sixième payement, encore de deux 
cent soixante-quinze liyres, lorsque les figures de ladite 
planche seront faites à la moitié, ce qui sera à la moitié 
de février mil sept cent quatre-vingt-sept. Le sepUéme 
payement, de même de deux cent soixante-quinze livres, 
sera fait lorsque la gravure des dites figures sera achevée, 
ce qui sera dans le mois de mars mil sept cent quatre- 
vingt -sept. Le huitième payement, pareillement de deux 
cent soixante-quinze livres, lorsque la planche sera aux 
premières épreuves, ce que moi Malbeste, promets pour la 
fin du mois d*avril mil sept cent quatre-vingt-sept. Le 
neuvième et dernier terme de payement de huit cent 
vingt-cinq livres sera fait Iwsque tous les ouvrages à faire 
pour ladite gravure seront finis et que moi, Malbeste, rendrai 
ladite planche dûement gravée, ainsi que les sttsdits desseins, 
ce que je promets pour la fin de juin mil sept cent quatre- 
mngt'Sept* 

Déclarant réciproquement que, par l'indication des épo- 
ques de payement ci-dessus, pour tout ce qui reste dû du 
prix de ladite gravure, nous n'entendons que déterminer 
la proportion convenue entre nous de la progression des 
payeonents à celle de Favancement de l'ouvrage, de ma- 
nière à n'exiger aucune antre avance, et conséquemment 
que sans attendre les époques cy-dessus énoncées, si moi, 
dit Malbeste, parvients à les anticiper en avançant les ou- 
vrages, les divers payements du prix me seront faits aus- 
sitôt que je seray parvenu aux différents degrés cy-dessus ; 
je serai tenu d'attendre, pour exiger le payement, jusqu'à, 
ce que j'aie complété la partie de l'ouvrage correspondante, 
sans pouvoir l'exiger plus tôt, et, à cet effet, de donner 
connaissance de l'état des travaux h, niondit sieur Lamy. 




•270 LA. MAISON D*UN ARTISTE. 

3» Indépendamment des termes de payement cy-dessas 
stipulés, auxquels moi, dit Lamy, promets de satisfaire à 
leur échéance, je m*engage en outre de payer par forme 
de gratification audit sieur Malbeste, s'il me rend ladite 
planche bien et dûement gravée , finie et prête à en tirer 
des épreuves, pour être mises en vente dlci au dernier mai 
mil sept cent quatre-vingt-sept, une somme de trois cents 
livres, que je lui payerai en môme temps que celle de huit 
cent vingt-cinq livres du dernier te.rme cy-dessus stipulé, 
laquelle promesse, qui est convenue conditionnelle, sera 
comme non avenue et de nulle valeur, si ladite planche 
n'était pas gravée, finie et rendue ledit jour dernier mai 
rail sept cent quatre-vingt-sept, et, au contraire, dans le 
cas, où moi, dit Malbeste, n'aurai pas fini et rendu ladite 
planche d'icy au dernier juin mil sept cent quatre-vingt- 
sept, je m'engage à souffrir par forme d'indemnité, une 
diminution de trois cent livres sur le montant du prix cy- 
dessus stipulé de trois mille trois cent livres, au moyen 
de quoi le dernier terme de payement ne sera plus dans 
ce cas, que de cinq cent vingt-cinq livres au lieu de huit. 
cent vingt-cinq. 

4<> 11 est réservé à moi, dit Malbeste, douze estampes à 
l'eau-forte, douze au fini avant la lettre et six idem avec 
la lettre, dont le papier sera fourni et les frais d'impres- 
sion payés par moi, dit Lamy, promettant expressément 
moi, dit Malbeste, de ne faire tirer aucune épreuve de la 
dite planche par aucun autre imprimeur que M. Dubu, 
promettant aussi de n'en faire tirer que. deux épreuves à 
chacun des différents degrés de perfection de la dite plan- 
che, et à mesure que la gravure avancera. 

Tout ce qui est écrit cy-dessus a été convenu entre nous 
sous notre promesse réciproque de l'exécuter de bonne 
foy, à peine de tous dépens, dommages et intérêts. Fait 
double à Paris, le douze décembre mil sept cent quatre- 
vingt-cinq. 

G. Malbeste. 



Mabillier. Du vignettiste à la mode, dont l'exis- 
tence est tout à fait inconnue, voici une lettre qui 
nous le montre, à la fin de sa vie, retournant à son 
premier métier, à la gravure : 

Beaulieu, le 13 germiiiitl an XII (3 avril 1604). 

Il Bit très vrai que l'eau-forte que j'ai faite ■pour vous 
m'avoit effrayé par la nouveauté de son objet, par la perfec- 
tion du dessin et par mon inexpérience dans la partie d'ar- 
chitecture; mais mettant une sorte d'amour-propre à lutta' 
contre les diffieultés, j'ai employé pour les vaincre beaueoitp 
de temps et de soins. Néanmoins je craignois de n'avoir pas 
réussi à votre gré, et je le craignois d'autant plus, que le 
vernis de la planche que M. Degentk m'avoit préparée étant 
venu à s'écalier (sic) pendant la morsure, je ne présumais 
pas que les épreuves pussent offrir un ton de couleur suffi- 
sant. Vous avez ta bonté de me rassurer; cependant, tant 
que je n'aurai pas vu d'épreuoes, je ei'oiroi que la satisfac- 
tion que vous me témoignei est l'effet de votre indulgen'e. 
Si raonsieur Degenth, qui a eu la complaisance de me les 
faire tirer, ne tes a pas remises à mon frère, je vous prie de 
lui dire de tes r^nettre à M. Ferousat. mon voisin, porteur 
de cette lettre, qui aura la bonté de me les apporter. 

Vous pourra aussi profiler de cette occasion pour me faire 
. parvenir mes honoraires, que j'aurais désiré que vous fixas- 
siez vous-même; mais puisque vous ms força à m'expliqw:r 
sur eet objet, si souj trouoez que huit louis soient trop ^her 
relativement aux spéculations commerciales, vous pome:. 
réduire cette somme au niveau des autre», attendu que ma 
première ambition est celle d'imiter votre honnêteté. 

Je vous prie aussi de retenir, sur ce que vous remettrez ù 
mon voisin, le prie du port de la planche et du tirage que 
M. Degmith a avancé pour moi, n'étant pas juste qu'en 
m'obligeant, ii en soit pour ses frais. 

I. 24 . 



f78 LA MAISON D'UN ARTISTE". 

Comme le nouoel exercice que je fais de la gravure, doit 
me rendre peu à peu la facilité et Vexpérience que j'avois 
acquises en ce genre, je pense que, si vous me chargez de 
nouvelle besogne , vous en serez plus content; vous pouvez da 
moins être persuadé que j'y apporterais tous mes soins, 

rai l'honneur d'être, avec un véritable attachement. 

Votre serviteur, 

Marillier* 

La lettre est adressée au graveur Tilliard qui a 
écrit en marge : « Remis au sieur Feroussat pour 
M. Marillier la réponse à la présente. J'ai joint un 
billet de cent quatre-vingt-dix livres, payable au 
20 messidor prochain, et 40 francs que j'ai remboursés 
au sieur Degent, font les 8 louis portés en la présente.» 

Mabîn. Du continuateur et de Témule de Clodion, 
un petit recueil de mémoires et de lettres nous per- 
met de donner quelques détails inédits sur sa vie. 
C'est d'abord un mémoire daté du 19° vendémiaire, 
an IV de la République, où il se plaint d'avoir eu 
brisé, au Salon, un modèle en terre représentant la 
Maternité, exécuté pour le citoyen Pillot, et brisé 
de manière à ne pouvoir être réparé, les têtes ayant 
été emportées, sans doute, dit-il, « afin d'en copier 
les expressions et les intentions ». Il estime sa i>6rte à 
la somme de 5,000 livres et sollicite une indemnité 
de la commission d'Instniction. 

Dans un autre mémoire, il réclame pour une statue 
en plâtre, mesurant S^^SO, et représentant une Paix 
offrant l'olivier, exécutée pour la fête du 18 brumaire 
an X, et pour en avoir fait faire le moule à atttx perdu, 



CABINBT DE TBAVAIL. t7» 

remonté et réparé fe plâtre, présidé au transport et à la 
mise en place dans le Temple : le tout avec célérité, tant 
de jour que de nuit, et remploi dispendieux d'hommes 
nécessaires, û réclame 3,000 livres, prix convenu. 

Puis, dans une lettre, datée de février 1814, et 
adressée a M. Yern, le sculpteur annonce son instal- 
lation définitive à Lyon : 

Le lendemain du jour (écrit-il) oô je suis arrivé, je me 
suis présenté à mes collègues et au directeur de cet établis- 
sement, M. Artaux. Us ont pensé que, vu la circonstance, je 
devais loger au Palais des Arts, ci-devant palais de Notre- 
Dame de Saint-Pierre; vous pensés bien, mon ami, combien 
j'ai été sensible à ces douces paroles, et que de suite, sans 
délibérer un instant, j'ai été chercher mon petit bagage à 
rhôtel du Farc, où j'avais passé la nuit avec grande inquié- 
tude,.. Me voilà donc, depuis trois semaines, occupé jpar ce 
nouvel emploi, donnant des leçons de sculpture, et dans les 
intervalles, occupé à faire quelques petites choses pour moi, 
en attendant les beaux jours pour exécuter quelque chose 
pour le Salon, si le temps le permet. 

Je me suis mis en pension chez une bonne dame veuve, 
fort âgée et très dévote, dont la cuisine est douce et bonne..» 
Je n'éprouve pas cet ennui mortel que fait éprouver un dé" 
placement, je m'occupe beaucoup; sans cela, je tomberais 
dans des ré/lexions accablantes, au lieu que par le travail je 
m'oublie, et crois souvent être à Paris, et voir toutes mes 
affections. Une chose à laquelle j'ai peine à m' habituer, c'est 
ce tambour presque perpétuel... 

Dans une autre lettre datée du 4 juillet, Marin dit : 

Ma place est assez douce, mais les appointements ne sont 
pas payés en totalité ; depuis un an, l'on ne touche que les 
deux tiers de ce qui est accordé : cela se rétablira peut-être 
im jour...^ 




MO LA MAISON D'UN ARTISTE. 

Mais, en dépit de cette perspective, Marin s'en- 
nuie à Lyon; il se rappelle au souvenir du maréchal 
Gouvion Saint-Cyr, et dit à son correspondant, qui 
s'est mis à sa disposition, que la seule chose à faire 
pour li\i, est de travailler à le rapprocher de Paris et 
de ses amis, et que le jour où il lui en écrira la cer- 
titude, ce sera mon bon réveil du matin. 

Une dernière lettre du 10 août 1815, toujours da- 
tée de Lyon, est une longue lamentation : 

Combien le séjour de Lyon me devient insupp07*table et 
je cherchais joumeilement à invoquer la raison 'pour me 
donner la force de supporter une prioation aussi grande que 
celle de ne pas être auprès de mes amis... Quel pays pour 
un sculpteur que la ville de Lyon! quel pays où, Von ne peut 
pas compter un ami, et dans les instants où Von en pour- 
roit avoir plus de besoin l Quelle consolation n'éprouve-t-on 
pas après avoir causé avec un ami! Combien vous m'avez 
fait éprouver de fois ce bon temps ! Ces instants se retracent 
sans cesse à ma mémoire... que de tableaux doux et aima- 
bles!... Avec quelle complaisance la mémoire les retrace au 
coBur! Aimables rêveries et tendres ressouvenirs, quand 
pourrai'je en retrouver les souvenirs enchanteurs... J'ai pé- 
niblement travaillé de mon art sans travaux commandés. 
Bien ne fatigue le génie comme de se voir dans un pays.., 
où les habitants ne daignent pas regarder : c'est l'argent 
seul, c'est ce qui en rapporte qui a prise dans cette ville. 
Oui certes, il y a de grandes fortunes... mais ce n'est pas le 
pays des arts, ni des artistes, grand Dieu! Quel maudit 
espoir m'a porté à si bon marché dans cette ville... J'éprouve 
encore, mon ami, une contrariété qui n'est pas petite, c'est 
de ne pas être payé de la totalité de mes appointements, at 
lieu de cent louis par an, je ne touche que 1400 francs 

Masqubuer. « Notice nécrologique sur N.-F. Mas- 



CABINET DE TRAVAIL. «81 

quelier, dit le Jeune, graveur lillois. Lue à la Société 
d'Amateurs des sciences etarts de Lille, dans sa séance 
du 11 août 1809, par Bottin, membre résident. » 

MoREAU. Notice sur M. Moreau (extrait du Monitew^ 
n° 355, an 1814). Notice qui, jointe aux notes biogra- 
phiques par Lemonnier, écrites à la sollicitation de 
la Société philotechnique, dont Moreau faisait partie, 
et à la nécrologie; perdue dans le volume de Ponce 
sur les Beaux-arts, résume ce que les contemporains 
ont imprimé sur le merveilleux dessinateur. 

MiQUE. «Dénonciation de Richard Mique, architecte 
de la Reine, ses cruautés, ses barbaries envers son 
frère qu'il a renié et fait mourir à Bicêtre, et pré- 
sentée à l'Assemblée nationale par Catherine Mique, 
fille de l'infortuné Mique. » 

Catherine Mique dénonce son oncle, comme ayant 
accusé son père de désertion, de supposition de 
personne, de bigamie, de profanation des sacrements. 
Cette dénonciation devait, à quelques années de là, 
faire périr l'architecte de la Reine, dans la fournée 
des 58 personnes du 19 messidor an IL 

Natoire. a Mémoire pour le sieur Natoire, peintre 
du Roi, chevalier de l'Ordre de Saint-Michel, Direc- 
teur de l'Académie royale de France à Rome défen- 
deur, contre le sieur Adrien Mouton, ci-devant l'un 
des élèves de ladite académie. C'est le mémoire à 
propos du billet de confession de Mouton qui fit 
tant de bruit. » 

Nim. « Jean-Baptiste Nini, ses terres cuites par 

A. Villers, Blois 1862. » Petite brochure devenue 

24. 



LA MAISON D'UN ARTISTE. 

rare, contenant un essai de catalogue des médaillons 
de l'original ciseleur en terre. 

Paris. « Notice sur M. Paris (Pierre-Adrien , ar- 
chitecte du Roi et dessinateur de son cabinet (sans 
lieu ni date). 

Portail. « Notice sur le peintre Pierre Portail par 
Dugast-Matifeux » (sans lieu ni date). 

QuENEDEY. De l'inventeur du physionotrace, une 
lettre autographe, adressée au maire du II® arron- 
dissement, le 1*' février 1816 : 

Bdme Quenedey, né dans la paroisse de BiGeys-le-Haut 
(Aube) le il décembre 1756; un peu moins d'un an de Vàge 
requis pour l'exemption naturelle ; mais'ayant des douleurs 
rhumatismales alternativement qui souvent me privent dé 
Vusage du bras gauche, et ayant tous les hivers un rhume 
cathareux qui me fait cracher le sang. En voilà beaucoup 
plus, -monsieur, pour me faire préférer de coucher en prison, 
pourvu qu'elle soit à l'abri des injures du temps, à faire 
faction, au milieu de la rue, de nuit, soit en hiver, soit en 

RosALBA. « Diario degli anni MDCGXX et MDGCXXI, 
scritto di propria mano in Parigi da Rosalba Gar- 
riera, dipintrice famosa, publicato D. Giovanni Via- 
nelli. Yenezia, nella Stamperia Goletti, 1793. » G'est le 
journal, du séjour en France de la Pintresse au pastel, 
et qu'a traduit M. Sensier. 

Saint-Aubin. Une série de placets et lettres d'Au- 
gustin de Saint- Aubin, dont j'ai donné la plus grande 
partie en le fascicule des Saint-Aubin, dans « FArt 
du XYiii® siècle » • 

Saint-Non. « Notice de Jean-Glaude Richard de 



CABINBT DB TRAVAIL. 283 

Sairt-Non, abbé commeadataire de l'abbaye da 
Poultières, diocèse de Langres, amateur honoraire 
de l'Académie de peinture par Gabriel Btizard. De 
l'imprinieriede Clousier, 1792.» Notice rare de l'abbé 
aquafortiste. 

Sauvage. D'une correspondance de ce peintre, 
imitateur en grisaille de la sculpture, avec M. de 
Fontanel, garde des dessins de l'Académie de Mont- 
pellier, j'extrais une lettre : 

MoTisieur et ami. 

Si je n'<U pat répondu tout de amte à celle gue vous m'a- 
vet adressée, c'est que je suis presque toujours absent de 
chez mov aioTtl une besogne considérable à Saint-Cloud où 
je fais le plafond de la chapelle de la Reine . Je suis là pour 
tout l'hiver : quant à ce que vous me demandéi, j'ai fait 
toutes les informations possibles sans savoir. Hessieurs les 
entrepreneurs de papier ont bien soin de cacher leurs pein- 
tres : ce n'est pas la première fois que je fais ces récherekes. 
L'été dernier, pour obliger une dame de la campagne, j'ai 
fait différents dessins, comptant sur ces mêmes peintres pour 
les faire exécuter en papier : je n'ai jamais pu les trouver. 
Je dùnnois mes dessins à Robert, marchand de papier sur le 
boulevard Montmartre, qui me les fit faire et en mime tems 
les fU doubles pour lui. Je suis fâché de n'être pas plus heu- 
reux dans mes recherches. Je compte toujours emploier le 
prunier moment que j'aurai pour vous remercier de l'excel- 
lent vin de Frontignan, que voits avez eu la bonté d'envoier 
à madame Sauvage. J'espère que vous Irouuweî ce genre de 
boite assez drôle; l'on m'en demande beaucoup, mais je n'en 
fais guère, je suis cette année dans le plafond. Je suis à finir 
celui du cabinet de M. le duc de Praslin ; toutes ces grandes 
choses m'empêchent de m'appliquer au petit, et je n'en suit 
pasfdahé. Je m'en trouve bien de toute façon... Je m tait 



--ar-r-»- 



284 LA MAISON D'UN ARTIS|TE. 

si M. de Joubert reviendra bientôt, je n'ai plus de ses nou-- 
veîkSj et, à son dernier voyage à Paris, je n*ai pas été chez 
fui. Je ne le vois plus qu'aux assemblées de VAcadémie, 
sans cependant être brouillé, mais je n'ai pas à me louer de 
son fils, quoiqu'il ait fait tout au m^onde, pendant le dernier 
Salon, pour me dissuader de ce que Von m'avo\t dit. Il m'a- 
voit accusé d'avoir engagé son père à se présenter à V Acadé- 
mie comme amateur, pour le mieux engager à acheter des 
tableaux. Comme je ne me suis jaxnais mêlé à faire acheter 
des tableaux à M. de Joubert qu'il ne m'est arrivé qu'une 
fois de. lui conseiller d'en faire faire un, par Taunay, étant 
à Rome, ce qu'il a fait. Le tableau a été payé 600 livides, 
prix que j'ai fait moi-même; j'ai dit après ce propos tenu 
que je reprendrai le tableau pour 40 louis, car il les vaut. 
Mais tout cela vient d'un nommé Gaudefrois, raccommodeur 
de tableaux qui les a empaumés, et cet homme n'aime pas 
les artistes dans les maisons où il va. Voilà le mot. Je vou^ 
dis tout cela entre nous; je vous prie que cela ne passe pas. 
M. de Joubert m'a toujours comblé d'amitiés, je lui ai dit 
tout bonnement pourquoi je n'allais plus chez lui : apparem- 
ment qu'il en a parlé a son fils, qui m'a accosté et à qui j'ai 
dit vertement ce que je penscii. Voilà les hommes. Monsieur : 
il faut les prendre comme Us sont. 

Je suis bien mortifié de ne. pas faire votre affaire; si je 
puis découvrir quelque chose à cet égard, vous le saurez tout 
de suite. Pour vos pa-^nei^s ordinaires, et même du joli, il y 
aune manufacture nouvelle, rue de Seine, à côté duJm^din 
du Roi. C'est un Hollandais de ma connaissance, et ami de 
M. Spandonck, nommé Wemex, si vous vouliez en essayer, 
vous me le manderez, pour la promptitude je l'ai toujours 
fait employer avec plaisir. 

Je suis pour la vie, Monsieur, votre ami 

Sàuvagb. 

Surtout motus sur les messieurs Joubert, 

Paris, ce 13 décembre 1787. 



■d_i 



SuRUfiUB. Une lettre du graveur Louis Surugue, 
datée da 30 octobre et adressée à M. Lemoine, rece- 
veur général des salines du Roi, à Moyenvic en Lor- 
raine, nous donne de son vivant le pris de ses gra- 
vures. Le portrait de l,i Sylvia coûte 2 livres, t^elui 
de la Desmares 2 livres 2 sols, le portrait de la mar- 
quise *" {M"' de Mouchy) en habit de bal, 2 livres. 
La Gamargo et la Salle, grandes estampes dans des 
paysages, sont au prix de 3 livres, chacune. 
'SwEBACH. De ce peintre, devenu directeur de la 
manufacture impériale de Russie, une volumineuse 
correspondance pendant les années i 8i 9-1 820 , 
adressée à Louis Larcher de Saint-Vincent, nous le 
montre pendant ces années, brocantant là-has, selon 
son expression, « comme un dtable ». 

Saint-Pétersbourg, le 13 mars 1809. 
Mon cher Louis, 



Pour les terres et la maison de Chûfeau-Tkiemj (I), fais 
poto" le mieux et comme pour toy, voulant me déb'iiiasser 
de ces deux drogues, et ayant l'intention de réuniv le plus 
possible en argent comptant, en ce moment ayant en plus de 
ce que tu as en main, une trentaine de mille francs, dont 
partie est déjà à Paris, et espérant encore, d'ici à mon dé- 
part, augmenter mon lopin, quitte à voir ce que j'en ferai 
quand je serai à Paris. 

Tu seras vraiment étonné quant tu revetras Edouard, qui 
est devenu un grand et beau garçon, ayant tris bonne tour- 



(1) Je rétablis l'orthographe. 



LA MAISON D'UN ARTISTE 

nuré et un talent auquel tu ne t'attends pas. Je te promets 
que le premier tableau qu'il fera à Paris, sera pour toy. 

Quant à mes espérances ici, elles sont bien faibles. On 
promet ici beaucoup et on ne tient rien. J'ai affaire aux plus 
vilaines gens qu'on puisse connaître. Les Busses ne sont p€të 
beaux à voir chez eux, et, je le répète, il faut mériter d'4irû 
pendu chez nous pour venir ici. 

Le climat et tout ce que l'on m'a fait souffrir ici^ ont dé' 
irait nia santé, et de plus je désespère d'être récompensé, et 
ce n'est qu'à force de privations que j'ai amassé quelque 
chose, pour qu'il ne soit pas dit, que j'avais fait huit cents 
lieues, en pure perte. 

Écris-moi quand tu pourras, je n'ai plus que toi, les avJres 
m'abandonnent. Ma sœur ne me donne plus de nouvelles, 
parce que j'ai refusé de lui prêter 45,000 francs; Maillard 
parce que je ne veux pas qu'il vende mes tableaux et en 
employé l'argent, enfin qu^en bon ami, je ne %ieux pas faire 
bourse commune. 

r espère après le jour heureux, où je pourrai vous embras- 
ser tous, et boire, à votre bonheur, ce bon vin de France, dont 
je ne bois pas tout mon saoul dans ce maudit pays. 

J'espère à mon retour vivre tranquille au milieu de mes 
enfants et du peu d'amis que j'ai. Je serai peu riche, mais 
je suis sans ambition, je travaillerai jusqu'à la fin de mes 
jours, mais pour m' amuser, et je n'espère qu'après le repoSm 
Ma tâche en ce monde approche de sa fin • • 

SWEBACH* 



CABINET DE TEAVaIL. 



Saint-Pëlersbourg, ce 28 juillel " 
Mon cher Louis, 

Je vient d'expédier •poar Frcmce detix caistes qw 
dresse. 

Je prépare tout pour mon retour, malgré que je m 
pas encore indiquer l'^oque juste, n'étant pas dans i 
où l'on puisse faire toujours ce que l'im veut, et doti 
tarde fort de sortir. 

Je m'ennuie beaucoup, mais je me porte «n peu n 
je crois que je pourrai reconduire ma pauvre cart 
France, et que nous pourrons rire entore quelquef 
dépens des ultra des deux côtés, étant tout naturel gi 
âge on soit tout ventre. En rentrant, je pourrai dit 
vu de prés toute espèce de forme de gouvernement, et 
t'en donner des nouvelles. 

Chose assei drôle, &est que dans cefoys, dans le % 
nous sommes entourés de trois fortta qui brûlent, dnm 
éloignée est à deiu! heure». Ces forits se sont enflamn 
ta force et continuité de la chaleur excessive, que nou 
éproaoie ici, depuis plus de six semaines. Elle a été 
à Pombre. Voilà un avantage de ce pays. Les hivt 
longs à la véritÉ, mais ordinairement secs et vraimeni 
bes, et l'ité court, mais aussi beau gu'en Italie. Ce q 
le climat pemici^uw est la transition subite de la chc 
froid, ce que j'ai vu arriuer quelquefois plusieurs fc 
un jour. La végétation est superbe et (fune rapiifti 
nante, et c'est dans ce pays ip^existent les phts bea 
dins â l'anglaise du monde, tes nôtres ne sont que det 
titres à côté, en nnson de la cherté du terrain, qa 
coiïte rien 



28$ LA MAISON D^UN ARTISTE. 

Saint-Pëterebourg, 20 janvier 4820. 

Moti cher LouiSf 

Du reste, mes affaires vont assez bien. Outre les 4,200 fr, 
de rente que tu as entre les mains, il y eria encore 4,400 en- 
tre celles de M, Baguenault, banquier, plus \ \ ,008 francs 
en caisse chez lui, et \2 à \^ à recevoir ici. Mon engagement 
est fini, on m'a fait des propositions extravagantes pour me 
retenir, que f ai refusées. On s'est rebattu sur m^on fils; fai 
refusé de même, Edouard ayant besoin de Paris pour son 
talent. Je suis en attendant les papiers qui me sont nécessai- 
res, pour partir à Moscou. J'ai vendu tous mes effets, voitures, 
chevaux et autres, et je bous d'impatience, attendu qu'il 
m'est promis par le ministre l'ordre de Sainte-Anne pour ré- 
compense de mes services, et que de jour en jour je Toi* 

Ce 2 mars 4820, Moscou. 

Mon cher Louis, 

Tai fait de bonnes affaires ici. Je rapporte une énorme 
quantité de curiosités, telles que pierres gravées et bijoux. 
J'ai reçu beaucoup de cadeaux. Enfin je suis fêté d'une ma- 
nière extraordinaire, et^s'il ne m' arrive pas d'être malade en 
route, tu me verras à Paris fort content. En cas de malheur, 
tu sauras quHl me reste encore 16 à 47,000 francs sur 
M. Baguenault, banquier. J'en ? apporte encore 40,000 et un 
peu plus de 25,000 livres de boîtes dorées, de bagues en bril- 
lants et autres pièces précieuses, turquoises superbes, talis- 
mans turcs et arabes, antiques, pierres gravées de toute 
espèce. Tu vois que mon voyage a mieux fini qu'il n'avait 
commencé. Mes tableaux ici font fureur. J'ai constamment 
cinq à six seigneurs qui se les disputent, à mesure que je 
les fais, et j'en profite pour leur vendre plus cher,,. 



1 

■ 



CABINET DE TRAVAIL. 289 

Moscou, ce 15 mars 1820. 

Mon cher Louis, 

Je me 'porte bien et j'ai vendu ici pour prés de 8,000 fr. 
de tableaux, et comme il m'en restait encore pour prés de 
30,000 francs, et que je n'ai pas le temps de les vendre 
comme je le désirerais, j'ai pris le parti de les troquer contre 
de belles pierres gravées et beaux camées antiques et autres 
bijoux et curiosités de facile transport, ayant Vintention, à 
mon passage en Allemagne, de tâcher de m'en défaire avec 
avantage» Nous sommes ici continuellement en bombante, 
les seigneurs nous envoient leur.'» voitures , et nous allons de 

fêtes en fêtes Voilà enfin notre voyage qui tire à sa fin^ 

assez heureusement; nous passons par rienne et Munich 
ajnrés avoir traversé la Pologne et la Russie dans sa plus 
grande longueur, et le résultat siir dudit voyage est 60>000 fr,, 
25,000 à 30,000 fr, d'objets précieux, et la croix de Sainte- 
Anne : toutes ces choses ne sont pas trop bêtes, et il me ser/t" 
ble que cela valait la peine de les venir chercher. J'ai bien 
souffert à la vérité, mais je crois cependant que je rappor- 
terai mes os dans ma patrie. 

Si tu vois Maillard, préviens-le de mon arrivée; je rap- 
porte en France du lapis , du superbe outremer venant des 
Indes et de la Chine par les Boukares, de plus la collection 
complète des jades, agates, marbres, porphyres de Sibérie et 
d'Asie, en outre plus de cinquante bagues antiques, camées, 
pierres gravées ..et autres; en plus, j'ai reçu des cadeaux de 
plusieurs seigneurs et j'en ai d'un prince Baratinski et de 
Yousof et d'un comte Golowine ([). Tai aussi une collection 
de belles améthystes, topazes, aigues-marines , rubis, éme- 
raudes, opales et cornalines».. J'ai brocanté dans cette 

(1) Dans une dernière lettre, datée de Kiew,-23 mai 1820, oti 
il est en route pour revenir en France, Swebach annonce qu*fl 
emporte la commande de quinze tableaux* 

1. 2a 






290 . LA MAISON D*UN ARTISTE. 

ville comme un diable. L'outremer se vend ici à îa livre. Je 
n'exporte pas de fourrures, elles sont ici plus chères qu*à 
Paris... 

Vanloo. « Vie de Jean-Baptiste Vanloo, professeur 
dlB TAcadémie royale de peinture et de sculpture, 
par M. Dandré-Bardon, recteur. Paris, Louis Gel- 
lot, 1779. » 

Vanloo. « Description d'un tableau représentant 
le sacrifice d'Iphigénie par Carie Vanloo,(par Gaylus),. 
Paris, Duchesne, 1757. » 

Wailly. « Notice historique sur Charles de Wailly, 
architecte... Lue à la séance publique de la Société 
philotechnique, le %0 brumaire an VU, par Joseph 
Lavallée. De L'imprimerie de la Société des amis 
dés arts, an VIT. » 

WiLLE fils. Une supplique à la duchesse d'An gou^ 
lême, en date du 9 janvier 1825, du malheureux pein- 
tre, âgé de 73 ans, ayant perdu, aux mauvais jours 
de-ia Révolution, la fortune amassée par son père, et 
incapable de pajer la pension à Charenton de sa 
femme, devenue folle. 

Nous terminerons cette étude des livres d'art, 
par une énumération des livres concernant la cu- 
riosité et une revue des catalogues de vente du 
xviii'* siècle. 

Et d'abord un petit livre rarissime, qui mérite d'ou- 
vrir le chapitre de la curiosité : Relation en forme de 
LETTRE, sur ks dépenses suggérées par un goût outi^é 
pour des curiosités passagères, ou par une passion désor- 
donnée pour différents genres de compilations. Terminée 



CABINET DE TRAVAIL. SBl 

par vn expédient de bienfaisance (1). C'est une facétie 
passant en revue les goûts et les manies du tempe. 
On y rencontre le collectionneur de médailles, le 
collectionneur de coquilles dont les cabinets étaient 
si nombreux à cette époque; le colleclionTi«ur d'es- 
tampes o qui a enfoui 40,000 écus dans l'obscurité 
de 60 portefeuilles >> ; le collectionneur de partitions 
de musique, qui possède tous les divertissements, 
cantates, eantalilles, recueils de chansons, sonates, 
concertos, duos, solos, enfin tout ce qui a été im- 
primé ou gravé en fait de musique, depuis quarante 
ans; le collectionneur de biscuits et de terres cuites 
représentant tous les amours et les savoyards, les 
nymphes et les vielleuses, et qui échangerait l'An- 
dromède du Puget, pour les statuettes de Manelli, 
délaTonnelli,onde quelque virtuose du boulevard; 
le collectionneur d'argenterie et de boîtes bapoquci, 
demandant, tous les jours, un renotivellement de la 
forme , et dont l'opulence inquiète ne veut pas se 
contenter de l'orfèvrerie de Balin et du vieux Ger- 
main, de la bijouterie de Georges; le collectionneur 
de tentures de la Chine, qui se défait de ses tapisse- 
ries de Flandres, de Beauvais, des Gobelins, pour se 
procurer a les extravagantes beautés des peintres 
chinois». Mais de tous ces amateurs le type le 
plus passionné est une collectionneuse de p™»rce- 
laines, qui. après avoir donné dans la Chine et le 
Japon, dégoûtée par l'avilissement apporté à ires 

(1] Cette bi-ochure a été publiée anonymement. Elle est d'un 
avocat Dommé Yoa, et a paru ea 1757. 



I» LA MAISON D'UN ARTISTE. 

porcelaines par les envois de la Compagnie des 
iDdes, s'est jetée dans le Saxe, et après avoir dit 
que l'argenterie n'est bonne que pour des commis, 
des ■vieux militaires, s'écrie.: h J'avoue que le Saxe 
coûte un peu cher... Mais aussi j'ai huit services 
de tables complets, indépendamment de ce que j'ai 
déboursé pour faire remonter en Saxe mes glaces, 
mes lustres, mes pendules, ma toilette et ma garde- 
robe. En vérité, j'ai une passion pour le Saxe qui 
va jusqu'à l'adoration. Enfin je suis Saxe des pieds 

jusqu'à la tête 11 n'y a pas jusqu'à mon alma- 

nach et mes livres de piété qui ne soient reliés en 
Saxe, » 

A cette brochure il faut joindre: u Réflexions sdr 
lA PEINTURE ET LA GRAVURE, accompaguées d'une courte 
dissertation sur le commerce de la curiosité et les 
ventes en général, par Joullain fils aîné, 1786 »; « le 
RiipiîRToiai; DUS tableaux, dessins îît estampes, ouvrage 
utile aux amateurs, 1788»; et parmi les livres moder- 
n-?«, le LivRii-JounNAL de Lazare Duvaux, marchand 
bijoutier ordinaire du Roi, qui contient, de 1748 à 
175S, les achats des jolilés et bibelots de tous les 
curieux et les curieuses du temps : livres parmi les- 
quels doit prendre sa place : n la Confession publique 
DOBKOC.WTËun, Amsterdam, 1776 », brochurette où le 
sieur Feire-la-Afulr, au moment de mourir dans une 
tempête, confesse tous les h-ucs des marchands de 
tableaux du temps, trucs bien innocents, quand on 
les compare à ceux des marchands de tableaux con- 
temnorains. 



CABINET DE TRAVAIL. 293 

Maintenant, faisons le dénombrement des catalo- 
gues originaux. 

' Sur deux planches, rangés par ordre de dates, se 
succèdent tous ces petits et gros catalogues de vente, 
montrant, en une sorte d'obituaire des amateurs et. 
des artistes du xviii® siècle, le passage aux enchères, 
depuis le règne de Louis XV jusqu'à la Révolution, 
detout'le joli et exquis mobilier. d'art du temps : 
pauvres petites brochurettes autrefois si méprisées, 
et dont, en face l'Institut, j'ai vu remplie toute une 
boîte de bouquiniste à 20 centimes, et dans laquelle 
j'ai acheté le catalogue de Boucher, et dans laquelle 
se trouvait, au même prix, celui du peintre de Troy, 
ce catalogue qui vient de se vendre i ,000 francs à la 
vente de M. Heiset. 

Le catalogue sommaire des dessins de grands 
maîtres d'Italie, des Pays-Bas, de France... du cabi- 
net de feu M. Crozat (1741), la plus extraordinaire 
collection de dessins qui fut jamais, et composée des 
dessins de Jabach qui n'avaient pas été cédés au 
Roi, des dessins de M. de la Noue, l'un des plus 
grands curieux de È'rance, des dessins que made- 
moiselle Stella avait trouvés dans la succession de 
son oncle, des dessins provenant des débris de la 
collection Vasari, des dessins des Ganache achetés 
aux héritiers de Pierre Mignard, d'une partie con- 
sidérable de dessins de Raphaël, découverts par le 
collectionneur à Urbin, des dessins de Rubens sor- 
tant du cabinet d'Antoine ïriest, évêquo de Gand, 
des dessins provenant des ventes de milord Som^ 

25. 



► 



f94 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

mers à Londres et de Van der Schilling à Amsterdam. 

Le catalogue raispnné de diverses cariosités du ca- 
binet de feu M. Quentin de Lorangêre (174i); le ca- 
talogue de rénorme collection de tableaux, dessins, 
estampes, dans lequel est insérée l'intéressante no- 
tice de Gersaint sur Watteau. 

Lé catalogue raisonné d'une collection considéra- 
ble de diverses curiosités, en tous genres, contenues 
dans les cabinets de feu M. Bonnier de la Mosson, 
Bailly et Capitaine des chasses de la Varenne des 
Thuileries {iHi). Et c'étaient chez Bonnier delà Mos- 
son : 1** un cabinet d'anatomie, 2° un cabinet de chi- 
mie, 3° un cabinet de pharmacie, 4° un cabinet de 
drogues, 5° un cabinet du tour, 6** un premier cabi- 
net d'histoire naturelle, contenant les animaux en 
fiole, 7" un second cabinet d'histoire naturelle con- 
tenant les animaux desséchés, 8° un cabinet de 
physique, 9° un troisième cabinet d'histoire natu- 
relle contenant l'herbier, les coquilles parmi les- 
quelles se trouvait la fameuse coquille nommée la 
Scalota, la seule existante à Paris, et que M. Bonnier 
avait achetée 4,500 livres en Hollande : ces neuf cabi- 
nets ornés « de tout ce que l'art a pu imaginer de 
mieux et de plus agréable » comme sculpture re- 
cherchée et délicate, glaces, dessus de portes, etc. 

Le catalogue.... de feu M. le chevalier de la Roque 
(1745). M. de la Roque était l'ancien gendarme de 
la garde du Roi, à la jambe emportée par la ca- 
nonnade de Malplaquet, le privilégié du Mercure, 
I, l'ami de Watteau, dont il passait à sa vente les detrx 



CABINET DE TRAVAIL. IM 

tableaux des « Fatigues » et des n DélassBinents da 
la guerre. » 

Le catalogue des tableaux du cabinet d( 
ZAT, baron de Thiers (1745), l'inestimable 
passée en Russie. 

Le catalogue raisonné des bijoux, pc 
bronzes, laques, lustres de cristal de roche 
de goût.... provenant de la succession de A 
vicomte de Fonspertuis {i'!i^)■ C'est la coU 
plus rares porcelaines de la Chine et du Jà 
binet où les amateurs allaient apprendre à 
le vrai et le èeau, et qui renfermait les pli 
morceaux d'ancien bleu, avant la subst 
l'émail à l'azur naturel, et les morceaux le: 
et les plus crémeux d'ancien blanc. 

Le catalogue de tableaux et des objets 
terie... du sieur Grkssemt, ébéniste du pi 
feu S. A. L Monseigneur le duc d'Orléans (1 
les travaux rivalisaient avec ceux de Boul 
l'expert \aQte le contour simple et noble d 
modes, et l'incrustation épaisse et plci 
boites à pendules. 

Et des catalogues, j'en passe, comme j 
beaucoup passé, et comme j'en passerai er 
faisant une course à vol d'oiseau, àtrave 
mense inventaire de la curiosité- 

Le catalogue d'une collection de tableau 
estampes... de M. Lk Lorrain (1758), lors 
l'honneur d'être choisi par l'Impératrice 
pour être son peintre. 



29e LA MAISON D'UN ARTISTE. 

Le catalogue des tableaux... du comte de Vencb 
(1760), vente où s'adjugeaient pour 550 livres « l'Écu- 
reuse» et le « Garçon cabaretier» de Chardin, ces deux 
ïïierveilles de la peinture laiteuse, dont nous avons vu 
revendre l'un 23 ,200 fr. , à la vente de Camille Marcille. 

Le catalogue de tableaux. ..de feu messire Germain- 
Louis Chauvelin, ministre d'État (1762) parmi les- 
quels figuraient les tableaux de Watteau, connus sous 
les titres de la « Lorgneuse » et de « l'Accord parfait». 

Le catalogue de tableaux, dessins, .estampes... de 
feu J.-B. de Troy, directeur de l'Académie de Rome 
(1764), où se trouvait une collection d'esquisses de 
choix de l'école française. 

Le catalogue de tableaux, dessins, estampes... de 
Deshays, peintre du Roy (1765), vente dans laquelle 
étaient livrés aux enchères une grande quantité 
d'études et de dessins du gendre de Boucher. 

Le catalogue de tableaux, sculptures , dessins, 
estampes, porcelaines, bijoux, meubles précieux... 
du duc de Tallard (1766). Un cabinet en général 
formé de tableaux de l'école italienne, et où le duc 
n'avait consenti à admettre des maîtres de l'école fla- 
mande « qu'autant qu'ils avaient travaillé dans le 
gen re noble et sublime » .Dans les sculptures,bronzes, 
meubles précieux, était vendue une série de magoî- 
fiques lustres en bronze, à propos desquels l'expert 
déclarait que, « quoique les lustres de cristal aient 
absolument prévalu pour la décoration des appar- 
tements, un lustre de bronze doré a plus de noblesse 
et convient bien mieux pour un cabinet de peinture, 



CABINET DE TRAVAIL. 297 

OÙ un lustre de cristal devient trop brillant et rompt le 
bel accord, que tout amateur de peinture doit recher- 
cher dans l'assemblage des chefs-d'œuvre de Tart». 

Le catalogue... du peintre Aved (i7fi6), auquel il 
faut joindre le catalogue de sa seconde vente faite 
en 1770. Ce peintre, qui passait pour un des plus 
parfaits connaisseurs d'Europe, et qui avait mis dans 
sa collection tout son patrimoine et le bien de sa 
femme, avait réuni un choix de tableaux et de des- 
sins de ses contemporains, et toute une smte de 
natures mortes de son ami, et collaborateur dans la 
peinture de poi'traits, Chardin. 

Le catalogue des effets curieux... du cabinet de 
feu M. de Selle, trésorier de la Marine (1766), qui 
contenait, parmi des tableaux et des porcelaines, 
une suite de marbres, de bronzes, de terres cuites 
de François Girardon, Auguier, le Lorrain, Gaspard 
de Marsy, Antoine- Goysevoix. 

Le catalogue de tableaux originaux de différents 
maîtres, miniatures, dessins, estampes sous verre, de 
feu M""® la marquise de Pompadour (1766); petite 
plaquette de 32 pages, ne contenant que 99 numéros, 
et où n'apparaît rien de son somptueux mobilier. 
que nous retrouverons plus tard à la vente de sot? 
frère, le çaarquis de Ménars. Cette vente ne renferme 
de remarquable et de digne de la favorite, que les 
deux grandes compositions de Boucher « le Lever 
et le Coucher du soleil», qui font aujourd'hui partie 
de la collection de M. Richard Wallace. 

Le catalogue des statues en pierre, en plâtre, en 



« 



Î98 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

terre et bronzes, modèles et ustensiles d'atelier ^qui 
■ seront vendus cbez le sieur Aycard, sculpteur, à la 
Petite Pologne, près la barrière du faubourg Saiut- 
Honoré. 

Le catalogue raisnnné des tableaus, dessins, 
estampes et autres effets curieux, après le décès de 
M. de Jdlibnne (1767), l'anaateur par excelience du 
siècle, et dont la vente des tableaux de toutes les 
écoles, des laques les plus recherchés, des meu- 
bles de l'ébéniste Boule, était annoncée dans une 
vignette, par une Renommée apprenant à l'Europe 
que le cabinet de M. de Julienne était à vendre. 

Le catalogue de tableaux, groupes, figures de 
bronze, porcelaines rares... de feu M. G.mgnat, an- 
cien secrétaire du cabinet du Roy (1768); une des 
collections, dit l'expert Kemy.les plus recommanda- 
Wes entre toutes par l'excellence des choix. Les por- 
celaines de la Chine et du Japon sortaient des cabi- 
nets de S. A. R. Madame la duchesse d'Orléans, de 
la comtesse de Verrue, du prince de Carignan, du 
comte de Fontenai, le plus grand connaisseur en 
porcelaines. 

Le catalogue du sieur Ahand, peintre du Roy en 

son Académie royale de peinture, devant avoir lieu 

le '30 juin 1769 et jours suivants, rue du Cul-de-sac 

de la Bouteille, et consistant en tableaux, dessins, 

impes et autres ustensiles à l'usage de la pein- 

3. Ce catalogue, avec sa courte notice biographi- 

:, qui est, ainsi que pour un certain nombre de 

its peintres obscurs du xviii' siècle, tout cequ'on 



CABINET DE TRAVAIL. 199i 

possède à peu près de documents sur leur vie igno- 
rée , nous montre la misère d'une vente d'artiste 
de ce temps, d'un artiste qui n'est pas à la mode. On 
y voit son grand tableau de « Mercure et Argus » se 
vendre 49 livres^ son autre tableau de « Psyché aban- 
donnée par l'Amour » 52 livres, enfin son tableau 
de <( Soliman II devant lequel on déshabille des 
femmeS' esclaves », ne pas dépasser 80 livres. 

Le catalogue... de feu M. GAYKux,sculpteur (1769); 
une importante réunion de dessins, parmi lesquels il 
y en avait de Bouchardon, de Boucher, de Vanloo, 
de Pierre, de Natoire, de Jeaurat, de Gochin fils, de 
Greuze. 

Le catalogue des tableaux, figures, bustes de mar- 
bre, bas-reliefs é terre cuite, morceaux d'ivoire... 
de* M. Lalive de Jully (1769) ; collection con tenant 
les plus beaux échantillons de l'art français depuis 
Simon Voue! jusqu'ài Vien, et où se trouvait « le 
Père de feiraille; lisant la Bible » de Greuze, et le 
curieuK portrait de Watteau par la Rosalba. 

Le catalogue de tuijleaux, groupes de bronze, por- 
celaines... de M. Beringhen, premier écuyer du Roi 
(4-770), qui avait toute une collection d'animaux, de 
'^ches, de singes, en bleu céleste et violet. 

Le catalogue raisonné des tableaux, estampes, 
bronzes, terres cuites, laques, porcelaines de dift'é- 
rentes sortes... de feu M. Boucher, premier peintre 
du Roi (1771). A propos de ce catalogue, répétons 
que les catalogues qui n'avaient pas été employés 
avant nous, dans la biographie des gens, sont les 



.â 



■f 



300 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

naturels et les seuls introducteurs, en ce temps, dans 
les milieux de leur vie, et que pour l'explication du 
talent des artistes, ces inventaires dédaignés appor- 
tent de curieux renseignements. C'est ainsi que nous 
avons pu donner de la pastorale enrubannée du 
Maître, et la cLiarrueet la herse et le petit bateau de 
pêcheur: des modèles-joujoux; c'est ainsi que nous 
avons pu montrer le coloriste ve7*millonné des der- 
nières aimées, peignant dans un tendre embrasement 
de tons de coquillages et d'éclairs de matières pré- 
cieuses. 

Le catalogue de tableaux à l'huile, à gouache et 
au pastel, peintures de la Chine, enluminures, des- 
sins précieux, estampes... de feu Huquier, graveur 
(1771). Une nombreuse réunion de dessins et d'es- 
tampes renfermant un grand nombre d'académies, 
de tous les maîtres. On y remarquait une suite de 
recueils de dessins reliés en volumes,parmi lesquels 
il y avait 45 dessins de monuments de Rome par 
Poussin, les 150 dessins originaux à la sanguine de 
Gillot pour les fables de LainoUc, 39 dessins faits 
d'après les plombs de Meissonnier, une suite de 
150 charges à la plume et au bistre pour l'illustra- 
tion des Songes pantagruéliques de Pantagruel, par 
Huquier. Les dessins el les estampes laissés par 
Huqaier étaient en si grande quantité, qu'une 
seconde vente avait lieu la même année. ' 

Le catalogue ou plutôt les deux catalogues de 
M''*' Clairon (1773), dont la vente se faisait rue du 
Bacq, près le Pont-Royal. La collection préférée dft 



CABINET DE TRAVAIL. 301 

la tragédienne était une collection d'histoire natu- 
relle avecles divisions en minéraux, cristallisations^ 

k 

stalactites, pierres calcaires, agates, cailloux, jaspes, 
pétrifications, pierres fines, coraux, madrépores- 
antroites, méandrites, tubipores, fougipores, mille- 
pores, rétépores, lithophites, éponges, alcyons, ver- 
miculaires, lépas, oreilles de mer, nautiles, limaires 
nérites, buccins, tonnes, casques, rochers, pourpres^ 
volutes, olives, porcelaines, huîtres, peignes, cœurs, 
tellines, moules, oursins, opercules, coquilles ter- 
restres, fluviatiles, étoiles de mer. La seconde vente 
qui avait lieu un mois après, montrait aux regards 
des curieux, au milieu d'habillements de sauvages, 
de costumes turcs, de choses exotiques et d'estampes, 
les objets de ville usuels et familiers de la grande 
actrice : une navette de laque rouge à cartouche de 
laque noir et or, doublée de nacre et garnie en or ; 
une écritoire de trois pièces, en cristal de roche, 
garnie en or, sur un plateau en éventail de laque fond 
noir avec arbres et fabriques en or et bordure aven- 
turinée ; un souvenir d'or de couleur avec des car- 
touches à portraits et cure-oreille d'or d'Allemagne; 
une montre ovale, à huit pans, dans une boîte de 
cristal de roche d'un travail ancien et délicat ; un 
porte-crayon et un dé d'or; un étui^ aiguilles d'or; 
un berloquier d'acier garni de cinq flacons, d'une 
paire de ciseaux damasquinés d'or, d'une lorgnette 
à deux verres, d'un tire-bouchon d'argent en olive 
à secret, d'un couteau de nacre de perle, garni de 

deux lames dont une d'or. 

T. 26, 



T^ 



Sdr LA MAISON D'UN ARTISTE. 

Le catalogue de dessins... de M. Lempereuh (1773) 
où se trouvait une suite de plus de quarante dessins 
de Bouchardôn. 

Le catalogue de tableaux... de feu M. Jacomin, 
joaillier du Roi et de la Couronne (1773), à la vente 
duquel la « Naissance de Vénus » de Boucher, gravée 
par Levasseur, se vendait 480 livres, et bon nombre 
de boîtes en émail de Mailly et de Bouquet. 

Le catalogue de tableaux originaux... de M. le G, 
de D. (1774). C'est la vante de Du Barryle Roué, après 
sa fuite de France, à la mort de Louis XV. Cette 
vente contenait des Watteau, des Boucher, des 
Greuze. 

Le catalogue raisonné des différents objets de 
curiosités dans les sciences et dans les arts qui com- 
posaient le cabinet de feu M. Mariette, rédigé par 
Basan (1775) ; précieuse collection presque unique- 
ment composée de dessins et d'estampes, et qui 
montait à 288,500 livres. 

Le catalogue des tableaux, figures, bustes... du 
duc de Saint-Aignan (1776) qui possédait les deux 
jolis tableaux de Subleyras, connus sous les titres 
du « Faucon » et des « Oyes du frère Philippe ». 

Le catalogue de dessins... de M. Neyman, orné d'un 
frontispice de Choffart (1776), et contenant 1,266 nu- 
méros de dessins de maîtres. 

Le catalogue de tableaux précieux, miniature)^, 
gouaches... de M. Blondel de Gagny (1776), vente oïl 
repassaient le Murillo; le Rembrandt, le Teriiers, lo 
Wouwermans de la comleSsé de Verrue. 



CABINET DE TRAVAIL. 

Le catalogue de tableaux, dessins prêt 
de marbre et de bronze, porcelaines 
chois, ouvrages du célèbre Boule.,, qui 
le cabinet de M. Rabdoh de Eoisset (177 
catalogue d"un financier de goût, aux ach 
lés par Boucher, Grenze, Hubert-Robei 
plus beaux tableaux flamands et français 
avec des marbres les plus rares de l'I 
posaient, sur les plus parfaits meubles d< 
porcelaines de la première qualité coloriée, 
collectionneurs n'en avaient pas vu pas; 
depuis trente-cinq ans. 

Le catalogue de tableaux italiens, fran 
dais... dont la vente se fera le lundi 17 
et jours suivants, à trois heures de relevé 
Honoré, hôtel d'Aligre. Cette vente ano 
Tente faite par M°" Du Barry, dans les pi 
barras d'argent de sa disgrâce, et dont 
raconté les détails dans son histoire (1' 
tableaux importants livrés au:ï enchères 
un tout petit tableau (H. 6 p., L. 10 p.) di 
Saint-Aubin, représentant un peintre d 
modèle de femme nue, couchée sur un c. 
que le petit maître a gravé lui-même l 
de sa pointe In plus spirituelle. 11 serait in 
retrouverce tableautin, qui fixerait surlet 
de ce gribouilleur de génie à l'aquarelle 
ne possède pas une peinture de genre a 

(1) La ng Barry, par Edmond et Jules de Gi 




304 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

Le catalogue de tableaux, dessins, terres cuites... 
de monseipjneur le prince de Conti (1777), immense 
et splendide collection dont les tableaux montaient 
à 897,985 ; — les peintures à gouache et miniatures, 
à 14,446 ;. — les dessins à 39,472 ; — les terres cuites 
et \ases de bronze, à 29,509 ; — les pierres fines et 
bagues, à 39,365; — les médailles antiques, à 6,681 ; 
— les bijoux, à 26,466 : total, 1,053,94-4. 

Le catalogue de tableaux et' dessins originaux... 
de feu M. Natoire (1778) qui consistait en quelques 
spirituelles peinture's de Watteau, Boucher, Su- 
bieyras, Fragonard, Hubert-Robert, et une suite de 
compositions et d'études de Tancien directeur de 
l'Académie de Rome. 

Le catalogue de tableâdx originaux... de M"® *** 
(M'^'* de Cossé), 1778, vente où passait le petit modèle 
des chevaux Pégases des Tuileries. 

Le catalogue de tableaux, sculptures en marbre, 
bronze, plomb doré... provenant delà succession de 
feu M. Tabbé Terray, ministre d'État (1778), dont 
îa préface dit: « L'amateur qui avoit formé ce cabi- 
net, vouloit encourager les artistes ses contempo- 
rains, et, sans refuser son admiration aux ouvrages 
des anciens, contribuer, autant, qu'il le pouvoit, à 
la splendeur des arts en France. » 

Le catalogue d'une collection de dessins choisis 
de maîtres célèbres des écoles italienne, flamande et 
îrançaise... de feu M. d'ARGENViLLE (1779), collection 
de dessins qui passait pour la plus capitale après 
celle de M. Mariette. 



CABINET DE TRAVAIL. SOS 

* 

Le catalogue d'une belle collection de tableaux ori- 
ginaux... composant le cabinet de M. *** (M. Trouart), 
contrôleur des bâtiments du Roi (1779), oti se trou- 
vait cataloguée Tesquisse terminée du sacrifice dp. 
« Gallirhoô » de Fragonard et des terres cuites de 
Clodion, k Rue, Houdon. 

Le catalogue de quelques tableaux et dessins et 
d'une nombreuse collection d'estampes... du sieur 
JouLLAiN (1779), un des marchands et experts célè- 
bres du temps. 

Le catalogue raisonné de tableaux... de M. Poul- 
LAiN, receveur général des domaines du Roi (1780), 
nombreuse collection formée de tableaux provenant 
des cabinets Montmartel, prince de Gonti, Randon 
de Boisset, Blondel de Gagny. 

Le catalogue des tableaux et dessins précieux qui 
composent le cabinet de M. de Sireul (1781), cabinet 
presque exclusivement composé de dessins de Bou- 
cher, et qui valait à cette collection le nom de Por- 
tefeuille de M, Boucher, 

Le catalogue des différents objets de curiosité 
dans les sciences et arts qui composaient le cabinet 
de feu M. le marquis de Menars (1781). Gette vente 
du frère et de l'héritier de M""® de Pompadour est 
la vraie vente de la favorite, et où passe, mêlé à 
quelques beaux tableaux acquis par son frère, tout 
le mobilier d'art de la virtuose et de la curieuse (1). 

Le catalogue de tabieaax... après le décès de 

(1) Voir, pour les détails de cette vente : Madame de Pompadour, 
par Edmond et Jules de Goncourt. Charpentier, 1878, p. 329. 

S6. 






JOi LA MAISON D'UN ARTISTB. 

M"*® Lancret (1781), rare petit catalogue qui conte- 
nait 21 numéros de tableaux du Maître, et dont le 
plus cher, « la Réception d'un cordon bleu», auquel 
on joignait encore un « Louis XV tenant un lit de 
justice », se vendait 299 livres. Avec ces tableaux 
s'adjugeait un millier de dessins, par lots de 40, de 
60, qui allaient de 3 à 6 livres. 

Le catalogue de vases, colonnes, tables de mar- 
ères rares, figures de bronze, meubles précieux... 
du duc d'AuMONT, catalogue orné de, trente plan- 
ches (1782). Là est décrit le mobilier du xvm® siècle, 
où peut-être s'unit le plus fastueusement à la ri- 
chesse et à la rareté des matières le précieux du 
travail, où le bronze doré s'associe aux plus beaux 
marbres tirés des anciens monuments de Rome, un 
mobilier, qui n'a de rival dans le passé que celui de 
la duchesse de Mazarin, et qui contient à la fois d'in- 
comparables tables de marbre et de porphyre, un 
choix de porcelaines d'ancien bleu et blanc de la 
Chine provenant du cabinet de M.^' le Dauphin, 
fils de Louis XIV, une réunion unique de lustres, de 
lanternes, de bras ciselés par le célèbre Gouthière. 

Le catalogue d'une belle collection de tableaux 
de M.*** (Nogaret), 1782, contenant « Jupiter et 
Antiope » et « l'Amour se dérobant à la correction de 
Vénus » de Watteau, « le Bal » de Pater, « le Mou- 
lin de Gharenton » de Lancret. 

Ces catalogues, ils se trouvent en général dans 
leur brochure de papier peigne, avec le nom du des- 
tinaire écrit sur la couverture. Mais quelquefois, 



CABTKBT DE TRAVAIL. 

par hasard, on a la bonne fortnne de les r"- 
reliés en maroquin, plus souvent en veau 
veau clair semblable à une planchette de < 
décorée de filets sur les plats, d'un dos oi 
tranche ornée, et tels que j'ai rencontré le ( 
Lorangère, le Blundel de Gagny, le Randc 
set. -Ces catalogues sont en général des ej 
de l'expert qui a dirigé la vente, et ils C( 
les prîK et les noms des adjudicataires. Q 
même ils sont plus précieux et peuvent p. 
de vrais documents d'art, C'est ain«i que j 
è. la vente de M. Duchesne du cabinet des 
le catalogue de tableaux, sculptures de 
du graveur Le Bas (1783) ayant en doubli 
fortes du portrait et du fleuron, et contt 
fin, un historique manuscrit de la vente d< 
et où j'ai trouvé sur Chardin et Moreau 
dotes qui ne se trouvent que là. 

Le catalogue des tableaux, dessins, mar 
zes, terres cuites,., du cabinet de M,* 
d'Aïincourt), 1783, cabinet où se trouvai 
« l'Enfant prodigue u de Teniers, « le M 
Herbes » de Gabriel Metzu, « le Charlatan 
Dujardin,<i les Champs-Elysées» de Wattea 
de dessins du meilleur temps de Françoi 
un amour en marbre, grandeur naturell 

Le catalogue d'une collection précieus 
bres d'Alsace tels que porphyre, granit, 
composée de vases de différentes forni 
coupes, cuvettes et fûts de colonnes... 



806 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

bronze doré d*or mat, exécutés sur de beaux profils 
et modèles de M. Feuiliet (1784), collection d'échan- 
tillons de morceaux taillés de porphyre, dont la taille 
était alors toute nouvelle en France, et qu'on offrait 
aux curieux jaloux de comparer la matière antique 
avec la matière moderne. 

Le catalogue de tableaux... du comte de Merlb 
(1784), parmi lesquels figurait le tableau de Berghem, 
connu par l'estampe d*Alliamet sous le titre de 
l'Ancien Port de Gênes. 

Le catalogue raisonné d'une très belle collection 
de tableaux des écoles d'Italie, de Flandres et de 
Hollande qui composaient le cabinet du comte 
i)E VaudReuil, grand fauconnier de France (1784), 
catalogue dans lequel on annonçait la vente de huit 
tableaux de Vernet, propres à la décoration d'une 
galerie ou à l'embellissement de deux salons : 1* un 
clair de lune; S*" un site montagneux; 3° une tena- 
pète ; 4° un soleil couchant ; 5° une vue de mer par 
un temps de brouillard ; 6° un coup de vent; 7* un 
second soleil couchant ; 8** un feu d'artifice. 

Le catalogue de tableaux, dessins, estampes, terres 
cultes, marbres, bronzes antiques et modernes... 
de M. le bailli de Breteuil (1785), catalogue dont la 
pièce capitale était un surtout de table composé de 
petites architectures représentantle temple de Flore 
pris sur celui de la Sibylle Tiburtine, le temple de 
Minerve, le temple de Mercure, un cirque, deux arcs 
de triomphe, des obélisques, des trophées, des 
colonnes triomphales, des sceaux à rafraîchir, des 



CABIl^ET DE TRAVAIL. 309 

figures d'Isis : le tout exécuté en lapis, en prime 
d'émeraude, en jaspe verdâtre, en rouge antique, et 
monté en bronze doré ; un surtout, dont faisaient 
partie 75 couteaux aux manches composés des ma- 
tières les plus précieuses, aux lames d'or. Dans ce 
catalogue du bailli de Breteuil, est encartée, dans 
mon exemplaire, une feuille des vins à vendre, et 
parmi desquels figurent les vins à la mode du temps, 
« les vins de Vosne, de Beaune, de Ghâteauneuf du 
Pape, de Champagne rouge, de Carcassonne, d'Ay 
de plusieurs âges, d'Ay œil de perdrix, de Sautterne, 
de M. le maréchal de Biron, de Tokaï de plusieurs 
âges, du Cap blanc et rouge, de Madère doux et sec, 
de Malvoisie, de Madère, de Pontac, de Piccolets de 
Venise, de Pietro de Ximenès, de Malaga rouge, de 
Septuval doux et sec, de Ranciaux, de Procopia, de 
Mantillia, de Peralte. » 

Le catalogue des tableaux... de M. le marquis 
De Veri(1788), catalogue qui renferme la plus nom- 
breuse collection de tableaux de Greuze, livrée aux 
enchères, et parmi lesquels se trouvaient «la Malédic- 
tion paternelle, la Mort du père de famille, THermite 
visitée par une troupe de jeunes filles, Tlvrogne, la 
Cruche cassée, la Fille au chien, le Tendre Désir, le 
Petit Bonnet rorfd ». 

Le catalogue d'une belle collection de tableaux, 
esquisses à l'huile... de M. Nourri, conseiller au 
grand conseil (1785), où l'on vendait 36 livres 2 sols, 
le portrait de Molière par Antoine Coypel. 

Le catalogue des dessins, estampes, ustensiles de 



A 



■ }. 



JIO LA MAISON D'UN ARTISTE. 

peintre... de Lepaon, le peintre ^e bataiUos 4q 
S. A. R. Monseigneur le prince de Condé (1786), 
pauvre et rare petit catalogue de huit pages. 

Le catalogue des tableaux, gouaches, miniatures... 
de M. Bergeret (1786). C'est le Bergeret qui emmena 
Fragonard et sa femme en Italie, et voulut se payer 
de ses frais en s'appropriant les dessius du peintre 
faits pendant le voyage. Dans la vente du Turcaret 
passent des tableaux, et le mobilier de marbre et de 
bronze doré des financiers du temps. Parmi les 
sculptures, figure toute une suite de figures et de 
bas-reliefs de Glodion, où au milieu des Bacchanales 
4es Lupercales, des sacrifices au dieu Pan, la senti- 
mentalité de répoque avait introduit un petit monu- 
ment en terre cuite, dédié aux mânes d'un serin. 

Le catalogue des tableaux... du cabinet de M. Wa- 
TELET (1786), contenant une collection de tableaux 
choisis de Técole française, où l'on admirait des 
Tremolière, des Vanloo, des Chardin, des.Boucher, 
des Doyen, des Greuze, des Vernet, des Hubert- 
Robert, et le fameux portrait du cardinal Richelieu 
peint en émail par "Petitot. 

La notice des objets curieux dépendants de la 
succession de M. le duc de Choiseul (1786), renfer- 
mant les deux figures, grandeur nature, de « l'Au- 
tomne » et de « l'Hiver >> peintes par Watteau pour 
la salle à manger de Crozat. 

Le catalogue de tableaux... de M. de Boullongnb, 
conseiller d'État (1789), où se vendait la «Toilette de 
Vénus » , de Boucher. 



CABINET DE TRAVAIL. 111 

Le Catalogne de tableaux, de dessins précieux... 
formant le cabinet de M. Coliet, secrétaire du cabi- 
net de Madame Sopbie de France (1787); jolie col- 
lection d'aimables choses, d'où viennent « le Mer- 
cure de France » et n le Concert agréable » , les deus 
gouaches de Lawreince, qui font partie de ma col- 
lection de dessins. 

Le catalogue de tableaux, portraits peints depuis 
le xi\' siècle jusqu'à nos jours, miniatures... de feu 
M. le duc de Richelieu, pair et premier maréchal 
de France, chevalier des ordres du Roi, connéta- 
ble, premier gentilhomme de la chambre de Sa Ma-- 
jesté, lieutenant général de hante et basse Guyenne. 
noble Génois, l'un des quarante de l'Académie 
française (1788). Une immense collection que cette 
collection du duc de Richciien, avec ses subdivisions 
en tableaux, miniatures, estampes encadrées, livres 
d'estampes, ligures et bustes de marbre blanc, 
figures et bustes de bronze, vases de marbre, porce- 
laines truite fin, porcelaines d'ancien Japon, porce- 
laines bleu céleste, porcelaines céladon, porcelaines 
de la Chine coloriées, porcelaines d'ancien blanc, por- 
celaines bleu et blanc , pagodes et terres des Indes, 
vases de terre d'Angleterre, anciens laques, porce- 
laines de Saxe montées et de service, porcelaines de 
Sèvres et autres manufactures, porcelaines de Chan- 
tilly, pendules de bon genre, lustres et lanternes, 
feux, bras ot flambeaux, tables de marbre, meubles 
de dilférents genres, boîtes précieuses en cailloux 
Q or, et bijou.\ médailles. 



81t LA MAISON D'UN ARTISTE. 

Le catalogue des bustes et vases de marbre... du 
maréchal duc de Duras (1789), vente dont les objets 
les plus précieux étaient une commode, un secré- 
taire, des encoignures, un bureau bibliopographique, 
en laque du Japon et du Goromandel, d*une qualité 
tout exceptionnelle. 

Nous analyserons encore rapidement quelques 
catalogues de ventes faites pendant la Révolution. 

Le catalogue d'objets rares et curieux du plus 
beau choix... provenant du cabinet de M. Le Brun 
(1791). C'est rénorme liquidation du fameux mar- 
chand de tableaux, où Ton voit repasser et se vendre, 
à des prix inférieurs, toutes les acquisitions, que, 
dCDuis une trentaine d'années, il avait faites dans les 
ventes célèbres, et dont il n'avait pu encore se défaire. 

Le catalogue de tableaux, gouaches, estampes... 
de De Launay, graveur du Roi (1792), chez lequel, se- 
Ion l'habitude qu'avaient les graveurs du temps, 
d'acheter les tableaux elles dessins qu'ils burinaient, 
se trouvaient les tableaux de Fragonard qu'il avait 
gravés, sous les titres du « Petit Prédicateur » et de 
u L'éducation fait tout, » et les deux gouaches de 
Lawreince qu'il avait également gravés, sous les titres 
de « Qu'en dit l'abbé » et « l'Heureux Moment ». 

Le catalogue des objets précieux... trouvés après 
le décès du citoyen Donjeux (1793), une autre vente 
d'un « négociant de tableaux et de curiosités », dont 
on trouve le nom parmi les adjudicataires de toutes 
les grandes ventes de la fin du siècle. 

Le catalogue des tableaux précieux, figures, bus- 



CABINET DE TRAVAIL. SIS 

tes en marbre, groupes et figures de bronze... 
de feu M. Ciioisehl-Praslin (1793), une coilectioQ 
commencée par le père du duc, dès 1750, ei cîi se 

trouvaient réunis : « le Fauconcier » de Rubens, 
n TEmbaïquement de vivres » de Berghem, « la Pe- 
tite Sainte-Famille » de Rembrandt, « .û Boutique - 
d'épicerie « de Gérard Dow, « le Colombier u de Wou- 
wermans, «la Prairie »de Potter, un superbe Claude 
Lorrain. 

Le catalogue de tableaux, dessins, estampes... du 
citoyen Buldet, ancien marchand d"cstampcs (an V 
de la République), où est catalogué n Noire-Seigneur 
guérissant les malades», la pièce de Rembrandt, dite 
aux cent florins. 

Le catalogue de dessins et d'estampes... de Ba- 
SAN) le fameux marchand d'estampes, contenant la 
gouacbe de Baudouin, gravée par Simonet, sous le 
, titre ; « Rose et Colas. » 

Le catalogue de tableaux, pastels, gouaebes, des- 
sins, figures et bustes de marbre... de feu ûrihod de 
LA Reïniéhe (1797), une collection de montres an- 
ciennes, et une réunion de tabatières précieuses, 
telle qu'il n'en avait jamais été offerte en vente. 

Poursuivons cette étude dans le xix' liiècle, où 
nous rencontrons de précieux objets d'art du temps 
sur des catalogues, après décès, de vieux survivants 
du siècle ou de leurs héritiers. 

Le catalogue du cabinet de feu M. Augustin de 
Saint-Aubin (1808), catalogue où se rencontrenLdes 
dessins des deux frères, et où treize peintures de 

:. a 



LA MAISON' D'UN ARTiaTK. 

l Saint-Aubin (sujets de scènes familières, 
s tableautins qui n'ont pas même de cadres), 
iaient 15 francs 60 centimes. 
otice succincte de tableaux, dessins et estam- 
irès le décès du graveur CuoffahÎ) (1809), dont 
1 numéro contient 440 dessins de Baudouiu, 
er, Cochin, Fra§onard, Moreau. 
catalogue raisonné d'objets d'art.;, de feu 
LVESTRE (1810), ancien maître à dessiner des 
,s de France, collection renfermant un cboix 
iins excellents, et d'où sont sortis, au prix de 
ics, les deux portraits au pastel de Chardin et 
Temme, qu'on voit aujourd'hui dans le salon 
stels du Louvre. 

collection de dessins et d'estampes... de 
iGNON-DiJONVAL (1810), la plus innombrable 
tien de dessins et d'estampes qui ait étéja- 
'éunie par un particulier, 
catalogue raisonné de gouaches et dessins du 
!t deM.BRUNHNEERGARD (181i),une réunion de 
s du xviii* siècle, au milieu desquels les des- 
e Prud'bon font, pour la première fois, leur en- 
ans les ventes. 

catalogue d'une collection nombreuse de 
ux, pastels, émaux, miniatures... de feu 
:hahd dk Ledan (1816); calalogue dans lequel 
rt annonce huit mille portraits du xvi', \v\i°, 
.iëcle, peints à l'huile au pastel, en émail, etdont 
;ent quarante-cinq garnissent des tabatières, 
catalogue de tableaux, gouaches, miniatures, 



f— 



^ CABINET DE TRAVAIL. «» 

tabatières précieuses... de feu M. Quentin Craufubb) 
(1820), catalogue dans lequel cet Anglais, amoureux 
de la France et de son histoire, avait réuni une im- 
mense et curieuse collection de portraits des per- 
sonnages illustres du temps de Louis XIV. . 

Les trois catalogues de tableaux, d'estampes, de 
curiosités, du baron Denon (1828), ce choix d'art de 
tous les temps et de tous les pays. 

Le catalogue de tableaux... d'HipPOLYTE Lemoyne, le 
fils de Lemoyne le sculpteur (1828). A cette vente pas- 
sait le tableau de Boucher, représentant un peintre à 
son chevalet, qui est Boucher, ayant près de lui sa 
femme et son élève Deshays, qui deviendra son gen- 
dre. Et passait encore un tableaii de Pierre, daté de 
1748, représentant un sculpteur dans son atelier, qui 
estLemoyne,aux côtés duquel se tient son élève Pajou. 

Etde ventes d'héritiers de peintres et de sculpteurs, 
contenant, quelques glorieux morceaux de l'artiste 
qui leur a donné son nom, nous allons comme cela 
jusqu'à la vente de Caroline Greuze, la fille du 
peintre, faite par Thoré en 1843. 



C'est le tour des arts industriels, des arts gym- 
nastiques, des arts mécaniques. 

L'art de la céramique est représentée par un cer- 
tain nombre de documents, parmi lesquels je ne 
veux citer qu'un document manuscrit inédit, don- 
nant la composition d'un service de porcelaine de 
Sèvres et les prix des différentes pièces : 



LA MAISON D'UN ARTISTI. 

>tl PRÉSENT FAIT PAR LE ROÏ A SA HAIBSTË LE ROY DB 
EHaRCE ET ADX SEIGNEURS DE SA SUITE, LIVRÉ PAR lA 
DFACTDRE ROYALE DB PORCELAINES, LE 9 NOVEMBRE 1768. 

ilean. Sujet de soldais 960 fr. 

- d'api es M. PieiTe 840 

^ d'après M. VaDloo 720 

«fond Tert avec le pDL-trait duRoj.' . . . 600 

ies peints à bas-reliefs, 480 960 

_ _ 432 .. : 864 

9te do B07 en sculpture 144 

Service en bleu caillouté d'or. 



liettes à . 
m potiers. 



.teaui à deui pots à confitures. 120 

iipes à pied ■-' . SI 

à glaces 24 

à glaces 252 

à 1/2 bouteilles I&6 

àtopeltes 420 

ovales , 156 

crénelés 204 

lelets et soucoupes blea et or . 30 

_ — — _ . 48 

helets et soucoupes bleu céleste. 54 



lUpe de la Fée Urgéh . 
— du Sabot cassé . . 



CABINET DE TRAVAIL. 817 

2 groapes de la. Loterie à 96 fr. 192 fr. 

2 — des Gourmands ..... 42 84 

16 enfants de Falconet, 1" 30 480 

1 groupe de V Amitié 300 

1 — des Grâces 240 

1 Amour de Pigale . ^ • 48 

1 — de Falconet 96 

12 enfants dudit, 2"»« 21 252 

12 — de Bo^cher 36 432 

4 Flore et Hébé 36 .144 

4 piédestaux 15 60 

A ce service était annexé un supplément presque 
aussi considérable que le service, un supplément mon- 
tant à 14,634 dans lequel nous trouvons des beurriers 
à 120 livres, des salières doubles à 33 livres, des mou- 
tardiers à 78 livres, des saladiers à 144 livres, des 
saucières à 78 livres, des plateaux Bouret à 45 livres, 
des pots à oyles et terrines à 600 livres, une jatte à 
punch et mortier au même prix, et dans la sculpture, 
les groupes de Pygmalion et de l'Amour, coûtant 
480 livres, et celui de la Fête du château, 144 livres. 

Les seigneurs de la suite du roi de Danemarck 
recevaient également des cadeaux de porcelaines : 
M. de Bulo était gratifié d'un grand déjeuner Dau- 
phin, du prix de 600 livres; M. le comte de Holk, 
d'un déjeuner losange à jour, de 384 livres, et d'une 
tabagie accompagnée de son plateau, de 168 livres; 
M. le baron Deschunerman, d'un déjeuner Courteillei 
de 408 livres; M. Schuraaker, d'un déjeuner Tiroir, 
de 240 livres; M. de During, d'un déjeuner Hébert à 
anses, de 192 livres. 

17. 



a LA UAI80N D'UN ABTIUTB. 

L'art de la tapisserie compte très )tea de livres et 
ochures. Pour les tapisseries des manufactures 
îtat, je ne connais guère que la Notice sdb L4 
'ACTUBE NATIONALE DES Gqbelins, par Guillaumot, 
II, qui est comme l'embryon des travaux pu- 
depuis par M. Lacordaire. Sur la broderie, la 
irie occupant les loisirs des femmes, il est une 
lure intéressante : le « Traité des différentes 
ES DE TAPissEBiES, fit principalement de la tapis- 
au petit point et au point long. Yverdon, 
» L'auteur qui dédie son livre à la présidente 
ibrier, une artiste en laine, après nous avoir 
s que la broderie est, en ce temps, le grand 
ement de la campagne, et que tout château a 
létier dans son salon de compagnie, à l'usage 
imies faisant séjour, passe en revue le petit 
., le point long abandonné, mais de mode aux 
!s passés, et où les brodeuses introduisaient 
erles, des grenats, et même des cheveux natu- 
ur la lète des personnages, puis la chenille, les 
iges sur paille, et conseille les laines d'Ângle- 
pour le point long, les laines de France pour 
.it point. 

l'art de la fabrication des étoffes et des tissus, 
re le mieux et le plus pittoresqu ement fait, est 
)lume dont je possède un exemplaire en maro- 
rouge : c'est « le Dessinateur fouh les fabriques 
FFES, d'or, d'argent et de soie, par JoubertdeHï- 
jrie, 1765 ». Le livre, outre sa partie technique, 
i d'amusant qu'il parle un peu de tout, et^u'il 



CABINET DE TRAVAIL. m» 

fait faire à son dessinateur un voyage des plus ins- 
tructifs dans Paris, ne Tarrêtant pas seulement aux 
magasins d*étoffes de soie de MM. Barbier, Bourjol, 
Laurozat, Nau, Despeignes, de Gourcy, David le 
Roux, Doré, Mercier, Buffault, Martin, Doucet, le 
Boucher, Grégelu, Le Sourd, mais le menant au 
Louvre, au Luxembourg, au Palais-Royal, dans les 
collections particulières, au cabinet des estampes, 
dans les manufactures royales, et lui faisant voir les 
boutiques des brodeurs et faiseuses d'agréments, 
des éventaillistes, des peintres d'équipages. A propos 
des étoffes de coton, citons une petite brochure qui 
s'élève contre la prohibition de l'impression et la 
(gravure des moules propres à l'impression des toiles 
de coton en France : ce sont les « Réflexions sur 
DIFFÉRENTS OBJETS DE COMMERCE, et cu particulier sur 
la libre fabrication des toiles peintes en France. 
Genève, 1749. » 

Sur l'art du tapissier, un homme du métier a pu- 
blié, en 4774, un petit volume technique du plus 
haut intérêt, devenu aujourd'hui très rare. Ce sont 
les « Principes de l'art du tapissier, ouvrage utile 
aux gens de la professic:., par M. Bimont, maître et 
marchand tapissier». B : nt nous donne la nomen- 
clature exacte du mobil ^ du temps; son livre ren- 
ferme rénumération des lits à la duchesse, à la 
romaine, appelés baldaquins, à la turque, à la 
polonaise, des lits à tombeau, à double tombeau, 
des lits à colonne, du lit à pavillon en serge, puis 
dê3 sophas, des ottomanes, des duchesses, des fau- 



»0 LA. UAISOM D'DM A.BT1BTB. 

tcuîls à poches, à cartouches, des fauteuils en Ca- 
briolet, des fauteuils de canne, des grandes bergères 
de paille, des chaises à la reine, des paravents, des 
écrans, etc. 11 indique le prix des étoffes, depuis le 
damas de Gfines, de Lyon, de Tours, jusqu'à la 
siamoise de Rouen et de la barrière du Temple, et 
la façon de chaque meuble est évaluée par article 
détaillé, en sorte que nous apprenons que la garni- 
ture d'un lit de trois pieds et demi à ta duchesse, 
en damas, coûtait à Paris, en 1774, la somme de 
857 livres 15 sols. 

Dans l'art de la joailleiie. à noter un beau livre ; le 
« Traite DES pibiRHEs PRËClEus^:s et de la manière de les 
EHFLOïER EN PABUREs, par Pougct fils, à Paris, chez l'au- 
teur marchand joaillier, quay des Orfèvres, au /touguet 
de diamants; Paris, 1762 », in-quarto. Il est orné d'un 
frontispice et de 79 planches gravées par M'" Ram- 
beau, représentant une très intéressante suite de 
monlures du temps. On y voit des bouquets exécu- 
tés chez Lempereur, des aigrettes, pompons, papil- 
lons à mettre dans les cheveux, des boucles à Qenrs, 
des bracelets ou boîtes à portraits, des agrafes de 
corps, des colliers d'applique, des nœuds de col, 
des bagues de fantaisie, des becs de tabatière, des 
nœuds d'épaule, des ganses de chapeaux, des navet- 
tes, des biitons d'éventail, des queues de cachet, des 
chaînes de montre, dont l'une représente les attri- 
buts de l'Amoui', symbolisant « la Jeunesse et la 
Beauté par un panier de fleurs, les Sens par un tro- 
phée de musique, deux flambeaux et Quelques fruiU, 



CABINET DE TRAVAIL. 321 

la Discrétion par deux trompettes enchaînées, la 
Jouissance par deux tourterelles bec à bec, couron- 
nées de fleurs (1) ». 

L'art de la danse, le premier des arts gyjnnasti- 
ques, a sa petite bibliothèque. Elle débute par ; « le 
Maître A danser, par Rameau, maître à d^mse?* des 
pages de Sa Majesté Catholique, la reine d'Espagne », 
un volume oti d'épouvantables tailles-douces vous 

« 

démontrent, sur des personnage^ en bois, les grâces 
du menuet, vous donnent les deux attitudes pour 
ôter son chapeau, et toute l'interminable série des 
révérences en avant, de côté, en arrière. A propos 
de la courante, l'auteur nous apprend que « Louis XIV, 
' d'heureuse mémoire, la dansait mieux que personne 
de sa cour ». Un autre volume de Rameau intitulé : 
Abrégé de la nouvelle méthode dans l'art d'écrire 
TOUTES SORTES DE DANSES DE VILLE, et dédié à SOU Altcsse 
Sérénissime M'*® de Beaujolais, est suivi « des douze 
plus belles danses de Pécour, compositeur de l'Aca- 
démie royale de musique », parmi lesquelles nous 
relevons la Bourrée d'Achille, la Mariée de Roland, 
le Menuet d'Alcide, la Royale. Un autre recueil pu- 
blié précédemment par « M; Feuillet, maître et com- 
positeur de danse », sous le titre : Recueil de contre- 
danses MISES en chorégraphie. Contenait le Carillon 
d'Oxford, le Tourbillon d'amour, le Menuet de la 



(1) Un complément de ce livre peur l'histoire de Vart de la 
joaillerie et bijouterie est le catalogue détaillé des plus belles 
pierreries de France qui se trouve dans TInventaire des dia- 
mants DE LA. COURONNE. Paris, de l'Imprimerie nationale, 1791. 



'■ap 



sa I*A MAISON D'UN ARTISTE. 

fteine, TÉpiphanie. Le Répertoire des baijS, outhéo^ 
rie pratique des contre-danses, par k S^ de la Cuisse, 
maître de danse, quatre volumes portant la date 
de 1762, et contenant les plans des figures des 
contre-danses, renferme quelques titres singuliers 
comme l'Hôtel de l'Ortie, la Fleury ou les Amuse- 
ments de Nancy, les Fontaines du Loiret, les Jolis 
Garçons, l'Épicurienne, la Strasbourgeoise, la Clai- 
ron, les Échos de Passy, la Huggieri, la Fée Urgèle. 
Cet ouvrage est illustré dans son premier volume 
de deux planches, Tune pour la Bionni, l'autre pour 
'la Griel, du nom du portier du parc de Saint-Cioud, 
deux planches chargées d'une multitude de dan- 
seuses et de danseurs microscopiques, gravés à l'eau- 
forte, répétant dans de petits carrés les figures, et 
que j'ai reconnus pour des Gabriel de Saint-Aubin. 
Ces deux eaux-fortes jusqu'ici inconnues, et dont Ja 
Griel est signée g d s, manquent au catalogue du 
petit maître rédigé par M. deBaudicour. Vient, après 
le Répertoire des bals, la Lettre sur la danse et les 
-BALLETS, par M. ^owerre, pensionnaire du roi et maître 
des ballets de l'Empereur, Londres et Paris 4783, un 
exemplaire d'envoi avec Vex dono autojns, et relié en 
maroquin rouge, et précédé d'un magnifique por- 
trait gravé en Angleterre, où le professeur de danse 
porte en sautoir sur la poitrine un ordre étranger. 

Parmi les danses à la mode en France, au xviii® siè- 
cle, il en est une qui fit fureur : la danse qui eut l'hon- 
neur d'être représentée par A. de Saint-Aubin, dans 
son Bai paré, l'Allemande. Je possède sur cette danse 



CABINET DE TRAVAIL. 

deux rares petites plaquettes. L* une porte pour titre : 
« Almanach dansant ou positions et attitudes dk l'Al- 
lemande, dédié au beau sexe par Guillaume, maître de 
danse pour Tannée 1770. » Elle est ornée d'un char- 
mant frontispice dessiné par Bertault, et de douze 
jolies figures, donnant les passes de . cette danse, 
figures qui ont une certaine parenté avec le dessin 
d'Augustin de Saint-Aubin. Un autre petit volume 
avec des figures gravées par M"® Annereau, mais 
très inférieures, s'intitule : «Principes d'Allemandes^ 
par M. Dubois, de l'Opéra. A Paris, chez "auteur. » 

Dans l'art de l'équitation, nous citeron I'École bk 
cavalerie de la Guérinière, les deux volumes publiés 
en 1769 et illustrés des spirituelles et pittoresques 
eaux-fortes de Charles Parrocel, montrant la Pésade, 
la Courbette, la Ballottade, la Croupade, la Capriole, 
le Piaffer dans les piliers, la Course de bague. Nous 
citerons encorelaPRATiouED'ÉQUiTATiON par M. Dupaty 
de Clam, 1769, petit livre qui a pour frontispice la 
rare gravure de Moreau jeune, représentant : « Poi^ 
ture à cheval dessinée d'après natu7'e, où le cavalier 
est vu aux trois quarts et à quatre pieds au-dessous 
de la ligne horizontale. » Il y a à joindre à ces deux 
ouvrages la brochure intitulée : Mémoire inutile sur 
un sujet important, 1788, qui est, en ce temps de fu- 
reur des courses, une défense du cheval anglais, 
contre Linguet qui s'était indigné de la curiosité de 
Paris (« pour ces squelettes de chevaux montés par des 
singes anglais». 

L'art de rescrinie compte quelques volumes.. Le 



t LA MAISON D'ON ARTISTE. 

i"= ancien en date est : « le Maistbe d'abhbs, oa l'a- 
ï de l'exercice de l'épée, démontré par le sieur 
in, maistre en fait d'armes de l'Académie de 
bourg, 1737. u Ce livre, publié à Strasbourg avec 
mageries provinciales, en est encore à la flan- 
ie. Le véritable traité en faveur, au xvni' siècle, 
lelle n l'Art ues armes par M. Danet, Syndic- 
e des ordres de !a compagnie des Maistres en 
d'Armes des Académies du Roi en la ville et 
îurg de Paris, aujourd'hui Directeur de l'Ecole 
!e d'Armes ». C'est l'école de l'escrime moderne 
un chapitre rétrospectif curieux sur les voltes, 
lettes, estocades des anciens, et les deux volu- 
sont remplis de figures gravées par Tarava). 
i encore le « Nouveau Traité de l'Art des abmes 
M. Nicolas Demeuse, garde du corps de S. A. 
•ince évéque de Liège », un volume orné de 
es, publié à Liège en 1786. 
s arts, concourant â la toilette de rbomme et 
t femme, abondent en brochurettes et petit» 
i curieux. 

mmençons par la toilette de l'homme (1), 
Oraisok funèbre de très habile, Irèn élégant, 
nerveilleux CnBiSTUtaE Scheling, maître tailleur 
'ca'is, prononcée, le 18 février 1761, dans la 
du célèbre Alexandre, limonadier au Boulevarl. 
irisj 176!. » — Un petit pamphlet, une char- 
te ironie, pleurant le tailleur qui, le prè- 
le ne cite pa( U Tailleur, lire de I'Encyclopédis. 



CABINET DE TRAVAIL. 

mier, mit au jour là nuance mordorée, qui eut le 
génie d'ambrer les habits, qui fut l'inventeur de 
ces charmants déshabillés, appelés par le peuple 
chenilles (1) ; l'artiste donrt la vogue fut un moment 
telle, que son hôtel étail assiégé comme un minis* 
tère , et que tout Français bien né « se croyait dans 
la nudité la plus affreuse, quand il n'était pas habillé 
par le divin Scheling». Scheling, l'homme unique 
pour les habits de velours moiré, cannelé, ciselé, 
de velours plein ,^ de velours à bordure , de velours 
à queue de paon , et encore pour les habits de taffe- 
tas ondoyant, de taffetas pommelé, de lustrine 
mouchetée, de lustrine serpenjtée avec dorures à 
glacis, dorures à flocons, galons à tresse, galons à 
clinquant, galons sur rubans, broderie relevée, 
broderie renversée, demi-Versailles, demi-Fontai- 
nebleau; le tailleur, enfin, qui habillait Berlin , en 
dépit de la guerre entre la i'rance et la Prusse, et 
qui convertit la Pologne à nos modes, le jour, oîi ses 
habits furent introduits à Varsovie. 

« Éloge funèbre et historique de très court, très 
épais et tout adroit citadin , monsieur maître Nicb- 
dème-Panïaléon Tire -Point, bourgeois de Paris, 
maître et marchand tailleur d'habits, ancien juré 
de sa communauté, ancien marguillier de sa pa- 
roisse... 1776. » — Satire dont la forme est volée au 
précédent, et qui mentionne la polonaise à brande- 
bourgs, et parle de basques d'habit d'une broderie 

(1) Voir un chapitre sur les chenilles, dans les Lettres criti* 

QUBS ET MORALES SUR LES MODES DU TEMPS, AvigUOÛ 1760. 

I. 28 



m LA HÀISrON D*UN ARTISTE. 

si aélicate, qu'ils ne pouvaient « être aperçus qtm 
par des yeux de taupe » (4). 

« L'Almanach svelte, pour Tannée 1779. A Ratapo- 
lis et se trouve à Meaux. » -^Un petit almanach gros 
comme rien, et parfaitement inconnu, contenant des 
digressions sur les chaussures , sur les chemises , 
sur les vestes, sur les culottes, et nous donnant 
dans un récit plein de grâce, l'origine de la vogue de 
la couleur puce f inspirée, par la vue d'un tout chaud 
cadavre de puce sur une ongle rose de femme, et 
qui fit dire au cercle qui l'entourait : « C'est un 
noir qui n'est pas noir, c'est un brun trop brun... 
voilà une couleur djèlicieuse (2). » 

Les culottes, à bien des années de là, amenaientla 
publication des « Recherches et considérations médi- 
cales sur les vêtements des hommes et particulière- 
ment sur les culottes par L.-J. Glairian, médecin 
(an XI)», une dissertation savante avec figures, pre- 
nant à partie les culottes incroyablement étroites. 
Pour la coiffure des hommes, il existe « I'Encyclo- 
ïÉDiE PERRUQUiÈRE, ouvragc curicux par Beaumout , 
coiffeur dans les Quinze-Vingts... 1757. » — Le texte 
est une plaisanterie de l'avocat Marchand, mais on y 
trouve 45 figures représentant les accommodements 

(1) A ces pamphlets sur les tailleurs, il faut joindre : Billet 
d'entendement d'un maître taillew avec son testament à Filou- 
trimanie^ 1760. 

(2) On connaît la phrase Je Besenval à un absent de Ver- 
sailles depuis six mois, qui redoutait d'avoir |>erdu le ton de la 
cour : « Je vais vous mettre au courant. Ayez un habit puce, 
une veste puce, une culotte puce, et présentez-vous avec con- 
fiance. Voilà tout ce qu'il faut aujourd'hui pour réussir I 



CABINET DE TRAVAIL. «7 

à la mode du temps, et parmi lesquelles Je relève 
les coiffures à la Port-Mahon , à la Rhinocéros, à 
rOiseau royal , à l'Aile de Pigeon , à l'Aventure , à la 
Dragonnade, à la Comète, à la Gendarme, à la 
Gentilly, à la Parisienne, au Petit-Maître, à la 
Tronchin, à la Conquérant, à la Plus tôt fart, à 
Ravir. Et le livre avait un tel succès, qu'il reparais- 
sait en 4762, avec une copie en réduction des figures 
de la première édition. A propos de la coiffure des 
hommes, il paraissait, en 1778, une espèce d'élu- 
cubration fantasque intitulée : « TAmi de l'humanité, 
conseils d'un bon citoyen à sa nation, suivis du 
Chapeau», — brochure qui recommande aux Fran- 
çais de porter leurs chapeaux sur leurs têtes dans 
la rue. Et quelques années après que le bonnet rouge 
eut remplacé sur les têtes françaises le chapeau, 
c'est un dialogue satirique qui a pour titre : le Bonnet 

BOUGE DÉTRÔNÉ PAR LE BONNET VERT. 

Passons à la toilette de la femme. 

« Satire sur les cerceaux, paniers, criardes (1) et 
manteaux volans des femmes, et sur leurs autres ajus- 
tements. A Paris, chez Thiboust, 4727. » — De mé- 
chants vers ridiculisant les troussures équivoques et 
ces cercles montés en gradins, qui faisaient, des cotil- 
lons, des ruches à miel, se plaignant, au nom des ga- 
lants, de l'incivile disposition du traquenardy le pre- 
mier cerceau d'en haut, et donnant à voir la femme 
du temps avec de tous côtés « un arpent de derrière » . 

(1) Jupon de toile gommée, ainsi nommé du bruit qu*il fai- 
sait. 



«8 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

« La petite Bibuotbèque amdsakte ;London,Printeil 
for Crowder 1781 », contient, à la page 123 de la 
seconde partie, un chapitre renseignant sur les pa- 
niers et qu'on ne trouve que là. Il y est question des 
paniers à gondoles, qui faisaient ressembler la femme 
aune porteuse d'eau, des paniers nommés cadets 
qui ne descendaient que de deux doigts au-dessous 
du genou, des paniers à bourrelets munis d'un gros 
bourrelet qui faisait évaser la jupe, des paniers 
fourrés, dont les hanches étaient garnies, des paniers 
k guéridon, et des paniers à coudes préférés aux 
paniers à guéridon, et ainsi appelés, parce qu'ils 
étaient plus larges en haut qu'en bas et que les cou- 
des reposaient dessus. Un moment, on vit des pa- 
niers qui avaient trois aunes de tour. Les paniers 
étaient ordinairement cerclés de cinq cercles, ceux 
à l'anglaise en comptaient huit. En dernier lieu, la 
cage à volaille était remplacée par une jupe de forte 
toile, sur laquelle étaient cousus des cercles de ba- 
leine. Et avec les paniers les corps baleinés. Ces 
corps baleinés amenaient, en 1770, la publication de 

« l'Avis IHFORTAHT AU SEXE OU Essoi SUT kS COTpS 

baleinés, pour former et conserver la taille aux 
jeunes personnes, par M. Reisser l'ainé, Allemand, 
tailleur pour femme à Lyon. Lyon, Bégi^illat, li- 
braire, » avis dans lequel l'Allemand Reisser s'éle- 
vait à la fois contre les corps à . la grecque qui 
n'habillaient point les flancs, creusaient au défaut 
de la gorge, arrondissaient le dos, et contre les ■ 
corsets à plastron adoptés par les femmes à emboD- 



p~™ 



CABINET DE TRAVAIL. 829 

point et qui leur donnaient l'apparence d'une gros- 
sesse. 

Le danger autrement sérieux des corps baleinés 
faisait paraître la môme année : « Dégradation de 
l'espèce humaine par l'usage des corps a baleine, ou- 
vrage dans lequel on démontre que c'est aller contre 
les lois de la nature, augmenter la dépopulation, e.t 
abâtardir, pour ainsi dire, t'homme, que de le mettre 
à la torture dès les premiers moments de son exis- 
tence, sous prétexte de le former (4), par M. Bon- 
naud. A Paris , chez Hérissant. » 

Maintenant, ce sont des brochures et des feuilles 
volantes, concernant les choses les plus diverses de 
la toilette des femmes. 

« Les Étrennes fourrées, dédiées aux jeunes frileu- 
ses, ou pelisses sympathiques; Genève, 1770, » 
nous indiquent les fourrures portées par les femmes 
à rOpéra, et les manchons de tourterelles remplacés 
par les manchons de plumes de coq, dans lesquels 
seuls, à l'heure présente, les femmes voulaient 
mettre les mains. Des Déclarations du lloi, du com- 
mencement du siècle, défendent aux femmes et aux 
filles, non mariées, de commissaires, marchands, 
procureurs, notaires, huissiers et artisans, de por- 
ter aucune pierrerie de quelque nature que ce puisse 
être, à la réserve de quelques bagues; déclarations 
auxquelles il est dérogé par de nouveaux arrêtés 
qui permettent, à certaines de ces femmes^ de por- 

(1) Ces conclusions étaient celles du'travail de l'anatomist* 
"Winelow dans les Mémoires de r Académie des Sciences, de 1741. 

28. 



|Sa LA MAISON D'UN ARTISTE. 

ter des boucles d'oreille et pendeloques, une croix, 
un coulant -et une boucle de ceinture de dianMints 
ou d'autres pierreries, pourvu que le tout n'excède 
pas deux mille livres. Une Ordonnance de police de 
1782 défend la fabrication ou vente et usage de ru- 
bans, chapeaux, éventails, gazes et étoffes et autres 
objets de parure brillantes avec du verre, se basant 
sur les accidents qui sont survenus par suite de l'em- 
ploi du verre blanc pilé, introduit dans ces objets. 
Enfin une brochure rarissime : « la Véritable Res- 
source Qu'oNPEUT TIRER DU RouGE,enfaveurdes pauvres 
femmes et veuves d'officiers » , par le chevalier d'El- 
bée, nous renseigne sur l'énorme emploi du fard, 
nous donne ce détail curieux que Montelat, mar- 
chand de rouge, rue Saint-Honoré , en vendait six 
douzaines de pots par an à M""®* Dugazon et Bil- 
lioni, et qu'à la Roquette, chez la faïencière Petit, 
il se fabriquait, chaque jour, trois mille de ces pots. 
Le chevalier d'Elbée estime enfin qu'il se consomme 
deux millions de pots de rouge, à six francs dans le 
royaume. 

Mais il s'agit à présent de la coifl'ure, et voici toute 
l'armée des écrivains capillaires : coifl'eurs ou hommes 
de lettres. 

« Livre d'estampes de l'art de la coiffm^e des darnes 
françaises^ gravé sur les dessins originaux d'après 
mes accommodages avec le traité en abrégé d'entre- 
tenir et conserver les cheveux naturels, par le sieur 
Legros, coiffeur de femmes. A Paris, aux Quinze- 
Vingts, 1765. » Petit iii-4° qui a deux suppléments 



. CABINET DE TRAVAIL. tt 

de bizarres figures, rehaussées d'aquarelle. Ce Legros 
est un ancien cuisinier, dont le succès dans son nou- 
vel art fut fort traversé, et qui périt écrasé sur la 
place Louis XV, lors des fêtes du mariage de Marie- 
Antoinette; — Traité de la nature des chevkux de 
l'art de coiffer, par Tissot, coiffeur. Paris, 4776; — 
Traité des principes de l'art de la coiffure des fem- 
mes, par M. Lefèvre, maître coifTeur. Paris, 4778; — 
« Éloge de la coiffure a la Titus, pour les dames, 
contenant quelques observations sur les coiffures mo- 
dernes dites à la grecque, romaine, par J.-N. Palette, 
coiffeur. Paris, chez Palette, 1810.» 

Puis les badinages de lettres et les recherches 
agréables sur la matière : « TEncyclopédie carcas- 
siÈRE, ou tableaux des coiffures à la mode, gravés sur 
les dessins des petites-maîtresses de Paris. Hoche- 
reau, 1763, » — livre fait pour les coiffures de 
femmes, à Timitation de l'Encyclopédie perruquière, 
contenant 44 figures, et oti l'introduction à la con- 
naissance intime des allonges, pompons, papillotes 
blondes, marlis, est suivie de : la Fille dégoûtée; — 
« I'Art des coiffeurs de dames, contre le mécanisme 
des perruquiers, poëme. A la toilette de Cythère, 
1769, » — méchants vers égratignant les coiffeuses 
qu'ils peignent comme des entremetteuses (1); les 

(1) Les coiffeuses venaient d'être tout nouvellement instituées, 
et parmi plusieurs airèts du Conseil d'Etat du Roi, concernant 
les perruquiers, ciff'eurs, coiffeuses, j'en trouve un, qui ordonne 
que toutes coiff"euses de femmes seront tenues de se faire in- 
scrire tant au bureau de la communauté des maîtres perruquiers 
q^^en celui de la police. 



M 



LA MAISON l. ON ARTISTE. 

is nom d'auteur ni d'imprimeur), court 
naillé de notes instructives sur les fanRo- 
toilelte, et dédié àBeaulard, le créateur 
înnets de 100 à 1,000 francs et l'inventeur 
lets de côté ; — « le Pahfait Ouvrage, ou 
a coiffure, traduit du persan par le sieur 
d , coiffeur , neveu du sieur André , perru- 

Césarée, i776 »; plate brochure ornée 
rontispice ; — a les Panaches, qu les Coiffu- 
de, comédie en un acte, représentée sur 
du grand monde et surtout à Paris. Paris, 

pièce facétieuse dont le héros est M. Dup- 
iffeur; — Éloge des coiffures, adressé aux 
? un chevalier de l'ordre de saint Michel, 
dont l'auteur, d'après les calculs qu'il fait 
'S de coiffures publiées par Rapilly et les 
;alue, depuis quelques années, les modes 
à3,74-i; — Eloge des pehhuques.,., parle 
kerlio, un pot pourri sur les perruques 

et modernes, les perruques d'hommes et 
s; — « LES Tètes tondues, sifflées, critiquées 
i comme elles le méritent », — pamphlet 
oire contre les cheveux courts, légués par 

révolutionnaires ; — « Observations poli- 

irales et surtout financières, sur l'origine, de 

Je des dames de Paris (par Peydel). Paris, 

— brochure qui n'a de curieux que son 

Anti-Titus, ou Remarques critiques sur la . 
les femmes au dix-huitième siècle. Paris, 
- petit volume comparant les têtes coiffées 



CABINET DE TRAVAIL. 533 

de cheveux d'un pouce de hauteur « à Timage d'un 
port-épic ». — Et mentionnons, pour compléter cette 
série, le petit recueil de 48 coiffures, qui va depuis 
la coiffure en cheveux frisés du règne de Henri IV 
jusqu'au chapeau tigré de la fin du xviii' siècle, 
et encore le Manuel des toilettes, qui, en regard 
d'un texte explicatif, déroule ses galants accom- 
modages de têtes à la Mappemonde, à la Hé- 
risson, à la Zodiacale, à l'Aigrette-Parasol, à la 
Parnassienne, à la Persane, à la Guirlande, à la 
Dauphine, à la Calypso, à la Dorlote, à la Triom- 
phale. 

Terminons cette longue nomenclature de la mode 
par quelques ouvrages généraux : l'Aperçu sur les 
MODES françaises, pai* le citoyen Ponce, un pauvre 
aperçu; les «Essais historiques, sur les modes et la 
toilette française, par le chevalier de... Paris, 1824, » 
deux minces volumes où sont éparpillés çà et là 
quelques renseignements; le Manuel des élégants 
ET des élégantes, par Joachim du Bel-Air, au 
XIX® siècle, — un tableau de la mode et des fournis- 
seurs de la mode au sortir de la Révolution. Quant 
aux journaux de modes, hélas ! ceux du temps de 
Louis XVI me font défaut, et je n'ai que deux jour- 
naux du Directoire ; « le Messager des dames ou le Por- 
tefeuille desamours» ; etle «Tableau GÉNÉRALdu goût 
des modes et costumes de Paris, an V ». Un journal, 
qui contient une série de costumes gravés au bistre, 
de ces ébouriffants costumes de femmes à la Carie 
Vernet, mais sans l'exagération de la caricature. 



m LA MAISON D'UN ARTISTE. 

et dont quelques-uns, le dirai-je,ontune grâce allon- 
gée, toute charmante. 

Rattachons aux arts de la toilette Tart de la parfur 
raerie, et citons la « Toilette de Flore », suivie dn 
<c Laboratoire de Flore, essai contenant les différentes 
manières de préparer les Essences, Pommades, Rou- 
ges, Fards et Eau de senteur. Ouvrage utile aux 
Parfumeurs, Baigneurs et aux personnes chargées 
de la direction des toilettes de Paris, 1773 ». — Les 
deux volumes sont un recupil de recettes pour TEau 
céleste, la véritable Eau de la Reine de Hongrie, 
l'Eau de Mélisse magistrale, TEau Impériale qui dé- 
truit les rides, l'Eau très utile après la petite vérole, 
rEau de Charme pour conserver le teint, l'Eau de 
Venise pour blanchir les visages basanés, l'Eau 
pour se préserver du hâle, l'Eau pour faire disparalr 
tre les lentilles et les tannes, l'Eau d'Adonis, l'Eau 
de M™® la Vrillière, la femme du ministre, pour les 
dents, la pommade de (leurs de lavande pour les 
cheveux, etc., et le moyen pour parfumer au jasmin 
les galits blancs, à la manière de Rome. On y trouve 
encore la recette du Parfum pour le plaisir et la re- 
cette du Bain de beauté que voici : « Prenez deux 
livres d'orge mondé, une livre de riz, trois livres de 
lupin pulvérisé, huit livres de son, dix poignées de 
bourpche et de violier; faites bouillir le tout dans 
une suffisante quantité d'eau de fontaine. Il n'y a 
rien qui nettoie et adoucit la peau comme ce bain. » 

Nous sommes arrivés à l'art de la cuisine, à cet act 
placé tout en bas des arts mécaniques» à cet art 8i 



CABINBT DE TRAVAIL. 

erclosivement français, et qui, pendant plus de 
cent ans, a fourni aux estomacs , délicatement volup- 
tueux, des plats d'une chimie sublimée, oti, selon 
l'expression d'un spirituel pamphlet du temps, « il 
n'entrait plus que des quintessences raisonnées, 
dégagées de toute ten^esiréité » . 

Nous ne sommes plus au temps de Louis XIV, où 
des viandes choisies, quelques ragoûts simples, des 
vins excellents, faisaient tout le mérite d'un souper. 
Aujourd'hui, dit la Lettre du pâtissier anglois, les 
choses sont sur un autre pied. On n'oserait plus 
prier des gens de bonne compagnie, si l'on ne débu- 
tait par deux services de hors-d'œuvre alambiqués, 
relevés de six entrées quintessenciées , suivies du 
rôti et de deux services d'entremets, le tout ter- 
miné par un fruit monté et historié. 

Et le traité complet des potages, des hors-d'œuvre, 
des entrées, des rôts, des entremets nous est donné 
dans le « Dictionnaire portatif de cuisine, d'office et 
DE DISTILLATION publié cu 1772, chcz Lottin le jeune», 
et dont j'ai sous la main un exemplaire en maroquin 
rouge, aux armes d'un homme d'éi^Iise, qui porte 
dans son manteau ducal une croix d'archevêque. 

Un autre livre de la composition du sieur Gilliers, 
chef d'office et distillateur du roi Stanislas (1), 
publié en ce pays lorrain, la patrie de la fine et ex- 
quise gourmandise, complète le Dictionnaire portatif 



(1) Le cannaméliste français, ou Nouvellf^ Instruction pour 
apprendre rolfice. A Nancy,de l'imprimerie d' Abel-Denis Cusson, 
1761. 



LA MAISON D'UN ARTISTE. 

CUISINE. C'est un gros volume, qui traite de l'art de 
iflre les fruits secs et liquides et de faire tous les 
rrages de sucre, pastillages, neiges, mousses et 
ueurs rarralchissantes; uu volume où, au milieu 
planches représentant des desserts, comme brodés 
chenille, et peuplés de petits chinois, modelés en 
•.re, ou rencontre des recettes de compotes de 
inades, de sirops de jasmin, de « candy » de vio- 
les, de roses, de jonquilles: des entremets d'o- 
ir et de parfum qui semblent les sucreries d'une 
de repas des Mille et une Nuits. 
>urmi ces manuels du manger délicat, il ne faut 
i oublier un petit livre paru en 1778, I'Alhanacb 
Coui-:sTiBLE, volume difficile à rencontrer avec'sa 
e vignette à la Ëisen, groupant une galante et 
lable réunion de convives autour d'une table 
vie. 

dais, entre tous ces livres imprimés, il est un cu- 
jx manuscrit, qui porte en tète : Voyages du Roy ad 

\TBAU DE CbOISV AVEC LES LOGEHEBTS DE LA GOUB, ET 
MENUS DE LA TABLE DE Sa MajESTÉ MDCCLVII (1). 

}e titre se détache d'un fond frotté de sanguine, 
,ourant un médaillon, au bas duquel ou lit : Brain 
Ste-Marie delin. et scrips. 

) Voici les logements d'uo de ces vojagea, le voyage du 



( Appartement du Roy. 

IÂppartemcat de madame 
marquise de Pompadour. 



CABINKT DE TRAVAIL. 3ST 

Ce sont les 194% 495% 496% 497% 498% 499% 200% 
201% 202* voyages au château de Choisy de Louis XV 
en compagnie de M°*® de Pompadour, du 4*' mars 
au 45 décembre 4757. Les dîners elles soupers se 
composent en général de 2 oilles, 2 potages, 8 hors- 
d'œuvre, 4 grandes entrées, 4 moyennes, 8 plats de 
rôts, 4 salades, 8 entremets chauds et 4 froids. De 
temps en temps, on rencontre des désignations de 
provenances comme rosbif de mouton de la ména- 
gerie de Choisy , faisandeaux et perdreaux rouges 
du Roy, lapereaux de M. de Croismard, cailles de 

B Mne la maréchale de Mire- 
poix. 

Entresols par le grand escaUer / C M.le maréchal de Mirepoix. 

D M™* la marquise de Châ- 
teaurenault. 

Corridor des bains. — Rez-de- i G M™« la comtesse de Coi- 
chaussée ( gny. 

/ H M. le Gouverneur. 

Corridor de la Tribune ^ ^'^^ maréchal de Luxem- 

bourg. 



( 



K M. le comte de Clermont. 
L M. le duc de Fronsac. 
M M. le marquis de Gontaut. 
Corridor 1 N M. le Premier. 

à / M. le duc de la Vallière. 

Mansardes. ] droite, J P M. le comte de Baschy. 

Q M. le marqids d'Ëstainville< 

R M. 

Corridor ( S M. 

à T M. 

gauche. ( V M. 

Grand château. 

/ NM6 M. le comte de Cambis. 
Ailes des Seigneurs sur no 15 M. le prince de Dessenstein. 

1« J^^"^ I NM6 M. le marquis de Ségur 

l No 17 M. le marquis de Croissy. 
*• 29 



r.A MAISON D'UN ARTISTE. 

'i Valliëre, ortolans du rôtisseur, et grives et 
lies de M"' la Marquise, 
la compositioa d'un repas maigre avec ses 
uatre plats d'habitude, il y a, de la part do 
r, des efforts et des trouvailles d'imagina- 
maginables. Qu'on en juge par ce diaer da 
2 mars 1757 : 

2 0ILLE3. 

is aux écrevisses. Une de aantâ. 
2 poTAOxa. 



2 FLANS. 

De Perches a 



elette aux croûtons. D'Œiifs au beurre noir. 

es en maielotte. D'Harengs Hr Boulogne. 

ï l'oseille. De petit* Pâles. 

che à la Provençale. De Saurmin fumé. 

8 ENTRÉES. 

au persil. De Morne à la crèmo. 

i de carreiets à l'ita- Une B!;iiii]iii-ttf de Thon. 

[ de merlans en hâ- D'AnKuiM'- grillée i cm. 
X. Un Hachis. 

2 GRAriDS ENTBEUETS KROIIIS. 

sses. De pelils tiâtsanx au fro^ 



CÀ3INET D(E TRAVAIL. 

V 

6 GEAND& PLATS I>B RÔTI. 

Un Turbot. De Carrelets au blanc 

De Truites. De Merlans. 

De Lottes De Soles^ 

8 PETITS ENTaSMETS CHA.UDS. 

Une Bouillie. D'Asperges au beurre de 

Un Pain aux cbampignons. Vanvre. 
D'Épinards à la crème. De Fondues. 

Dé Salsifix au beurre. De Chiroux frits. 

De petits Gâteaux à la Reino. 

A ce dîner maigre opposons un souper gras, le 
souper du lundi 5 septembre 4757 : 

2 OILLES. 

Une aux oignons d'Ëspa- Une à la Gré^. 
gne. 

2 POTAGES. 

Un aux laitues. ' Une Julienne. 

16 ENTRÉES. 

Une marmelade de Per- De Tendons de veau à la 

dreaux. Sainte-Menehould à Taspic. 

De petits Pâtés de filets de De Filets de mouton glacés 

Lapereaux. aux abricots. 

De Filets de Faisans sautés De Membres de Faisandeau 

aux Truffes. à la d'Uzelles. 

Un émincé de Poularde aux De Cannetons de Rouen au 

Concombres. consommé. 

De Cailles en compote. De Poulets à la Reine aux 

Un Dindon dépecé au Sin- Pavis. 

gara. De Cervelles de veau en 

D*aislerons de Poulardes matelotte. 

à la Villeroy? De Tourtereaux sautés. 



840 



LA MAISON D'UN ARTISTE. 



De Filets d'aloyau dans leur De filets de Levraux glacés 
jus. à Toiguon cru. 

2 RELEVÉS. 

De Cabillot à la bonne eau. Une Carpe au bleu. 

4 RELEVÉS. 

Un Aloyau. 

Un quartier de Veau. 

4 GRANDS ENTREMETS. 



De Chapons de Bruges. 
Un Jambon. 



Un Pâté. 

De Galantines. 



De Perdreaux rou-i 

ges 
De Faisandeaux 



De Langues à l'Ëcarlatte. 
Une Croquante. 



ROTS. 



De Rouges-gorges de M. de 

la Vallière. 
De Dindons. 



De Cailleteaux [ ^*^"^y* De Pigeons de volière. 



De Campines 
De Raies 



De Guignards (1). 
De Petits Poulets. 



16 PETITS ENTREMETS. 



Une Crème à la Genest. 



D'Haricots verts. 



Des Pattes de dindon à l'Es- De Crêtes. 



pagnole. 
Des Truffes au beurre. 
D'Épinards. 
D'QEufs au jus. 
De Singara. 

D'Artichauts à l'Italienne. 
De Choux fleurs. 



De Pains à la Duchesse. 

D'Animelles. 

D'Écrevisses à la Sainte-Me- 

nehould. 
Un Ragoût meslé. 
De Tartelettes à la Religieuse. 
De Blanc manger en Pots (2). 



(1) Guignard, oiseau de passage, de la grosseur du pluvier, 
dont on faisait des pâtés à Chartres, que Collin d'Harleville a 
chantés. 

(2) Une autre série de ces menus, provenant de la coUectioa 
Leber, est aujourd'hui conservée à la Bibliothèque de Rouen. 



CABINET DE TRAVAIL. S41 

Revenons à la cuisine des particuliers. Le diction- 
naire portatif de cuisine est Técole de toute la so- 
ciété qui mange bien, mais pour les gourmets, pour 
les fines gueules du temps , il existe un traité de 
raccommodement des victuailles plus recherché , 
plus raffiné, moins bourgeois. C'est le Cuisinier gas- 
con (1) dontja préface, un peu ironique, est une 
sorte de dédicace au prince de Bombes, ce grand 
seigneur cuisinier, que nous avons montré dans la 
«Duchesse de Châteauroux» retournant avecLouis XV 
des ragoûts dans des casseroles d'argent. 

Dans ce livre on parle de sauce au singe vert, de 
sauce à l'allure nouvelle , de sauce bachique , de 
sauce au bleu céleste, de truite à la houssarde, de 
côtes de bœuf à la Monville, de gigot de mouton à la 
de Nesle, de gigot de mouton à la galérienne, de 
veau en crotte d'âne roulé à la Neuteau, de poulets 
à la Pardaillan, de poulets en chauves-souris, de 
poulets à la caracatacat, de pigeons à Périgord, de 
caisses de canards en crépines, de perdreaux à l'eau- 
de-vie, de bécassines à la grecque, de beignets de 
nèfles, de tourtes de muscat, etc. Et toutes ces 
choses au baptême si affriandeur, les gosiers du 
temps les arrosent avec du Bourgogne préconisé par 
le médecin Fagon, avec du Champagne qu'on ne 
veut plus mousseux depuis le commencement du 
siècle, avec les vins d'Espagne qui ont fait aban- 
donner les vins d'Italie, depuis que la mode a dé- 

(1) Le Cuisinier gascon, nouvelle édition à laquelle on a joint 
la lettre du pâtissier anglais. Amsterdam, 1767. 

29 



l 



34» LA MAISON D'UN ARTISTE. 

serté les vins doux pour les vins secs, avec du vin 
de SetuvaU un vii^noble de Portugal très en faveur 
pendant ces ann( s, avec du malvoisie de Madère, 
avec les vins blancs et rouges du Cap, provenant des 
plants de Bourgogne et de Champagne transplantés ' 
en Afrique par les Hollandais (1). 

Cela dure, cette délicate bombance, tout le siècle 
et même pendant les premières années de la Révo- 
lution, où les chefs des grandes maisons ruinées, les 
Méot, les Robert, les Roze, les Very, les Leda, les 
Brigault, les Legacque, les Beauvilliers, les Naudet, 
les Edon, deviennent des restaurateurs, des mar- 
chands de bonne chère pour tout le monde, — cela 
dure jusqu'en l'an III, année qui voit paraître ce si- 
nistre petit volume : 

LA CUISINIERE RÉPUBUCAIISE 

Qvi enseigne lu jnanière simple dacc' moder (sic) les . 
pommes de terre ave quelques avis sur les soins néces^ 
saires pour les conserver (2). 



Ces livres tiennent du haut en bas tout le fond de 
la pièce. Ici le mur retourne, et c'est un panneau 

(1) Précis d'une histoire générale de la vie privée des 
Français. Paris, Moutard, 1779. 

(2) Une poiite brochure imprimée chez la veuve Mérigot, quai 
des Augiistins, 38. Il ne reparaît pas, je crois, de livre sur la 
cuisine avant l'an VI, où Derouault publie «< PJtrennes aux vi- 
vants, ou Cuisinier pour tous les mois de l'année ». Du reste, 
certains produits alimentaires avaient disparu pendant la Révo- 
lution ; le gibier n'était plus commun, et Grimod de la Re^nière 



f — 



CABINET DE TRAVAIL. SU 

qu'emplit une bibliothèque de Boule de la première 
manière du grand ébéniste, et dans laquelle le cuivre 
seul a un emploi dans l'incrustation de la mai'que- 
terie. L'enchevêtrement géométrique des lignes et 
la complication de l'arabesque sont du goût le plus 
sévère, et le dessin de métal avec son luisant d'or 
pâle, en le noir de l'ébène, fait le plus harmonieux 
effet et le plus sourdement riche. L'histoire de ce 
meuble est curieuse, comme un symptôme du mé- 
pris qu'au temps dé la Restauration et du règne des 
commodes d'acajou, nos grands-parents avaient pour 
l'ancien mobilier de la France : il était l'armoire 
que ma mère avait à sa pension, dans sa chambre, 
quand elle commença à être grande fille. Plus tard 
il fut restauré par Monbro, malheureusement en ces 
années, où l'on n'avait pas le sentiment de la répa- 
ration historique, et où une baguette de cuivre 
estampé semblait devoir tenir avec succès la place 
d'une baguette en bronze doré, mais un jour où la. 
vente d'un livre m'apportera un peu d'argent, je 
ferai arracher la restauration de Monbro, €t remettre 
le petit meuble en son état ancien. 

La bibliothèque de Boule est la boîte par excel- 
lence des beaux livres, des belles reliures, faisant 
ressortir les riantes et lisses couleurs des peaux 
avec le foncé de ses panneaux, où se répète %i revit 
un rien de la dorure du dos des volumes. Aussi 



dit dans son Almanach des gourmands que les faisans, « les 
premières victimes du système (lémocratiquejulopté en France», 
étaient prest^ue une rareté en 1803, année où il écrit. 



S44 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

est-ce en cette bibliothèque qu'est la fleur de mes 
livres. Ce sont les livres illustrés par Boucher, par 
Gravelot, par Eisen, et parmi lesquels figure un exem- 
plaire en maroquin vert des Contes de La Fontaine, de 
l'édition des fermiers généraux, un exemplaire au 
texte réglé, aux toutes premières épreuves, aux gar- 
des doublées de tabis, aux plats de la reliure chargés 
d'une riche dentelle;'ce sont de petites raretés comme 
le voyage en Italie de M"*® Lecomte avec les spiri- 
tuels encadrements à l'eau-forte, par lesquels les 
galants pensionnaires de l'Académie ont fêté la venue 
à Rome de la maîtresse de Watelet (1) ; ce sont les six 
volumes in-quarto de l'édition de Molière de 1734, 
le plus beau et le plus monumental ouvrage, illustré 
par le xviii® siècle ; ce sont de curieux petits manu- 
scrits comme TAdministration de l'argenterie. Me- 
nus Plaisirs et Affaires du Roi, dont j'ai tiré de si pré- 
cieux détails pour le mariage de Marie-Antoinette. 
Il y a là renfermés, un certain nombre de beaux 
vieux maroquins sanguins, où la patine du temps a 
mis comme une pourpre sombre, — des bouquins 
solides et magnifiques qui sont à la ibis des outils de 
travail et des joyaux de musées. Et encore des ma- 
roquins, aux armes de personnages célèbres du 
xviii® siècle, des maroquins aux armes de Trudaine 
de Montigny, de Hue de Miromesnil, du lieutenant 



(1) Nella venuta in Roma di madama. Lecomte et dei signori 
Watei^t e CopETTE. Componime?iti poetici di Luigi Suàleyras 
colle figure in rame di Ste/ano délia Vallée Poussin, pensionano 
cU S. M. Chris tianisslma, 1764. 



CABINET DE TRAVAIL. * 343 

de police Sartines, de l'archevêque de Beaumont, de 
M. de Marigny, du prince de Ligne, du diplomate 
Cobentzel. Mon ambition avait été surtout de faire 
une collection spéciale de livres aux armes des Fran- 
çaises, qui ont été, un tant soit peu, bibliophiles, au 
siècle dernier, mais je m'y suis pris un peu tard, et 
au moment oti ces livres commençaient à devenir 
des desiderata de banquiers. Cependant, eta ma petite 
bibliothèque, la duchesse de Gramont retrouverait 
son exemplaire en maroquin vert de THiSTomE du 

THÉÂTRE DE L* ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE, 1757, et SOn 

exemplaire en maroquin rouge de la Bibliothèque du 
Théâtre-Français, par le duc de la Vallière ; la com- 
tesse de Provence retrouverait ses deux exemplaires 
en maroquin rouge, du Dictionnaire portatif des 
beaux-arts, 1759, et des Anecdotes dramatiques, par 
Tabbé Clément, 1775; Madame Victoire de France 
retrouverait son exemplaire en maroquin vert du 
Cours de belles-lettres de l'abbé Batteux (1); enfin 
Marie-Antoinette retrouverait son exemplaire des 
Lettres juives du marquis d'Argens, de sa bibliothè- 
que du Petit-Trianon, — un exemplaire malheureu- 
sement relié en veau. Madame du Doffand, elle ! y 
est rappelée par un exemplaire des Considérations 
SUR LES moeurs de Duclos, un volume où, selon son 
habitude, elle a fait imprimer en or, sur le dos, ses 
chats aimés, ses chats, dont Cochin a gravé, pour elle 
et ses amis, une rarepetite estampe en 174-6. Madame 

(1) On sait que les quatre filles de Louis XV avaient chacune 
adopté une couleur de maroquin différente pour leurs livres. 



3éB LA MAISON D'UN ARTISTE. 

de Pompadour n'est pas oubliée en le petit meuble. 
Un numéro de sa bibliothèque repose sur les plan- 
chettes, le numéro de la Vie des premiers peintres du 
Roi, par Lépicié, un livre qui est une confession des 
goûts de la favorite, et d'où se détachent ses trois 
tours d'or d'un superbe maroquin rouge. Mais un 
ouvrage pour moi plus précieux, et où l'on a tous les 
rôles joués et chantés par la comédienne et la vir- 
tuose, c'est le Recueil des comédies et ballets re- 
présentés sw* le théâtre des Petits Appartements, qua- 
tre volumes splendidement reliés en maroquin, dis- 
paraissant sous la dorure, un exemplaire qui devait 
être donné par la favorite à ses familiers ; et après 
ces deux livres d'art et de théâtre de la marquise, 
vient un curieux et significatif livre, ayant appartenu 
à la Du Barry : son Grécourt, où sur le veau du dos, 
dans les entrejacs de myrte qui courait sur Targeur 
terie de Lucienne, se lit la fameuse légende : Boutes 
en avant. 

Pêle-mêle avec ces livres, sont nos livres à nous, 
les exemplaires choisis de nos romans, de nos étu- 
des d'histoire, tirés sur peau de vélin, sur chine, 
sur papier de Hollande, et habillés comme des en- 
fants qu'on aime, et signés d'un /etd'un jF entre- 
lacés, ciselés sur la tranche. 

Que je plains les lettrés qui ne sont pas sensibles 
à la séduction d'une reliure, dont l'œil n'est pas amusé 
par la bijouterie d'une dorure sur un maroquin, et 
qui n'éprouvent pas, en les repos paresseux de l'es- 
prit, une certaine délectation physique à touclier de 



CABINET I>B TRAVAIL. 347 

leors doigts, à palper, à manier une de ces peaux 
du Levant si moelleusement assouplies 1 La reliure 
française a été, de tout temps, un art, dont les adeptes 
ont fait preuve d'une adresse charmante, et c'est 
aujourd'hui peut-être le seul art industriel, où se 
soit conservée la main d'œuvre des choses exquises 
façonnées par les artisans-artistes du xvi® siècle. 
Mais, il faut le dire de suite, cet art ne supporte pas 
la médiocrité : rien ne ressemble moins à une re- 
liure supérieure qu'une reliure à bon marché, et 
l'assemblage de cahiers de papier imprimé entre 
deux cartons, enfermés dans une peau, en un tout 
homogène et parfait, un emboîtement qui semble 
fusionné dans un moule, n'est obtenu, n'est réalisé 
que par les relieurs qu'on paye très cher. Les grands 
charmeurs que les Trautz-Bauzonnet, les Cape, les 
Lortic, les Duru, les Marius! Je sais qu'il existe des 
fanatiques du nom de Bauzonnet qui ne veulent que 
des Bauzonnet, qui vont jusqu'à faire casser, sur les 
livres qu'ils achètent, les reliures de ses plus illustres 
confrères; moi, je l'avoue, je trouve que, malgré la 
conscience de son travail et la solidité des dorures, 
ses reliures ont toujours un aspect un peu vieillot, 
un peu restauratioH , et mes reliures d'affection sont 
des reliures de Cape et de Lortic, Le vieux Cape était 
inimitable pour la résurrection des reliures riches 
du xviii" siècle et de leurs arabesques fleuries. Je pos- 
sède une reliure des Maîtresses de Louis XV, exécutée 
par lui dans la dernière année de sa vie, qui est 
im vrai chef-d'œuvre de goût et d'imitation intelli- 



348 LA MAISON D'XTN ARTISTE. 

génie. Mais pour moi, — quand il est dans ses bons 
jours, — Lortic, sans conteste, est le premier des re 
lieurs. C'est le roi de la reliure janséniste, de cette 
reliure toute nue, où nulle dorure ne distrait l'œil 
d'une imperfection, d'une bavochure, d'un filet mala- 
droitement poussé, d'une arête mousse, d'un nerf 
balourd,— de cette reliure où se reconnaît l'habileté 
d'un relieur ainsi que l'habileté d'un potier dans une 
porcelaine blanche non décorée. Nul relieur n'a, 
comme lui, l'art d'écraser une peau, et de faire 
de sa surface polie la glace fauve qu'il obtient 
dans le brun d'un maroquin La Vallière; nul, comme 
lui, n'a le secret de ces petits nerfs aigus, qu'il 
détache sur le dos minuscule des mignonnes et 
suprêmement élégantes plaquettes que lui seul a 
faites. Lortic est encore sans pair et sans égal pour 
jeter des fleurs de lis sur le plat d'une reliure, et la 
reliure de mon Histoire de Marir-Antoinette, où 
sur le semis d'or ressaute, dans le maroquin rouge, 
le profil d'argent d'une médaille de la Dauphine, est 
une reliure qui peut tenir à côté des plus parfaits 
ouvrages des relieurs anciens. 

Mais, pour ces livres sortis de nous, j'ai voulu 
mieux encore que des papiers extraordinaires, que 
des reliures splendides; j'ai cherché à les rendre 
dignes des enchères des ventes futures, par l'adjonc- 
tion de dessins originaux, de gravures rares, d'auto- 
graphes, d'émaux, faisant, de ces affectionnés exem- 
plaires d'auteur, des espèces de bibelots. Ainsi la 
LoRETTE étale ^our frontispice une académie de 



r" 



CABINET DE TRAVAIL. 349 

femme à l'écriteau de location : un des plus jolis et 
des plus spirituels petits dessins de Gavarni. Hen- 
riette Maréchal renferme : 1° une aquarelle de Ga- 
varni pour le costume de M"® Ponsin en muse 
de carnaval ; 2° une lettre du dessinateur avec un 
croqueton apportant un changement à la coiffure ; 
S"* les vers autographes de Théophile Gautier écrits 
de cette petite écriture fine, menue et comme gra- 
vée. La fille Élisa est illustrée d'une eau-forte de 
François Flameng, tirée à deux ou trois exemplaires. 
Manette Salomon a, encasltrés dans les plats de sa 
reliure, deux merveilleux émaux de Popelin, repré- 
sentant Manette, vue de face et de dos sur la table à 
modèle, et délicatement modelée dans Tor du métal, 
en sa serpentine nudité. 

Parmi ces livres, il est un manuscrit qui m'est sur- 
tout cher ; un cahier de notes prises en Italie, où 
les croquis s'entremêlent avec l'écriture, oii une 
poupée antique du Vatican succède à la lampe qui a 
fait dire à Galilée : « E pur si muove » , et où une 
aquarelle de la place de Bologne, donne une idée 
du tempérament de peintre de mon frère et de son 
talent d'aquarelliste. 

Sur l'attique de la bibliothèque de Boule, entre 
les reflets profonds de bronzes sombres, un Amour 
charnu, aux yeux bandés, aux petites ailes frémis- 
santes et recroquevillées, enferme dans un filet le 
globe du monde, et l'aimable statuette de Mayence 
détache ses chairs, paiement rosées, du bleu pâle 
d'un long et fluet vase bleu turquoise, mettant sur 

I. 30 



350 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

ce haut de meuble, frappé toute la journée de lu- 
mière, Topposition et l'accord glaceux des deux plus 
tendres colorations de la porcelaine de TOccident et 

de rOrient. 

Au dessus, un peu incliné, se penche dans une 
harmonie de poudre, de jaunes dentelles, de blan- 
che fourrure de cygne, un portrait de femme incon- 
nue, pastellé par La Tour, une femme aux minces 
paupières, voilées d'une méditation ironique. 

Après le panneau de la bibliothèque vient la che- 
minée. 

Au milieu de la cheminée , sur un socle de bois 
sculpté, se dresse la Baigneuse de Falconet, un bis- 
cuit à la longueur fluette, aux mains, aux pieds, aux 
petits seins amoureusement modelés et dont la nu- 
dité blanche se reflète de dos dans la glace. Aux cô - 
tés de la Baigneuse sont posés deux pots-pourris 
de Saxe, d'une forme carrée, aux angles adoucis 
par un contour rocaille, surplombant ^de son décor 
ondulant les quatre faces semées de fleurettes, de 
papillons, d'insectes, joliment coloriés. Et à chaque 
extrémité de la cheminée se contourne un chan- 
delier japonais : une grue, dont le cou, au-dessus 
de ses longues pattes d'échassier, se tord dans l'en- 
roulement d'une branche d'arbrisseau en boutons,où 
s'entr'ouvre une fleur pour la bobèche d'une bougie. 

La glace qui ne monte qu'à une certaine hauteur, 
ainsi que dans les anciens dessus de cheminée, ^ 
sur laquelle, brisant la ligne droHe de l'architecture, 
pend la gouache de I'Épouse indisckète, on un cadre 



CABINET DE TRAVAIL. 351 

à rélégaot écusson, est surmontée d'un trumeau. 
C'est une trouvaille du temps où, chez les marchands 
de bric-à-brac, vos pieds cognaient, dans les recoins 
noirs, les plus délicates sculptures : un panneau, 
où d'un vase Louis XVI, une grêle imagination 
de Salembier , déborde un bouquet de pavots dont 
l'épanouissement floche et les grandes feuilles mol- 
les sont rendus par un ciseau travaillant dans 
du bois, et en ce bois découpant une flore rustique, 
qui paraît chiffonnée par des doigts de femmes dans 
une feuille de papier humide. 

De chaque côté de la cheminée, au-dessous de 
deux appliques de jade vert, feuillagées d'un bou- 
quet de plumes de paon, sont suspendus à droite et 
à gauche des portraits de famille, des miniatures 
dans des cadres de cuivre doré. 

Celle-ci, c'est ma grand'mère maternelle : Madame 
Le Bas de Gourmont Pomponne, mariée au fermier 
général guillotiné en 1793. Isabey l'a représentée 
sous un toquet de velours liséré d'un ruban feu, jeté 
sur sa chevelure poudrée, la poitrine couverte d'une 
chemisette transparente, dans l'ouverture carrée 
d'une robe de velours bordée de fourrure. Et dans 
le pittoresque de ce costume de polonaise du Direc- 
toire, apparaît la séduisante femme, avec* ses im- 
menses yeux noirs, son nez à la Roxelane, sa bouche 
rouge. Ma grand'mère avait été une des beautés de 
cette époque de plaisir, une de ces veuves qui ou- 
bliaient la Terreur au bal, et le poétereau des M(n>BS 
ou la Soirée (Tété (1797) a même décoché quelques 



S52 LA MAISON D'UN ARTISTE. 

vers contre sa coquetterie et ses toilettes excentri- 
ques : 

• Mais, est-il vrai, dis, superbe G ont, 

Qq'qq casque un jour ait ombragé ton front? 

De cette grand'mère, j'ai le souvenir d'une vieille 
femme, se tenant du matin au soir, — sauf une 
petite promenade à quatre heures, au bras d'un 
abbé, dans le passage de l'Opéra, — se tenant dans 
le demi-jour d'un appartement très élevé, au mobi- 
lier comme emballé sous de vieilles housses, et où 
partout traînaient des livres de cabinet de lecture : 
les mémoires des temps qu'elle avait vécus. Son 
grand corps frileux était toujours empaqueté dans 
de jaunes cachemires de l'Inde, attachés sur elle 
par un nœud à l'enfant, et sa pâle et encore belle 
figure s'amusait de mon bruit, de mes interrogations, 
mais sans parler, sans répondre, sans sourire ; enve- 
loppée du silence un peu intimidant des vieilles gens 
qui ont traversé des révolutions. 

Celle-là, c'est ma mère, peinte en 1822, l'année 
de son mariage. Coiffée de petits frisons dans les- 
quels est posé de côté un floquet de rubans bleus, 
un rang de perles au cou, elle porte une robe de 
mousseline blanche à rayures satinées qu'attache 
une ceinture bleue, et que resserrent, à la saignée des 
bras, deux bracelets de la soie et de la couleur de la 
ceinture et du floquet des cheveux. Cette toilette de 
jeune fille va le mieux possible à ses yeux limpides, 
à son teint pur et frais, à cette petite bouche dont 



CABINET DE TRAVAIL. 

héritera mon frère, à cet air d'ingénuité et de timi- 
dité qu'elle a gardé toute sa vie. 

Sous le portrait de ma mère , le portrait de mon 
frère : une photographie d'après un daguerréotype 
exécuté en 1855, le seul portrait qui donne l'enjoue- 
ment moqueur de sa figure, et l'expression de cette 
spirituelle gaieté, qui faisait so dire entre eux aux 
domestiques de la famille : « Monsieur Jules dîne ce 
soir, on va rire. » 

De l'autre côté de la cheminée, c'est le portrait en 
habit galonné d'or, de Laurent l'ingénieur, le créa- 
teur du canal de Picardie, le glorieux anobli fait 
marquis de Villedeuil, et avec les descendants du- 
quel ma famille a eu des alliances et d'intimes ami- 
tiés. Des traits carrés, une figure de volonté que ce 
Laurent de Villedeuil. 

Sous le portrait de Laurent de Villedeuil, le por- 
trait d'un parent dont j'ignore absolument le nom 
mais le portrait d'un terrible bon vivant de l'an- 
cien régime, montrant, au-dessous des frimas d'une 
tête poudrée à blanc et d'épais sourcils noirs, 
un teint, où l'allumement sensuel de la vie met 
comme du fard parmi les bleuissements d'une barbe 
vivace. 

Auprès de ce portrait, la médaille en bronze doré 
de mon grand-père à l'Assemblée nationale portant là 
légende ; Louis XVI y restaurateur de la liberté française. 
Et à côté de la médaille, la gravure de la collection 
des portraits de chez Desjabin, qui le montre, ce 
grand-père, avec son petit œil despotique, son im- 

30. 



854 LJl maison D*UN ARTISTB. 

mense nez aquilin, Tavance énergique du bas de 
son profil : 

M. HUOT DE GONCOURT. 

Né à Bourmont, le 15 avril 1753. 

Député du Bassigni en Bnrrois à l^ Assemblée nationale 

de 1789. 

Au coin de cette cheminée, dans les intermèdes 
du travail, une cigarette aux lèvres, les yeux errants 
sur tout le bric-à-brac qui m'entoure, souvent je me 
suis interrogé sur cette passion du bibelot qui m'a 
fait misérable et heureux toute ma vie. Et me rappe- 
lant les mois de privations, que mon frère et moi 
avons passés, plusieurs années de suite, dans des au- 
berges de peintre à trois francs par jour, pour payer 
une trop grosse acquisition ; et retrouvant dans uia 
mémoire ces journées maladives d'achats déraison- 
nables, et dont on sort inassouvi, avec l'émotion 
d'une nuit de jeu, et une bouche araère, que jseule 
peut rafraîchir l'eau de mer d'une douzaine d'huîtres, 
je me demandais si cette maladie était un accident, 
un mal attrapé par hasard, ou si ce n'était pas plu- 
tôt une maladie héréditaire, un cas semblable à la 
transmission de la folie ou de la goutte. Alors je 
me mettais à remonter ma famille, et j'y trouvais 
un des grands et des passionnés collectionneurs du 
XVIII® siècle, M. Le Bas de Courmont, de la collec- 
tion duquel viennent quelques-uns des beaux ta- 
bleaux hollandais du Louvre, mais c'est le premier 



r^ 



CABINET DE TRAVAIL. 356 

m:::i de ma grand'mère maternelle, et par le sang 
il ne m'est rien. Chez mon grand-père paternel, en 
sa belle maison de pierre sculptée de Neufchateau, 
il y avait quelques bronzes, quelques meubles, quel- 
ques dessins, achetés par lui à Paris, pendant qu'il 
siégeait à la Constituante, mais c'était tout simple- 
ment du mobilier de la grande ville, apporté par 
mode, dan§ la maison d'un provincial, et sans 
qu'on y rencontrât ni la trace ni le symptôme d'un 
goût particulier. Mon père, lui, était un militaire, 
et toute sa vie, depuis l'âge de seize ans passée sur 
les champs de bataille, ne l'avait pas disposé à don- 
ner son regard, à prêter son attention à ces « bêti- 
ses »), et cependant, — c'est singulier, ~ quand il 
achetait un objet mobilier, et devant servir aux usa- 
ges les plus vulgaires, une brosse par exemple, il la 
voulait de choix et jouant presque l'objet d'art; 
et il eut pour boire son bordeaux, un des premiers 
verres mousseline que le commerce ait fabriqués. En 
mon père était, en quelque sorte, une nature d'ama- 
teur pour les choses de la vie courante. 

Mais je crois au fond que le collectionneur chez 
moi ne doit rien aux ascendances, et qu'il a été créé 
uniquement par l'influence d'une femme de ma fa- 
mille. En ces temps, qui remontent à l'année 1836, un 
de mes oncles possédait une propriété à Ménilmon- 
tant, une grande habitation en forme de temple, avec 
un théâtre en ruine, au milieu d'un petit bois : l'an- 
cienne petite maison donnée par un duc d'Orléans à 
Mademoiselle Marquise. L'été, ma mère, ma tante et 



356 LA MAISON D'UN ARTISTà. 

une autre de ses belles-sœurs, dont le fils, Tun de mes 
bons et vieux amis, est aujourd'hui ministre plénipo- 
tentiaire de France en Bavière, habitaient, toute la 
belle saison, cette propriété : les trois ménages vivant 
dans une espèce de communauté de tout le jour. Moi 
j'étais à la pension Goubaux, et tous les dimanches 
où je sortais, voici à peu près quel était l'emploi de 
la journée : Vers les deux heures, après un goûter 
qui était, je me rappelle, toujours un goûter de 
framboises, les trois femmes, habillées de jolies 
robes de mousseline claire, et chaussées de ces pe- 
tits' souliers de prunelle, dont on voit les rubans se 
croiser autour des chevilles, dans les dessins de Ga- 
varni de « la Mode », descendaient la montée, 
se dirigeant vers Paris. Un charmant trio que la réu- 
nion de ces trois femmes : ma tante, avec sa figure 
brune pleine d'une beauté intelligente et spirituelle, 
sa belle-sœur, une créole blonde, avec ses yeux d'azur, 
sa peau blanchement rosée et la paresse molle de sa 
taille; ma mère, avec sa douce figure et son petit 
pied. Et l'on gagnait le boulevard Beaumarchais et 
le faubourg Saint-Antoine. Ma tante se trouvait 
être, à cette époqii \ une des quatre ou cinq person- 
nes de Paris, énamourées de vieilleries, du beau 
des siècles passés, des verres de Venise, des ivoires 
sculptés, des meubles de marqueterie, des velours 
de Gênes, des points d'Alençon, des porcelaines de 
Saxe. Nous arrivions chez les marchands de curio- 
sités à l'heure où, se disposant à partir pour aller 
dîner en quelque « tourne-bride » près Vincerines, 



CABINET DE TRAVAIL. 357 

les volets étaient déjà fermés, et où la porte seule, 
encore entre-bâillée, mettait une filtrée de jour 
parmi les ténèbres des amoncellements de choses 
précieuses. Alors c'était, dans la demi-nuit de ce 
chaos vague et poussiéreux, un farfouillement des 
trois femmes lumineuses, un farfouillement hâ- 
tif et inquiet, faisant le bruit de souris trotte-menu 
dans un tas de décombres, et des allongements, en 
des recoins d'ombre, de mains gantées de frais, un 
peu peureuses de salir leurs gants, et de coquets 
ramènements du bout des pieds chaussés de pru- 
nelle, puis des poussées, à petits coups, en pleine 
lumière, de morceaux de bronze doré ou de bois 
sculpté, entassés à terre contre les murs... 

Et toujours au bout de la battue, quelque heureuse 
trouvaille, qu'on me mettait dans les bras, et que je 
portais comme j'aurais porté le Saint-Sacrement, 
les yeux sur le bout de mes pieds et sur tout ce qui 
pouvait me faire tomber. Et le retour avait lieu dans 
le premier et expansif bonheur de l'acquisition, fai- 
sant tout heureux le dos de trois femmes, avec, de 
temps en temps, le retournement de la tête de ma 
tante, qui me jetait dans un sourire : « Edmond, fais 
bien attention de ne pas le casser!» 

Ce sont certainement ces vieux dimanches qui 
ont fait de moi le bibeloteur que j'ai été, que je 
suis, que je serai toute ma vie. 

FIN DU PREMIER VOLUME, 



■'» 



TABLE 



«4 



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Prbambulb ••••• 

Vestibule (les Foukousas) 4 

Salle a manger (les Bronzes français du xviiio siècle) 

Petit Salon (les pessins français du xvii» siècle). . 

Grand Salon (les Clodion, les Tapisseries de Beauvais et 

des Gobelins, les Meubles Marie-Antoinette, les Vases de 

Sèvres) *^* 

Escalier (les Albums japonais) 192 

Cabinet de Travail (les Livres, les Manuscrits, les Lettres 
autographes sur les arts de la peinture, sculpture, grOr 
vure, et sur les arts industriels et mécaniques). • 



*aris. — L. Maretheux, imprimeur, 1, rue Cassette